lundi 22 décembre 2008

"C'est les dents!"

"Vous allaitez? mais elle ne va pas être assez nourrie!
Oh, vous allez voir, l'accouchement, c'est une vraie boucherie, j'ai été obligé de quitter la salle, j'étais trop traumatisé!
Et vous allez recommencer à travailler au bout de combien de temps? ça va être dur de quitter votre bébé, vous allez voir. On voit tellement de nounous complètement irresponsables!
Moi, je ne comprends pas les femmes qui allaitent, elles ont un problème psy, les seins appartiennent au mari!
Ah, oui, c'est important d'allaiter, ce serait tellement égoïste de ne pas le faire!
Profitez!
les enfants, faudrait pas que ça grandisse!
Je peux toucher?
L'épisio, vous n'y couperez pas!
Ah, les suites de couches, et la libido, et le ventre... c'est bien d'être une mère, mais n'oubliez pas pour autant de rester sexy!
Il faut satisfaire votre homme!
Mais madame, vous laissez votre bébé pleurer?
Une femme enceinte a souvent une libido ultra-développée, tu verras.
Vous le nourrissez assez?
Vous avez eu des vergetures? Non, je dis ça, parceque ma femme, elle en a eu.
Il faut manger de tout et équilibré. Attention à la toxoplasmose, à l'alcoolisation foetale, à la salmonellose, et à la listeria!
Voyons, tu ne vas pas refuser une coupe de Champagne, c'est le réveillon, quand-même!
Non, jamais de régime pendant une grossesse, mademoiselle! Attention aux kilos superflus après l'accouchement!
Vous devez continuer à faire l'amour avec votre compagnon.
Ah, la mort subite du nourrisson, c'est jusqu'à un an! Elle n'a pas mal au ventre? Vous devriez la lâcher un peu... partez en week-end, la fusion ce n'est pas bon!
Non, ils se sont forcément trompés à l'échographie, j'ai une cousine dont l'amie a eu un garçon alors qu'on lui avait annoncé le contraire!
C'est ce que vous dit votre pédiatre, mais moi, je vous dis que je m'y connais.
Attention. Je pense que votre lait n'est pas assez nourrissant.
Votre ventre est en pointe, ce sera donc un garçon!
Moi, mes poils poussaient beaucoup plus vite sur les jambes au deuxième trimestre.
Oh, on échangerait les mères à la naissance, que le bébé n'y verrait que du feu!
Attention, ne le prenez pas trop dans les bras, il risque de s'habituer!
Pour mon troisième, la péridurale n'a pas eu le temps de faire son effet.
Il faut absolument qu'il fasse son rot. Peut-être qu'il sera hyper-actif en maternelle!
Et vous faites attention sur l'autoroute, j'espère!
Moi, je suis certaine que votre bébé va marcher dans quelques mois.
Vous savez que vous la lavez avec des parabens! Vous pensez au cancer?
Ah, moi, j'ai toujours trouvé que les femmes sans enfants étaient égoïstes.
Je peux la prendre dans mes bras?
Vous devez tout expliquer à votre bébé: Il n'a qu'un mois mais il est en Droit de savoir que vous allez vous absenter quelque temps pour votre épilation du maillot.
Il faut faire ses enfants jeune! Tout ne doit pas tourner autour de vos enfants, vous devez avoir une vie épanouie en dehors, et entretenir votre couple en sortant au moins une fois par mois au restaurant en tête-à-tête! Sinon, le bébé ressentira votre mal-être et ce sera catastrophique.
Il faut l'éveiller.
Surtout, la télé est à proscrire! Certaines femmes préfèrent faire garder leur bébé plutôt que de s'en occuper elles-mêmes, elles doivent en assumer les conséquences.
Il pleure? C'est les dents!"

Paroles d'inconnus...

mercredi 10 décembre 2008

L'équilibriste

Aujourd'hui, pour la première fois depuis l'ouverture de mon blog, je vous fais lire le texte qu'une lectrice m'envoie. Merci beaucoup Céline pour ta contribution!

Comme une petite fille et son jeu de cubes, j’ai construit ma vie dans un souci architectural simple : tenir debout dans ma tour, sans que celle-ci ne s’écroule. Il fallait donc assurer les fondations…

J’ai commencé par prendre le cube « famille », volumineux, rassurant, solide et je l’ai posé à la base. Ca fera un bon pilier central. Puis j’ai dû barrer le mot « famille » et j’ai écrit « Maman » et sur un deuxième, j’ai écrit « Papa ». Figurez-vous que les cubes ne savent pas divorcer. Je les ai quand même posés côte à côte, une petite fille a bien le droit de rêver !

Les cubes « amis », j’en avais plein. Alors je les ai tous posés autour des deux premiers, pour solidifier ma pyramide. Il faut que cela reste souple, car il y a toujours de nouveaux cubes qui arrivent et d’autres qui s’en vont, ma structure n’est pas figée.

Puis j’ai saisi le cube « métier», que j’ai aligné, bien rectilignement, sur le gros cube « études ». Celui-là, j’ai bien mis 6 ans à le construire, alors il est assez imposant. Le cube « métier » est plus petit, forcément, je suis une petite fille de 28 ans.

Ensuite, je suis partie chercher le cube « amour ». Celui-là n’a pas été facile à dénicher ! Le premier que j’ai cru trouver était en fait un triangle (un peu obtus, limite droit, et en tous cas incompatible avec mes cubes). Le deuxième, était rond comme une balle rebondissante. Aussi insaisissable d’ailleurs. Je n’arrivais pas à le faire rentrer dans ma pyramide. Ma quadrature du cercle à moi quoi. Celui-là m’a échappé des mains et aux dernières nouvelles il a rebondi encore de tour en tour.

Au moment où je désespérais de trouver mon cube, je suis tombé dessus ! Par hasard. Dans le sable battu par l’océan, mon œil a été attiré par une étincelle. Je m’approche de l’objet à moitié enfoui dans le sable et commence à creuser. Et là, je découvre un magnifique cube en or ! Il est énorme et je ne peux arrêter de le regarder. Celui-là, c’est sûr, je le garde pour moi. Je l’ai rapporté à la maison et je l’ai posé dans ma pyramide. J’ai ré-agencé un peu mes cubes, pour le mettre bien au centre. Et puis avec le temps, je lui ai rajouté des petits trucs (j’aime le choyer celui-là). Alors je l’ai entouré de cubes « voyages », de cubes « week ends en amoureux », puis je n’ai pas résisté et ai mis dessus un superbe cube « mariage ».

Ma tour est quasiment construite. Il ne manque plus qu’un, deux, trois, quatre ( ?) cubes « bébé », mais ceux-là, je les cherche encore. Et comme ils seront tout en haut de ma tour, tout contre moi, leur absence ne bouscule pas mes fondations. Mais vous imaginez un sapin de Noël sans étoile au sommet ? Il manque quelque chose, non ?

Mais voilà, je croyais que ma tour tenait la route. J’avais bien tout fait comme il fallait, j’avais été une bonne petite fille. Alors comment, pourquoi, je ne sais pas, mais ma tour tangue, penche et oscille. A côté, Pise a l’air droite…

Que s’est-il passé ? Et bien le cube « maman » a commencé à aller mal. Il est rongé de l’intérieur. On essaye de le guérir et les docteurs ès cubes prennent soin de lui. Mais ça me fait du souci, car c’est un de mes cubes préférés. S’il venait à s’en aller, je crois que ma tour s’effondrerait…

Et puis le cube «métier », auquel je ne pensais plus, a commencé à me sortir par les yeux. Il prend toute la place, et je le connais par cœur. J’ai fait le tour de mon cube, j’en connais chaque facette et sa simple vue m’énerve. Alors, j’ai décidé de le jeter. Je vais le rapporter en boutique et en choisir un autre. Mais on m’a dit qu’il allait de pair avec mon cube « études » alors il faut que je change celui-là aussi et que j’en retrouve un autre…

Et puis mes cubes « bébé », que je pensais trouver facilement, tardent à se montrer. Alors je cherche du côté de cubes aux noms barbares et peu avenants « PMA » ou « FIV », qui pourront peut-être m’aider.

Aujourd’hui, je vis sur une tour dont deux des fondations tremblent et à qui il manque ses finitions. L’équilibre est précaire, l’architecture imparfaite. Certaines briques me manquent toujours. Je regarde ma tour vaciller, et parfois j’ai l’impression que je vais glisser. Mais jouer à l’équilibriste ne me fait pas peur car mon cube en or massif, lui, me rattrapera toujours si je tombe.

signé: Céline.

mardi 9 décembre 2008

Je viens du sud...


A la fin du mois de novembre, après avoir rendu mon ordinateur, mon téléphone portable, ma voiture... (ça allège!), pour le dernier jour dans la société dans laquelle je travaillais, j'ai pris le taxi (p'tit plaisir! il faisait trop froid, trop dur de prendre le métro) pour rentrer chez moi. J'étais assise au fond du taxi, bien emmitouflée, les pensées vagabondes. Alors que nous étions sur les quais, je voyais les tours de la Défense défiler, se découpant sur un ciel blanc. A la radio: "Je viens du sud". Ce clin d'oeil était pour moi!

Areva, Gan, Dexia... ces noms de divinités mythologiques ou de fées de pays lointains, apposées sur ces tours de verre terrifiantes, je ne les reverrai plus d'aussi près pendant très longtemps, et j'ai envie de dire: "ouf!". Je n'ai jamais pu comprendre ce quartier. Ni pour m'y orienter (au secours, le GPS ne connait pas!!!! ). Point de "rue du Général Leclerc" ou de "chemin des terres-chaudes", mais un boulevard circulaire, sur lequel sont placées, à équi-distance les unes des autres, des sorties aux doux noms mathématiques. Sortie 4, sortie 5... Une logique imparable, à laquelle les lobes, pourtant exceptionnellement compétents, de mon cerveau n'ont jamais réussi à s'adapter.

A chaque fois que je mettais un pied dans ce coin (rarement, il faut bien le dire, mais c'était déjà trop), je m'interrogeais sur les êtres humains qui avaient concocté ce programme architectural assez douteux. Une espèce de bouffée d'angoisse me surprenait, qui ne cessait qu'à la fin de la journée, une fois payé le parking souterrain (hors-de-prix!), signe que j'allais m'extirper enfin de cet enfer.

Habituellement, je n'aime pas utiliser l'imparfait, mais pour ce billet, c'est un vrai plaisir!

lundi 8 décembre 2008

Ca y est, je l’ai fait.
Le 9 mai, je donnais naissance à mon premier bébé. La plus belle chose qui me soit arrivée au monde. Ca sonne un peu creux ? Déjà vu ? Banal ? Tant pis, c’est vrai.
Du jour où j’ai appris la nouvelle de ma grossesse (après beaucoup d’essais !) jusqu’au moment où l’on m’a posé ma fille sur le ventre, j’ai vécu la grossesse comme un voyage, une véritable aventure.
J’étais heureuse, fière, mégalomane !
« Eh oui, pensais-je en croisant les passants dans la rue, vous ne le voyez pas, mais je suis en train de fabriquer un bébé, moi ! Mon corps fait un truc magique, et vous me devez respect et admiration ! »
Les hauts, les bas.
Les « vous avez une chance sur deux que le fœtus tienne » à un mois de grossesse. La peur de perdre ce petit être d’un centimètre, après tout le mal que j’ai eu à le faire venir !
Et puis, ce battement minuscule et pourtant déjà imposant à l’échographie. Il est toujours vivant !
Ma fille, heureusement que tu t’es accrochée, tu es tellement belle !
Les nausées, l’extrême fatigue, l’angoisse du premier trimestre.
La première échographie : je vais enfin m’investir, me projeter dans l’avenir. Mon bébé tient.
La sage-femme aigrie : « Vous êtes énorme, vous ne retrouverez jamais votre ligne d’avant, ce sera dur de vous regarder dans la glace » (15 kilos en tout, pourtant, et reperdus en quatre mois !)
Des commentaires, à l’annonce de ma grossesse : « c’est bon, moi aussi je peux faire un enfant, on ne va pas parler ovaires toute la soirée ». « Et vous allez régulariser ça quand ? »
La collègue : « vu comme tu as l’air épanouie, ça ne peut être qu’un garçon ! » (sic)
Mais surtout, tous ces amis qui se sont confirmés, voire révélés !
Tous ces commentaires, ces encouragements, ces regards… font partie de ma grossesse !
Et les mouvements, grandissants, qui deviennent au fil des semaines des vagues sur mon ventre. Peut-être que je ne les revivrai plus. Profiter de la chance d’être une femme !
Me voilà, pour un temps devenue animale. Mon corps, mon ventre, mes seins, moi. 9 mois pour me recentrer.
Brocolis, épinard, lentilles, asperges. A midi, au goûter au dîner. Les fraises, très peu pour moi.
Je ne la connais pas encore, mais je crois que je l'aime, ma fille !
Le ventre qui devient énorme. La fatigue. Les leggins. Le jus de tomate à l’apéro.
Sur mon ventre, enfin. Douleur et bonheur. Les angoisses de la grossesse disparues. Plus de questions, de tourments. Maintenant, on vit, on est deux. Mes seins qui saignent. Je m’accroche.
Le regard de ma fille sur moi. Et le papa.
Est-ce que je l'aime déjà? En tous cas, je suis heureuse. Heureuse qu'elle soit là. Si elle mourrait, qu'est ce que ça me ferait? Je ne sais pas encore trop. Je suis tellement fatiguée. Puis les jours passent. Et la perspective d'une éventuelle disparition devient de plus en plus inenvisageable. Je l'aime.
J’ai pris une confiance en moi que je n’aurai pas imaginée. Je ne m’inquiète plus, je gère le quotidien, je n’éprouve pas de culpabilité. Je sens que je serai la meilleure des mères ! Louve. Animale, toujours.
Je viens de reprendre le travail. Je croyais que je n’y arriverai pas. Comment quitter mon bébé, avec qui j’ai fait corps pendant ces 9 mois, puis pendant tout le temps de mon congé maternité ? Comment accepter qu’une autre femme s’occupe d’elle ? Pourquoi tout ça ? Quelle logique à faire un enfant si c’est pour l’abandonner 10 heures par jour ?
Et finalement, j’y arrive. Comme toutes les femmes qui travaillent. Assumer.
Je viens de faire un bébé, chose à la fois banale et magique. Si vous saviez comme je suis fière !