mercredi 28 janvier 2009

Malavita


Mes lecteurs, il faut absolument que je vous fasse part de mon coup de coeur littéraire du mois de janvier.
(oui, Josiane est en grève, elle accompagne son époux à Bastille aujourd'hui, j'y peux rien. Mais la rubrique est toujours active, et elle reviendra très vite. Posez-moi encore vos questions! vous trouverez la rubrique en haut à droite de ce blog).
Ce n'est pas Ritournelle de la faim, que j'ai trouvé très bien écrit, mais qui ne m'a pas particulièrement émue (JMG Le Clezio).
Le roman qui m'a captivée, c'est Malavita, de Tonino Benacquista, chez Gallimard.
Une famille d'américains débarque à Cholong-sur-Avre, au fin fond de la Normandie. Ces ritals d'origine se planquent dans ce coin reculé. Motif: le père est un repenti. Il bénéficie d'une protection solide, en échange de son changement de vie. New-York n'est plus qu'un lointain souvenir, et la petite famille doit donc s'adapter, encore une fois, à un tout nouveau cadre de vie, en masquant bien leur réelle identité.
L'auteur ne se prive pas de se moquer des éternels clichés sur les différences américains-français. Mais il est aussi un parfait observateur des comportements, des travers et des finesses psychologiques des hommes. Il s'en inspire, lucide et ironique, pour imaginer des personnages drôles, ambivalents, réalistes car décrits dans leur vie quotidienne. Exemple: le mari, cadre dynamique, qui n'a jamais trompé sa femme, "sauf extra-territorialement, ce qui ne compte pas". Le petit américain, au bout du monde, qui tombe amoureux d'une Playmate de mai 1972 rien qu'en apercevant un vieux magazine de l'époque. Les enfants du collège de Cholong-sur-Avre, qui publient dans la Gazette de l'école une grille de mots croisés s'avérant être truffée de réponses complètement pornographiques. Un homme du village, les deux bras dans le plâtre, qui redécouvre le plaisir physique avec son épouse, lorsqu'il doit supplier celle-ci, à cause d'une maladie de peau, de lui gratter le périnée. Ou bien les "seniors" d'une prison américaine, qui consacrent la durée de leur peine à étudier, passer des diplômes, devenir spécialistes en médecine chinoise ou en droit pénal, simplement dans l'espoir de voir réduite leur peine de 150 à 140 ans... pour bonne conduite. Et les bonnes âmes, toujours prêtes à donner et à participer aux associations caritatives, mais pour des raisons pas toujours pures. Et bien d'autres personnages encore...
L'imaginaire de l'auteur est hilarant, parfois cynique, souvent décalé et très ironique. Les sujets soulevés ici sont ceux qui m'intéressent particulièrement: La culpabilité, la morale, l'apparente bonne conduite, le pardon, les remords, la nostalgie, la repentance, la chance et l'injustice. Le repenti, notre personnage principal, a commis des atrocités, mais on s'attache à lui, car en changeant de pays il est censé avoir quitté son passé.
Ce bouquin me fait penser à "Crimes et délits" de Woody Allen, ou au plus récent "Match Point". Ces films, surtout le premier, dont l'humour me paraît littéralement génial, montrent à merveille la torture psychologique, les remords terribles dont une personne, plus qu'une autre, peut être victime, par sa propre faute.

Voici un petit extrait de Malavita, que je trouve absolument jubilatoire:
"Plus on lui en demandait, plus Maggie fournissait, et lorsqu'elle faiblissait, que l'idée même de charité commençait à s'émousser, le cruel rappel des ses années passées venait l'aiguillonner, et le remords la faisait avancer comme une pique dans les reins du condamné. Mais peu lui importait l'origine de son altruisme, seul comptait le résultat, pas plus qu'elle ne cherchait à connaître les raisons profondes qui poussaient les autres bénévoles à se mobiliser pour des inconnus. Au tout début de son exercice, elle avait été curieuse des motivations de chacun et avait repéré divers archétypes. Elle avait rencontré des angoissés qui se consacraient aux autres afin de se débarasser d'eux-mêmes. Il y avait aussi des malheureux qui donnaient faute de n'avoir jamais reçu et, à l'inverse, des nantis mal assumés ou des oisifs fatigués de leur inertie. Il y avait les croyants qui, auréolés de leur sens du sacrifice, allaient au devant des malheureux, en se regardant de trois-quarts dans le miroir de la béatification; ceux-là avaient la gueule de l'emploi, le sourire bienveillant mais compassé, les bras ouverts comme des vallées de larmes, les yeux tristes d'avoir vu tant de misère. On trouvait aussi le progressiste à l'écoute d'autrui, par souci de bonne conscience; le simple fait de tendre la main vers les déshérités lui procurait un incomparable bien-être intellectuel. D'autres espéraient racheter, d'un coup, tous leurs torts. D'autres encore se contredisaient eux-mêmes et cessaient de justifier leur cynisme par la décadence généralisée. Sans oublier ceux qui, sans s'en rendre compte, passaient enfin à l'âge adulte.
Aujourd'hui, Maggie se foutait bien de savoir lequel ressentait une véritable empathie pour le malheur de l'autre, lequel voyait monter en lui un réel sentiment d'indignation face à l'injustice, lequel sentait vibrer dans son coeur le diapason de la solidarité, lequel saignait aux blessures du monde. Le geste primait l'intention, et la fraternité faisait feu de tout bois. A Cholong, l'apostolat devenait à la mode, de toutes nouvelles vocations s'étaient manifestées. On allait bientôt manquer de nécessiteux.
"

Alors, ça vous donne envie?

Voir: Malavita, Tonino Benacquista, éditions Gallimard.

vendredi 9 janvier 2009

La parole aux lecteurs!

Bonjour tout le monde, aujourd'hui, un texte de Céline:

J’attends un enfant. Ou plus exactement, j’attends qu’un enfant se décide à venir grandir en moi. On n’est pas préparé à l’absence d’enfant et à tous ces sentiments qui vous assaillent quand les mois passent sans que les petites bandelettes du test de grossesse n’affichent le + tant espéré. L’incertitude : puis-je en avoir ? Les doutes : pourquoi cela prend-il autant de temps ? L’inquiétude : mon corps peut-il abriter un petit nous ? L’angoisse : et si aucun traitement ne fonctionnait ?
Mais pire que l’attente, c’est l’incompréhension des autres. Entre ceux, bien pensants, pas vraiment concernés, qui soit n’ont pas d’enfant, soit on en eu un en claquant des doigts et ceux dont l’indélicatesse n’a d’égale que la curiosité mal placée, cela donne le florilège suivant :
« Arrête d’y penser, ça viendra tout seul ! », « De toutes façons, tu es trop stressée, ça marchera quand vous serez en vacances » « Tu y penses trop, mets-toi la tête dans le boulot et tu seras enceinte en un rien de temps ! » « C’est dans la tête ! » « Tu veux l’adresse de mon gynéco, nan parce que mon gynéco, il est vachement bien ! » « Allo ! Salut ça va ? T’es enceinte ? » « La sœur de la collègue de ma cousine a eu la même chose que toi » « Machine, c’est quand elle a adopté un petit Chinois qu’elle s’est retrouvée enceinte » « Pour ma belle-sœur, ça a mis 10 ans, sans qu’on comprenne pourquoi » « Tu ovules bien ? » « Tu devrais voir un psy » « Et ta glaire, t’as regardé si elle était bonne ta glaire ? Il faut qu’elle soit comme un blanc d’œuf. » « Ca vient forcément de ton mari, il bosse trop » « Tu veux du vin ou je te sers un jus de fruit ? Ah, du vin ? T’es pas enceinte alors ? » « Tu me donnes les résultats du spermogramme de ton mari ? » « Ah c’est marrant que vous y arriviez pas, moi, ma copine elle est tombé enceinte alors qu’elle prenait la pilule » « En mars, vous aurez la lune en Jupiter, ce qui est très propice à la naissance de jumeaux » « C’est bizarre parce que, dans la famille, y a pas de problème de fertilité » « T’as vu un magnétiseur ? » « Vous devriez attendre 3 ans avant de vous inquiéter » « Vous plaisantez ma p’tite dame, au bout d’un an d’essais infructueux, on passe aux examens ! » « Et si on vous refaisait une hystéroscopie ? » « C’est un manque de progestérone » « C’est psychologique » « Mais vous faites l’amour au moins ? » « Est-ce que les testicules de monsieur sont bien froids ? » « Mais vous êtes encore jeune ! » « On vous a fait un dosage des oestradiols à J2 ? » « Profitez-en ! Quand vous aurez des enfants, plus de grasses mat’ ! » « Mais qu’est-ce que vous attendez pour vous y mettre ? » « Les enfants, ça vient bien assez tôt ! » « De toutes façons, vu comme tu es partie à fond dans cette histoire de bébé, j’étais sûre que tu aurais des problèmes » « Ah oui tiens, vous avez l’utérus contractile ! Ca fait mal ? » « Bon, on va faire une batterie de tests. Je vous revois dans 2 mois mais d’ici là, je suis sûre que vous aurez une bonne nouvelle à m’annoncer ! » « Vous savez comment ça marche, un test de grossesse ? (au bout du 15ème acheté dans la même pharmacie….) » « Tout ça, c’est dans la tête ! »

Oui, c’est dans ma tête, tous les jours. Je ne sais pas si enlever le bébé de ma tête le fera venir dans mon ventre. Si on peut arrêter de désirer avoir un enfant. Si on peut accepter de ne jamais en avoir. Tout ce que je sais, c’est que j’attends un enfant.