mardi 27 janvier 2009

Neuf Nine Nove Nueve


Ma fille, dans quelques jours tu auras neuf mois. (Permettez-moi, mes lecteurs, d'être un peu premier degré, c'est tellement rare). Neuf mois tout rond, rond comme un gros ventre. En 18 mois tu es passée de l'état de petite cellule ridicule, à celui d'un bébé de 9 kilos. Cette petite cellule aura fait du chemin; petite Sarde Parisienne.
Ta première dent est en train de pousser. C'est bête, une dent. Tout le monde, sans exception, sur cette planète, a des dents. C'est comme de dire "ma fille a des os" ou "ma fille a des yeux - un nez - une bouche". Eh bien, pourtant, c'est émouvant! Une fois qu'elle sera là, ta quenotte, tu auras franchi une étape. Une de plus. Ces neuf mois seront passés à toute vitesse. Tellement vite par rapport à ceux de la grossesse, interminables! Neuf mois de bonheur à te voir évoluer... D'abord tout le temps en train de dormir, tu t'es mise à observer ce qui se passait autour de toi. Nous te servions de cocon au début, pour petit à petit t'aider à découvrir les objets, les sons, les sourires, les caresses. Des heures passées à essayer de t'endormir, à calmer tes colères, des nuits entières à se réveiller au rythme de tes pleurs, (Un RDV important au boulot le lendemain?.. ça t'était bien égal)... Pour finalement te regarder, béatement, une fois que tu t'étais enfin assoupie, avec l'envie de te réveiller, juste pour t'embrasser encore une fois. Les tétées toutes les trois heures, nuit et jour, pendant deux mois. Mes pleurs d'épuisement, parfois, au milieu de la nuit, accompagnaient les tiens. Mais aussi les flashs, les moments de lucidité, nombreux: "Wouaouh. C'est NOTRE bébé. C'est nous qui l'avons fait! C'est complètement magique. Allez, on vérifie une dernière fois qu'elle respire, et on se recouche, il est quand même cinq heures du matin". Puis le passage au biberon, à la fois libérateur pour moi, et déchirant, violent. Tu m'appartenais moins. Je n'étais plus unique, puisque n'importe qui pouvait désormais te nourrir. Comment allai-je me distinguer? Et puis c'est passé, j'ai pu retrouver, moi aussi, un peu d'indépendance. Et dire qu'aux Etats-Unis une femme vient de mettre au monde 8 bébés. Moi, j'étais débordée (ok, je n'étais pas une pro de l'organisation à la base. Mais je progresse!) Parfois je me disais même: C'est pas pour rien qu'on est deux pour s'occuper d'un enfant, mais franchement si on était 4 ou 5 dans un couple ça serait encore plus simple!
Maintenant je tiens tes mains dans les miennes, et tu te mets debout. Tu te regardes dans le miroir, tu ris aux éclats, tu grimaces, et tu nous cherches dans le reflet, pour te rassurer. Tu fais des kilomètres à quatre pattes, tu touches à tout, ce qui t'intéresse, c'est ce qui est interdit! Arracher ta veilleuse, déchirer les feuilles d'impôts de ta mère (bon, c'est vrai, je pourrais ranger), agiter ta cuillère pleine de carottes devant les murs blancs, griffer mes paupières ou me tirer les cils et les cheveux. Tu prends toute la place, tout notre temps (Et dire que cette américaine... bref). Tu commences à comprendre que nous sommes tes parents, ceux qui t'aiment le plus au monde. Tu as déjà ta vie, ta vie-privée, même. Tu joues toute seule, tu chantonnes dans ta poussette, tu parles au pigeons et aux autres enfants. On tâtonne, on se trompe, on apprend au fur et à mesure. Tu tombes sur ton tapis, tu hésites: pleurer ou rire? Je n'ai aucune idée de ce que tu seras dans trois mois, et je me prends à t'imaginer, dans vingt ans, à passer une soirée avec tes parents au coin du feu. Qu'est-ce que tu vas penser de moi? J'aimerais pouvoir répondre à toutes tes questions, et aussi t'aider à t'en poser encore plus ensuite. J'aimerais te protéger, et je vois déjà que ta vie t'appartient. Nous sommes là pour t'accompagner. Je ne supporte plus les faits divers. Personne ne doit jamais faire de mal à mon enfant. J'essaie de déléguer, de lâcher-prise, de faire confiance aux autres. J'y arrive souvent.
J'avais envie de figer ces neuf mois, aujourd'hui, en écrivant. L'humour est venu moins facilement. J'aime bien me moquer de ma fille quand elle fait des trucs bizarres, mais c'est elle la star, aujourd'hui!

PS: bon, quand même, l'être exquis qui partage ma vie m'a soufflé un titre génial pour l'Equipe: "Normalaudou!"

3 commentaires:

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  2. Oups j'ai tout buggé desolée, je disais que c'était très jolie billet, et qu'en tant que maman moi aussi j'ai les larmes aux yeux. Profites en bien, ça va si vite...

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