samedi 7 mars 2009

La jeune maman et son statut de "divinité"


Il y a pas mal de choses auxquelles je pense à propos de la grossesse et de la maternité, avec quelques mois de recul. Une notamment me surprend encore: c'est le fait que la maternité, et le statut de jeune mère, soient si "sacralisés". La grossesse est un moment magique, c'est certain, et un chamboulement énorme dans sa vie et dans sa façon de voir les choses, qui doit être respecté. Mais pourquoi, au XXIème siècle, cette situation est-elle toujours entourée de mystère, fantasmée et mystifiée? Pourquoi, malgré tous les livres existants, les sites internet, et les cours de préparation à l'accouchement, a -t-on toujours l'impression, quand on est enceinte pour la première fois, de ne connaître aucune des informations vraiment nécessaires et essentielles, comme si un voile de mystère devait forcément masquer ce qui allait vraiment nous arriver? Pour nous protéger? Je ne suis pas sûre, puisqu'aux cours de préparation, on n'a pas été épargnée par les détails techniques et médicaux de l'affaire, les litres de sang, les risques d'y rester, ou que ça ne se passe pas comme prévu.
Non, moi, ce qui m'a manqué, ce n'était pas les détails techniques, matériels, ou d'organisation (combien de bodies acheter pour la maternité, au bout de combien de contractions doit-on s'y rendre, etc...). Moi, j'avais besoin de parler de mes peurs, de mes angoisses, et entendre celles qui étaient passées par là avant moi me dire qu'elles avaient eu des doutes, elles aussi. Au lieu de ça, on ne voit que des photos de femmes enceintes, souriantes telles des madones, au teint frais, en robe pastel, au plus haut de leur épanouissement, avec cette phrase, récurrente: "Tu verras, ce n'est que du bonheur, tout ce qui est difficile, on l'oublie!".
Le résultat, c'est qu'on va de surprise en surprise. Déjà, une grossesse, c'est tout sauf un moment de grâce. Les examens tous les mois, l'attente de résultats sanguins plus ou moins inquiétants, les complications parfois, ou, à 6 mois, le corps qui décide, soudainement, de créer des anticorps contre le foetus. Les angoisses commencent dès les premières semaines!
Et puis l'accouchement: Pourquoi personne ne m'a réellement expliqué ce qu'était la douleur des contractions? On m'avait dit "tu auras mal au ventre". Or les douleurs, (j'ai vraiment compris le sens du mot douleur à 26 ans!) se situaient plus au niveau des reins, dans le bas du coccyx, avec une sensation assez effrayante de devoir expulser 4 kg, sans avoir la moindre idée de la façon de s'y prendre.
Et la peur d'accoucher: Celles qui y sont passées, n'avez vous pas, vers le troisième trimestre, eu cette angoisse terrible de la douleur, que ça ne se passe pas bien? Et celle de faire connaissance avec votre bébé, ce petit être que, finalement, vous ne connaissez pas encore et que vous aurez peut-être du mal à aimer?
Autre sujet: l'allaitement: Pour moi, la question ne se posait pas, j'allais allaiter. mais on ne m'avait pas dit à quel point c'était difficile! "C'est douloureux simplement lorsqu'on s'y prend mal" disaient les pro-allaitement. Connaissez vous une seule jeune primipare ayant réussi à allaiter du premier coup? C'est à peine culpabilisant, ce message! Moi, je faisais tout comme on me disait, mais je ne savais pas que mes seins saigneraient pendant une semaine, et que je donnerai le sein en pleurant de douleur les deux ou trois premiers jours! J'ai adoré allaiter, finalement, mais il faut une persévérance et une motivation dont je n'avais pas idée!
J'ai vécu la grossesse comme une période magnifique, et eu la chance que tout se passe "normalement" à la naissance... Mais c'est aussi une période qui fut riche en angoisses, en peur de l'inconnu, de l'irréversible, de la mort. Des nuits peuplées de mauvais rêves, de jours à attendre des décisions de médecins pour des résultats d'analyses anormaux.
Tout ça, personne ne nous l'explique vraiment avant. Mais peut-être qu'il faut tout simplement y passer, pour le comprendre, finalement. Et avoir du recul, pour prendre la mesure de cet évènement. Mais maintenant encore, je regrette vraiment qu'on ne nous dise pas assez à quel point donner la vie, c'est un des plus grands bonheurs, mais aussi une des choses les plus difficiles qu'on puisse vivre.

5 commentaires:

  1. Encore une fois, je me retrouve totalement dans ce billet. J'ai autour de moi quelques amies enceintes et j'essaye vraiment de leur donner les réponses qu'il m'a semblé cruellement rechercher durant ma propre grossesse, mais comme chacun est différent j'imagine qu'il est difficile d'anticiper les angoisses de chaque femme.

    RépondreSupprimer
  2. ravie de voir que ce que j'écris peut parler à certain(e)s! j'espère que ce billet va susciter d'autres commentaires :-)

    RépondreSupprimer
  3. Pour moi qui ai accouché il y a moins de deux mois, la grossesse, l'allaitement et le nouveau statut de jeune maman, c'est un peu ce que tu cites (les angoisses, la douleur, le questionnement) mais également ce côté mysterieux dont tu parles... Je crois qu'aucun livre, aucun article, aucune emission télévisée ne peut décrire précisement ce que c'est qu'être enceinte ou de devenir maman, parce que ça ne se dissèque pas, ça se vit...

    RépondreSupprimer
  4. La grossesse est un mélange de bouleversements physiques (la grosse fatigue des trois premiers mois, on ne m'en avait pas parlé), de moments fabuleux (les premiers coups de pied du foetus, le ventre qui s'arrondit) de moments angoissants (et s'il était anormal ? Serai-je une bonne mère ? et si je mourrais en couche ?). Chacun le vit différemment, et il est difficile d'en discuter avec une future mère. D'abord parce qu'on a peur de l'angoisser si on lui parle des difficultés. Ensuite parce que ce qu'on ressent est très difficile à expliquer. Enfin, parce que la femme enceinte est dans un état psychologique souvent fragile, et recevra souvent mal ce qu'on lui dit.
    très intime. Et le fait de donner la vie est si étrange et si fascinant...

    RépondreSupprimer
  5. Pour moi, la grossesse c'est personnel. J'ai arreté les bouquins sur l'accouchement-trop déprimant. Et pris une seule confidente : ma mère :)
    Pour le reste, je parle à mon homme, à des collègues qui sont passées par là il y a 2 ans maxi.
    J'évite les gens trop enthousiastes-ceux qui vivent par procuration et te touchent le ventre sans demander...

    Et surtout, je garde mes obsessions d'avant bebe (cheveux, magazines feminins, etc.). Bebe c'est bien, mais je veux rester un individu

    RépondreSupprimer