lundi 27 avril 2009

Les fiches cuisine de Tante Mildred: aujourd'hui, le poulet au gingembre.


(en photo: Bernard, un poulet chinois très sympa)


"J'aime qu'on m'enduise d'huile", disait Jean Dujardin dans le premier opus d'OSS 117. Mes chéris, je crois que cet homme ne serait pas malheureux de me rencontrer, tant mes talents de masseuse oléagineuse sont reconnus dans le petit monde de la popotte.
Mais ne nous égarons-pas. Si je suis là aujourd'hui, c'est pour vous enseigner comment conjuguer galanterie et four à micro-ondes, séduction et papier sulfurisé, amour et lèche-frite. Mon John-David aime la viande fraîche, comme tous les hommes (et on les comprend). Friand de ma daube provençale, il aime aussi passer des soirées en compagnie d'un poulet au gingembre, dépecé de mes petites mains agiles.
Aujourd'hui, ma recette sera marquée du sceau périlleux (héhéhé, rapport au Péril Jaune, trop drôle, Tante Mildred): C'est sous le signe des arts-martiaux, du "Qi", souffle de vie, et de la nem que commencera ce billet.
Je vais donc vous transmettre cette recette ancestrale, connue dans tout l'Orient, et dont les secrets sont repris jusque dans le Tao Te King, co-écrit par Lao Tseu et Jacky Chan, il y a fort longtemps, là-bas, au pays de la nouille sautée et du jean Levi's à 1 Euro. (A ne pas confondre avec le Japon, pays méprisable s'il en est, si brillamment décrit par Pierre Desproges dans "Les étrangers sont nuls", lorsqu'il dit: "Les japonais sont horribles. Quant aux japonaises (...): Si la Japonaise est la négation la plus absolue de la femme, elle est aussi la négation la plus absolue de la beauté grecque." Mais on s'égare). Revenons à pied par la Chine:

Ingrédients, pour 4 personnes:
6 blancs de poulet
1 bol de bouillon de volaille
1 bel oignon, comme dans chacune de mes recettes, coquins.
1 belle racine de gingembre
De la sauce Soja
Vinaigre, huile, poivre.
Des petites herbes (comme du persil)
(à accompagner avec du riz, tout simple)

Le coeur du sujet:
Procurez-vous les plus beaux blancs de poulet possibles, fermes et tendres à la fois. Mon John-David, comte du Sussex, me les rapporte spécialement de chasse à courre, mais vous pouvez aussi vous fournir chez vos voisins, s'ils ont un jardin. Arrivez discrètement par l'arrière, surpenez-les (les poulets, pas vos voisins), et d'un coup sec dans la nuque, envoyez-les au paradis des volatiles. Si vous êtes croyant, vous pouvez vous signer pour vous rassurer, mais je crois que les chinois le déconseillent. Dépecez-les délicatement, et coupez-les en morceaux. Faites de même avec l'oignon, qui vous fait de l'oeil depuis quelque temps dans sa petite assiette. Moi, souvent, j'ai pour habitude de fermer les yeux et de visualiser Joël Robuchon, se dandinant, en rythme, sur "La belle vie" de Sacha Distel... ça me donne du coeur à l'ouvrage.
Coupez de touts petits morceaux de gingembre, vous vous en occuperez ensuite.
Prenez une poêle enduite d'huile (ah!...), et balancez dedans, dans l'ordre: l'oignon, le poulet,,puis le bouillon. Laissez mijoter le temps qu'il faut, versez de la sauce soja. Puis jetez dans la poêle les petits morceaux de gingembre, pendant 5 minutes. Versez un peu de vinaigre, juste avant d'éteindre le feu.
Servez ce poulet accompagné de riz.

L'ambiance idéale:
Comme dans tout restaurant asiatique, que serait votre plat sans une ambiance et une déco réussies? Une vulgaire écuelle de choses trempant dans un truc liquide, à l'odeur, bien qu'agréable, indéfinissable.
Customisez donc votre chignon en y enfonçant quelques baguettes. Dévêtissez-vous au maximum, et demandez à vos invités de faire de même; la cuisine du riz à la vapeur transformera votre intérieur en véritable hammam, veillez à ne pas faire courir à vos amis de dangers inutiles.
Pierre Desproges, encore, notait pertinemment que, "jusqu'à la fin du siècle dernier, les Chinois portaient des robes avec de grandes manches qui traînaient dans la soupe. Mais aujourd'hui, ils mangent avec des braguettes. En résumé, on peut dire que c'est le pantalon qui distingue l'Homme de la bête". Soyez bien inspirés, donc, de ne rien faire traîner dans la sauce.
Mettez une petite musique d'ambiance romantique pour prouver votre sino-culture, et c'est parti! Vous allez en mettre plein la vue à vos visiteurs, pour un peu ils se croiront dans le 13ème arrondissement, John-David sera tout émoustillé devant tant d'exotisme. Vous pouvez-faire une exception à la règle qui veut que les japonais soient exécrables, et leur reconnaître une qualité en empruntant à leur tradition un peu d'alcool de riz: Le saké égaye les fins de soirées, et l'apparition de ces petits hommes nus au fond des tasses est toujours un moment privilégié et distingué à partager avec ses convives.

Bon appétit, et à bientôt pour d'autres conseils de votre vieille anglaise toute dévouée!

mercredi 22 avril 2009

Le point bouquinage du jour: David Lodge


Salut lecteurs! Il ne faudrait pas que j'oublie d'enrichir ma super rubrique "critique littéraire"! Bon, je n'ai de critique que le défaut, loin de moi l'idée de me proclamer Critique avec un grand C.
Mais j'adore lire, et même si en ce moment mon rythme est un peu irrégulier, voire complètement anarchique, j'aimerais vous parler d'un auteur que j'adore, et que j'ai découvert il y a quelques années grâce à une ancienne amie:
David Lodge! Cet auteur anglais écrit à a perfection, et est surtout servi par de super traduteurs français, aux éditons Rivages (lisez sa bio ici)

Bref, si vous aimez l'esprit, l'humour anglais, la critique du quotidien, du monde universitaire et des petits milieux élitistes, des principes religieux, de la morale bourgeoise, et si le choc des cultures, ça vous branche, il faut absolument vous vautrer dans ses livres, qui sont un régal.
L'auteur a un sens de la formule de génie, qui me fait vraiment rire, tout en critiquant assez finement la société (anglaise, mais aussi américaine)

Je n'ai pas encore tout lu, mais j'ai commencé par lire "Hors de l'abri", sorte de mémoires de l'auteur, de souvenirs d'enfance, ses premières amours, avant la guerre, entre l'Allemagne et l'Angleterre. Il raconte son passage à l'âge adulte à travers ce voyage initiatique. Emouvant et passionnant. Son style ironique et critique se développera dans ses oeuvres suivantes.

J'ai adoré lire "Changement de décor", racontant un échange de poste, sur un semestre universitaire, entre deux professeurs de littérature: l'un anglais, engoncé dans sa petite vie monotone, et l'autre, Californien, bon vivant allant de fêtes arrosées en soirées peu recommandables. Changeront-ils aussi de vies? Là encore, le monde universitaire en prend pour son grade, et les clichés de l'Amérique flamboyante des années 70 mis à mal.

J'ai été vraiment passionnée par "La Chute du British Museum", récit acerbe et hilarant sur la vie d'un étudiant catholique à Londres, qui passe son temps à bosser sur sa thèse, et à s'évertuer à ne pas mettre en route un 4 ème enfant avec sa femme, tout en s'efforçant de respecter les principes stricts du Vatican pendant les années 60.
Sur la forme, chaque chapitre est écrit à la manière d'un grand écrivain (comme kafka et sa "Métamorphose" par exemple), c'est jouissif, et moi qui suis loin d'etre férue de littérature anglaise, j'ai trouvé ces pastiches littéraires accessibles. L'étudiant travaille notamment sur Oscar Wilde, et sa célèbre citation "La vie imite l'art" a enfin pris sens pour moi à la lecture de ce livre: Ce n'est pas l'art qui imite la vie, au contraire: Chaque évènement, chaque chose apparemment extraordinaire qui se passe dans nos vies, figure déjà, sans qu'on le sache, dans un livre, classé quelque part dans le monde, dans une bibliothèque. Nous nous croyons uniques, mais chacune de nos histoires d'amour, des combinaisons qui les composent, de nos déceptions ou de nos pensées, a déjà existé, a déjà été racontée par quelqu'un d'autre, il y a dix ans ou plusieurs millénaires, et existera à nouveau après nous. Ca fout le vertige, non?
Le récit de cette passion pour la littérature nourrie par le personnage principal, alliée aux problèmes bien plus matériels et angoissants que sont la contraception pour un jeune couple catholique pratiquant, donnent lieu à des situations très drôles et piquantes. Ruez-vous sur ce livre.

Enfin, j'ai commencé " Jeux de société", je vous le raconterai peut-être une prochaine fois, mais avec ma manie de lire 4 ou 5 bouquins à la fois, ce n'est pas dit que je n'en finisse pas un autre avant. je sais aussi que je dois, un jour, lire "Thérapie", un incontournable d'ironie et d'humour, et puis aussi le dernier né de David Lodge, "la vie en sourdine"(traduction du jeu de mot, titre original, "Deaf sentence"), moins drôle, plus amer, sur la vieillesse et la perte de l'audition de l'auteur.

Connaissez-vous cet auteur? Qu'en pensez-vous? Peut-être que j'aurai donné envie à l'un de vous de s'y mettre?
à bientot mes poulpes.