mardi 28 avril 2009

Mes lecteurs savent écrire: aujourd'hui, le texte de Mathilde.

Dites, les gens. Je ne sais pas si vous vous souvenez mais ce blog, il a aussi été créé pour vous laisser le champ libre, pour vous exprimer. C'est la rubrique "Mes lecteurs savent écrire".
Une chance, ce week-end, quelqu'un me l'a rappelé! (j'allais presque oublier moi-même cette rubrique). Il s'agit de Mathilde, qui m'envoie son texte.
Mathilde, longtemps parisienne, a quitté, en octobre dernier, avec homme et bébé, son train de vie bien tranquille, pour partir vivre en Thaïlande! (Ce serait un peu long de vous expliquer comment je l'ai "connue" webèment parlant, disons que, comme avec Evy, il y a un rapport avec le concept d'ancien collègue retrouvé sur la toile!).
Aller-simple pour Koh Samui au départ, le billet de retour pour la vie parisienne est finalement réservé. Elle raconte son quotidien sur un blog, From Paris to Samui, et crée des bijoux, Mekong Moon.
je mets en ligne, aujourd'hui, son texte!

L’homme seul

Cet homme a décidé, peu avant l’âge habituel de la retraite de tout quitter. Sa femme, ses enfants, son travail, son pays. Il quitte tout car il a peur de la vieillesse sans doute. Mais lui, il ne se rend pas compte que ce qu’il traverse n’est qu’une petite crise de la cinquantaine. Il a passé sa vie comme un gentil monsieur, toujours bien aimable et comme il faut. Répondant aux attentes des autres, étant toujours bien à sa place, la chemise bien mise et les cheveux aussi.

Il n’a jamais eu d’idées politiques trop dérangeantes, il n’a jamais eu d’ennuis de jeunesse, ces menues bêtises que l’on fait quand on est encore assez insouciant mais que beaucoup regrettent ou craignent de voir resurgir lors d’une carrière de notable par exemple. Non, lui a toujours été quelqu’un que tous respectaient voire admiraient. Il n’est jamais sorti du rang mais là, la cinquantaine déjà passée, il se dit que tant de droiture, cela commence à lui faire comme une raideur dans le dos.

L’homme se sent seul, très seul. Il a eu beaucoup de monde autour de lui dans sa vie, mais il trouve que tout ce monde n’est rien finalement. Qui l’aime vraiment ? Il cogite quelques semaines. Un jour, il a une illumination, mais étrange, il se retrouve comme un cerf dans les phares d’une voiture en pleine nuit, qui panique, ne sait plus où aller et finit par agoniser rapidement après un choc inévitable avec un pare chocs qui n’avait rien demandé. Sauf que lui ne meurt pas. Enfin, pas vraiment. Il décide juste de tout changer dans sa vie donc.

En quelques semaines de plus, tout est réglé. Enfin, pas vraiment. Bien sûr, la femme qui jusque là était la plus heureuse des femmes, ayant échappé à l’adultère, ayant toujours eu la sécurité financière de l’homme qui réussit dans les affaires a du mal à accepter la nouvelle. Bien évidemment, les enfants, désormais grands, se retrouvent comme assommés par un divorce qu’ils n’imaginaient plus possible. Parce qu’il n’est pas de ces hommes qui restaient pour les enfants. Non, il était heureux jusqu’à peu, il n’avait jamais pensé à tout quitter. Son acte a cela de non coupable qu’il n’avait pas été prémédité. Il n’a jamais vraiment su ce que c’était que de faire mal à ceux que l’on aime, mais pourtant, il sait qu’il n’a plus le choix, sa décision est prise et en quelques semaines, tout est donc réglé.

Il part loin avec l’argent qui lui reste. Il en a laissé beaucoup à ses proches d’avant, histoire de tenter de compenser la perte physique et le choc de l’abandon soudain. Il leur a dit : « je comprends que vous soyez fâchés, je vous laisse presque tout, comme ça, votre vie changera à peine, vous n’aurez qu’à vous dire que je suis mort. »

Arrivé loin, il décide de recommencer sa vie. Il fait un peu sa crise d’adolescence, on pourrait dire. Il ne veut rien comme avant, c’est juré ! Il se trouve une nouvelle femme, plus jeune, oui, mais pas exprès. Il ne cherchait pas à remplacer la vieille par la jeune, c’est juste arrivé comme ça, celle là lui plaisait et voilà, cela s’est fait très vite.

L’homme se trouve un nouveau travail, enfin, il se le créée plutôt. L’argent qui lui restait, dans ce nouveau pays, lui permet des quasi folies. Il se construit un endroit où l’on rend les gens beaux et heureux. Les gens viennent et en ressortent effectivement plus beaux et plus heureux. Mais par contre, à lui, qui en est propriétaire, cela ne fait aucun effet. Il fait des enfants tout neufs à sa nouvelle femme.

Et l’homme se rend compte, petit à petit, sans amertume, comme fataliste, qu’il est toujours aussi seul au milieu de tous. Il a refait la même vie qu’avant, il évolue parmi des étrangers qui vivent sous son toit. Il n’est pas amer, il n’a plus le temps car il a pris un peu d’âge. Il est juste déçu et triste, il a tout laissé pour rien. Sa nouvelle vie ne le rend pas malheureux, non, mais elle ne l’a pas rendu différent. Il comprend qu’il n’était pas suffisant de tout changer pour se changer soi. Il aurait du faire autrement. Mais il se sent fatigué maintenant, alors il se résigne. Il accepte sa condition et décide de rendre sa nouvelle famille heureuse en étant un homme bien et bon, comme il a toujours su l’être.

MPK.

2 commentaires:

  1. Très beau texte et tellement vrai! L'herbe semble toujours plus verte ailleurs, et c'est parfois en jetant tout par la fenêtre qu'on se rend compte de ce qu'on avait. On peut tout fuir, sauf soi-même!
    Merci pour ce témoignage.

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  2. Marine,
    Merci de m'avoir publiée (c'est la premiere que cela m'arrive!! hihi)
    Céline,
    Merci de tes jolis mots, l'inspiration est revenue apres quelques mois voire années de "jachère". Cependant, le texte n'est pas un témoignage, mais une très libre adaptation d'un homme rencontré brièvement (euh, rien de sexuel la dedans, je t'assure!!)

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