lundi 25 mai 2009

Pourquoi fait-on des enfants?

(en photo: Famille au Vert-Galant, Willy Ronis)

Il y a quelque temps, Philosophie Magazine avait réalisé ce sondage, qui a été fortement médiatisé. "Pourquoi fait-on des enfants?" (ou veut-on on faire, c'est la même chose)
C'est une question que l'on se pose depuis peu de temps, puisqu'avant l'arrivée de la pilule et des moyens de procréation assistée, on ne choisissait pas d'enfanter, on "subissait" ce phénomène, point. Aujourd'hui nous avons le "Choix", et comme toujours avec ce mot, la liberté qu'il entraîne s'accompagne de pression, d'angoisse. Nous prenons maintenant la décision d'enfanter, à nous alors d'en assumer les conséquences, de justifier cette volonté, la façon dont on la réalise, le nombre d'enfants, les années d'écart entre chacun, le nombre de mois qui s'écoulent avant que notre projet se réalise. A nous aussi d'expliquer pourquoi n'en faire qu'un seul, voire ne pas en avoir du tout. A nous de justifier que, même si aujourd'hui, on fait un enfant quand on l'a décidé, parfois on décide mais l'enfant ne vient pas. A nous de gérer la pression de la société, et les difficultés à venir, que nous avons, finalement, "voulues", en procréant.
Mais savez-vous répondre à cette question de base, pourquoi fait-on des enfants?

Les réponses au sondage sont intéressantes:
Pour 60% des sondés, « un enfant rend la vie de tous les jours plus belle, plus joyeuse »
47% des sondés considèrent que faire un enfant « permet de faire perdurer sa famille, de transmettre ses valeurs, son histoire »
33% des personnes interrogées insistent sur l'amour : « un enfant donne de l'affection, de l'amour et permet d'être moins seul quand on vieillit »
Pour résumer, donc, on pourrait dire que nous faisons des enfants pour nous-mêmes; pour nous aider à vivre, pour transmettre, pour être entouré. Pour donner du sens à notre vie, en somme.
J'entends déjà certains commenter: "quel égoïsme!". Mais j'ai souvent été sidérée par cet argument. Est-ce que dire qu'on fait des enfants pour leur bonheur à eux, c'est réaliste? Moi, cet "égoïsme"-là, il ne me choque pas. Ces enfants, on ne les connait pas encore. Comment les aimer à l'avance? En aucun cas on ne leur fait un quelconque don!

Je crois qu'il existe tout un tas de bonnes, et de mauvaises raisons de faire des enfants, comme de ne pas vouloir en faire.
Certains font des enfants parce que ça se fait (le poids de la tradition, de la société), ou parce qu'il est temps (l'horloge biologique), ou pour matérialiser une histoire d'amour, en créant un mélange de deux personnes. D'autres le font pour se "guérir", même si procréer dans ce seul but est un peu gênant (la grossesse, la maternité, sont des formes de thérapie, qu'on le veuille ou non), ou pour se donner un statut, une contenance, un rôle social.
Et puis il y a l'inconscient. J'avais lu que le phénomène des très jeunes mères adolescentes, en Angleterre, par exemple, était notamment lié à la précarité de la société. Pour certaines jeunes filles, la grossesse est un moyen de se réaliser, d'exister, d'avoir un statut, de trouver une place dans la société, qu'elle ne trouvent pas par le travail.
Quand je réfléchis à ça, je ne vois pas pourquoi j'aurais eu des raisons plus nobles que les autres de procréer. je crois que toutes ces raisons, en proportions diverses, sont un peu les miennes.
Puisque maintenant nous avons ce choix, décider d'enfanter parait être quelque chose d'intellectualisé. Mais peut-être que nous minimisons la force de l'instinct de survie, et de reproduction, de l'espèce humaine? C'est peut-être ça, qui nous pousse le plus, finalement. Nous, petits individus humains, n'avons peut-être pas autant de pouvoir que nous le croyons.

Plus que les raisons, moi, ce qui m'intéresse, ce sont les conséquences.
On dit souvent qu'un bébé change la vie. Matériellement, bien sûr, mais surtout psychologiquement. La grossesse est un voyage intérieur intense (ils sont utiles, ces neuf longs mois!), qui métamorphose une femme, qui la prépare à devenir mère, d'une façon ou d'une autre. C'est un moment où certains conflits se créent, d'autres se règlent. Tout se met en mouvement, pour prendre une nouvelle place. L'arrivée du bébé a été, dans mon cas, une simple continuité de ce bouleversement.
Une amie qui a un bébé de 1 an et demi, m'a raconté qu'au début de sa relation de couple, elle était dans une phase terrible d'insomnie et de dépression, à cause notamment de problèmes dans son enfance qui ressurgissaient. Le travail, la vie de couple, plus rien n'allait à ce moment-là. Elle est tombée enceinte par accident, sans l'avoir envisagé. Ce bébé lui a donné l'occasion de "sortir d'elle-même", de voir les choses autrement, de lâcher prise et d'avancer. Avoir un enfant permet aussi de progresser, parce qu'on y est obligé. En France, j'avais lu que les médecins, dans certains cas de mères très jeunes et déséquilibrées, les poussaient même à mener leur grossesse à terme, car ce bébé allait les révéler, les responsabiliser, les "soigner", en quelque sorte. Toutes ces jeunes mères n'étaient pas identiques, certaines au contraire, immatures ou irresponsables, n'auraient pu gérer l'arrivée d'une petite personne humaine. Mais quelques unes ont bien évolué, grâce notamment à cet évènement. Bien sûr, ce sont des choses qui nous arrivent sans que l'on y ait pensé à l'avance (et heureusement!), mais je constate autour de moi, que bien souvent, la grossesse donne des clés pour régler pas mal de choses en soi.

Et vous, savez-vous répondre à cette question, Pourquoi? Et votre choix, a-t-il eu des conséquences inenvisagées? Cela vous a -t-il transformé? Avez-vous découvert une autre façon de voir la vie, et les gens autour de vous?

5 commentaires:

  1. RadioBiereFoot25 mai 2009 à 12:06

    J’ai lu sur ce blog qu’une grossesse peut révéler une femme, l’aider à atteindre une maturité qui la libère. Pour un homme, c’est un peu différent. Le fait d’être père va le transformer sans aucun doute ; néanmoins, ce qui, historiquement, faisait de l’homme un homme était bien entendu la guerre. Son sens des responsabilités et sa propension à vivre étaient indéniablement stimulés par cette expérience traumatisante.
    Le plus souvent, depuis deux générations, dans notre pays, les jeunes gens ne connaissent plus la guerre. Qu’elle est donc l’expérience constituant la pierre angulaire de leur humanité et de leur virilité ? Tout d’abord supporter la vie de couple avec des femmes hystérisées par les magazines féminins et la nouvelle star, femmes qui sont ainsi poussées, sans s’en rendre compte d’ailleurs, ou sans trop désirer le réaliser tout du moins, à réclamer d’une manière absurde et irréfléchie plus de tout, à savoir plus d’amour, d’argent, de prestige social, d’attentions romantiques, de tendresse, de comportements machos et viriles, de détermination mais aussi de soumission, de présence, d’intérêt authentique pour ce qui les intéresse, de culture, mais encore de posséder un physique de rêve, d’être stable et rassurant et de les aimer follement, passionnément, sans retenue mais de manière raisonnable et réfléchie, constante, d’être le bon père et l’amant parfait, d’être à l’écoute et surtout de se la fermer, de ne pas souhaiter voir ses amis à lui et d’adorer les siens à elle, de ne pas discuter l’évident (tout ce qu’elle aime) et d’être systématiquement d’accord avec elle, sauf des fois, sinon c’est pas assez virile.
    Cette expérience traumatisante et corroborée par, absolument systématiquement, l’ensemble des hommes engagés dans une relation dite sérieuse (il faudrait plutôt dire absurde et suicidaire mais bon puisque tout le monde le fait c’est que l’instinct de survie de la race est le plus fort et pousse donc à se reproduire au prix surélevé de tout ce qui a été évoqué précédemment) est une première étape dans l’accession à la maturité et la résignation face à la dureté de la vie. La seconde est bien sûr l’amour du foot et du rugby. Et figurez-vous que mercredi c’est la finale de la Champions’ League entre les red devils et les blaugrana. Notre Saint Valentin à nous. Alors mesdames, pensez justement à la Saint Valentin, à tout les anniv’ de rencontre etc, bref à tout ce que vos hommes endurent, et dans un élan de générosité sans égal dites-lui ce soir d’un air détaché : « mercredi c’est la finale de la Champions’ League non ? Tu devrais aller la voir avec tes copains ce serait l’occasion de boire une bière et de les retrouver un peu… » Vous omettrez de lui dire que vous trouvez minable de se passionner pour ça et de dire la vérité sur ce que vous pensez de ses amis - bien entendu… Il appréciera cette superbe et magnanime preuve d’amour et ça ne pourra manquer de faire du bien à votre couple, promis, c’est un vrai conseil de fille que vous pourriez trouver jusque dans Glamour !

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  2. Merci pour ton commentaire, toujours éclairé et bien écrit, radiobièrefoot! Il est limite hors-sujet mais je te pardonne, tu as tellement d'humour!

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  3. Vaste question que celle

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  4. Oups, je recommence...

    Vaste question que celle-là... Personnellement, depuis que ma petite Emilie jolie est arrivée, ma vie est tellement plus... intense. La vie puissance 10. Fatiguante mais passionnante. Grâce à ma fille, j'apprends à mieux me connaître, j'ai envie de me dépasser et de devenir une "meilleure personne". Elle m'a permis de révéler des choses enfouies en moi et surtout, de faire le clown et de "lâcher mon fou" sans aucun complexe... cela libère le corps et l'esprit et, mieux qu'une boisson énergisante, ma fille me donne des aiiiiiles ! :-)

    Toujours un plaisir de lire ton chouette blog,
    Chacha de Montréal

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  5. Ya vraiment quelque chose de pourri au royaume de Blogosphère !

    Marine pose une question pasionnante. L'essentiel de son lectorat est j'imagine composé de jeunes (et moins jeunes, ou même futures) mamans. Il y a presque 3 mois et quasi pas de commentaires.

    Pour ce qui est de RadioBièreFoot, son commentaire n'est peut-être pas si hors sujet que çà ! D'une part, bon sang, il a rudement raison sur la description des filles/femmes d'aujourd'hui !

    D'autre part le pire, c'est qu'elles ont le même type de désir de perfection pour le désir d'enfant : quand je sera mûre, prête, que ma carrière aussi, que je suis sûre de mon Nhom, et que je suis sûre qu'il sera un bon père, que mon appart est assez grand, que le premier il est pas assez autonome, etc.
    Alors, nom d'une pipe, je comprends que ça devienne pression, angoisse : vouloir faire vivre un ETRE ! Parce que si au début, c'est mougniou mougniou, arreuh gouzigouzi gazougazou,
    OUI, mais il faut en faire un adulte !

    Un ETRE qu'on a "voulu", bien sûr que tu parles d'un poids !

    Je fais partie de la génération qui a vu arriver et la pilule et la libération sexuelle ! Mais la pilule à l'époque, c'était pour ne pas avoir d'enfant, ce n'était pas pour n'en avoir que quand on veut.

    Et non, ce n'est pas la même chose : il y a une différence entre éviter une catastrophe et éviter des désagéments.
    Aujourd'hui, c'est vrai que la plupart des femmes attendent que ce soit le bon moment (coincées entre l'horloge biologique, leur carrière, leur couple et leurs copines).

    Et comme elle ne sont pas aussi têtes en l'air que ma description peut les faire paraître, alors bien sûr, elles ressentent un poids, une pression que très probablement, la plupart d'entre elles transmettent sur leurs enfants (c'est là que l'on comprend bien comment les bonnes intentions peuvent paver l'enfer !)

    J'ai arrêté la pilule à mon mariage. Fistonchéri est venu. Je ne l'ai pas voulu, dans le sens d'aujourd'hui, même si j'étais "disposée" à avoir un enfant puisque je ne prenais plus la pilule. Je l'ai élevé du mieux que j'ai pu. Je me suis battue pour lui (Dieu sait !).

    Je me suis toujours sentie responsable de son éducation mais pas du fait qu'il vive.
    Je suis responsable de son aptitude au bonheur mais pas de son bonheur.


    NB et le temps que j'y pense : la pilule, c'est génial quand on ne vit pas en couple. Mais quand on vit en couple, c'est dégueulasse que ce ne soit que la femme qui subisse la contraception alors que c'est le couple qui ne veut pas d'enfant !

    Z'avez vu ce que je suis féministe !

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