lundi 11 mai 2009

UN AN!

"Super journée, photo de mon ventre en pj, suis pas prête d'accoucher, je pète la forme."

Donc, ce week-end, c'était le premier anniversaire de ma fille.
Outre le fait qu'elle a été bien gâtée, qu'elle a fait quelques premiers pas (bien accrochée à nous) et qu'elle a passé sa "première journée à la plage", cet évènement nous a surtout rappelé, à nous, ses parents, le jour de sa naissance.

8 mai 2008, 11:00:
Après avoir passé deux mois presque tout le temps alitée, aujourd'hui, jour de l'armistice, il me prend une furieuse envie de marcher dans Levallois. Avec mon chéri, je m'extasie devant les chars Leclerc et les jolis défilés, devant l'hotel de ville. J'en profite pour envoyer un mail à ma famille (éparpillés entre Paris, le sud de la france et le Canada): "Super journée, photo de mon ventre en pj, suis pas prête d'accoucher, je pète la forme."

13:00
Assise à la Brasserie de la Poste, rue du Président Wilson. J'ai une tunique Maje beige, un pantalon en lin blanc et un panama blanc. J'ai tant bien que mal réussi à m'assoir. Après avoir étudié le menu (viande rouge pas cuite- pas le droit, salade probablement pas lavée -pas le droit, -putain de toxoplasmose!-, alcool évidemment- pas le droit), je me rabats sur une omelette. Je mange comme quatre malgré mon estomac compressé. Avec le recul... j'ai eu bien raison de me goinfrer, j'allais ne plus rien avaler jusqu'au lendemain!

14:30
Je suis au lit. En théorie, je dois accoucher dans 11 jours. Mon chéri tue le temps devant l'ordi, fait les cent pas, bouquine.
Je ne dis rien, je m'observe, sur le lit. Depuis qu'on est rentrés du resto, je constate comme des vagues intérieures, mais plutôt espacées.

16:00
"Mon amour, je suis sûre que c'est une fausse alerte, mais je sens des choses bizarres. Comme un flux et un reflux, ma peau tendue qui se tendrait encore plus, si tu vois ce que je veux dire. Mais aucune douleur. Ca doit faire mal, normalement? Bon, on attend encore un peu." Je regarde le programme télé. Il y a un super film ce soir.

20:00
On prend la twingo, chargée de valises. 5 minutes après, nous sommes devant l'entrée du Hertford British Hospital. Il fait très chaud en ce 8 mai. Personne dans les rues, les parisiens sont partis en week-end. Une ambiance de vacances.
A la dame des admissions: "Bonsoir, je suis sûre que je viens pour rien, c'est sûrement une fausse alerte, mais quand-même, je crois que je sens des contractions."

20:15
Je me retrouve dans la salle de travail. "Mademoiselle, vous allez effectivement passer la nuit ici. Pas besoin de rentrer chez vous. Dans quelques heures, vous serez maman." Glourps.
Mon chéri arrive, il a revêtu des sur-chaussures et une charlotte en plastique. C'est de toute beauté. Il a une part de pizza a la main, le salaud. Je n'aurai rien le droit de manger, ni de boire, jusqu'à la fin.

21:00
A partir de maintenant, toutes les heures, une sage-femme viendra contrôler l'avancée du "travail". Cela consiste en la mesure de mes contractions, qui deviendront de plus en plus fréquentes et régulières, et de l'ouverture du col.
Je reste donc allongée, tranquilou. Je ne sens pas trop de douleurs, je ne m'ennuie pas vraiment. J'ai apporté "les piliers de la terre", commencé il y a 10 jours. Je n'ouvrirai finalement pas ce bouquin pendant des mois. Je plaisante avec mon chéri, j'entends les livreurs de pizza à travers la fenêtre de la salle de travail. De toute évidence, la France a décidé de continuer son petit week-end au calme, avec une 4 fromages devant le film de Tf1, alors que je m'apprête à réaliser un exploit. Soit. Le temps passe, ni vite ni lentement.

23:00
La sage-femme me propose la péridurale. Je dis que je ne vois pas trop pourquoi il me la faudrait maintenant, vu que je trouve les contractions supportables. Elle me conseille de vite la faire, rapport au fait que je n'ai pas encore perdu les eaux, et qu'après, "c'est insupportable".

24:00
Je suis à poil, sous ma blouse, avec ma charlotte et mon ventre immense. On me fout une aiguille de 10 cm dans le milieu du dos. Ca "piquotte". L'effet devrait se sentir dans 45 minutes environ.
On m'allonge, et on me perce la poche des eaux. Une drôle de sensation, tout ce liquide.
Effectivement, après ça, je perçois ce qu'est une "vraie" douleur de contraction. Pendant une heure, mon chéri va essayer de maintenir les monitoring sous mon ventre, pendant que je me tordrai de douleur pour trouver la moins pire des positions. Chaque contraction devient plus difficile que la précédente. La sensation d'avoir à expulser un énorme poids de plus de 3 kg, sans savoir vraiment comment faire. C'est carrément paniquant.
Au bout d'une heure de souffrance, je commence à me sentir un peu shootée. C'est presque agréable. Je bénis l'inventeur de la péridurale, et essaie de trouver de la force dans la mémoire des milliards de femmes qui y sont passées avant moi.

9 mai, 3:00:
La sage-femme vient m'expliquer que c'est pour très bientôt, cette fois. "Soyez prête, il va falloir tout donner, l'accouchement va commencer et dans 20 minutes maxi, vous aurez votre fille dans vos bras."
Je regarde mon chéri, je crois que je lui dis que je ne veux plus accoucher, je préfèrerais rentrer à la maison. Un frisson de stress m'envahit, je vais devoir rassembler toutes mes forces, pour faire connaissance avec ma fille. Et si elle ne me plaisait pas? Et si elle avait un problème? Et si je n'avais pas assez de force pour pousser? Et si je n'en étais pas capable? Et si?
Plus le temps de penser. "Il va falloir pousser!".

3:40:
J'ai à peine eu le temps de réaliser ce que j'avais fait, ma fille est sur moi. La moitié inférieure de mon corps ne m'appartient plus, je l'ai oubliée. La sage-femme s'en occupe, je ne sens presque rien, de toutes façons. Mon homme est à côté de moi, on regarde notre fille, son petit museau cherche mon sein, rebondit dessus, et enfin, commence à têter.
la sage-femme s'occupe de tout, des tests du bébé, de la pesée, des réflexes. On me rend rapidement ma fille. Le papa est sidéré de bonheur. Je me laisse faire. Je suis heureuse aussi. Et surtout, à ce moment là, soulagée et fière d'avoir réussi à accoucher. J'ai hâte de faire connaissance avec mon bébé.

6:00
Je rejoins ma chambre.
Je ne dormirai presque pas pendant les 24 heures qui suivront. Je peux enfin boire un peu d'eau. Mon homme a envoyé un sms à tous nos proches et a appelé nos parents.
La première journée avec mon bébé! je me lève, devant une infirmière. Je prends les repas qu'on me propose, je bouffe les médocs, bien sagement. Je laisse la sage-femme m'ausculter 4 fois par jour. Je regarde ma fille, avec son père. J'entends parler d'un tremblement de terre en Chine. Je m'en fous.
La première nuit, je dormirai par tranches de 20 minutes, par ci par là. Je sentirai les petits pieds de ma fille me gratouiller le ventre, collée contre moi. Ce sont mes premiers souvenirs de maman, des moments que j'aurai passés seule avec ma fille.

Allaitement, visites, fatigue, nuits blanches, chaleur, amour, mon couple, culottes en résille de la pharmacie (trop glam!), bodies taille naissance, attente de la montée de lait, ventre gonflé, bonheur.
Est-ce que j'aime déjà ma fille? Je suis tellement fatiguée... Je ne sais pas vraiment!
L'amour va venir petit à petit, je crois qu'il m' fallu 3 ou 4 jours pour commencer à devenir réellement folle d'elle.

Au bout de trois jours hors du monde, passés à la maternité, nous sommes rentrés, tous les trois, à pied, à la maison, avec notre poussette flambant neuve. Tout fiers.
La vraie vie a commencé, c'était il y a tout juste UN AN! Ces souvenirs sont indélébiles, très précis, lointains et proches. Je suis passée dans le clan de celles qui ont donné la vie, j'ai vécu ce moment comme un passage, un rite. A partir de ce jour, je n'étais plus le centre de mon monde. Ma fille est passée devant moi! Nous mesurons tous les jours cette chance.

8 commentaires:

  1. Ca donne envie!
    Mais apparemment, les joies de la maternité se méritent... Il me tarde de vivre ces moments là.

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  2. Effectivement ca pourrait presque donner des idées tout ca… ;)
    En tout cas très jolie histoire, forte et émouvante !

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  3. très beau texte Marine et que de souvenirs !
    bon anniversaire à ta puce ! cette année est passée si vite ! et elles sont si belles nos petiotes !

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  4. Que de souvenirs... et dire que j'ai vécu un peu la même chose à la même période (si on arrive à faire fi de la césarienne)
    Joyeux anniversaire à ta petite !

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  5. Merci Marine pour ce joli compte-rendu. Je compte les semaines qui me séparent du grand saut dans l'inconnu, trainer mon gros bidou commence à me peser un peu ! Sans faire dans la mièvrerie et sans tomber dans le film d'horreur, tu nous permets d'appréhender l'accouchement. Merci encore :-)

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  6. Merci à toutes, ainsi qu'à Loutron Glouton!

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  7. J'ai les larmes aux yeux !!!! Ma fille a 9 mois, c'est vrai qu'il m'arrive de repenser à l'accouchement (pas toute à fait le même scénar mais le résultat est le même...) et ça me fait toujours vibrer. Même sensation en te lisant! Merci...

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  8. Merci d'avoir "mis en partage" cette histoire personnelle et universelle.
    (s) un garçon

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