samedi 27 juin 2009

Nos meilleures années


Quand je reviens chez mes parents quelques jours, à chaque fois les mêmes sensations reviennent: Le sentiment de se blottir à nouveau dans son cocon d'enfance, de reprendre des forces et d'arrêter le temps quelques jours, pour se relancer dans la vraie vie, après le week-end. Traîner toute la journée, en passant du canapé pour me mettre à jour des Elle, Elle déco et Elle cuisine, du petit salon où l'on boit ensemble le thé l'après-midi, aux transats autour de la piscine, en attendant tous, au fond, l'apéro du soir. (Bon, depuis un an, je traînasse vachement moins, faut l'avouer, je passe mon temps à courir derrière ma fille).


Je passe souvent devant mon ancien lycée, que je trouve minuscule, avec une vraie nostalgie, agréable et un peu angoissante aussi. Je vois plein de petits jeunes (merde, ils ont de ces têtes, les ados, quand-même), crâner sur leurs scooters avec leur clope et leurs fringues, les "grands" de terminale qui sortent à 17h, et je me dis: "Mais, c'est MON lycée, et je ne connais PERSONNE!". (Oui Marine, t'as fait ton temps maintenant). Et je continue la petite rue du lycée qui nous était si familière, pour ensuite me diriger vers chez mes parents.

Chaque fois que je reviens dans cette petite ville de la Côte d'Azur, j'ai des "souvenirs de lycée" qui remontent à la surface:
Les Doc Martens. Mes jeans 501 taille 27. Les types du lycées qui rêvent tous du Booster pendant des mois, puis qui font les coqs en roulant sur leurs scooters débridés, avec le casque posé sur le front (les kékés parfait, quoi). Mes mardis soirs, mercredi après-midi entiers et vendredi soirs à la danse, tout le temps, pendant des années, pour répéter le concours de danse, créer des impros ou les spectacles de fin d'année.
L'album des Boys 2 Men que je connaissais par cœur. Ceux de Ben Harper aussi, Nirvana, et puis "Another Day" de Buckshot Lefonque. Les cigarettes au clou de girofle et au filtre à la cannelle ramenées de Bali, fumées dans la chambre de ma meilleure copine. Certaines filles des autres classes, un peu plus mûres que nous sur les choses de la vie, à la vulgarité intimidante. Les samedi après-midi avec les copains à Monaco, à la plage, ou dans les maisons des uns et des autres. La fête du bac dans la super baraque d'un copain (et la video que je n'ai jamais revue depuis). Les soirs d'hivers où l'on ne sait pas trop quoi faire. Les premières histoires de cœur, qui, malgré notre jeune âge, sont importantissimes et laissent des souvenirs pour la vie. Les cours de physique-chimie avec mon binôme, qui est maintenant une de mes meilleures amies, cette sensation de dégout en sortant des TP, et cette certitude: "on est des littéraires et apparemment on est trop connes pour comprendre quoi que ce soit aux LED et autres putains de trucs électriques, donc laisse tomber, fuck la life". Je pense avoir fini l'année de seconde avec 6/20 de moyenne dans cette matière complètement nébuleuse pour moi. Ma prof de physique-chimie, à la pilosité étonnante, révoltée par mon manque d'intérêt pour les sciences et qui m'avait même traitée une fois d'handicapée. La pizza sur la plage, entre midi et deux, avec les copains, puis l'odeur de monoï et les serviettes qui sèchent sur les porte-manteaux, au fond de la classe, en cours d'anglais. Des profs tous plus fous les uns que les autres, et certains que j'aurai trouvés passionnants et dignes d'intérêt (tout simplement parcequ'il m'en manifestaient aussi, de l'intérêt). Les dimanches entre ados à prendre le bus à 6h du mat', pour aller passer la journée au ski et revenir à 21h, ravis et épuisés. Mes vacances au Club Med d'Al Hoceima, Maroc, plusieurs étés. Les p'tits cons, toujours en bande, un peu jaloux, mal dégrossis. Les dimanches matins à plancher sur des dissert' d'éco ou de philo. Avoir toujours un coup de fil à passer, pile au moment de débarasser (on me le rappelle encore à la maison, c'est dire). Mon voyage linguistique en Angleterre (souvenir cuisant) et mon immersion géniale dans une famille en Californie. Les vacances en Corse, supers sympa, avec ma meilleure copine et une dizaine de mecs (qui s'étaient un peu ralliés au trip au dernier moment), où l'on a découvert, pour la première fois de notre vie, que le partage des tâches et l'égalité domestique hommes-femmes n'étaient pas naturelles, du moins, au camping. Les vacances au ski, tous les hivers, dans le chalet de ma grand-mère. Ma petite routine. La série "Hartley, Coeurs à vifs", et cette saleté de Katarina. Le voyage à New-York avec les classes de première. Les agendas signés par les copines où-c'est-qu'on-notait-tout-un-tas-de-confidences-à-la-con. Les révisions du Bac, et l'examen, passé tranquillement, sans stress, car confiante en moi. Les engueulades passionnées à la maison, cette sensation de vouloir toujours plus de liberté, de champs d'expression, de vouloir avoir raison sur tout, et de connaître la vie, moi, madame. Les disputes entre amies, les jalousies, les pleurs, la fin d'une histoire d'amour, de vrais enjeux, des drames, sur le moment, que l'on revit avec tendresse en revenant sur le passé, finalement. C'est moi qui ai vécu tout ça, et tout ça m'a construit... Pourtant j'ai l'impression, parfois, que cette fille, c'était une autre.

Et vous, quelles sont les sensations de vos années lycées? A quoi repensez-vous, quand vous revenez chez papa-maman?

8 commentaires:

  1. te lire quotidiennement est un moment de pur bonheur, j'espère que ta fille continuera à te réveiller tôt encore pour un bout ;-)

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  2. 1er com que je laisse sur ton blog que j'ai découvert tout récemment...je me retrouve beaucoup dans tes souvenirs d'ado sauf que moi je vivais en banlieue parisienne ;)ah les gouters devant hartley coeurs à vif !!! les retours de soirées avec ma meilleure amie par le dernier métro ! ça parait loin et à l'époque j'avais du mal à me projeter en jeune maman ! continue à écrire surtout :)

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  3. C'est exactement ça, cette confusion des sentiments, cette vie qu'on chope comme elle vient, le curser des émotions bloqué au plus haut niveau, les odeurs qui feront toujours partie intégrante de nos souvenirs adulescents et qu'on retrouve parfois avec beaucoup de nostalgie. C'était un temps compliqué mais tellement exaltant.

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  4. Merci, Guilaine, et anonyme! (un pseudo, anonyme, un pseudo!)

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  5. C'est tellement vrai tout ce que tu racontes!
    Perso, c'était aussi les années de tous les complexes, des kilos de l'adolescence à perdre, des amours passionnées mais ridicules de naïveté quand on y repense avec l'expérience, des amitiés à la vie à la mort, des looks improbables, des goûts musicaux, cinéma, TV plus que discutables, des glaces au Luco après les cours, de Roland Garros chez les copains pendant les heures de trous, des viennoises au chocolat en guise de déjeuner, des premières cigarettes qu'on arrive pas à fumer entièrement parce qu'on tousse trop, des caricatures des profs de latin ou de bio, du bac qu'on révise sur des fiches bristol bariolées de fluo, des premières soirées de "grands" avec rhum-coca ou vodka-orange, mais surtout des ami(e)s qui deviennent notre deuxième famille et qui, 10 ans plus tard, sont toujours là...

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  6. Merci Marine,
    C'est toujours extrêmement difficile de repartir de ce cocon, a chaque fois que j'y passe 1 jour ou une quinzaine...
    Alors qu'au fond, ma vie parisienne me convient parfaitement! Et pour rien au monde je ne pourrai revivre avec mes parents... Mais cette sensation de protection, ce nuage ou rien ne peut nous atteindre, qu'est ce que ca rassure!!!
    C'est une façon pour moi de recharger les batteries de ma vie.

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  7. Papa-Maman ont déménagés du coup les souvenirs sont enterrés. Mais j'ai le même pincement au coeurs quand j'y repense et je suis par contre très fiére de pouvoir dire que cette fille c'était déjà tellement moi et que finalement je n'ai quasiment pas changé, je n'ai renoncé à rien.

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  8. Même lieux, même souvenirs qui me font sourire.. C’est vrai que tous ces moments, tristes ou joyeux, ont formé notre jeunesse !
    Il m’arrive de passer devant ce lycée le samedi matin, et de me dire en voyant les quelques élèves attroupés près de l’entrée : ah ces jeunes, encore des heures de colles! Est-ce que l’as-censeur fait toujours ses tournées des classes avec son air sévère et ses pantalons trop courts ?

    Ca me rappelle aussi les boums (spots multicolores et DJ en herbe), les messages incessants sur TamTam ou Tatoo (les ancêtres de nos greffes d’oreille actuelles) parce que quand on s’est tout raconté, il y a encore des trucs dire. Les parents, plutôt tolérants quand on y repense. Il y avait aussi les caricatures et dessins géniaux d’une certaine blogeuse aux talents multiples...

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