vendredi 26 juin 2009

"Vous verrez, c'est magnifique, vous allez vivre un rêve éveillé"


Ah! Un nouveau bouquin sur la grossesse! "L'après accouchement, tout ce qui vous attend vraiment"
J'ai dépassé la date limite, mais je serai curieuse de le lire. C'était exactement ce que je cherchais pendant ma grossesse. Une sorte de côté obscur du pays des bisounours, de trash-attitude de la layette. La face cachée de Laurence Pernoud, quoi.

Nan parcequ'ils sont gentils avec leurs "Oh, la grossesse, quel miracle!", "Vous verrez, c'est que du bonheur", "la maternité c'est l'épanouissement avec un grand E", "Pour une grossesse sans souci, buvez une bonne tisane puis enduisez-vous d'amande douce avant de faire un gros dodo"... etc... Mais nous, ce qu'on attend vraiment, pendant ces 9 mois, c'est de savoir VRAIMENT à quelle sauce on va être mangée. Un truc un peu rock n' roll, comme la vraie vie, en fait.

Alors, c'est vrai, c'est tellement différent d'une femme à l'autre, et l'accouchement est quelque chose de si personnel, qu'il est difficile d'en faire un guide de conseils.
La mise au monde d'un enfant et ses conséquences sur la mère sont très taboues, toute mère (ou presque) est passée, à un moment, par une période de profond désarroi, de solitude, sans pour autant le révéler, ou témoigner de sa solidarité à l'égard des nouvelles accouchées. Coup de blues d'autant plus difficile à expliquer aux proches, que l'on est censée être sur un petit nuage, comme dans les magazines. Faudrait voir à pas décevoir, donc.
Vrai baby-blues ou petit coup de déprime, stimulés par la fatigue physique et psychologique, sont fréquents. Pendant 9 mois, on est un peu la star, tous les regards sur nous, les gens se retournant dans la rue sur notre joli ventre rond (pour ne pas dire énorme, mais quand-même, joli). Puis, on s'efface, et on laisse la vedette à notre progéniture. On aimerait bien encore de l'attention, mais certaines personnes ne vous manifestent plus beaucoup d'intérêt (c'est dingue ça).
J'ai eu la chance de ne pas faire de baby-blues, car très entourée (de proches géniaux et d'un mec génialissime, tout simplement) et, bizarrement, très confiante, sereine, zen. Je savais que je faisais comme il fallait, j'étais persuadée que j'étais la meilleure (ben oui on se rassure comme on peut)
Mais j'ai ressenti, parfois, le vide après la naissance: Cette impression d'être un "présentoir à bébé", lorsque les visiteurs défilent. Certains, à peine sur le pas de ma porte, n'avaient d'yeux que pour la Merveille de 3 kg que je tenais dans les bras, puis levaient les yeux pour me dire bonjour, s'apercevant enfin de ma présence. D'autres jouaient les bonnes fées, se penchant sur le berceau, en exprimant tout un tas de projets ambitieux pour le trésor endormi. Plus rares, mais apparemment présentes sous toutes les latitudes, les mauvaises fées se révèlent aussi, usant de réflexions plus ou moins acérées.
Et puis cette sensation de se faire dépasser, par cet enfant qui grandit, qui prend tout notre temps, qui nous vampirise. Ces journées où il est 18h, on ne s'est toujours pas douchée, on n'a pas regardé ses mails ni écouté ses 50 messages en absence, et on doit préparer l'apéro pour des gens qui viennent ce soir parce qu'ils "veulent, eux aussi, voir le bébé". Ce constat que non, on n'arrive pas à tout faire parfaitement, que les journées, les semaines passent, et qu'on n'a le temps de rien faire de ce qu'on avait prévu (pour la journée, le mois, l'année), que notre vie ne se passe pas aussi facilement que dans nos rêves. Et puis ces satanés 15 kilos qui nous donnaient un charme fou pendant la grossesse, dont on croyait qu'ils allaient disparaitre de moitié après la naissance (le poids du bébé, du liquide amniotique, tout ça...) et qui nous font la mauvaise surprise d'être toujours là! (ok, j'ai mangé un éclair au chocolat par jour à la maternité, mais j'avais pas le choix, c'était sur le plateau!)

Alors, pour tout ça, il faut savoir se protéger des visites non essentielles, s'entourer, se faire épauler. Ne lésiner sur aucun petit confort qui nous redonnera le sourire. Une chambre seule à la maternité, par exemple, ça peut jouer.
Pour ma deuxième nuit à l'hopital, quelques heures après mon accouchement, j'ai vu débarquer dans ma chambre une bonne-femme, césarisée de frais, suivie de toute une petite smala: son bébé sur son lit à roulettes, le mari, le père, le beau-frère. ("ben oui, tous les bébés naissent au mois de mai, la faute aux congés payés du mois d'août! Faut pas espérer une chambre seule à cette période, c'est bondé"). Dans MA chambre, de 20 m2! Avec MA salle de bains à partager avec cette plaie humaine! (oui je sais, c'est dégueulasse). Pour moi, le cauchemar. Et là, ils ont pris la télécommande et ont commencé à mater les "100 plus grands gags", ou quelquechose comme ça, en espérant discuter avec moi! A plus de 21 heures! Leur bébé était né depuis à peine 2 heures, la mère venait de se faire trancher en deux, et tout ce qu'ils ont eu comme idée c'est de mater TF1, sans un regard pour le petit, en me demandant comment c'était passé mon accouchement! Et en me proposant même des chips (alors que je m'étais lavé les dents, putain).
Moi, à moitié à poil, sur mon lit, épuisée, en train d'essayer de me cacher avec un magazine pour ne pas leur parler, je me suis mise à larmoyer, toute seule, comme une pauvrette. Heureusement qu'une sage-femme est passée par là à ce moment. Horrifiée par la scène, elle a exigé que j'obtienne une chambre pour moi (finalement, on n'est pas des sauvages à Levallois). Sa visite fut une vraie bénédiction pour la suite des évènements! j'ai pu passer mes 2 derniers jours au calme, pour faire connaissance avec mon enfant, et sans me cogner la foutue télé de la voisine, ni avoir à lui prêter mes culottes en résille, ou subir en public les examens gynécologiques 4 fois par jour. Il ne manquait plus que Balkany vienne de l'hotel de ville en face m'apporter des chocolats, et le séjour aurait été céleste.

Une chose est sûre: Nous sommes toutes passées par là: les difficultés, le moral en berne, les nuits de marin. Je ne sais pas ce que vaut ce bouquin fraichement paru. Mais je trouve ça bien d'en parler, plutôt que d'essayer de tenir le rôle de la jeune mère parfaite (en petit pull pastel et teint de pêche, dotée d'un joli mari directeur commercial dépourvu de cernes, d'un intérieur propret et de muffins bien chauds, cuisinés pendant la sieste du chérubin) des magazines débiles.
Non?

En tous cas, et aucun rapport, Jeune Papa sur son blog a fait la découverte du concept de la Baby-sitter Ukrainienne. Je me demande quelle jeune maman à la sexualité traditionnelle va accepter de signer, mais bon.... lisez moi ça.

Tiens, et puis, lisez ce billet sur le blog de la Poule Pondeuse.

PS: Michael Jackson est mort, vive Michael Jackson!

8 commentaires:

  1. tout à fait d'accord avec toi c'est ce que je prone à tout va : dites nous enfin la vérité dans les livres et autres magazines cucul la praline !

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  2. C'est vrai que la maternité épanouie et bisounoursesque fait partie de ces grands clichés dont notre société raffole: un enfant, c'est ce qu'il y a de plus beau au monde, la nature est bien faite, le travail, c'est la santé, un tien vaut mieux que deux tu l'auras.. euh, je m'égare...
    Et à l'opposé, on a droit aux sempiternels: la guerre c'est mal, la famine, c'est pas bien, les jeunes se foutent de tout, le niveau baisse, etc...
    Alors comment on fait pour sortir des clichés? Et bien on demande aux copines qui sont passées par là (merci Marine de m'avoir dit la vérité sur les culottes en résille, grand traumatisme au pays de la mode. Est-ce que Comptoir des Cotonniers en fait???). On se renseigne comme on peut et on espère passer entre les mailles du filet et ne pas se taper de baby blues monstrueux, de sortir de la clinique avec la ligne d'une jeune fille prépubère (genre ma belle soeur, sortie de la maternité avec les 7kg de sa grossesse en moins), ne prendre que 7 kg, allaiter sans avoir mal, avoir un entourage compréhensif mais pas intrusif, une mère dispo pour nous aider à s'occuper de bébé dans les 1ers jours seuls à la maison... bref, on espère être la fille du magazine, sans cerne, avec l'air épanoui d'une baleine au Marineland.

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  3. Tout ceci me fait penser au sketch de Florence Foresti, complètement hilarant : http://www.dailymotion.com/video/x6vujh_florence-foresti-laccouchement-mont_fun
    Tu as accouché à l'hôpital Franco-britannique ?

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  4. oui j'adore ce sketch!
    et oui, j'ai accouché au hertford British Hospital! (heureusement que la bouffe était française quand-même ;-)

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  5. merci pour le conseil de lecture :-)

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  6. Ah j'aurais adoré inclure le témoignage de "la mère qui se fait trancher en deux et qui n'a qu'une idée en tête c'est de regarder TF1" dans mon bouquin ! (même si j'en parle par ailleurs, ainsi que de tout ce que tu évoques, et encore, t'as eu la chance d'avoir un personnel hospitalier compréhensifn, ce qui n'est pas toujours le cas, surtout en période de pointe) J'espère qu'entre temps tu sais "ce qu'il vaut" pour l'avoir lu et que tu as senti la même empathie que moi en lisant ton témoignage. Amicalement, Catherine Sandner alias Juliette

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  7. merci Catherine pour ton commentaire!
    je n'ai pas encore lu ton bouquin mais je suis sûre que je le ferai prochainement! Une idée cadeau pour les futures-mamans, en tous cas... :-)

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  8. J'ai lu le bouquin et il en rajoute pas mal. C'est sur que vu le cote cucul des autres livres, il est utile… Mais, dresser un portrait réaliste, sans donner à la future accouchée l'envie d'avorter ca doit être possible non?

    Personnellement, c'est le livre de trop. Comme le juste milieu n'existe pas dans le monde de l'édition, je préfère interroger mon entourage (mère, collègues). Leurs témoignages sont honnêtes et équilibrées. Les bouquins, trop peu pour moi!!!

    P.S.: ce blog est génial !!!

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