jeudi 2 juillet 2009

Une loi interdisant le port de la burqa est-elle nécessaire?


(en photo: Didier et sa cousine Mireille, dite "Mimi")


Bon, cette histoire de burqa, on en parle beaucoup en ce moment (trop?) et quand-même, ça me chiffonne. Ok, le débat "pour ou contre le port de la burqa?" est intéressant, et nécessaire, et nous avons tous une opinion assez claire lorsqu'on nous pose une telle question. Au hasard... je suis sûre que vous êtes... contre!
(spéciale cacedédi à Madame Soleil, ma mère spirituelle).
Mais, quant à interdire le port de ce drap (oui, la burqa, c'est vraiment le voile intégral, de la tête au pieds, avec juste le petit grillage sur les yeux, pour pas se ramasser à chaque seconde ou se cogner dans les murs, on n'est pas des monstres), en France... Quel débat impossible!

Moi, personnellement, évidemment que je suis contre la burqa. Outre qu'elle nécessite beaucoup plus de repassage que mes petits tops (et que ça me fait cauchemarder rien que d'y penser, tellement je suis une merde en travaux ménagers), elle est pour moi, d'abord, synonyme de l'asservissement de la femme, pour ensuite être un signe religieux (qui, d'ailleurs, est porté comme un drapeau, c'est un signe identitaire, avant d'être un signe de foi, m'enfin c'est mon avis). Elle est, selon la plupart des musulmans, une interprétation fausse du Coran, puisque nul part il n'en est fait mention. En croisant ces fantômes noirs, dans les rues, je ressens bien sûr un profond malaise. Ces femmes, à l'identité niée, couvertes de noir, qui se baladent avec leur petite fille, qui porte son cartable Dora l'Exploratrice et ses boucles blondes, qui sont-elles? Pourquoi portent-elle cette toile?
Leur personnalité est plus complexe qu'il n'y parait, il est dit qu'une partie importante d'entre elles sont des femmes diplômées, et/ ou converties, pour qui afficher cette burqa est un message, un vrai signe de provocation. Finalement, ce voile les efface, et, à la fois, les met en valeur.
Certains analysent le phénomène comme le fait que ces femmes, issues de milieux défavorisés, qui se sentent exclues, veulent nous exclure en retour, en se cachant. C'est à la fois une protection (contre le regard des hommes, leur agressivité) et une provocation (contre ces mêmes-hommes, et contre notre société)
D'autres de ces femmes sont réellement soumises à leur mari, rabaissées par ce port de la burqa, et victimes, évidemment.

Mais la question est là: Interdire le port de la burqa pour la raison que c'est contraire à notre principe de laïcité, passe encore (bien que la laïcité soit au départ la possibilité à tous d'exprimer sa religion...). Mais l'interdire pour la raison qu'il asservit la femme, et bien que je sois totalement d'accord avec ce point de vue, me parait impossible, et dangereux.
Comment décider que la femme qui porte la burqa en est totalement victime? En tant qu'adulte, si elle décide de la porter, pour des raisons politiques, religieuses ou "parceque ça se fait autour d'elle, que les autres le font", et qu'elle prétend être totalement libre de son choix (même si l'on peut en douter), une police des moeurs va-t-elle décider que non, là, malgré ses dires, elle est asservie? j'avais vu un reportage sur les femmes du Qatar (pays très riche, dans lequel elles peuvent faire des études, travailler et avoir des responsabilités), qui sous leur voile, se permettaient toutes les folies, les dessous sexy, ou bien restaient en pyjama lorsqu'elles avaient la flemme de se préparer: Pour elle, cela leur procurait une grande liberté. Impossible à comprendre dans notre culture, bien sûr.
La femme qui porte la burqa ne commet pas de méfait, ne cause pas vraiment de trouble à l'ordre public, ne gêne pas les autres dans leur vie quotidienne, comment alors l'interdire? Pour assurer sa propre protection?
Et puis, qu'est ce que l'asservissement de la femme? Ne doit-on pas accepter, dans une société où les femmes peuvent s'habiller comme elles le souhaitent, mettre des strings, voire se dénuder, se faire embaucher comme "tentatrice" sur TF1, se montrer en photo, ou dans des films, à poil en plein acte sexuel (résultat du féminisme, mais conspué aussi par les féministes elles-mêmes, bizarre...), que certaines veuillent faire exactement l'inverse? Les femmes qui font la couverture de magazines porno, tournent ces films ou se prostituent, expriment-elles leur totale liberté? Ne sont-elles pas asservies, elles aussi? Et puis tant qu'on y est, les femmes de ménage, et les serveuses qui bossent de nuit, et les assistantes du boss qui doivent faire le café, rester discrètes et féminines en étant corvéables à merci, sont-elles traitées comme il se doit? Et puis les hommes, aussi, tant qu'à faire, égalité hommes-femmes! Et que dire des autres religions? Va-t-on interdire à certains juifs orthodoxes le port du chapeau, et les obliger à s'habiller en Dior et costumes lamés Versace? Et puis certaines catholiques tradi du 92, vêtues de mocassins, du serre-tête, du Loden matelassé vert-bouteille et maquillées au Monsavon, ne sont-elles pas aussi un parfait exemple de l'avilissement de la femme? (LOL, humour, AhAhAh, PTDR, faut rigoler)
La notion de "ce qui asservit la femme" est bien trop subjective, alors comment l'interdire? Faut-il tout interdire, alors?

Vous avez compris mon avis. Je suis contre l'interdiction du port de la burqa, car au nom de nos principes républicains sacrés, on en arriverait à devenir une démocratie liberticide, le pays des droits de l'homme-qui-s'habille-comme-il-faut.
Il ne faut donc pas légiférer, pour un sujet concernant à peine 5000 femmes en France, mais plutôt discuter, convaincre, écouter.

Et vous? Quel est votre avis?

11 commentaires:

  1. Mon avis: le même que le tiens et ce n'est pas du fayotisme j'avais déjà donné mon opinion chez moi il y a 3 billets de cela.
    Je n'avais pas donné les même arguments mais les tiens sont très bon aussi.

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  2. Tes arguments sont assez convaincants et je serais tentée de rajouter que le débat existe parce que la burqa dérange -- nous dérange! C'est notre malaise face à ces fantômes que nous cherchons à dissiper en voulant l'interdire.
    Mais je ne peux m'empêcher de penser également que dans une société où hommes et femmes sont censés être égaux, ce tissu symbolise l'asservissement de la femme, même si celle-ci se dit "consentante". Quel message ces femmes font-elles passer à leurs enfants, à leurs filles surtout: "Maman se voile parce qu'il ne faut surtout pas la regarder, parce que les hommes portent un regard lubrique sur elle, parce que son corps est tabou". Comment ces petites filles vont-elles interpréter ce discours? Que le corps féminin est sale, péché, qu'il faut le dissimuler si on veut rester pure?
    Que ces femmes aient fait le choix adulte de se convertir et d'adopter ce costume, pourquoi pas. Mais les enfants qu'elles vont élever dans cet accoutrement, que vont-ils comprendre?
    Je ne parle même pas des problèmes de sécurité (se mouvoir dans cette prison de tissu relève du défi olympique), des contrôles d'identité à l'aéroport...
    On vit tous ensemble dans une société et si toutes femmes adoptaient la burqa, vous imaginez la pagaille (à la sortie de l'école, comment tu reconnais ta maman?)?
    Je ne pense pas qu'interdire la burqa soit constructif, au contraire. Mais au même titre qu'il est interdit de se balader à poil dans la rue, je trouve normal qu'on attende de tout citoyen d'arborer une tenue qui respecte l'intégrité de la personne.

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  3. Hi hi, elle est super ta description de la catho tradi du 92 !!!!!!!!!

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  4. Bonjour !

    Ah ben c'est bien, c'est un article intéressant et comme on me demande mon avis (d'habitude on m'oblige à faire la cuisine dans une robe de chambre pourrie), je vais en profiter.
    Je suis pour légiférer.
    En France, on a le devoir de pouvoir être identifié et c'est la raison pour laquelle sur notre carte d'identité, on montre notre visage de face sans chapeau ou casquette, c'est la raison pour laquelle on peut être contrôlé.
    Il me semble normal d'interdire pour cette simple raison d'altérité et de socialisation le port d'un "costume" qui ne permet pas de voir le visage. Je simplifie sinon j'ai pas fini... ;-)
    Mais pour moi ce n'est pas une question d'habit et de son symbolisme (l'asservissement de la femme), plutôt une question de règles de vie en société. On montre son visage comme on ne déambule pas en string paillettes dans la rue.
    Après je partage tout à fait ton opinion sur l'aliénation de la femme par le port de la burqa, sachant que la femme est tout autant objectivée en se montrant à poil. Et on peut comprendre les réactions des extrémistes face à notre société occidentale où la moindre gonzesse aux nichons ronds s'affiche au tabac-presse du coin sous les yeux de nos enfants.
    Sans sombrer dans le puritanisme de base, on peut pas dire qu'on soit un modèle de libération.

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  5. Excellent post. Je partage ton avis sur la législation. Ici, où je vis, la question du voile n'a pas été réglée par une loi, mais par des consultations avec l'ensemble de la société civile. Les cas sont réglés individuellement par des tribunaux des droits de la personne, ce qui permet de distinguer les cas d'abus des cas de choix personnel. On ne marginalise pas les gens, on essaie de s'adapter.

    Je peux aussi comprendre le ras le bol de certaines femmes quand on connait le manque de respect de certains hommes qui vous mettent des mains aux fesses ou susurrent des propos délibéremment offensants dans le métro. Je ne pense pas que la burqa règle quoi que ce soit mais je pense que le débat ne devrait pas être aussi politique. Au lieu d'en faire un faire-valoir pour des hommes politiques en mal d'électeurs, on devrait en faire un vrai débat de société, avec des consultations et approches plus concretes et plus adaptées.

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  6. Merci pour vos avis!
    allez, les autres, on continue, c'est pas parce qu'on est en week-end qu'il faut se reposer les méninges.

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  7. Je viens de perdre tout mon commentaire, il faut que je recommnce

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  8. Certaines personnes proposent de laisser le soin aux diverses communautés religieuses de discuter de cela avec leurs ouailles dans le respect des lois de la république. Moi, évidemment je suis dérangée par le port de la burqa. J'ai remarqué que dans le coin où je travaille, il y en a de plus en plus.Et je ne suis pas si sûre que les femmes soient si consentantes. De la même façon, je suis dérangée par le costume noir, chemise blanche, chapeau noir et papillotes de certains hommes et perruques ou foulard et jupes longues qui tombent jusqu'aux pieds des femmes. Quand nous sommes allés en Israel, je peux vous dire que les femmes étaient loin d'être libres et traitées avec une muflerie que je n'aurais jamais imaginée. Les signes ostentatoires ne sont jamais anodins, ne banalisons pas.Dans ces périodes de régression et de crise, il faut être prudent sur ce que cela signifie. N'oublions pas que en France, la loi sur l'avortement a été remise en question et que la loi sur l'abolition de la peine de mort fait toujours débat.De là à légiférer sur tout, je ne sais pas, ça peut envenimer les choses mais restons vigilants.
    Dany

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  9. Après mure réflexion, cela m'a pris l'après midi et un post sur mon blog, je pense comme vous, Marine.
    Il ne faut pas interdire la burqa.
    C'est la fin d'un papier de Paris-Match que j'avais lu la semaine dernière chez le coiffeur qui a été l'argument déterminant.

    La journaliste a interviewé une jeune femme, Caroline dont elle dit qu'elle "n’est pas de celles qu’on force à obéir. En cas de loi interdisant la burqa, elle est très claire : «Il est hors de question que je sorte sans mon niqab.» Quelle solution, alors ? «Je risquerai les amendes ou je ne sortirai plus», a-t-elle décidé. Avant de conclure : «Sous prétexte de libérer les femmes par cette loi, ils ne feront donc que les enfermer un peu plus !»
    http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Burqa-SOS-Fantomes-114929/

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  10. Pour ma part, je travaille à l'université et je vois de plus en plus de femmes voilées alors qu'il y a 10 ans, je n'en voyais aucune. C'est un phénomène qui me donne l'impression de s'étendre.

    Soyons clair, le voile n'a pas grand chose à voir avec la spiritualité, c'est une référence à une tradition religieuse rétrograde et surtout un signe politique fort qui s'oppose à une société de tolérance. c'est de ce point de vue que j'y suis fortement opposé.

    Je ne fais pas vraiment de différence entre une femme voilée (ou un barbu) et une personne se promenant avec un badge du front national. Les deux véhiculent des idéaux nauséabonds.


    Tant que c'est un phénomène marginal, il faut laisser courir mais il faut intervenir si cela s'étend afin de ne pas laisser l'espace public aux mains des liberticides. (Et c'est bien là la difficulté, interdire au nom de la liberté, c'est la quadrature du cercle ! Je n 'ai pas de solution miracle à ce sujet)

    N'oublions pas que les dictateurs prennent le pouvoir en imposant leurs visuel, leurs solgans.

    Dans l'Égypte de 1950 les femmes pouvaient se promener en tailleur. Regardez le Caire aujourd'hui. Ca fait flipper.
    Chez nous aussi, dans un registre très différent, il y a une vrai perte de démocratie et de liberté d'expression, il y a de plus en plus de sujets tabous

    Il arrive un jour ou il est trop tard pour réagir. Voyez comment ont fait les nazis en leur temps.

    Seul point positif, même si les intégristes très minoritaires chez les musulmans prennent le pouvoir dans leur communauté, ils ne pourrons jamais le prendre dans notre société.
    Mais ils peuvent faire de gros dégâts à notre démocratie ne serait-ce qu'en soutenant activement les partis extrémistes et les idéaux liberticides.

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  11. Bonjour, je découvre ton blog, je débarque de chez Aude Nectar.

    J'aime la façon dont tu exposes ton point de vue, de manière sérieuse avec une touche d'humour bienvenue !Je suis globalement sur la même position, mais même sans ça, c'est plaisant de lire un point de vue dépassionné et placé sur le plan plus large des droits et libertés !

    Et le titre de ton blog :) Virginia Woolf est un auteur que j'admire beaucoup.

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