jeudi 19 novembre 2009

"Aux chiottes l'Irlande!" disait le poète


Ma soirée a commencé par une vision étrange: Peu avant 20h, alors que je ne m'y attendais pas, j'ai vu une lueur dans le salon. M'approchant de la pièce, ce que je craignais était devant moi: la lueur était verte, et en y regardant de plus près, la réalité s'est imposée à moi: 22 petits bonshommes couraient, comme tous les mercredi, après un ballon.
Un jour sans fin. Sauf que là, c'était sur "léquipeTV".


"Quoi?" je dis, à Jean-Chou (oui, j'ai décidé de lui donner un pseudo, à mon brave homme)
- "c'est Algérie - Egypte, je dois absolument regarder ça, pour voir s'il y a un risque de guerre mondiale à Marseille ou pas."
Peu après, me voilà rassurée: la guerre éclaterait plutôt au Caire, apparemment. C'est toujours ça de pris.
Jean-Chou est tendu comme un string. Déjà, le matin, je le trouvais bizarre. Il est parti travailler en me disant "H-13!", ce qui ne lui ressemble pas.
Mais là... il s'intéresse à peine au superbe bureau coulissant que j'ai trouvé avec une belle réduction sur AM/PM et que je m'efforce de lui présenter aussi avantageusement que possible.
C'est limite s'il me dit "OK", alors qu' objectivement ce truc est hors-de-prix.
Il est ailleurs, je le sens.

Il a couché notre fille à 19h50, ce soir. Et le voilà qui se met à tourner en rond. A zapper frénétiquement. H-1. On tombe sur Laeticia Halliday qui parle de l'Unicef sur Canal. Il pense que c'est une bonne excuse pour zapper sur une chaine sportive, le fourbe. Je la trouvais marrante, pourtant, Laeticia.
"A la trappe, Trapattonni!" Le voilà qui commence à délirer: il imagine déjà le titre de l'Equipe de demain.
Son téléphone n'arrête pas de vibrer. Ses potes et lui resteront au téléphone toute la soirée. Je comprends peu à peu l'importance de l'enjeu. (oui, j'ai mis le temps).
J'entends que "l'Irlande ne s'est pas imposée en France depuis 1935". Je vois, dans les tribunes, des irlandais déguisés avec des gros sourcils et des perruques. Ils se foutent de nous, ma parole.

Là, je pense à l'été prochain. A des vacances pépères peut-être compromises. A une de mes copines qui se marie en juin 2010. Déjà que le jour de mon anniversaire, en juillet 2006, c'était pas la joie.... (je me souviens, on était à Paris, et il pleurait avec ses potes, à la fenêtre, en regardant scintiller la tour Eiffel. C'était beau).
Je pense à ma déco minimaliste, qui, le temps d'un mois de juin, abritera une expo éphémère de monticules de bouteilles de bières vides et de boites à pizzas.
Discrètement, en regardant Jean-Chou sur le canapé, je prie.

Ca y est. les choses sérieuses ont commencé. J'apprends que les commentateurs sont Arsène Wenger, Christian Jean-Pierre et Jean-Michel Larqué.
Mon préféré, c''est le dernier de la liste. Pourtant, Arsène, il est marié avec une de mes anciennes profs d'EPS du lycée (Mlle B, si tu me lis!). Mais Larqué, je le trouve passionnant:
"Anelkaaaaaaaa. Diarraaaaaaa. Diarraaaaaaaa. ..... Henryyyyyyyyyy. Attention. Gignaaaaaaaac. Oh la la la ! Escudééééééééééé." Il est fortiche comme commentateur, lui.

"Parfois, je me dis que ça serait limite plus simple que je me fasse une piquouse pour dormir et que j'aie le résultat le lendemain". C'est jean-Chou qui me dit ça. Je m'esclaffe. Il me fait peur, en vrai.
Un de ses potes au téléphone (appelons-le té-un-gagnant-serge) lui dit: "Jean-Chou, je vais pas tenir... Faut pas qu'on se mette dans des états pareils, non, faut pas".

Un commentateur dit: "bonne lecture du jeu de Lloris". Ah.
Moi, je trouve qu'il a une tête à être le fils de Pierre Palmade et de Patricia Kaas, ce jeunot.
AH! j'aurais pas du dire ça.... puisque je vois Jean-Chou bondir sur le fauteuil club. "Putain si on est à la coupe du monde, Marine, c'est grâce à Lloris, tu vois?".
Et merde.... Je crois que si un jour j'ai un fils, il va falloir que je l'appelle Lloris.... Bon, en même temps, c'est mieux que Diarra.

Puis, je ne sais plus trop quand, je vois jean-Chou commencer à se liquéfier. Il va mal. Les Irlandais courrent partout comme des leprechauns enragés, un sourire étrange sur leurs visages pâles. Le téléphone sonne à nouveau. Manifestement, ses copains sont en train de se tordre les tripes. Près de vomir. Au fond du trou.
Je suis sûre que même Pierre Ménes a perdu 1 kilo dans la soirée, à cause du stress.
"Faut pas qu'on se mette dans des état pareils. On est cons. C'est que du foot. Faut pas!" se répètent-ils comme un mantra. Je crois que leur mantra est inéficace.
Je me ressers des pâtes.

La deuxième mi-temps, pour l'homme est synonyme de descente aux enfers: D'abord debout, optimiste, il s'était ensuite assis sur le canapé.
Le voilà maintenant par terre, le cul sur le carrelage froid, à un mètre de l'écran: Il se tient la tête dans les mains, et se balance d'avant en arrière, comme un orphelin attaché au radiateur, interné dans un pensionnat des Carpates, atteint d'hospitalisme.
Je me permets de rire de manière sardonique.

Je crois même que si j'avais des jumeaux, ils s'appelleraient tous les deux Lloris. Il parait que c'est un chef-d'œuvre vivant, ce type. Et dire que je pourrais presque être sa mère....

Prolongations.
Un joli contrôle de la main d'Henry (tiens, de nouvelles règles?) et une passe pour Gallas viennent clore le match. L'angoisse retombe.
J'ai envie de dire "à vaincre sans panache, on triomphe sans gloire", mais finalement je me ravise. Quelle honte cette victoire.
Mais en même temps, comme a dit notre pote libanais à Jean-Chou: "La honte passe, la qualification reste". Bande de lâches, nos potes.
Té-un-gagnant-serge rappelle Jean-Chou pour le congratuler. L'autre pote, appelons-le le-grand-dadet, se joint à leur conf-call. Ils matent tous en cœur l'après-match, les commentaires, les réactions. Ils poussent des petits cris stridents.
Je crois qu'ils sont heureux.
Les hommes de France sont heureux. Allez, disons même que la FRANCE est heureuse. L'identité nationale se réveille, et moi, je vais me coucher.
Heureuse que mon homme soit heureux, évidemment. (pouaaaaaaah!)

Bon, et puis laissez-moi rajouter quelque chose: Au fait, les mecs, faudrait tous vous faire ENFERMER! Vous entendez? AU- TROU! Y'en a pas un qui vaille mieux que l'autre! Tous des tarés!

Sans rancune, bisous.

10 commentaires:

  1. Hilarant ce billet!!!

    J'ai le même à la maison, sauf qu'hier, il était au stade le veinard. Il m'a quand même demandé d'enregistrer le match parce que tu comprends on voit pas toutes les actions depuis les tribunes.

    Moi, trop contente, ai passé la 1ère mi-temps à regarder Grey's Anatomy, mais un texto désespéré ("On est mal") me fait zapper sur la 1. Et pis, je sais pas pourquoi, j'ai regardé la fin du match. J'ai même fait quelques incantations et sacrifié le chat du concierge dans l'espoir que l'Irlande gagne. Mais non, les dieux n'étaient pas avec moi.
    On va donc se manger du foot tout l'été... Pourvu qu'on se fasse vite éliminer (genre affronter l'Italie ou le Brésil dès le départ). Je ne sais pas si mon couple survivrait à une autre finale (mon homme refuse tout contact avec l'Italie depuis).
    Je signe où la pétition?

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  2. j'adooooore!!! j'ai bien rigolé! tu racontes ça parfaitement! j'envoie ce billet directement à Tony qui me proposait d'ecrire quelque chose sur le foot hier soir, après le match. Tu le fais tellement bien que je vais m'en passer et lui laisser lire le tien...impossible de faire mieux!

    Clap clap clap!

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  3. Eh, mais c'est que mine de rien elle s'y connaît la dame, même si elle fait tout pour qu'on s'en aperçoive pas. Allez avoue, tu l'as regardé de bout en bout ce match, au lieu de coller sur France 5 pour mater "Questions maison". Tu en parles trop bien pour jouer les novices !

    Moi, tu le sais peut-être si tu as parcouru les archives de mon blog, j'aime le foot de loin, quand j'ai rien de plus palpitant à faire. Hier soir en l'occurrence, j'ai préféré m'allonger et fermer les yeux pour faire disparaître un putain de mal de tête chopé en réunion. J'ai allumé la radio sur France Info qui, bien entendu, proposait un non-stop avec les commentaires avisés et bafouillants de Dominique Rocheteau. C'est marrant le foot à la radio : il y a un décalage de 3 ou 4 secondes entre la réalité et ce qu'on t'apprend. Tu entends une clameur monter, le journaliste s'égosille mais l'action est déjà finie et il gueule tout seul sans aucun fond sonore...
    Enfin bref, la migraine a fini par passer, en même temps que le hold up, euh pardon, la qualification. Je me suis dit que ce matin ils seraient tous de bonne humeur au bureau. Ce fut évidemment le cas. Comme tu l'as dit la France est heureuse.

    Elle se contente de peu.

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  4. @ Céline:
    merci poulette! on est là pour se faire rigoler!

    @ cranemou:
    c'est qui Tony? merci, en tous cas

    @ Charlie Grogne:
    si tu savais... non, réellement, je n'y connais rien. Mais je suis assez barrée pour, au lieu de m'emmerder toute la soirée devant le foot, m'amuser à prendre des notes: je note tout ce qui passe par mes oreilles, les commentaires, les réactions de mon mec, etc.... et puis j'en fait un petit billet!
    toute ma rubrique "spécial homme" est faite comme ça, jettes-y un coup d'oeil ;-)

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  5. Comme t'y as trop bien décrit le foute et les fouteux, Marine ! Décapant et tellement vrai. Bravo à toi, jeune fille.
    Comment ils peuvent trouver ça intéressant, nos mecs ? C'est lent, c'est long, il ne se passe rien durant les 4/5è du match. Quand il y a des "occasions" de marquer, elles sont toutes manquées et s'il n'y avait les commentateurs et leurs exclamations pleines d'espoir "ouiiiiiiiii", aussitôt démenties"ah dommage"- oui, imagine, cher fouteux : plus de son à ton poste- et bin, on se raserait grave. Et c'est pas les 3 pas de 2 de certains génies du ballon carré qui suffiront à me faire aimer le foute. Mais si ça pouvait durer qu'une heure, cette affaire, et sur un terrain moitié moins grand ( et avec autant de joueurs), eh bin, ils seraient moins fatigués, les pauvres, ils pourraient mieux savoir quelle stratégie adopter, nous faire des buts tout le temps. Bref, on serait pas volés sur la marchandise, tellement que c'est dur, tellement qu'ils ont aussi des mimines, tellement qu'ils sont obligés de s'en servir, sinon c'est trop la honte.

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  6. merci anonyme!
    (mais la prochaine fois prends un pseudo, steuplait ;-)

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  7. Désolée, j'avions pas compris la technique (et puis je tape avec mes pieds alors...).

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  8. A vaincre sans péril...

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  9. Hihihi, je te découvre ce matin sur ce sujet hautement sensible ! Et j'adore ! Moi ce match dont on va parler pendant encore au moins 6 mois, je l'ai vécu en direct live du stade, avec mon Doudou, et je peux te dire que les supporters étaient dans le même état que ton Jean-Chou !
    Moi aussi çà me fait bien rigoler, de les voir se mettre dans de tels états pour du foot, alors que certaines choses beaucoup plus graves ne leur arrachent qu'un "ah ouais ?" !!

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  10. coucou Ma Dalton! bienvenue!
    et coucou Alice! bienvenue aussi!

    (merci Ingliche Titcher :-)

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