vendredi 13 novembre 2009

Des vieux, des déjeuners, et des bébés.


(photo: empruntée au blog Olivia à Paris)

Aujourd'hui, j'aimerais vous parler des vieux, des bébés et des déjeuners. Oui, tout ça.
On aime tous nos petits vieux, bien sûr (à petite dose), et on aime encore plus les déjeuners, évidemment. Sans parler des bébés, troooooooop mignons.

Il y a une chose qui est déjà, pour moi, très difficile: les déjeuners avec les vieux.
Déjà que les déjeuners de famille, j'ai beaucoup de mal à supporter
(je parle de la famille au sens très large, avec la tante revêche, le cousin-issu-de-Bretagne frustré, la vieille pétainniste ou la vioisine relou qui s'incruste, tout simplement. Parce qu'avec ma famille au sens strict -parents-frère-soeur-beau-père-belle-mère-belle-soeur-et c'est tout!-, j'adore ça)

Mais il y a une chose qui est, à mon sens, insupportable, c'est d'aller à un déjeuner de famille avec plein de vieux, que je vois une fois tous les 3 ans, et mon bébé au milieu. Et en novembre, pour couronner le tout. (tiens, Marine, ça sent le vécu?)
Attention, ils sont adorables, les petits vieux dont je parle, hein! Pris un par un, ou par couples, ce sont de charmants personnages ronronnants, souvent rigolos, ou pleins de savoir. Mais les vieux en groupe, je crois qu'il n'y a pas pire.
Pour protéger leur anonymat, je pourrais les surnommer ainsi:
Petite Mamie N°1 sera "PM1". Petit papi sera "PP", et ainsi de suite. Il va de soi que PM3 et PP3 sont en couple, et idem pour tous les autres.

12h: tout le monde arrive
12h15: on présente bébé.
PM2: "Oh qu'elle est mignoooooone! Faudrait pas que ça grandisse!"
Pendant ce temps, PM1 sert le Champagne.
Ma fille joue avec les flûtes.
PM3: "je préfèrerais un whisky!". PM3 s'en va chercher un verre à whisky.
Ni vu ni connu, PP3 profite de la courte absence de sa femme pour se siffler sa coupe en deux gorgées. Il lui pique la sienne au passage.
Ma fille se met à chatouiller les saucisses de cocktail. Je vais à la cuisine chercher du sopalin. Je me rassois à côté de PP3, le coquin.
Ma fille disperse toutes les pièces de M. Patate dans le salon.
Je viens de me rappeler que mon chéri est là, aussi. Il s'occupe de servir les PM et les PP.
Ma fille plante un nez en plastique dans le pied de PP2.
13h: on commence l'apéritif (sauf pour le facétieux PP3 qui avait déjà commencé)
13h02: les verres sont vides. Ouverture de la 2ème bouteille.

J'essaie de prendre quelques photos mais ma fille commence à faire son clown. Paf! un coup dans le Reflex. Toutes les PM l'applaudissent et se pâment: "qu'elle est mignooooooone! Elle est toujours mignonne comme ça?"
Je dis "oui, bien sûr", en souriant, telle la vierge à l'enfant. Epanouie comme jamais.
Paf! elle se relève et se cogne le crâne dans la table basse en verre. Pile quand j'essayais d'attraper un petit four Picard parce que j'avais grave la dalle. Il est 13h50. Ma fille hurle.
14h: on passe à table.
"qu'elle est mignoooooooone! C'est dommage! c'est dommage!"
"Qu'est-ce qui est dommage, PM4?" je dis
"Ma petite-fille a déjà 5 ans! C'est dommage... j'aurais préféré qu'elle reste (restât, même) à l'âge de votre fille! C'est tellement mignon à cet âge-là!"
Ah, bon.
Je m'assois. Ma fille ne va pas faire de sieste cet après-midi, puisqu'elle a eu la bonne idée de dormir 30 minutes dans la voiture en venant. Il va falloir l'occuper.

J'attrape une crevette.
Mon chéri se rassoit, il était allé ramener les flûtes à la cuisine-ouvrir les bouteilles-descendre à la cave en chercher d'autres-couper le pain- sortir les verres à eau- éponger le vin renversé sur la nappe.
Il n'y a déjà plus d'huîtres dans le plat. Les vieux les ont gobées plus vite que leur ombre. Il devra attendre le 2ème service. On se lance un clin d'oeil.
Ma fille chouine "mamaaaaaan! mamaaaaaan!". Elle a du mal à comprendre que les adultes puissent manger des heures d'affilée, comme ça, alors qu'elle est toute seule sur le marbre du salon à jouer avec une poupée des années 70. J'imagine bien. Je vais la prendre pour la mettre un peu sur mes genoux.
J'essaie en même temps, avec ma pique à langoustines, de choper un fond de crabe. J'ai toujours faim. Il est 15h.
Ma fille mange un citron entier en recrachant dans mes mains son écorce.
"Comme elle est mignooooooooooone!" S'écrie toujours la même PM4. Je lui souris, aussi empathique que possible.
PP2, à côté de moi, me fait des tours de magie avec sa serviette. (il ne se doute pas que je déteste la magie). Il parle aussi un peu de politique. La conclusion était "tous pourris" ou quelque chose comme ça.
PM3, à ma gauche, une petite dame adorable, discrète et toujours naïve malgré ses 80 printemps, dit "ah oui?" quand mon chéri dit qu'il a George Clooney comme client. Elle finit en disant: "les journalistes, je ne peux pas les souffrir. Aucun, vous entendez?"
PP4 fait du bruit en avalant sa dernière huître.
Je n'entends plus rien, ça bourdonne, le bruit est assourdissant. Tous ces vieux qui hurlent autour de moi et débattent sur des thèmes aussi passionnants que l'huile d'olive du pan-bagnat ou les cambriolages dans la région Cannoise, ça me tue.

16h30: on passe au fromage.
J'ai l'impression d'avoir des esquarres sous les fesses. De toutes façons, il va falloir que je change ma fille, qui me tire les cheveux depuis 10 minutes sur mes genoux. Je profite d'être dans la chambre d'amis pour m'allonger un peu. J'ai mal au crâne. Ma fille me grimpe dessus.
17h: Je reviens au salon. Je demande à chéri s'il ne veut pas allumer la lumière, par hasard, rapport que la nuit tombe et qu'on n'a pas encore commencé le dessert.
Les deux coupes de Champagne que j'ai bues m'ont laissée dans un état un peu nauséeux.
Les vieux autour de moi en sont à leur dixième verre de pinard et sont frais comme des gardons.

"Mais qu'est ce qu'elle est mignooooooone cette petite poupée! mange, petite, mange encore un peu de gateau" dit encore PM4. Je ne sais plus trop quoi lui répondre. J'aimerais lui dire "non, ça fait 5 heures qu'elle grignote". Mais finalement, je souris.
17h30: on a enfin mangé le gateau. Je n'ai pas pu adresser la parole à chéri de la journée, qui était à l'autre bout de la table. Je n'ai pas pu parler de grand-chose à grand-monde, de toutes façons, puisque chacun a coupé la parole à l'autre toute la journée.
Notre fille trépigne d'impatience.
17h40: On refuse la petite liqueur de myrthe. Tous les PP ont les yeux qui brillent en pensant que dans même pas une heure, ce sera à nouveau l'heure de l'apéro. Les PM tiennent encore bien droit sur leurs gambettes.
On dit au revoir à tous nos petits vieux. Je m'affale sur le siège passager. On capte seulement BFM et RTL2 dans ce coin. Je suis déchirée. Mon chéri ne fait pas le fier non-plus.
19h45: notre fille est lavée-habillée-calinée-couchée.
Déjà que de s'occuper d'un bébé toute la journée, c'est épuisant... les réunions de famille à rallonge, c'est vraiment la torture.
On n'a même pas le courage de se faire une soupe en sachet.
On se regarde en rigolant, las. On n'a plus de forces. On va se coucher à 20h30, pour se réveiller à 7h, comme tous les matins. Une vraie grasse mat', un peu à l'envers, en fait. Qu'est-ce que ça fait du bien!

Ils ont une de ces santés, les vieux! Allez, on recommence dans 2 ou 3 ans!

8 commentaires:

  1. tellement vrai, j'ai horeur de ce genre de "repas" et ta puce est vraiment un ange car moi à ta place avec mes loustics au même age j'aurais du déserter la scène au moins 4 fois pour occuper les marmots qui ne savent pas jouer seul.

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  2. Salut,
    Pourrais-tu faire un billet sur la contraception distribuée au lycée par S. Royal dans sa région ? Merci.
    Bonne soirée.

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  3. Génial ce billet! Tellement vrai! Les vieux vont nous tuer tellement ils ont d'énergie! Vous avez eu bien du courage...
    Et ta fille mérite manifestement la palme d'or de l'enfant sage car ça doit être dur pour un p'tit bout de tenir en place pendant autant de temps.

    Et puis, je vois que ton billet interpelle tes lecteurs qui te laissent des commentaires particulièrement à propos... ;)

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  4. hé hé.
    @ cleanette et Céline:
    contente que vous vous y retrouviez!

    @ anonyme: bon. J'espère que tu n'es pas un responsable com' de Ségo, car le cas échéant tu n'es pas super convaincant. Et puis, le pseudo "anonyme"... ça me gonfle un peu. Sans parler du hors-sujet. ;-)
    Mais blague à part, je ne t'en veux pas, ouais ça pourrait être intéressant de parler de ce projet de "bons" de contraception dans les lycées.

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  5. Ton bébé est tout neuf alors il y a encore un truc que tu ignore sur les vieux:
    Ils/elles s'extasient devant les petits, font des gouzizis et des risettes mais dès que ces mêmes petits grandissent, deviennent des préados voire des ados ils leur jettent des regards noirs. C'est sans doute pour ça qu'ils répètent: il faudrait pas que ça grandisse!!!

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  6. @ Anne, c'est vrai, ça!
    C'est dingue le nombre de vieux (ou moins vieux) qui expriment clairement le "faudrait pas que ça grandisse".
    l'exemple de la PM4 que je cite m'a vraiment sidérée: sa petite-fille a à peine 5 ans, et elle n'est déjà plus digne d'intérêt...
    ce qui effrayant c'est que les vieilles comme celle-là considèrent l'enfant comme un jouet, un joli petit objet tout mignon et obéissant qu'on peut tripoter, coiffer, bisouiller quand on veut, et qui ne rechigne pas.
    Dès que l'enfant grandit et devient capable de penser et d'avoir sa personnalité.... eh ben du coup c'est vachement moins marrant!
    je trouve ça un peu dérangeant... et je le constate souvent.

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  7. Je plussoie le commentaire d'Anne (pour reprendre une expression à la mode). Les vieux pardonnent absolument tout aux moins de 3 ans, y compris le fait d'empêcher tout le monde de dormir ou tout simplement d'avoir une conversation suivie, au nom de "plus c'est petit, plus c'est touchant". A l'inverse, ils n'acceptent pas le moindre écart de l'ado qui abandonne le repas à 15h30 (juste après l'entrée, donc) pour aller faire l'autiste avec sa PS3. Attention, je ne cautionne pas pour autant les sorties de table précoces, mais il faut reconnaître qu'entendre une horde d'octogénaires leur faire la morale sur l'apprentissage du latin, ça gave en moins que ça. Et puis avec les 5000 rondelles de saucisson et les 8 litres de coca qu'ils ont chopés à l'apéro, c'est sûr que l'appel des toilettes l'emporte sur le cours d'histoire.

    Oui, définitivement, les vieux ont davantage de tendresse pour les érythèmes fessiers que pour l'acné juvénile.

    C'était pas le sujet ? Ah oui.

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  8. Ton article est génial, mais surtout tellement vrai ! et dire que les fêtes arrivent avec leur lot de repas en famille !

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