lundi 16 novembre 2009

Jocelyn Quivrin


Aujourd'hui, j'aimerais juste dire quelques mots sur la mort de Jocelyn Quivrin.
Je n'ai aucune envie de faire d'humour, d'humour noir, ou même un bon petit trait d'esprit.
Sa mort me touche profondément.
Au point que, lorsque j'ai appris la nouvelle, j'ai vite appelé mon chéri pour entendre sa voix. Premier degré à fond. Et oui, je suis comme ça, parfois.
Cet acteur avait trente ans. Il était avec une actrice superbe, Alice Taglioni. Il était papa depuis huit mois.
Je ne peux m'empêcher de m'identifier. De penser à sa femme et à son fils.


Depuis que je suis maman, beaucoup de choses ont changé. J'ai gardé le même humour et, globalement, la même vision des choses. Même si j'ai l'impression de m'adoucir. De nuancer.
Mais j'ai changé par rapport à la mort. La mort d'un enfant, évidemment, ainsi que toutes les autres souffrances qu'il peut subir, je n'arrive pas à en rire. Ou si je le fais, eh bien, je me force un peu. Même quand je sais que c'est une fiction, "pour de faux", quoi, eh bien c'est dur. Pour tout vous dire, une pauvre série minable sur TF1 est capable, maintenant, de me serrer la gorge à ce sujet.

En donnant la vie, et même dès la grossesse, il y a une constante, que l'on découvre: on ne cesse de penser à la mort.
La peur de perdre mon bébé, à 1 mois et demi de grossesse, lorsque le gynéco me dit: "restez allongée 10 jours, ne faites plus aucun effort, vous avez une chance sur deux que l'embryon tienne. Si vous ne saignez plus dans 2 ou 3 jours, c'est que c'est bon."
La peur qu'il meure dans mon ventre, dès que je ne sens plus ses coups de pied.
La peur de m'endormir, quelques heures après sa naissance, à la maternité, et de ne pas être là pour mon enfant s'il va mal, de ne pas l'entendre, de ne pas être capable.
La peur, tous les soirs, de la mort subite du nourrisson. Le besoin de réveiller mon enfant, de mettre ma main sur ses poumons, ou de sentir son souffle, juste pour vérifier qu'il est en vie.
La peur de le laisser à quelqu'un qui va le garder.
la peur de l'accident. De la kiné respiratoire. La peur de la mort, sans aucune logique.
la peur de l'accident d'avion, lorsque chéri est en déplacement. La peur de perdre les êtres chers. La peur de tout perdre. La certitude qu'un jour, ça arrivera.
En donnant la vie, je donne inévitablement la mort.

Tout cela, je ne savais pas ce que c'était avant d'être maman. Ou vaguement.
Il y a quelques temps, je me demandais ce qu'était le bonheur (c'était... là). Je crois avoir un complément de définition à ce mot: On se rend compte qu'on a le bonheur, quand une angoisse apparait: celle de le perdre.
Le bonheur, c'est un peu une souffrance. C'est se dire qu'on ne peut pas avoir plus. Mais qu'on a beaucoup à perdre.

Je pense, même si, bien sûr, je ne les connaissais pas, que Jocelyn Quivrin et sa femme avaient beaucoup pour être heureux. Alice Taglioni, jeune maman, se retrouve seule, sans lui. Elle subit ce que toute jeune mère redoute: ne pas vieillir avec le père de son enfant, laisser son enfant sans père.

La mort de Claude levi Strauss, de l'Abbé Pierre, tout ça... c'est normal. C'est la vie.
Mais là, c'est terrible. C'est très dur de regarder la vérité en face. Elle me gêne, m'éblouit, me fragilise. J'aimerais pouvoir baisser les yeux, la contourner, et croire que ça n'arrive jamais.

allez, à très bientôt.

15 commentaires:

  1. Oui, je crois que le cerveau de la jeune mère est soluble! Je me demande parfois si je ne l'ai pas perdu en même temps que mon placenta...
    Même fragilité, même angoisse, même sensibilité qui me fait éteindre la télé, boycotter les infos, quitter la salle de ciné avant la fin du film, avoir peur de l'avion, de la route, du froid, du chaud, de tout!
    Touchée aussi par la mort de qui que ce soit dont l'heure n'aurait pas dû sonner si vite, comme ça!
    Et oui, à très bientôt!

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  2. A mon tour, Marine, de me retrouver mot pour mot dans ce que tu exprimes par ce billet. J'ai eu exactement la même réaction que toi en apprenant la mort de Jocelyn Quivrin. Sauf que je n'ai pas appelé ma chérie, elle était en face de moi...
    Tu as résumé les choses, le bonheur est là quand on a peur qu'il nous échappe. Et n'aie pas peur de pleurer quand tu regardes un téléfilm à l'eau de roses. Moi, les larmes montent quand je lis un conte à mon fils, alors tu vois...

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  3. Premier commentaire sur ton blog -pourtant, je suis une de tes plus fidèles lectrices!-pour te dire que je partage ton sentiment.J'ai été bouleversée par la mort de Jocelyn Quivrin, et j'ai aussi appelé le père de M., en déplacement, pour lui faire part de ma peine et m'assurer qu'il était bien là...avant la naissance de ma fille, j'avais comme un sentiment de jeunesse éternelle. Son arrivée a tout chamboulé!elle a rendu ma vie si précieuse que l'angoisse du temps qui passe et la peur de la mort sont très présentes.

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  4. J'ai appris la mort de Jocelyn Quivrin en différé puisque c'est toi qui m'en a parlé au téléphone. Mais c'est vrai que quand je l'ai vu aux infos, ça m'a fait tout bizarre. Etre fauché comme ça à 30 ans, porte de St Cloud (ou pont je sais plus, on s'en fout), c'est horrible. Ca rappelle que personne n'est à l'abris de rien.
    Je n'ai pas d'enfants mais un mari motard et fan de sports extrêmes et je ne peux m'empêcher de stresser quand il prend sa moto ou part naviguer par vent force 7. S'il venait à disparaître, je ne sais pas si je le supporterais!
    Notre mortalité fait partie de ce que nous sommes. Accepter la sienne, c'est déjà pas évident, mais accepter celle de ceux qu'on aime, c'est tout simplement intolérable.

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  5. J'ai eu la même réaction que toi quand je lis la dépêche sur yahoo et j'ai tout de suite pensé à sa femme et son bébé, qui grandira sans connaître son père.
    Ca m'a également beaucoup touché, plus que la mort de l'Abbé Pierre, un peu pour les mêmes raisons que toi. De même, depuis que j'ai ma petite fille (voir depuis la grossesse), je pense à la mort beaucoup plus qu'avant, j'ai même fait des cauchemars à ne plus en finir avant l'accouchement: j'étais persuadée de crever...

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  6. @ tous:
    oui, je sais qu'on est tous pareil. Mais on n'en parle pas beaucoup... un peu par superstition, aussi.
    En devenant parents, on y pense encore plus.
    Je suis encore plus sensible qu'avant à ce sujet.
    Moi aussi, j'ai du mal avec le 20h (qui n'est qu'une succession de faits divers, plus que de l'information intelligente), avec les tragédies, la pédophilie...
    Bien souvent, n'importe quand dans la journée, les larmes me montent aux yeux:
    lorsque ma fille est enfin endormie, lorsque je lui lit une histoire et qu'elle se blottit dans mes bras, ou lorsqu'elle me fait un grand sourire, heureuse que je lui ouvre sa boite de pâte-à-modeler. Lorsque je pense qu'il y a quelques mois, c'était un petit truc de 2 cm dans mon ventre, et que je ne peux pas me passer d'elle.
    Je constate ça aussi chez ses grands-parents. Depuis qu'elle est née, ils ont bien plus souvent les yeux rougis qu'avant...
    Et dire que ça ne fait que commencer...

    (Maïdeeeeeeeeeeeer! heureuse de lire ton premier commentaire!)

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  7. Arrête tu vas (encore) me faire pleurer!
    :)

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  8. Je repète la même chose que les autres mais j'ai eu ce sentiment également, j'ai ressneti une profonde injustice en pensant à cet enfant qui allait grandir sans son papa, à cette femme qui allait devoir continuer à vivre tout de même, sans lui, pour leur enfant.

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  9. "En donnant la vie, je donne inévitablement la mort."

    Oui, c'est dramatiquement et "terrestrement" vrai. Moi aussi, comme vous toutes, j'ai pleuré en regardant Fistonchéri dans le berceau transparent de la clinique...

    Oui, mais pour moi aussi, en donnant la vie, je donne la vie éternelle. Je suis catho, j'ai fait baptisé Fistonchéri à 7 jours. Le baptème, c'est la promesse de Dieu de nous accueillir pour la vie éternelle.... c'est mieux que la mort !

    "En donnant la vie, je donne inévitablement la mort." Vous avez raison. A tel point que je me demande comment vous pouvez, sachant cela, donner la vie !

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  10. Je relis mon commentaire et je m'aperçois qu'il peut paraître brutal.

    Ce n'est pas mon intention.
    Mais je me demande sincèrement, pas en donneuse de leçon, mais en mère qui pleure autant que vous sur les souffrances de ses proches, qui se demande donc comment vous pouvez vivre avec l'idée de la mort=néant pour vos amours d'enfants.
    Au moins avec Dieu, je pleure de souffrance, mais pas de désespoir.

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  11. c'est insupportable de perdre ceux qu'on aime. Bien sûr, certains se consolent en pensant à la vie éternelle qu'ils donnent en donnant la vie. Mais avant d'en arriver là, faut le vivre, le truc de la mort de ses enfants ou de ses proches tant aimés. Je n'ose même pas y penser tellement c'est monstrueux. Mon père se meurt d'un cancer du pancréas, mais je me fous de ses 77 ans, je le vois toujours d'un oeil d'enfant. Il est courageux, ne se plaint jamais et trouve le moyen de nous sortir des blagues à hurler de rire.

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  12. @ pourquoisecompliquerlavie:
    non, non, je ne trouve pas ça agressif, pas de souci!
    ben c'est sûr que parfois, je me dis que j'aurais mieux fait d'être croyante, ça m'aurait peut-être facilité la vie (sur certains points). Mais bon... je ne vais pas me forcer à croire, juste pour moins en baver sur terre. Je serai recalée directement, de toutes façons; je mens tellement mal...
    Si je ne crois pas, c'est que je trouve des réponses ailleurs que dans la religion.
    La vie éternelle, je la vois ailleurs: dans la Mémoire, la succession.... mes grands-mères sont mortes, mais pourtant, selon moi, grâce aux souvenirs, elles vivent encore. Et puis, peut-être que je vois la vie comme quelquechose d'un peu plus "absurde" que les croyants...
    Mais je crois qu'on avait déjà abordé ce thème dans un précédent post... celui sur l'"insoutenable legèreté de l'être".
    Et l'absence de religion, de dieu sur lequel m'appuyer, de mon point de vue, ne rime pas avec "desespoir"! (me risquerais-je à ajouter "bien au contraire"? bon, non, quand-même pas ;-)

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  13. Tout pareil, déjà avant j'étais de nature "angoissée", depuis la naissance des petits, je suis foutue de me faire des plans sur la comète de mort, de disparition, bref, de me mettre à chialer en 2 secondes, rien qu'en "imaginant"....
    j'essaie de ne pas le montrer et de combattre cette angoisse positivement... en étant du coup, prévoyante et prête à réagir en cas de danger !

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  14. C'est en craignant sans arrêt de perdre ce bonheur qu'on le laisse s'échapper. C'est en s'accorchant trop fort à un conjoint/enfant qu'on l'étouffe et provoque un rejet.

    Arrêtez de vous biler pour ce qui pourrait arriver et vivez.

    Peu après la naissance de ma fille, mon collègue le plus proche a perdu son fils de presque un an en mort subite. Un an, c'est théoriquement hors de la période délicate. J'en ai parlé avec lui et bien senti la douleur. Mais ça ne m'a pas rendu parano pour autant. Si j'avais commencé à réveiller mon enfant toutes les nuits pour vérifier, à m'inquiéter à la moindre apnée, je serais mort de trouille. J'ai pris les mesures raisonnables pour éviter la mort subite ainsi que les autres risques. Mais la vie elle-même est un risque et il faut l'accepter pour vivre pleinement.

    S'inquiéter quand son conjoint prend l'avion est complètement idiot. Il serait plus judicieux de s'inquiéter quand il prend sa voiture chaque matin pour aller bosser. Le risque est très largement plus important en voiture qu'en avion.

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  15. @ Eric:
    je ne dis pas que s'inquiéter est BIEN ou MAL, intelligent ou idiot... Le raisonnement rationnel, il vient après la sensation.
    je souhaitais juste exprimer dans ce billet ce que l'on ressent, presque tous.
    Après, la maîtrise de ses émotions, ça, c'est un truc très personnel, et on fait tous comme on peut, avec les moyens qu'on a, le passé qu'on a...
    ces petites techniques s'acquièrent avec le temps.

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