lundi 4 janvier 2010

L'élégance du .... (je cherche encore)



Dans mon nouvel immeuble, il y a une gardienne.
J'en ai connu quelques unes, j'ai même vécu, à Paris, dans un bâtiment exempt de concierge. Ce qui a certains inconvénients, mais aussi certains avantages, il faut le reconnaître. (ou l'inverse, ça dépend de votre humeur).

La mienne, je la connais depuis deux petites semaines. Mais je crois bien qu'elle en connaît déjà beaucoup plus sur notre vie, elle.

A chaque fois que je sors de mon appartement, je tombe sur elle. C'est une dame "entre deux âges", comme on dit, qui porte, du lundi au dimanche, des chaussures de sport, un K-way bien voyant et une banane autour de la taille. Elle a les cheveux courts, méchés comme il se doit, et les sourcils un peu trop épilés, erreur que l'on constate bien trop souvent chez les dames. Elle est souriante et autoritaire à la fois (on sent qu'elle exerce un métier de pouvoir, et qu'elle aime effectivement user de ses prérogatives). Elle a, par dessus tout, un bel accent titi parisien, mâtiné d'un je-ne-sais-quoi qui fait très "grande couronne".
Elle aurait eu une carte de transport "RATP zone 1 à 6" dans sa jeunesse que ça m'étonnerait pas.

Elle est gentille, ça oui.
Mais voilà; à peine quelques jours se sont écoulés depuis que nous sommes arrivés, qu'un vieux réflexe commence à me démanger: j'essaie de l'éviter.
A chaque fois que je sors de chez moi, je la rencontre, dans son royaume. Elle rôde, contrôlant très précisément ses terres méditerranéennes, et surtout, l'activité de ses habitants. Aucune de mes allées et venues ne lui échappe. Elle parle, elle parle.... et ne s'arrête plus. Et puis, chose qui m'embête un peu plus, elle pose des questions. Beaucoup.

D'un ton professoral, elle m'explique, non sans plaisir, les règles strictes de la co-propriété.
Je ne compte plus les quarts d'heure soporifiques qu'elle a consacrés à m'expliquer à quel point il est intolérable de laisser sécher du linge sur son balcon, ou le fonctionnement du local à poubelles. J'ai subi des sermons entiers sur le recyclage des bouchons de bouteille, des cartons et des emballages (j'ai d'ailleurs, fidèle à moi-même, tout oublié). J'ai reçu une masse énorme d'informations d'un ennui terrifiant sur l'importance du respect des voisins, de l'interdiction formelle de faire du bruit la nuit (j'ai quand-même tenté un "et ma fille peut pleurer, ou bien?". Elle n'a pas souri), ou sur l'extrême importance de ne pas casser l'ascenseur (ah!)

J'ai surtout appris déjà beaucoup de choses sur mes voisins, sans même l'avoir demandé.
Ainsi, je sais que la voisine du premier, qui est malvoyante, fait du piano. Que sa fille fait de la clarinette. Qu'il y a deux autres petits blondinets du même âge que ma fille dans mon immeuble. (enfin, "l'une a 18 mois et l'autre en a 21, mais la première tarde à marcher, apparemment, c'est bizarre"). Que celle d'en face est toujours à la maison, que ça lui ferait très plaisir de garder ma fille (ouais c'est ça! je ne la connais même pas!). Que le monsieur du 3ème n'est pas très commode mais qu'il respecte les règles, "donc ça va". Je n'ose demander à ma concierge la date prévue pour l'extraction du kyste au bras du vétéran du 4ème, j'aurais trop peur qu'elle me sorte son agenda en m'indiquant: "lundi en 15!"
Peut-être qu'elle connaît tous les numeros de sécu des résidents, leurs signes particuliers, et même leur orientation sexuelle, tiens.
Je sais aussi que les anciens occupants de notre appartement étaient une famille de chercheurs. Très sympathiques, ils laissaient même leurs clés à la gardienne pendant leurs vacances (Là, je sens qu'on ne va pas faire une heureuse...).

Voilà. Dès que je sors de chez moi, pressée, comme toujours, avec ma fille dans un bras, des poubelles-mon sac-à-main-un balai-mon pc-mon snowboard dans l'autre, je suis assaillie.
Assommée par une masse d'informations aussi inintéressantes que plates, et un peu effrayantes aussi.
Elle pourrait bosser aux RG. Ou à la Stasi. Elle fait son job, quoi, mais j'en ai connu des plus effacées qui n'en étaient pas moins efficaces.
Là, ce matin, je l'ai croisée sur mon palier. J'ai senti que si j'avais ouvert un peu plus largement ma porte de manière à la laisser observer mon intérieur, elle aurait ressenti une petite joie, courte mais intense. Sa "petite mort" à elle, quoi.
J'ai vite refermé derrière moi. (ben ouais, c'est moi qui commande). Et ma fille s'est mise à pleurer quand la dame peroxydée, avec son enthousiasme louche, s'est mise à lui faire gouzi-gouzi (j'aurais pu me vexer: "elle prend ma fille pour une demeurée ou quoi?"). J'ai quand-même souri le plus gentiment du monde, et montré des yeux passionnés et attentifs à chacun de ses conseils appliqués et protocolaires (on ne sait jamais, si un jour il y a la guerre, autant qu'elle soit avec moi plutôt que contre moi).

Mille ans après, la voilà enfin partie, et moi, en retard. Je suis allée ouvrir la boîte aux lettres; pragmatique, elle n'avait pas oublié de nous rackett... heuh, de nous laisser une petite carte pour nous souhaiter ses vœux les plus chaleureux.
Va falloir que je puise bien profond en mon sur-moi pour faire montre, au quotidien, de la plus belle des diplomaties, car ça promet d'être éminemment politique, tout ça.

Gniiiiiii.

4 commentaires:

  1. Ma pauvre! Je te plains! Dis, c'est p'têt pour ça que vos anciens proprios ont décidé de vendre... ;)
    Nan sérieux, ça va être dur de la remettre à sa place la hérissonne si au bout de 2 semaines elle s'immisce à ce point!
    Bon courage pour trouver un contournement...

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  2. oh la la je ne supporte pas ce genre de personnes, à te guetter et à te sauter dessus pour te faire la conversation à tout bout de champ....
    la bonne attitude c'est de ne pas s'attarder et d'inventer des rv imaginaires : toubib,dentiste,kiné, coiffeur etc etc au moins tu as l'impodérable pour lui clouer le bec avec diplomatie...la ou ca se corse, c'est si elle te croise sur le chemin du retour à ton appart, a part lui dire que tu as laissé le gaz...je ne vois pas...courage :-D

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  3. La meilleure défense étant l'attaque, je crois que le mieux serait de lui balancer que toi aussi, tu adores te mêler de la vie des autres. Et d'enchaîner en lui posant plein de questions sur la sienne.

    Ça devrait la calmer pour quelques mois.

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  4. et bin moi, moi, moi, j'ai la même que toi tout pareil, sauf qu'en plus, elle parle pas, elle braille à te péter les tympans, alors qu'elle est devant toi, que dis-je, collée à toi, ignorant avec superbe tous les codes de respect d'une distance vitale minimale en dessous de laquelle je deviens mauvaise. C'est une femme à fort accent étranger, roulant les "r" plus que de raison, dont la voix de stentor ne connaît pas de trève (dimanche matin, extérieur rue, clap de réveil), engueulant soir et matin son mari (sourd depuis longtemps), . En fait, elle est gentille mais saoûlante à mort.

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