jeudi 4 février 2010

Le baiser de la lune



Depuis quelque temps, un débat se crée autour de la réalisation d'un dessin-animé, "Le baiser de la lune", à projeter dans les écoles en classes de CM1. Il raconte une histoire d'amour entre deux petits poissons du même sexe, et vise à lutter contre l'homophobie.

L'Education Nationale, qui avait apposé son logo sur l'affiche du film, vient discrètement de se retirer, face au tollé grandissant émanant principalement d'associations de parents d'élèves conservatrices.

Je précise que je n'ai pas vu le film, mais que je crois comprendre que son contenu est tout à fait accessible et correspond au public visé.

Concrètement, les arguments que je lis ici ou là, se positionnant contre ce film, sont:
- à 9 ans, il est bien trop tôt pour parler sexualité aux enfants.
- Beaucoup de parents évoquent une espèce d'"apologie" de l'homosexualité (et c'est là qu'on mesure à quel point le tabou et la peur restent forts autour de cette problématique)
- A cet âge-là, il ne faut pas brouiller les pistes en permettant plusieurs sexualités, mais au contraire dire que le modèle dominant, celui qui apporte le plus de bonheur et d'équilibre, est l'hétérosexualité. Pour certains, l'amalgame est même vite fait puisque ce serait, ainsi, la porte ouverte à la pédophilie, puisque tout serait permis (sic).
Sur le blog Maman Travaille, d'ailleurs, il y a tout un tas d'arguments opposés sur la question, et je trouve que le débat lancé par Marlène est intelligent, car mesuré.

J'ai donc réfléchi un peu à la question, tout en essayant de rester nuancée et de comprendre les arguments des uns et des autres.
Personnellement, je ne vois pas en quoi un film sur l'amour doit nécessairement évoquer "la sexualité".
Depuis tout petits, les enfants sont bercés par des histoires d'amours passionnées, dans les contes ou dessins-animés. Il n'y est pas pour autant question de pratiques sexuelles, de fellation ou de cunnilingus, ni, sauf votre respect, de back-rooms, gode-ceintures ou autres plans à plusieurs. (pourtant, qui sait ce que faisait Blanche-neige pendant les coupures pub? Et le prince charmant, alors, qui sait pourquoi il mettait autant de temps à arriver? Peut-être toujours occupé avec je ne sais quels jeux dégueulasses avec les belles-filles de la Reine, hein? Ah, le prince charmant, quelle bassesse!)

Eh bien, à mon avis, je ne vois pas en quoi un film sur l'amour entre personnes du même sexe serait, plus que nos dessins-animés "traditionnels", synonyme d'"apologie" de la "déviance"!
C'est au contraire un plus, qui permet aux enfants de mieux comprendre ce qui existe déjà.
Ils entendent tout et surtout n'importe quoi sur l'homosexualité, pourquoi ne pas normaliser les choses en leur disant simplement que ça existe, que ça a toujours existé et que c'est comme ça?
Il n'y a pas d'"encouragement" possible à l'homosexualité. Il n'y a pas à avoir peur de ça: ce n'est pas contagieux, ça ne se provoque pas, ça ne se supprime pas. Si quelqu'un doit être homo, il le sera.
Si mon enfant devait être homosexuel, je préfèrerais que les choses soit plus faciles à vivre pour lui que l'inverse. A mon avis, ce film aide au moins à la tolérance. Et puis, est-ce qu'on veut que la société progresse, oui ou non? Est-ce qu'on ne fait pas tout pour donner plus de droits aux homosexuels? C'est que la société avance, non?

Et puis les enfants sont lucides. Et bien plus adaptables que nous. Les enfants de couples homo, élevés dans l'amour, ne sont pas plus malheureux que les autres, on le sait.
Quant à la sexualité, si vous voulez vraiment faire l'amalgame.... je crois que les enfants ont une sexualité depuis leur plus jeune âge, mais, parcequ'ils restent des enfants, bien différente de la notre. Face à un film comme le Baiser de la Lune, qui me parait bien plus poétique et philosophique que tous les trucs un peu crus sur la procréation qu'on nous a servis à l'école en cours de bio, ils seront peut-être bien plus sages et réfléchis que nous, adultes pleins d'hormones en ébullition. Pourquoi réagir avec notre esprit tordu?

Enfin, je dirai que ce film, pour les enfants dont le destin est d'être hétéro, n'est qu'un atout pour leur avenir d'adultes intelligents. Je ne vois pas en quoi cela les "pervertirait".
Et pour ceux qui deviendraient homo, eh bien ce film ne peut que les aider à mieux gérer ce qui se passera en eux. Pourquoi ne pas vouloir leur faciliter l'avenir?
Evidemment qu'en tant que parents, ça doit être une souffrance d'apprendre que son enfant est homosexuel: on craint qu'il n'en bave, qu'il ait plus de difficultés dans la vie, et c'est normal.
Mais enfin les parents ne décident pas, et l'enfant non-plus d'ailleurs!
En fait, voilà: Au fond, je ne vois pas où est le mal. Je trouve, dans tous les cas, cette initiative positive.
Et vous?

16 commentaires:

  1. Je suis d'accord avec toi. Je suis allée lire les commentaires chez Marlène, et il me semble à moi qu'il vaut mieux parler d'homosexualité à des enfants jeunes, que de tenter d'aborder le sujet avec des ados qui auront déjà subi d'autres influences moins maîtrisables et risqueront d'avoir des préjugés. Parce que, pour autant que je me souvienne, quand j'étais ado (il y a 10 ans environ), les cours de récré n'étaient pas franchement des havres de tolérance envers les gays... (ni les petits, les gros, les handicapés, les Noirs, mais ceci est une autre histoire).
    Ma belle-mère (où êtes-vous d'ailleurs, je suis sûre que vous avez des choses à dire sur le sujet !) dirait probablement la même chose, qu'il faut parler aux enfants tant qu'ils sont petits. Et aussi, que c'est aux familles de parler d'homosexualité, l'école ne se substitue qu'imparfaitement aux parents...

    Je ne pense vraiment pas que des enfants de 9 ans soient trop jeunes pour entendre un discours de tolérance sur l'homosexualité. Les enfants sont bien plus intelligents et renseignés que beaucoup d'adultes ne le croient...

    Je pense aussi qu'on associe trop "film sur l'homosexualité" et "film sur des pratiques sexuelles". ça n'a rien à voir ! Etrangement, quand on pense à parler d'amour (hétérosexuel) aux enfants, personne ne fait immédiatement l'amalgame avec la sexualité...

    Les réactions de certains sur ce sujet m'attristent vraiment. Certaines réactions dans ma famille, aussi, malheureusement. Par manque d'éducation sur le sujet, justement, à une époque où la loi réprimait encore l'homosexualité (loi abolie en 81, ça fait pas si longtemps). Donc pour moi une telle initiative est à saluer.

    Je pense que le plus délicat, si un de mes enfants est gay, sera de l'éduquer quand même dans la religion et les valeurs catholiques, auxquelles je crois profondément, sans qu'il ou elle ne s'en détourne pour avoir rencontré un imbécile qui lui aura assené sans autre forme de procès que l'homosexualité est un péché.

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  2. @ Marie:
    bien d'accord avec toi (et donc avec moi-même, oui, bon), sur la question de l'âge:
    je crois qu'il y est mieux de diffuser ce genre de truc à des enfants qu'à des ados.
    j'aurais tendance à les croire moins influencés, moins tribaux, moins neuneu... moins cons, quoi.
    Je suis sûre qu'Ingliche Titcher ne me contredirait pas, avec son Jean-Kevin, d'ailleurs.

    Je viens de voir qu'en fait, le film sera diffusé au collège, et plus en primaire.
    Mouais.

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  3. Complètement d'accord avec toi. Les enfants savent faire la part des choses il me semble.
    Et un film sur l'amour reste un film sur l'amour (et non pas le sexe, amalgame d'adultes...).
    On peut parler d'amour filial, fraternel, hétéro, même de l'amour de Jésus (un homme) pour ses prochains (y compris les autres hommes) sans que ça n'offusque personne. Par contre, l'amour d'une femme pour une autre femme ou d'un homme pour un autre homme ce serait sale, péché, contre-nature? Les sentiments seraient-ils si différents qu'ils en seraient déviants? Doit-on apprendre à nos fils à ne pas dire qu'ils "aiment" leur ami garçon à la maternelle parce que ça fait pédé?
    Vaut-il mieux les élever dans la peur de la différence et le rejet d'une autre forme d'amour?
    Je ne crois pas... Et si un film peut aider à normaliser les gays dans notre société pourquoi pas?
    Après tout, une autre minorité fait enfin son apparition dans les contes de fées Disney (La princesse et la grenouille). Un signe que les temps changent vers plus de tolérance??

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  4. Tu as très bien développé ce que je pense sur le sujet.
    Je précise comme je l'avais fais chez Marlène que je suis convaincu que c'est justement en primaire et non pas après qu'il faut diffuser ce spot. Car les enfants en primaire n'ont justement pas encore l'esprit perturbé par les questions physiques relative aux relations amoureuses. J'en ai eu la preuve hier quand nous avons parlé du sujet avec fiston 9 ans et puce puisque le thème était évoqué aux infos. Il a cru bon de compléter ma définition "1 personne qui est amoureuse d'une autre personne du même sexe" par "une homme avec un sexe de garçon qui aime un autre homme avec un sexe de garçon ou une fille avec un sexe de fille qui aime une autre fille avec un sexe de fille"

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  5. C'est embêtant tout ça. Je suis enseignante.
    Quand les gamins nous questionnent... de façon inattendue, faut bien qu'on leur apporte des réponses. Sauf que si on ne sait pas trop bien comment s'y prendre, on est contente de trouver un support pédagogique. Faudra donc continuer de bricoler... si on en a encore le droit ! La parole de l'enseignant sera-t-elle aussi muselée?
    Identité nationale, identité sexuelle... oh la la , l'Homme civilisé fait un pas en avant pour 3 pas en arrière.

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  6. Je trouve excellent que l'on inculque par un tel dessin animé le b a ba de la tolérance et le respect des différences quelles qu'elles soient, tout en tordant le cou aux idées reçues et aux préjugés infâmes. Et si l'on commence tôt, c'est aussi bien. Et toc !!

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  7. Je m'associe aux commentaires précédents. Pour parler d'amour à un enfant, il n'est pas nécessaire qu'il ait atteint un âge plancher. Ses sentiments, lui seul pourra les adresser aux hommes, aux femmes, petits ou grands, qui l'entourent. Et il aimera ceux qu'il a envie d'aimer, avec toute la sincérité qu'on peut attendre de lui.

    Ne pas lui parler, ne pas lui expliquer, risquerait de faire de lui une tafiole.

    OK, je sors :-)

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  8. Là, c'est toi qui est saignant voire bleu !!!

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  9. tu seras bien la seule à garder une page vierge de tentatives désespérées pour faire de ma signature un lien qui marche ! Titch et Charlie ont morflé, eux mais grâce leur soit rendue, ils m'ont tout arrangé !! Alors, je vais y faire ici aussi (patois de Bourgogne Inférieure)

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  10. @ Queen Mom:
    ah ben oui, enfin! je me disais aussi, ce manque flagrant d'auto-promotion, ça devenait lourd.
    Bienvenue dans le monde de l'internet!

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  11. On en a discuté avec mon Marichéri. Il n'est pas du tout d'accord avec toi (et donc, avec moi) mais son argument se place sur un autre terrain que ce que j'ai lu jusqu'à présent.

    Il m'a dit "ce n'est pas à l'Etat de mener ce genre d'initiative". Lutter contre l'homophobie lui apparaît nécessaire, ainsi que d'en parler aux enfants tant qu'ils sont jeunes, mais ça lui semble le rôle des parents.

    Il me dit "l'Etat n'a pas à dicter la morale sexuelle aux enfants". D'après lui, on doit distinguer l'instruction, donnée par l'école, et l'éducation, qui doit être le fait des parents, selon leurs valeurs. Par exemple et en ce qui nous concerne, il me dit que pour sensibiliser nos enfants à l'homophobie, il lui paraît mieux de faire appel à nos amis gays, qui pourront mieux en parler que l'école.

    Personnellement, je trouve le raisonnement abstrait mais il soulève un point auquel je n'avais pas pensé. Si on réfléchit aux lectures publiques à l'école de lettres de jeunes résistants fusillés, aux "apports positifs de la colonisation", à la "vision positive de l'entreprise" que devraient ou pas donner les enseignements de SES, il me semble effectivement que la question se pose parfois, et que l'école a parfois tendance à sortir de son rôle...

    Qu'en penses-tu ?

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  12. @ Marie:
    Je comprends tout à fait le point de vue de Tonmarichéri, et je suis d'ailleurs plutôt d'accord avec lui sur la forme.
    Dans l'idéal, en théorie, l'Ecole Publique n'a pas à faire l'éducation des enfants, mais leur instruction.
    Oui mais bon, on sait qu'en pratique, si l'Etat y met un peu du sien, c'est bien parce que le travail des parents n'est pas fait.

    Mais en même temps l'argument de Tonmarichéri a des limites:
    je ne pense pas qu'il s'agisse d'inculquer une morale sexuelle aux enfants (dire que la fellation ou la sodomie, les trucs en solo ou à dix, le cuir ou la dentelle, c'est bien ou mal, en effet, n'est pas le rôle de l'Etat)
    Je crois plutôt qu'il s'agit tout simplement de morale, point.
    On doit respecter son prochain (c'est un principe chrétien mais aussi cher à notre république!), dans ses différences. Les homosexuels aussi.
    Et reconnaissons que cette partie de la population, de manière pas très égalitaire, est assez contournée, voire ignorée, quand on aborde le thème de la tolérance.

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  13. J'ajouterai qu'à l'éducation nationale, on aborde aussi les problèmes de racisme, de sexisme, de respect de la différence. Mine de rien, ce sont les valeurs de la république et partant, le rôle de l'école de les transmettre.
    Les discours à la maison n'étant pas toujours très progressistes (dans ma ZEP, on doit en permanence rappeler aux élèves que les propos racistes sont à proscrire car faut les voir se traiter de "sales bougnoules" ou de "sales blancs" sans même percevoir la violence de leurs propos).
    Alors si l'école peut arriver à faire évoluer les mentalités vis-à-vis des homosexuels je trouve que c'est là aussi son rôle.

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  14. L"un n'empêche pas l'autre (fille enfonçant les portes ouvertes !). Si vous savez pas, vous me demandez. Sans rire, c'est bien à l'école publique de veiller à la transmission des valeurs républicaines pré-citées, la famille relevant de la sphère privée et à ce titre, étant libre de les transmettre ou pas.

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  15. J'ai trouvé ton post plein de bon sens et de tolérance. Et tu as raison, si on leur parlait plutôt d'amour avec un grand A, à nos enfants..

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