samedi 15 mai 2010

Les bébés-nageurs: ou comment j'y prends un vrai plaisir coupable

(tu seras une nageuse est-allemande, ma fille!)

Je vous disais, il y a quelque temps, que j'allais inscrire ma fille aux bébés-nageurs. Voilà maintenant quatre mois que nous pratiquons cette activité avec le plus grand des engouements. Je crois donc avoir, à présent, assez de recul et de légitimité (mouarf) pour pouvoir vous parler un peu de cette activité aquatique haute en couleurs.


D'abord, mes impressions rapides: c'est vachement cool.
Mais encore? Nan, nan, vraiment, c'est vachement sympa; tous les poncifs entendus sur le sujet sont plutôt vrais: les enfants s'éclatent, ma fille prend confiance en elle, elle se débrouille dans l'eau sans brassards, acquiert les bons réflexes, etc... elle est folle de joie à l'idée d'y aller chaque semaine et, surtout, fait 3 heures de sieste en rentrant. (Ce qui, pour nous, est LA plus-value de ce sport)
Donc, objectivement, on adore ça, évidemment.

Mais surtout, moi, ce que j'aime, dans ce concept de la mini-piscine, c'est les Gens. Le fait de retrouver, chaque semaine, une micro-société agglutinée dans un bassin non-chloré.
Les jours un peu difficiles, lorsque je suis prise d'une petite flemme de derrière les fagots (mon point fort), je me motive assez vite en me disant: "mais voyons, Marine, tu sais bien que tu vas vivre un moment privilégié à trois... et surtout, que tu vas prendre ton pied rien qu'en regardant les autres parents en claquettes! Tu ne peux pas rater ça, ton goût pour l'observation va être rassasié, bouge-toi un peu les fesses!". C'est vrai qu'à chaque fois, je ne le regrette pas.

D'abord, il y a la prof: une dame adorable, mi-maître-nageur, mi-sexologue new-age, mi-psychédélique (oui, bon, ça fait 3 mi, et alors).
Tous les enfants l'aiment bien, et puis nous aussi. Souriante, cool, affectueuse, et pour ne rien gâcher, vêtue d'un un joli maillot Arena, tout brillant-tout neuf. Elle m'a déjà proposé d'allaiter le 2ème dans la piscine pendant que ma grande ferait ses plongeons avec son père (je n'ai pas encore dit oui)

Et puis les autres enfants; tous différents. Les garçons sont, manifestement, un peu plus "sport" que les filles. Sûrement plus stimulés, ce sont de vrais casse-cou qui, à 3 ans, font des bombes et remontent à la surface, au bout de quelques secondes, sans broncher. Tous prennent un véritable plaisir.
Il y a la petite fille parfaite de deux ans et demi (sûrement celle du "blond" de Gad El Maleh), qui n'a pas besoin de maillot-couche (ben non elle n'a jamais fait caca dans l'eau, elle), inscrite aux bébés-nageurs depuis ses 3 mois, qui marche tranquilou sur son tapis et plonge la tête la première, à l'aise.
Et les autres, au milieu de tout ça, dans la norme; un peu aventuriers, mais pas trop non-plus, qui font leurs petits progrès piano-piano, sans trop quitter les bras de papa et maman.
Ma fille est dans cette catégorie-là; parfois pleine de nouvelles envies, qui prend des risques et s'amuse à aller sous l'eau, en savourant les débuts de l'indépendance, et d'autres fois plus cool, avec une petite tendance à confondre la piscine avec un baby-spa ou une bibliothèque flottante (elle adore lire un T'Choupi en plastique, pendant la moitié du temps, en flottant dans nos bras).
C'est ça qui est sympa, en fait: chaque enfant va à son rythme, c'est lui qui prend les initiatives, il n'y a aucune injonction de faire, on n'est pas à l'école, quoi. S'il veut un moment câlin, il l'a. C'est aussi l'occasion de recharger ses batteries, et d'assimiler tous les progrès réalisés.

Et puis les parents, aussi, donc: Il y a le petit couple bobo, avec qui on échange un regard de connivence quand on se croise (ouais on se comprend, on est du même monde, on aime bien faire le marché avec nos lunettes Wayfarer et nos blondinets en baskets équitables, c'est cooooool).
Les autres, normaux et sympas (les parents des enfants "dans la norme" cités plus haut, les chiens ne font pas des chats). L'ambiance est donc bonne.

Et puis, le meilleur pour la fin; celle qui me fait me lever le samedi matin. Mon plaisir coupable, mon vice caché, ma p'tite marotte, que je vous avoue un peu honteusement aujourd'hui: il s'agit de la mère d'une petite (que nous appellerons Jeanne, tiens).
Nous l'avons affectueusement surnommée, dans l'intimité, Lamerdejeanne. Et c'est devenu notre petit rituel, à chaque fois que nous partons pour la piscine: "pourvu qu'il y ait Lamerdejeanne aujourd'hui".
C'est notre mascotte: c'est une dame pas vieille mais pas jeune, probablement née dans les années 70 (pas de carbone 14 sous la main, excusez mon imprécision), dotée d'une petite Jeanne de 2 ans et demi, et d'un mari muni, malheureusement pour la société tout entière, d'une odeur pestilentielle. Leur petite Jeanne est gentille, et méritante, même. Mais avec la maman qu'elle a, accordons lui que ça ne doit pas être facile tous les jours.
Déjà, sa mère a décidé de lui couper les cheveux à la Jeanne d'Arc, comme un garçon, "pour le côté pratique". Faut avouer que c'est pas très joli. Et puis sa mère, elle est un peu bavarde, aussi. Je sais déjà tout un tas de trucs inintéressants sur elle, c'est assez chiant (comme le fait qu'elle garde Jeanne tous les jours dans son magasin, qu'elle n'a pas voulu de mode de garde, qu'heureusement que sa mère est là pour l'épauler, qu'elle se demande comment je fais pour vouloir en avoir un 2ème tellement c'est trop dur -je vous avais prévenu, c'est pas intéressant, hein?).
Et puis, Lamerdejeanne, ça commence à devenir notre idole, car chaque semaine, on n'entend qu'elle, dans le bassin: "allez Jeanne, mais bouge-toi un peu, mais vas-y, avance, fais un effort! tu va sy arriver, mais faut t'y mettre, aussi, regarde les autres comme ils font bien, essaie de faire comme eux au moins! non? Oh la la c'est toujours pareil avec elle, elle pleure à chaque fois que je lui demande de faire un truc. Aaaah, elle est pas facile. T'entends, Jeanne? t'es pas très facile! regarde les autres enfants comme ils sont à l'aise dans l'eau!". Et ce, pendant toute la durée du cours.
Je vous laisse imaginer le bonheur, pour nous, d'avoir droit à un tel spectacle. Pour un peu, vous auriez la chance d'être à côté de son mari pendant 30 bonnes minutes, et le son et lumières s'accompagnerait de l'odorama. Je vous le recommande.
Ah oui, parce que je nous vous ai pas précisé que, Lameredejeanne, outre ses qualités de maman-coach obsédée par le résultat qui aurait pu être entraîneuse de nageuses en ex-URSS, elle est, aussi, moche comme un pou. Je veux dire, pas comme un pou de base, hein. Comme un pou bien dégueulasse. Avec, dans le désordre, des dents jaunes, des poils, un maillot ambiance "ère communiste", des cheveux poivre et sel et des ongles pas très nets.
Et parfois, quand je suis assise sur le rebord de la piscine, et que je me laisse bercer par les bruits des enfants, que je vois au loin ma fille s'amuser avec son père, entourée de tous ses petits amis aquatiques, eh bien, je rêvasse: Je vois Lamerdejeanne, rêvant de faire de sa fille une future Manaudou (photos coquines en moins, j'ose l'espérer), et je l'imagine; crieuse sur une foire aux poissons au Moyen-âge, voire tenancière un peu cra-cra d'une auberge sur le Pont-Neuf... Parfois, aussi, quand son visage ingrat, déblatérant des paroles de charretière, blesse trop ma vue, je m'amuse même à l'imaginer vendre ses charmes aux fermiers de passage, dans les ruelles des extérieurs de Lutèce, sans faire montre de trop d'exigences sur la clientèle; "un sou la passe, 2 sous si vous voulez me casser la gueule!" "Tout doit disparaitre, profitez-en, et en plus, 30% offerts sur les tanneries de la Rue-du-chat-qui-pêche!".
Puis, mes rêveries me portent, et j'imagine la pauvresse, au bout de quelques années, devenue folle et errant en guenilles, les cheveux en bataille, dans les rues de la capitale... mendiant ça et là, qui quelques queues de sardines, qui un quignon de pain, entre deux procès en sorcellerie dont elle serait la victime.

Comme vous voyez, j'ai tout un tas de bonnes raisons, plus ou moins politiquement correctes, d'aimer aller aux bébés-nageurs. Et d'y emporter mon appareil photo.
Et, plus globalement, c'est drôle comme des endroits ou des activités sans intérêt particulier peuvent devenir réellement stimulants et créatifs, quand on se laisse aller au plaisir de l'observation et de l'imagination.

8 commentaires:

  1. grmplfff.
    Aucun commentaire.
    je sais pas comment je dois le prendre, car ça m'arrive assez rarement.
    A croire que ce post est tout à fait traditionnel et neutre, et ne réveille aucune réaction particulière.
    Ou bien Lamerdejeanne m'a retrouvée et a piraté mon compte Blogger pour effacer tous les commentaires, ou bien je vais commencer à sérieusement me remettre en question (ou à boire -ah ben non ça j'peux pas).

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  2. Lamerdejeanne est très bavarde mais ce n'est pas la seule apparemment...

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  3. on a tous une Lamerdejeanne sous le coude, à la piscine ou à la sortie de l'école...
    je les avais pas encore imaginé au Moyen Age ;-)
    sinon la pistache avec les kids, c'est top en effet !

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  4. Hello! Alors je commente très rarement et pourtant j'aime bien ce que tu écris et je me marre très souvent. Mais là, bah non, désolée mais ça ne m'a pas fait rire. Je ne sais pas trop pourquoi mais finalement en y réfléchissant je suis morte de rire quand Guillon se fout de la gueule de Besson, Strauss Kahn ou même Martine Aubry parce que ce sont des "puissants" quelque part et qu'ils l'ont cherché, leur place -facile ouais je sais. Mais là, Lamerdejeanne, c'est un peu moi, c'est un peu nous -enfin pas toi apparemment- et donc mouais, bof quoi... Comme dirait l'autre, on est tous le con de quelqu'un et tant pis pour lui ;)
    Signé Lamerduneautrejeanne ;)

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  5. Moizelle Jeanne19 mai 2010 à 19:54

    @Laura Ingalls: heureux celui qui sait rire de lui-même, il n'a pas fini de se marrer. Franchement, si on a plus le droit de caricaturer (oui, c'était une caricature, ou la MèredeJeanne est la sorcière dans Blanche-Neige vue la description) et de se foutre un peu de la gueule de parfaits inconnus, alors où va-t-on?
    Et c'est pas la faute de Marine si tu te reconnais dans son portrait...

    @Marine: moi j'ai trouvé ça très drôle! J'espère juste que la petite Jeanne ne deviendra pas l'André Agassi des bassins.

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  6. oui bon chacun ses gouts, on peut trouver mon texte drôle ou pas, c'est le jeu.
    Si je rends mes posts publics, c'est bien pour accepter la critique.

    c'est marrant les exercices de fiction (oui car la Merdejeanne est inventée pour 95%), car il faut souvent justifier son parti pris, voire se défendre... alors que le personnage n'existe même pas (il m'a vaguement servi d'inspiration).
    Et puis bon, honnêtement, j'aimerais que le premier d'entre vous qui ne s'est jamais fait un délire sur une personne, un passant, me jette la première pierre.

    (et puis franchement, je croyais y être allée assez fort sur l'exagération de la description de ma "sorcière"...
    faut le faire, donc, pour se sentir visée! ;-)

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  7. Que voulez-vous?! Ça doit être mon côté Laura Ingalls qui ressort très fort, toujours à aller du côté du loser total, du vilain petit canard, du chien errant, borgne à 3 pattes... ;)

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  8. @ Laura Ingalls:
    oui c'est vrai en même temps avec un pseudo comme le tien, ta réaction est compréhensible, voire encouragée!
    (c'est sûr que si ton pseudo avait été "Pol Pot", là j'aurais été dure avec toi :-)

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