lundi 14 juin 2010

Le premier jour du reste de ta vie


Il y a un truc qui me chiffonne en ce moment. Oh, pas un truc très important, ni si gênant que ça... allez, disons-le, même, un détail;
j'ai pas envie d'accoucher.


Oh, on ne peut pas dire que mon état actuel me mette dans des états d'extrême plaisir sensuel au quotidien, hein. Même si, je me souviens que la première fois, j'avais fini par m'y habituer, à ce ventre (et que, en y passant machinalement ma main, après la naissance de ma fille, je ressentais même une sensation de vide).
En fait, j'ai surtout hâte de voir mon bébé, de faire enfin connaissance.

Mais, comment vous dire, que je ne suis pas emballée à l'idée de passer par l'étape du milieu?
Si je pouvais éviter de vivre ces 3 jours fatidiques, entre le début des contractions et le séjour à la maternité... et que je pouvais plutôt me retrouver dans un petit coin tranquille, (au hasard: un hotel de luxe pas trop loin), avec, soudain, comme par magie, mon nouveau-né sur la poitrine?

Voilà. J'ai pas follement envie d'y passer.
J'ai pas très envie d'avoir à m'organiser pour faire garder ma fille pile à ce moment-là, ni de la laisser. J'ai pas très envie d'aller, aux premiers signes annonçant l'accouchement, mettre la valise dans la voiture et me faire accompagner à l'hôpital, pour passer des heures en salle de travail (qui n'est pas l'endroit le plus confortable du monde).
J'ai pas très envie d'être stressée, d'avoir la peur au ventre.

J'ai pas très envie de tout ce qui arrive ensuite, de la fatigue, de la douleur et de l'effort. Faut dire que je suis une flemmarde.
C'est absurde, mais j'ai l'impression que je ne vais pas avoir le temps de tout faire. Je me souviens de cette réflexion bête que je m'étais faite, la première fois: "Accoucher me parait tellement compliqué, peut-être que je ne vais pas y arriver".
Pendant que je découvrirai enfin mon enfant, Jean-Chou ira sûrement récupérer notre fille pour qu'on soit tous réunis. Le scenario de notre organisation est déjà écrit d'avance. Tout est bien huilé, pensé. Mais je sais que dans les moments comme ça, les choses se passent rarement comme on les prévoit.

J'essaie de me replonger dans les sensations vécues. J'ai voulu écrire sur tout ça, pour justement figer ce ressenti. C'était il y a peu de temps, et en même temps, j'ai l'impression que c'était il y a une éternité. Que j'ai tout oublié.
Mon corps a bien sûr oublié la douleur, mais je pourrai encore, paradoxalement, la décrire assez précisément. J'ai vécu ce moment pleinement, dans le présent, comme jamais... et j'ai à la fois la sensation que j'étais au dessus de moi, hors de mon corps, dans une autre dimension (la nature est bien faite)
Je me souviens d'un stress énorme, d'une adrénaline positive... mais aussi d'une sérénité, d'un calme, sûrement dû aux hormones, à l'effet un peu shootant de la péridurale, et à la satisfaction du travail accompli.
Je me souviens parfaitement des premières minutes de ma fille, petit animal aveugle, encore tout humide et enfouissant son nez dans mon cou, qu'on m'a posée sur la poitrine. A ce moment-là, la moitié inférieure de mon corps n'existait plus, n'avait plus d'intérêt, plus d'utilité. Je ne me rappelle alors aucune sensation de douleur, je n'ai même pas eu conscience du travail que continuait à faire la sage-femme, une fois ma fille sur moi.
Les souvenirs sont à la fois frais et lointains, c'est étonnant.

Voilà. J'essaie de me remémorer tous ces instants uniques. Les plus durs et les plus beaux. Je les ai craints et adorés à la fois.
Le souvenir des sentiments change souvent avec le temps. Mais c'est encore plus difficile de retenir des sensations physiques, surtout quand on sait qu'on ne les ressentira peut-être plus. C'est important de vivre ces instants intensément, avec le corps et l'esprit. J'aimerais, dans longtemps, comme si je devais décrire à mes petits-enfants le goût d'un fruit disparu, pouvoir en retrouver la saveur, juste en me relisant.

C'est ça: je redoute les moments qui vont s'imposer à moi, tout en les attendant avec impatience. Quelle autre évènement dans la vie réveille en nous des réactions aussi opposées?
J'aimerais pouvoir analyser ce phénomène: je veux d'abord l'imaginer, le vivre, puis l'écrire. Pour lui donner encore plus de sens.
Pour mieux savourer ce paradoxe, et pouvoir essayer de mieux le comprendre ensuite.

En fait, c'est tout simple: j'ai pas très envie de vivre les quelques heures, et les dernières minutes, dont je sais pourtant qu'elles précèderont, si tout va bien, un des plus beaux jours de ma vie.
Bizarre, hein?

(PS: bien se remémorer LA maxime bien utile en période creuse: "à chaque jour suffit sa peine")

9 commentaires:

  1. ah lala marine... ca me rappelle l'état d'esprit dans lequel j'étais avant d'avoir mon 2eme!lol!!
    en tout cas tu retranscris ca super bien et c un plaisir de te lire!!
    bises et...bon courage!lol
    seve

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  2. Il est peut-être encore temps de te préparer un accouchement "autrement" je sais que tu as la chance d'avoir des sage-femmes compétentes par chez toi contrairement à moi.
    Pour ma part je ne veux plus d'enfant, mais j'ai tellement aimé mon dernier accouchement malgrès la douleur du début que je serais prète à recommencer rien que pour ça.

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  3. Slip jetable en coton? Vraiment?
    Ils en font chez Princesse Tam Tam?

    Sérieux, t'as trop de courage d'accoucher. Surtout une 2ème fois.

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  4. Avec péridurale, je vois pas trop pourquoi s'angoisser ! C'est-y pas malheureux de se faire du mouron alors que ça va être que du bonheur !!

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  5. @ Sève: coucou toi! ravie de te voir ici ;-)

    @ Cleanettte: oui je vois ce que tu veux dire, en effet je comprends qu'on puisse être attirée par des trucs plus "naturels". Même si pour moi, ce qui me rassure le plus, c'est la sécurité médicale de l'hôpital "traditionnel", tant pis pour les inconvénients!

    @ Titcheur: Ouais, les joies de l'accouchement, hein. En effet je crois que je vais barrer cette ligne-là de la liste. Si tu veux me faire plaiz, tu sais ce qu'il te reste à m'offrir ;-)

    @ Queen Mom: c'est facile de dire ça quand on y est déjà passée. Mais sincèrement, je ne crois pas qu'il y ait bcp de futures mamans qui prennent ce Grand Jour à la légère. Et la péridurale n'est pas si miraculeuse que ça!
    En tous cas je ne fais pas partie de celles qui ne se posent jamais aucune question sur rien (mais comment font-elles?), ça, c'est certain :-)

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  6. Je te comprends trop bien, il vaut mieux focaliser sur cette belle rencontre que sur l'accouchement. Passage obligé, vite oublié !
    Courage !

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  7. Ca ma fait penser à ma dernière consultation à la maternité (je suis enceinte de 8 mois) :

    - l'interne : "c'est super que souhaitiez éviter d'avoir de nouveau une césarienne ! certaines mamans ont tellement peur d'accoucher qu'elles la demandent. Je vois que vous avez TRES ENVIE d'accoucher par voie basse !!!"

    - moi : "j'ai dit ça ? Eviter la césarienne ce serait super, la mienne avait été trash et mal vécue, mais éviter d'avoir à accoucher tout court serait encore mieux ! L'accouchement voie basse ne me fait pas rêver non plus..."

    Si on pouvait sortir ce bébé sans accoucher...

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  8. Je te suggère un bon rail de coke juste avant, au moins tu planeras! Comment ça je sors?

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  9. @ Titcheur:
    mouais t'as raison! après 9 mois de rigueur monacale, c'est pas un petit écart une heure avant l'accouchement qui va me le traumatiser, mon foetussio. j'en toucherai 2 mots à mon gynéco.

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