jeudi 3 mars 2011

Lettre à une amie enceinte pour la première fois


"Mon Dieu,  mon bel Andy, je me trompe ou je suis une p..... de femme enceinte épanouie, là, dans tes bras, dans cette p..... de belle prairie du Middle West?
Oh, yeah, ma Dolly. Moi-même, j'crois bien que j'ai jamais été aussi heureux que maintenant, j'dois dire. 
Ca mérite une photo, tu crois pas darling? 
Eh, l'autre, là! Oui, oui, toi, le clanpin du Deli du trottoir d'en face. C'est à toi qu'je cause. Tu viens nous prendre en photo immédiatement, ok? Ou j'te bute. 
Et si c'est mal cadré j'te tire dans la main. Voaaaaala. C'est bien. Bon gars."

Une amie proche m'a annoncé il y a quelques jours sa grossesse. Sa première grossesse.
Je suis folle de joie pour elle. 
Pour moi, c'était il y a plus de trois ans que je commençais cette aventure. Et c'est drôle, en l'entendant me raconter ses premières sensations, ses angoisses, ses doutes, je me suis revue trois ans en arrière.
C'est la préhistoire, quand j'y repense. Ces neuf mois intenses, bouleversants, étonnants, passionnants et éprouvants... autant de mois pour se préparer à devenir mère. 

La première grossesse, c'est magique, sacré, magnifique. Dans les livres, on vous dira: c'est merveilleux. Mais c'est aussi, et cela, on le découvre quand on le vit personnellement la première fois, une aventure difficile, un changement énorme de notre psychologie, un passage émouvant et assez terrifiant, comme il y en a peu dans la vie.
On a beau rêver de tomber enceinte, rêver de se pavaner avec son gros ventre, rêver d'une grossesse épanouie et sans nuages comme dans les pubs, puis rêver d'enfin accoucher pour pouponner... Une fois qu'on est dedans, c'est le grand vertige, et beaucoup d'idées fanstasmées volent en éclat.
Après les rêves, il faut faire avec la réalité, et c'est un tout autre monde qu'on découvre.
 Je vois, avec mon petit recul, mon amie entrer dans cette longue aventure... Comme les autres personnes de son entourage, j'ai tendance à la visualiser déjà bien enceinte, puis maman, avec son petit Désiré tout grassouillet dans son body taille 9 mois, dans les bras. 
Alors qu'elle digère à peine la belle nouvelle, commence juste à réaliser, vient d'acheter ses guides de grossesse. Tout le monde la devance, en quelque sorte. Alors que, on le sait, elle aura bel et bien besoin de ces neuf longs mois pour se préparer à passer dans un autre univers.

Mes enfants sont encore tout neufs, mais j'ai l'impression d'avoir déjà du recul, tout ça est déjà loin.
Je vais la voir, avec attendrissement, vivre les étapes fondatrices:
Le test de grossesse hallucinatoire, l'angoisse de la fausse-couche, la peur pour un rien, les nerfs à fleur de peau, la fierté, les pleurs d'émotions pendant l'échographie des 12 semaines, où l'on découvre son bébé, déjà formé, les contraintes alcool/toxo/fromages/viandes rouges/ crudités qui peuvent parfois être de vraies petites tortures, l'émotion de sentir les premiers mouvements, les angoisses, les photos que l'on fait de son ventre, semaine après semaine, l'impression que personne ne peut nous comprendre, les désagréments physiques que l'on découvre, le changement psychologique révolutionnaire qui est en train de s'opérer, les cauchemars de la fin de grossesse, le bonheur de communiquer avec son fœtus en le caressant fermement à travers le ventre, les 15 kg supplémentaires à traîner, où qu'on aille, la peur de voir la date de l'accouchement arriver, les petits stress qui nous font courir à la maternité "juste pour vérifier", les prises de sang tous les mois et leurs lots de "mauvaises nouvelles éventuelles", les craintes d'y laisser sa peau, de ne pas savoir y faire, d'arriver en retard à la maternité, les hormones en folie, la sensation de flotter, d'être dans un état second, dans un monde parallèle, en train juste de faire la chose la plus importante du monde: créer la vie, les remarques des autres qu'il faut gérer, la carte bleue qui chauffe sur les sites de vêtements de grossesse puis de vêtements pour bébé, ce gynéco précautionneux qui n'est jamais rassurant avec ses "rien d'anormal POUR L'INSTANT madame - un accouchement est toujours risqué vous savez -Oui, ça fera mal, forcément", la visite de la salle de travail, le futur papa qui encaisse, qui encaisse, et qui parfois aimerait bien souffler, aussi, les cours de préparation à l'accouchement, la peur de la douleur, l'achat du matériel de puériculture, l'impatience des dernières semaines, les derniers jours où l'on peut encore se regarder tranquillement le nombril, et puis ces remarques, qu'on entend de plus en plus vers la fin "Dors, surtout après tu ne dormiras plus, après ce sera différent tu verras", "quoi, mais comment vous voulez que je profite? j'ai le ventre de Pierre Menés, un masque de grossesse digne du carnaval de Venise, ma baignoire est devenue le bassin des orques de Marineland"... 
... et la naissance, enfin.

Je me souviens, à la fin de mes grossesses, j'étais tellement exaspérée par mes kilos en trop, ce ventre énorme, cette canicule invivable, ce dos endolori, les vieilles pies qui me passaient devant à la caisse en ronchonnant dans leur barbe "c'est l'épidémie des grossesses ou quoi?", les mouvements de mon bébé qui, positionné en travers de mon ventre, m'empêchait de dormir, de respirer en position allongée, de marcher trop longtemps... les autres me disaient: "t'es belle". Moi, dans mes moments de grosse lassitude, j'étais persuadée d'être une erreur esthétique, une plaie pour mon mec, un boulet, juste une grosse forme ronde aux contours imprécis, lente et inutile, à peine bonne à rouler du lit au canapé.
Je pestais, pendant mes insomnies: "jamais plus je ne retomberai enceinte, quelle galère ce truc, c'est trop dur, franchement, j'ai donné 18 mois de ma vie, j'ai failli devenir folle plus d'une fois, je suis trop sensible, c'est pas pour moi ces montagnes russes, c'est bon quoi. Je laisse ça aux copines, maintenant!" (rire sardonique).

Maintenant, j'entends avec bonheur ma copine me raconter ses découvertes. Je vais faire attention à ne pas trop lui parler de moi, ne pas lui donner de conseils si elle ne m'en demande pas. Je me souviens que pendant ma première grossesse, moi seule comptait, et les bonnes femmes qui me parlaient toujours de leurs histoires en me coupant la parole m'horripilaient (les coups de gueule sur mon blog en sont la preuve)

Le recul me permet, aujourd'hui, de ne garder que les meilleurs souvenirs de cette "odyssée de la vie". En voyant mon amie découvrir la magie de la première grossesse, je suis soulagée et heureuse de l'avoir déjà vécue, mais je ne peux pas m'empêcher de ressentir cette nostalgie, ce petit pincement qui me dit, tout doucement: "ah? c'est déjà fini pour toi? tu es sûre que tu veux vraiment tirer un trait sur tout ça? N'est-ce pas une des plus belles choses qui t'ai été donné de vivre pendant tes vingt-neuf petites années, franchement? Qu'y a -t-il de plus important que ce que tu as créé? Cela valait bien ces quelques sacrifices, je sais que tu ne me contrediras pas, hein, Marine?"

Voilà, mon amie. Tu crées une petite vie, là, en ce moment. Elle fait, quoi, quelques millimètres, quelques centimètres? Ce que tu vis est d'une banalité affligeante... mais c'est aussi unique. TU es unique, ces neuf mois-là, sur cette terre, toi seule va les vivre. Tu vas d'ailleurs, même si tu es entourée, les vivre seule, pratiquement.
Je vais te dire à mon tour ce mot d'apparence un peu niais, qui n'a pas beaucoup de sens, et que tout le monde m'a pourtant répété pendant ma première grossesse...: "profite".

15 commentaires:

  1. déçue. M'attendait à du franc-parler sur le mode "que dire à une copine enceinte ? Comment briser les tabous sans perdre une amie ?".

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  2. c'est bête que tu sois anonyme!
    mais bon... si tu cherches un peu dans mon blog il y aura certainement des posts un peu plus "cash" comme tu les aimes.

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  3. Peu importe l'anonymat, on ne se connaît de toute façon pas !
    Oui j'aimais bien ton blog pour cet esprit incisif et je m'y retrouve de moins en moins. Les textes sont longs, les sujets et le regard moins surprenants. Je te le dis sans animosité. Juste une remarque que j'espère constructive. Mais bon... C'est difficile d'être double maman d'enfants en bas âge et de tenir un blog avec la concurrence de facebook par dessus le marché ! Bonne chance !

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  4. (ce n'est vraiment pas pour te blesser mais pour ne pas faire de langue de bois à mon tour. Et puis... Ce n'est que mon avis)

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  5. pas de souci, j'entends les critiques!
    mais quand-même, si tu prenais un pseudo la prochaine fois... ;-)
    (tu n'es pas la seule à t'appeler Anonyme comme tu t'en doutes ;-)

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  6. Bonjour, enceinte dans mon 8e mois... J'ai souri tout le long du post et je dois bien avouer que les dernières lignes m'ont mis la larme à l'oeil. Ahh la grossesse et cette sensibilité exacerbée...

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  7. N'écoute pas ces critiques pas vraiment constructives Marine, la vie n'est pas faite que de paroles "cash". Si un peu de sensibilité dans ce monde de brutes en dérange certains, ça plaira à beaucoup d'autres.
    Moi j'ai beaucoup aimé en tout cas, ça m'a rappelé pas mal de souvenirs... C'est très vrai de dire que c'est un épisode de notre vie fait de sentiments antagonistes, le partage entre la sensation de ne plus en pouvoir et la conscience simultanée de vivre quelque chose d'unique !

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  8. Félicitations à la future maman!
    Mais j'avoue je suis jalouse, je rêves de revivre ces moments! Et à chaque annonce, je meurs d'envie de recommencer, mais effectivement même si cela reste des aventures merveilleuses, la première est unique. Alors oui profite!!!
    Christelle
    (malgré des études plutôt longues, et d'un nature plutôt dégourdie, je n'arrive toujours à publier avec un pseudo!!!)

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  9. Par contre Marine, la photo est mal choisie, elle va flipper ton amie avec un tel modèle!!! Cauchemars assurés.
    @ pour la future maman: la grossesse peut être beaucoup plus glamour!
    Christelle

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  10. @ Christelle:
    c'est pas possible ça! comme quoi, on a toutes nos petites tares secrètes ;-)
    bon, pour signer ton commentaire, tu vas dans le petit menu déroulant... tu choisis l'avant-dernière ligne "nom/URL"... et, à "nom" tu remplis "christelle" (tu remplis "url" uniquement si tu as un site ou un blog!)
    et voilou!!!

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  11. Elle a de la chance ta copine, d'avoir une amie comme toi! Ce billet était très touchant. Et puis, la photo à elle seule est une perle rare. Je lui souhaite un peu moins de vergetures tout de même... :)

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  12. Et bien, contrairement à "Anonyme", j'ai adoré ton billet : pour moi, ces moments sont encore tout frais ( j'ai accouché il y a trois mois), et même si je n'ai pas adoré être enceinte (doux euphémisme...), créer la vie est la plus belle chose qui me soit arrivée! Alors oui, voir son corps se déformer, avoir la sensation d'être un boulet, les nausées, les vertiges, les prises de sang à répétition...ce n'est pas ce qu'on rêve de vivre, mais, tout ça n'est rien comparé au bonheur de se lever le matin avec le sourire de son enfant, de le voir évoluer et se développer jour après jour...la vie d'avant me semble bien terne désormais...Merci de m'avoir rappelé tout ça!

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  13. @ toutes:
    ah ben merci les filles! ça fait plaisir de voir que des billets plus softs, où je laisse plus de place à l'émotion, peuvent toucher aussi!
    mais je peux comprendre aussi les "reproches" d"Anonyme"... parfois je sèche un peu devant ma page blanche, faire du "choc" tout le temps c'est pas évident!
    En revanche, la "concurrence de Facebook", franchement... je m'en fous. J'écris pour écrire, pas pour dépasser qui que ce soit.

    @ Titcheur: et dire que le pasteur du comté avait vendu à Dolly -à prix d'or- cette crème anti-vergetures "miracle" ... y a parfois des injustices ;-)

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  14. Mais anonyme, Marine est une être humaine donc elle est parfois cash, parfois sensible.
    Si j'osais aller dans le cliché de séries télé américaine des années 90: elle n'est ni blanche ni noire mais faite d'un joli dégradé de gris (enfin c'est une image, je ne parle pas de sa peau!).
    Bref, avant de lire les commentaires précédents, je venais juste dire que pour moi les 9 mois de grossesse c'était court et c'était long. Et ça veut dire beaucoup! Voilà c'est tout!

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  15. Merci marine! Cette lettre est tres touchante, pleine de sensibilite et de partage! Les emotions decrites sont tout a fait vraies, la dessus on ne peut pas te repprocher ton franc parler. Je suis aussi enceinte de mon premier bebe et je ne peux pas m empêcher de me sentir seule dans cette expérience...
    Merci pour toutes tes coups de gueule et tes vérités sur les choses les plus 'banales' qui peuvent arriver dans la vie d une femme!
    Change rien Marine!
    Je cvous souhaite a toi, a ton amie, et a tous ceux qui lisent ces pages beaucoup de bonheur et d' amour!
    Mimi

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