dimanche 24 avril 2011

Une bonne foi pour toutes

Sœur Jeanne d'Arc, pour les hosties, vous n'oublierez pas que je suis allergique au paprika, n'est-ce pas? On prendra moins de risques avec l'Onion Cheese.

Hier, j'ai vu un reportage sur France 2 ("13h15 le samedi"), intitulé "Une bonne foi pour toutes", suivant des Bénédictines en Charente, dans leur vie au monastère. Cela faisait 15 ans qu'elles n'avaient pas ouvert leurs portes à des visiteurs...
Vous pouvez trouver ce reportage en cliquant sur l'archive de la video du 23 avril 2011, sur le site de France 2.

Ce reportage m'a clouée.
Il nous présente la vie de ces moniales, qui ont fait le choix de tout laisser pour s'engager dans cette vie de prière. Pas de sorties possibles sauf pour des raisons médicales, de rares visites de la famille autorisées au "parloir", des journées de prière et de labeur, en communauté. Pas très tripant, à première vue, quoi.
Mais ce reportage est passionnant: il démonte petit à petit tous les clichés liés à ce choix de vie.

Moi la première, lorsque j'entends que des femmes choisissent la voie de vivre pour le Seigneur, je ne peux m'empêcher d'avoir, a priori, des réactions épidermiques: "Ces femmes veulent certainement fuir la vraie vie!" "Elles se croient utiles avec leurs prières? C'est même pas dit que Dieu existe, ce serait quand-même ballot qu'elles consacrent toute leur vie à une cause hypothétique!", "Et puis, quitte à aider leur prochain, elles seraient plus efficaces sur le terrain, comme Sœur Emmanuelle par exemple, plutôt que d'avoir l'impression d'agir par leurs prières!". "Ces pauvres femmes, elles ratent tellement de choses importantes de la vie!" "Et puis, comment elles font, toutes, pour vivre sans hommes?"."Ça doit leur taper sur le système de tourner en rond dans ce bocal! Elles doivent y laisser quelques neurones au bout de toutes ces années".
Bref. Qui parmi vous n'a pas parfois des réactions de ce genre?

Mais lorsqu'on entend ces sœurs, on est d'abord frappé par une chose: leur sourire, tellement naturel qu'il en devient étonnant, déstabilisant.
On nous rappelle que ce sont des femmes, des vraies. Qui ont leurs doutes, leurs moment de désespoir, leurs frustrations.  Et qui ont la simplicité et la franchise d'exprimer leurs faiblesses.
Ces femmes sont, pour la plupart, éduquées, lettrées, cultivées. Elles ont choisi de quitter tout idéal pour se consacrer à Dieu, se "laisser aimer par Lui".

On suit certaines d'entre elles, qui n'ont pas trente ans, et d'autres, bien plus âgées. Toutes ont en commun ce sourire, cette fraîcheur, cette innocence et cette joie de vivre. L'une d'entre elle dit très bien: "qui sait si j'ai raison d'avoir fait ce choix? Je ne le saurai pas, et de toutes façons, est-ce l'important, c'est d'avoir raison? Moi ce que je sais, c'est que je suis heureuse comme ça." C'est vrai... est-ce qu'on est mieux placé, nous, pour dire qu'on a plus raison qu'elles de vivre comme on le fait?

Mais leur innocence, qui leur donne cette motivation étonnante, n'est pas de la naïveté. Ces sœurs ont de l'humour, de l'esprit même, et on constate une émulation intellectuelle plutôt réjouissante. Elles se cultivent, travaillent, prient, dans la bonne humeur et la sagesse. Avec philosophie, une moniale nous explique sa conception du temps, le temps qui passe, le temps qui manque, notamment dans nos vies d'occidentaux stressés: "C'est la peur qui nous fait courir".

Une fois par semaine, elles s'intéressent à l'actualité au travers d'une revue de presse. Ainsi, en ce moment, leurs prières se dirigent vers les Japonais victimes de Fukushima, par exemple. Leur mission est celle-ci: prier de tout leur cœur pour les autres, persuadées que leurs prières ont un pouvoir.
L'une d'entre elles dit d'ailleurs à la camera: "N'ayez pas peur, nous ne sommes pas contre vous, au contraire, nous pensons à vous!".

Au cours d'une journée, la journaliste leur a montré des videos actuelles, pour recueillir leurs impressions (elles n'ont ni télé ni internet)
Les images défilent; le tsunami, un clip de Lady Gaga, puis la star sur scène vêtue de son costume de viande, enfin, un reportage sur l'interdiction de la burqa, et sur le manque de lieux de prières en France pour les musulmans.
On est étonné par leur fraîcheur, leur vivacité, leur ouverture d'esprit, leur solidarité envers les autres religions, et leur culture (ainsi, nous expliquent-elles en plaisantant, dans les évangiles, il existe un passage où un homme se recouvre totalement de viande lui aussi!).
Ce qui frappe le plus, c'est, allez, je pourrai le dire comme ça: leur tendance à être... féministe. A contre courant. Ces femmes revendiquent leur liberté, elles l'expriment à leur façon, en se retirant du monde. Mais elles veulent aussi la liberté des hommes, et des femmes. Pas d'aigreur, pas de jugement, mais de l'empathie pour Lady Gaga par exemple. Une vraie leçon. De VRAIES catholiques, animées par l'amour de leur prochain, pas des bigotes superstitieuses trop affairées à respecter des rituels pour s'élever et comprendre le message de Dieu (et c'est malheureusement les bonnes femmes de la 2ème catégorie qu'on croise plus souvent...Vous aurez compris que je ne les porte pas dans mon cœur)

C'est l'impression qui ressort de ce film, finalement: Ces femmes sont recluses, totalement retirées du monde. On pourrait penser qu'elles s'en désintéressent, égoïstement. C'est finalement, le contraire... leur réclusion n'est, selon elles,  pas un enfermement, c'est leur manière de prendre du recul pour servir les autres, par leurs prières.
Elles revendiquent tout de même, selon moi, une forme d'égoïsme: elles veulent consacrer leurs journées, leurs semaines, leur vie, à aimer et se faire aimer par Dieu, à vivre cette relation avec lui, passionnément.

Sont-elles utiles? La question n'a pas à être posée. Qui est vraiment utile? Sommes nous plus utiles qu'elles?
J'éprouve même une sorte de regret en les observant: Ces femmes sont sages, intéressantes, passionnantes à écouter, et auraient sûrement fait de bonnes mères, de bonnes amies, de bonnes sœurs.

Je pense à mes grandes tantes qui étaient dans les ordres, à leur sœur, ma grand-mère, qui était très pieuse, très croyante, et qui, pour moi, était la gentillesse même (ce que j'admirais beaucoup, mais qui avait le don de m'agacer aussi pas mal, évidemment).
A chaque séisme, attentat ou fait divers atroce, c'était la même chose: qu'est-ce qu'elles pouvaient m'exaspérer avec leurs "Grâce à Dieu, il n'y a pas eu plus de morts!".
J'avais envie de les secouer et leur dire: "Oh hé, on se réveille là, ton Dieu il est pas super efficace, et en voici la preuve, j'ai envie de dire! Regarde les tours jumelles écroulées, regarde ces enfants maltraités, regarde un peu la vraie vie, devant tes yeux! Et on arrête de dire "grâce à Dieu", ok?"

Mais de plus en plus, je me dis que, dans la vie, on ne croise pas tant de gens intéressants que ça. Et que ces femmes, ma grand-mère, surtout, était une femme intéressante, comme j'en ai rencontré peu dans ma vie.
Même si ces femmes qui font le choix d'entrer dans les ordres me paraissent un peu timbrées (elles l'avouent, d'ailleurs, qu'elles ont une sorte de folie), leur caractère, leur courage, leur choix de vie à l'opposé des idéaux qu'on nous vend aujourd'hui, forcent le respect.
Enfin c'est mon avis.

Joyeuses Pâques!

7 commentaires:

  1. Merci pour ce texte qui résume parfaitement ce que moi, "lesbienne-queer-néoféministe-constructionniste", athée de surcroit (et primi d'un adorabeul 3 month's baby), j'ai ressenti à la vue de ce reportage, me surprenant à les aimer, voire même à les envier, me fendant même d'un "c'est ça la vraie vie... Je m'y verrais bien, m'enfin, sans la religion..."
    Je me suis sentie inondée par l'amour qui jaillissait de leurs mots et de leurs regards...
    Ca fait du bien d'avoir une autre image de la religion que les grenouilles de bénitier anti-avortement, anti-homosexualité, détruisant des "œuvres" (oui, bon, je ne suis pas fan!) désacralisant le Christ...

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  2. Mamou Zèbre !!24 avril 2011 à 10:48

    J'aime beaucoup ton article. Lorsque j'étais + jeune, j'avais comme toi des réactions épidermiques lorsque j'entendais certain commentaire de ma grand-mère, de mes tantes, etc ... Aujourd'hui, comme toi, je pense que ma grand-mère est une belle personne (99 ans), elle n'est pas égoïste, elle a recul sur la vie, le malheur que peux d'entre nous ont. Est-ce le fait d'être catholique pratiquante qui lui à donner cette force, je saurais le dire, mais je sais une chose, c'est que je l'admire pour son courage et sa grandeur d'âme.
    Joyeuses Pâques à toi aussi !!!

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  3. J'ai adoré ton billet! Je suis aussi toujours très impressionnée par les gens qui choisissent de vivre leur foi, le plus souvent dans l'austérité et le dénuement. J'avais été très émue par le film "Des hommes et des dieux" qui montrait parfaitement le quotidien des moines, les journées rythmées par le travail et la prière. Les temps de silence, la fraternité entre les moines, leur bonté envers la population locale, etc...
    Ca me rappelle que faudrait peut-être que j'aille un peu prier moi aussi... Après tout, c'est Pâques!

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  4. J'ai regardé ce même reportage et il a eu chez moi le même écho que chez toi visiblement. C'est le fait que nous réagissions à l'identique sur certains sujets qui m'avait attiré chez toi, qui m'avait fait croire qu'on se comprenait...

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  5. Bonnes questions posées par Marine ! Mais foin d'angélisme, ces soeurs ont, tout comme nous, à lutter malgré leur vie simple et retirée, tournée vers la prière, et sans doute à cause précisément de cette vie en microcosme où chasser de son coeur un simple sentiment d'impatience devient un combat périlleux où toutes les forces de la prière sont requises...

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  6. @ anonyme:
    bienvenue ici :-) et merci! le docu est super bien fait, on est beaucoup à avoir eu les mêmes réactions!
    Les cathos qui sont contre l'avortement, ça me dérange puisque je suis pour, mais je ne les juge pas; je comprends qu'on puisse être contre, et le raisonnement tient plutôt la route avec les principes de l'Eglise Catholique... on ne va pas demander au pape d'être pour le mariage homo et l'avortement...on sait bien que ce n'est pas son job.
    Mais c'est vrai que ça fait tellement de bien de voir des cathos mesurés, modérés, aimant leur prochain, si différent soit-il, vraiment "chrétiens", quoi...
    Parmi la foule de cathos que j'ai rencontrés dans ma vie, on va dire qu'ils sont...rares!

    @ Mamou Zèbre:
    Est-ce que c'est la foi qui tire vers le haut, qui stimule et qui rend sage? A mon avis bof bof... c'est plutôt une question d'intelligence. Et tout le monde n'est pas gâté par la nature! croyant ou athée, c'est pareil, il y a des sombres connards dans les 2 catégories ;-)

    @ Titcheur:
    Heureusement que je suis là pour te rappeler à tes devoirs les plus élémentaires!

    @ Cleanettte:
    J'écris un post, tu ne peux que te contenter de commenter... la relation n'est pas très égalitaire, je le reconnais, d'où parfois des incompréhensions! C'est normal!

    @ Queen Mom:
    oui en fait c'est assez rock n'roll cette vie. La monotonie en soi doit sûrement finir par devenir passionnante... c'est mystérieux!

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