mercredi 14 septembre 2011

Le petit deuxième... bilan, un an après.

 Aujourd'hui, un petit texte... en attendant les résultats du concours pour gagner une paire de chaussons Cie-Kid... toujours ouvert jusqu'au 16 septembre à 22h!



Depuis l'arrivée de mon deuxième, je constate un tas de changements dans notre vie, evidemment, mais surtout dans ma façon d'être mère, dans ma façon de les élever.

Dès la grossesse, les choses ont été très différentes. On m'a dit, lorsque je suis à nouveau tombée enceinte: "ah ça va, tu es déjà passée par là... tu vas être bien plus cool cette fois-ci!"
Eh bien non. Peut-être justement parce qu'on est déjà passée par là... on sait que ça ne va pas être "cool".


Je n'ai pas du tout vécu la deuxième grossesse de la même manière que la première, mais comme pour la première, j'ai eu mes angoisses, mes difficultés, mes coups de déprime. Tous différents de la première fois (où l'on découvre que le panel des angoisses possible concernant la grossesse et la maternité est... infini).
Je me suis moins vite attachée à mon deuxième fœtus... peut-être parce que j'étais plus consciente de la fragilité d'un début de grossesse... peut-être aussi parce que j'avais tellement d'amour et d'énergie à donner à ma fille que j'avais moins de place pour rêver, penser, m'attacher à mon bébé en construction. C'était bizarre d'ailleurs... parfois je n'assumais pas ce "détachement". Je ne me trouvais pas "normale" (je veux dire, par rapport à tout ce qu'on peut entendre sur le bonheeeeeeeur de la grossesse). Parfois je le "justifiais" en me disant que c'était sûrement pour "me protéger".
Je me justifiais surtout pour moi-même... car toutes ces angoisses, mis à part à Jean-Chou (qui en a bien bavé d'ailleurs) et à quelques amies, je ne les exprimais à personne. Les gens n'ont pas forcément envie d'entendre ça... et ce n'est pas plus mal d'intérioriser certaines choses de toutes façons: une grossesse est une aventure extrêmement intime et unique.

Une première grossesse nous place à un statut particulier, surtout quand on est la première de notre génération/amis à tomber enceinte. On est un peu la star.
Une deuxième grossesse n'éveille pas autant d'intérêt: les autres sont moins présents, posent moins de questions, appellent moins (d'ailleurs une fois que l'enfant est né, c'est un peu la même chose). C'est comme ça... cela ne me dérange pas particulièrement, j'ai toujours été assez indépendante, et j'ai un petit cercle de proches hyper solide.
Mais je le constate: au premier bébé on est un peu une magicienne, une dingue limite rebelle, une jeune fille qui va faire un truc fou; devenir mère. A partir du deuxième on commence déjà à entrer dans la case "poule pondeuse"; un peu moins rock n'roll, donc.

"Et puis, vais-je vraiment l'aimer ce petit? Je veux dire, l'aimer autant que sa sœur? comment sera-ce possible? Et comment vais-je faire pour me dédoubler, pour assurer deux fois plus, pour m'organiser? Est-ce qu'on n'est pas un peu inconscients?
Et comment je vais m'organiser pour l'accouchement? Et est-ce que j'aurai la péridurale? Et comment Jean-Chou fera-t-il pour se libérer de son nouveau job hyper prenant?
Et je n'avais pas imaginé que cette grossesse serait aussi crevante; contrairement à la première, je n'ai pas une minute pour souffler, faire une petite sieste, m'enduire entièrement de crème en buvant un thé devant les Maternelles... je craque, neuf mois, c'est bien trop long!"

A la maternité, on m'a posé mon fils sur mon ventre. J'étais heureuse, soulagée, fière, contente. Mais est-ce que je l'aimais?
Je l'aimais, sûrement. Mais de manière un peu artificielle: je l'aimais comme je m'étais dit que j'allais l'aimer, en théorie. Mais tout restait à faire, à construire. Je ne l'ai trouvé ni beau, ni moche. Mon coeur n'a pas palpité d'amour fou pour lui dès ses premières secondes de vie. Je l'observais, simplement. Et je pensais à l'organisation, à ma fille, à plein de trucs. Un moment un peu bizarre.
Cette ambivalence des sentiments, je m'y étais préparée, je savais qu'elle existait, et qu'elle allait s'effacer rapidement... j'avais vécu à peu près la même chose à l'arrivée de ma première fille. Pendant quelques heures, quelques jours, même, je savais que j'étais le "genre" de mère qui a besoin d'un petit moment d'adaptation pour pouvoir "aimer passionnément".

Au retour à la maison, il m'a fallu un peu de temps pour l'installer chez lui, mon fils. Pour que nous lui fassions sa place, toute sa place. Pour qu'il ait son rôle à lui, que nous trouvions nos marques.
Jean-Chou, 5 jours après mon accouchement, a du partir plusieurs jours pour son nouveau job (commencé quelques jours avant la naissance...). Le stress. Pas de répit, toujours la même histoire avec cette 2ème grossesse.
Famille en vadrouille, chéri au boulot... J'ai du assurer seule, le jour, la nuit, même pas une semaine après la naissance, faire des allers-retours, m'occuper de ma fille, jouer... Pas de congé paternité en vue non-plus.
J'assurais sans broncher... et puis au bout de quelques semaines, j'ai un peu craqué. Contre-coup.

Ce n'était pas si facile de laisser sa vraie place à mon fils, parfois je me disais, lassée: "la vie roulait enfin bien à trois, et un 4ème membre de la famille arrive déjà... il faut encore tout réorganiser". Parfois, même, dans les moments de grosse fatigue, je lui en voulais un peu, à ce petit garçon, de me compliquer la vie à ce point. J'avais pensé que ce serait moins difficile... mais passer de un à deux enfants a été vraiment fatiguant.

Mais mon fils a fait tout ce qu'il devait faire pour que je m'interesse, petit à petit, à lui: il a commencé à... me séduire.
Ce petit bout était cool, a fait ses nuits à 3 mois. Le matin, au bout d'un an, je ne sais toujours pas à quelle heure il se réveille; il ne hurle pas pour qu'on vienne le chercher, il attend bien sagement dans son lit, en compagnie de sa sœur.
Depuis le début, on le trimballe partout, il se fait réveiller par sa sœur régulièrement, se rendort sans trop de difficultés. Il vit dans un fouillis permanent, dont il a l'habitude... et il reste zen et souriant. Il ne pleure pas souvent, attire sans cesse notre attention par des câlins, des rires. Et puis il sent si bon.

Et sa sœur... Ah... sa soeur! J'étais l'aînée... et c'est en voyant mon fils que je comprends qu'une grande soeur, c'est un repère, un modèle, aussi fort qu'une mère ou qu'un père. Mon fils a 3 repères, sur qui il sait qu'il peut compter.
Nous, parents, on est plus cools avec le deuxième, on le laisse plus facilement à garder, on se fait moins de souci, on stresse moins s'il tombe en marchant... mais on constate que lorsqu'il est avec sa sœur, même sans nous, il n'a pas d'inquiétude, il est serein.

Depuis l'arrivée du petit deuxième, j'ai moins de temps à consacrer à mes enfants... je vis cette frustration de devoir me séparer en deux, "que faire de l'un quand je dois jouer un peu avec l'autre", je culpabilise (très peu... pas le temps!) de ne plus arriver "à la seconde" quand mon fils pleure dans son lit ou a faim. Je fais comme je peux, je suis moins "parfaite", du moins pas aussi parfaite que ce que j'aurais voulu. 
Mais paradoxalement je trouve que je m'améliore en tant que mère: de fait, je suis moins "sur eux", moins étouffante peut-être, que je pouvais l'être quand je n'avais qu'un enfant. Je m'angoisse moins sur les choix à faire (forcément pas parfaits), j'ai renoncé au principe "ne jamais réveiller un bébé pendant la sieste", par exemple. Si mon fils pleurait la nuit au début, j'avais beaucoup moins de scrupules à le laisser pleurer pour se calmer seul. C'est comme ça, il y a des moments où on est trop crevée pour faire dans la psychologie.

Je les laisse donc un peu plus libres, ils ont leur monde à eux, je maîtrise moins leur vie. Par impossibilité technique; j'ai moins de temps, moins d'énergie pour ça. Ce que je vous raconte est très personnel, bien sûr... mais j'ai l'impression de les aimer mieux, que c'est plus sain. Je suis plus détendue, j'ai plus confiance en eux, en la vie.
Je ne vous dis pas qu'il n'y a pas une fois dans la journée où je ne pense pas au pire, à l'accident, à la maladie, à la souffrance physique, à la mort, concernant mes enfants... c'est juste qu'une fois que l'angoisse m'a traversée, je tourne la page plus rapidement. La vie m'appelle (et y a du boulot).

L'arrivée de mon premier enfant m'a bouleversée, mais l'arrivée du deuxième m'a perfectionnée: après des moments très difficiles au début en terme d'organisation, où il était encore plus difficile d'avoir du temps pour moi, pour nous... on peut, au bout d'un an, dire qu'on a pris le rythme, et qu'on est fiers de nous. Que le choix de faire un petit deuxième assez rapidement a été un des meilleurs choix qu'on ait faits, qu'on ne regrette pas une seule seconde notre décision.
On vit l'éducation du deuxième de manière plus cool, plus facile... et même si les contraintes et la fatigue sont multipliées... on est beaucoup plus en forme que la première fois qu'on est devenus parents (l'entraînement, sûrement!). Franchement, maintenant on se lève d'humeur relativement "joyeuse" à 7h00 tous les matins, et ce, qu'on se soit couchés à 22h30 ou à 3h du matin (seconde hypothèse qui n'est pas très fréquente, reconnaissons-le).
On pourrait faire le p'tit troisième dans la foulée, qu'on ne verrait pas de grande différence, tiens. (humour, quand tu nous tiens).

Et puis c'est vrai que l'amour, ça se multiplie à l'arrivée d'un nouvel enfant. Mon fils, j'ai appris à tisser une relation avec lui, on se comprend parfaitement maintenant, il me fait marrer et me rend folle de bonheur, plusieurs fois par jour.
Ca y est, c'est sûr.. sa place dans notre famille, il l'a bien trouvée.


Lisez le nouveau post de marie des Mamans Testent sur l'amour pour 1, 2, 3 enfants... qui m'a inspirée et donné envie de faire un petit bilan sur ma famille à moi.

NOTE rajoutée le 23 septembre: voir l'émission des Maternelles: 

11 commentaires:

  1. Je n'en ai qu'une pour le moment mais parfois je me dis que je l'aime tellement, comment ce serait avec un bb2? Mais j'espère le vivre car j'ai tres envie d'un 2 eme enfant malgré mes craintes...

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  2. comme d'habitude marine, j'adore tes écrits...
    a quelques détails près (et c ce qui fait qu'une grossesse et qu'une vie soit unique!) je me retrouve bien dans ce que tu décris...
    tu as les mots qu'il faut..
    bises

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  3. un deuxième ça fait peur vu l'état de fatigue avec un... on verra :D
    bises :D

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  4. Mon dieu, que votre texte m'a fait du bien.
    J'attends mon deuxième ( 7 mois et demi de grossesse) et je ressens les mêmes inquietudes que vous.
    En plus c'est un deuxième garcon , je me dis je ne vais cesser de les comparer...
    Votre texte m'a rassurée, je me dis je ne suis pas la seule à avoir l'impression que ce petit dans mon ventre je l'aime moins que le premier, que je n'arrive pas à me projeter dans l'avenir avec ce nouveau bébé....

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  5. @ anonyme: ton commentaire me fait trèèèèès plaisir. Si j'écris ce genre de post, c'est aussi pour avoir ce genre de retour.
    C'est normal que tu t'inquiètes, j'ai l'impression que c'est l'inverse qui serait étonnant! Le fait que tu te poses toutes ces questions, finalement, est une manière de se projeter. Et c'est la preuve que tu seras une bonne mère, puisque tu réfléchis déjà à tout ce que tu pourrais faire pour que cela se passe bien.
    Inquiète toi... donc... mais ne t'inquiète pas trop non plus ;-)
    Si tu assumes ton ambivalence, tes doutes, tu seras encore plus forte et bien dans ta peau après! Toutes les mères ressentent ça.
    Et puis, pour le 2ème, tu as une force: tu sais comment faire, les autres te feront beaucoup moins de réflexions, tu sauras bien mieux comment t'y prendre.
    à bientôt!

    @ Séverine: ça me fait super plaisir que tu te sois identifiée! bisous

    @ autres: mais si, vous allez y arriver!!!!! :-)

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  6. C'est un texte très émouvant je trouve. Je ne connais pas votre blog et je découvre. j'ai une petite fille de 20 mois et même à cet page, je me sens encore débordée, physiquement et moralement.
    Comme vous, mon amour grandit avec le temps, mon amour infini devient encore plus infini mais le temps lui, le repos me manquent. Pourtant j'ai une envie folle d'avoir un second enfant. J'ai toujours entendu dire qu'avoir un deuxième était un sacré bouleversement et ça me faisait très peur (vu comment j'arrive pas à gérer maintenant) mais votre texte m'aide à voir un espoir.
    Madeleine

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  7. Tu me rassures. Tout ce que tu évoques, ce sont des questions que je commence à me poser, en attendant de tomber enceinte du 2e... C'est à la fois réaliste (je me doutais bien que ça n'allait pas être facile) et rassurant (aucun regret sur ton choix d'enfants rapprochés, un 2e bébé serein, etc). Merci pour ton témoignage plein d'honnêteté :-)

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  8. Juste Merci.
    (Même si je n'ai pas d'enfant.)

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  9. Très agréable à lire ce billet.
    Belle continuation à votre famille de 4 pour l'instant...

    PS Question subsidiaire : si on a des jumeaux, on arrive directement au perfectionnement ?
    ;-)

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  10. Ca y est, je me souviens ce que j'avais voulu dire (mais en bas de la page j'avais oublié !) :

    dans le début de ton billet, tu dis que les gens n'ont pas envie d'entendre [...]
    Ca a fait écho à ce que je peux vouloir dire / dire à une femme enceinte.
    J'ai conscience qu'il y a beaucoup de phrases toute faites qui peuvent déranger. Je sais que j'y ai pas mal pensé... sans forcément conclure sur le sujet...

    Du style "c'est génial hein" alors qu'elle a peut-être juste envie de pleurer...
    Ne pas le dire ? Rester plus neutre "comment vas-tu ?" car le "génial" est subjectif ? Se censurer sur des réflexions 2° degré ?...

    Ecouter la réaction verbale et gestuelle de l'autre et désamorcer le truc si on sent que ce n'est pas passé...
    Pas simple...

    Mia, pour l'éclairage "des gens face aux femmes enceintes" ;-)

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  11. je vois que c est partout pareil...!! ce texte pourrait etre de moi...(ah non... je n ai pas cette qualité d écriture, et entre les 2 monstres, je n ai pas le temps!! argh!! c est la que je constate que je suis moins bien organisé que d autres...!!)

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