mardi 27 septembre 2011

Pourquoi je suis une maman qui blogue

J'ai écouté le podcast sur Europe 1 où intervenait Mère Bordel, dans l'émission "des Cliques et des Claques".
(pour l'écouter, cliquer ici)

On y abordait le thème des jeunes parents qui tiennent un blog sur leur nouvelle vie... et leur envie de partager cela avec leur plus grand nombre. Je me suis donc sentie concernée.
Les blogueurs intervenant défendaient bien sûr leur point de vue: ils bloguent pour exprimer leurs émotions débordantes liées à la grossesse, à la maternité, aux frustrations et bonheurs en tout genre liés à cette nouvelle aventure (un peu comme les nouvelles humoristes, comme Florence Foresti par exemple)... tout en refusant l'accusation d'exhibitionnisme, de donner à voir sans pudeur leur intimité, leur couple, la vie de leurs enfants.
Bien entendu, des avis contraires (notamment celui du fameux pédiatre Aldo Naouri) s'insurgent contre cette "mode" du blog, cette façon de tout exprimer, de tout extérioriser... en dénonçant au passage les abus qu'on peut rencontrer ça et là (photos de ses enfants, échographies mises en ligne sur les blogs, etc...)

Régulièrement, je me pose la question: pourquoi blogué-je? Est-ce que j'ai besoin de bloguer? Pourquoi ai-je envie de continuer à bloguer?

Je blogue parce que j'y trouve du plaisir, et de l'épanouissement.
Je crois pourvoir affirmer que je ne le fais pas dans un but d'exhibitionnisme. Même si un psy verrait certainement une part de narcissisme à parler de soi comme je le fais (et je ne vais pas essayer de le nier), je prétends vouloir essayer d'aborder des thèmes, bien qu'intimes et liés à MA vie de maman, qui puissent être universels, et parler, ainsi, à mes lecteurs.
Je ne crois pas écrire simplement pour vous jeter à la figure mes ressentis, positifs ou négatifs. Je ne prends pas mes lecteur pour un réceptacle virtuel géant... car j'écris pour être lue, entendue, comprise (ou pas)... en fait, pour obtenir une réponse.
Et ce besoin là, il est assouvi grâce à vos commentaires.

Depuis petite, j'ai une forme d'hyper-sensibilité qui fait que j'ai besoin d'exprimer mes émotions par des moyens supplémentaires que ceux que la vie nous donne. J'ai besoin de donner plus de couches, de strates, de dimensions à ma vie, car la vie normale, dans toute sa banalité, ne me suffit pas. Il faut qu'elle soit plus intense, plus forte, plus riche. Pour supporter les moments difficiles, pour alléger les angoisses, m'en détourner, les regarder de loin... et pour souligner, stabyloter, même, les moments de bonheur. Pour garder une trace écrite de tout ça.

J'utilise, selon mon âge, les périodes de ma vie, différents moyens pour m'exprimer: le dessin d'abord, mais aussi la photo, et l'écriture.
J'ai trouvé un bloguant un nouveau plaisir: celui d'écrire. Je blogue donc pour raconter certains aspects de ma vie de maman... tout en le faisant aussi (et d'abord?) pour le simple plaisir de l'écriture.
J'adore lire... je suis fascinée par ceux qui passent à l'acte, de l'autre côté du livre, pour écrire. Pourquoi ne pourrais-je pas, moi aussi, me faire plaisir avec ce "hobbie" facile, accessible à tout moment, en tous lieux, et gratuit?
Dans la fond comme dans la forme, j'aime bloguer. J'aime expérimenter une façon d'écrire, en y mettant, comme je le peux, ma patte, mon humour, mon langage parlé, ma fantaisie, qui peut aller d'ailleurs vers l'absurde.

Je blogue parce que ça m'amuse, et je le revendique comme un moyen artistique, puisque j'y crée quelque chose: un petit récit de vie parmi des millions d'autres.
Même si j'ai certainement une certaine dose de narcissisme (je parle à la première personne...), et d'estime de moi, qui me permettent d'oser croire que rendre publiques mes pensées va intéresser des lecteurs... je le fais sans prétention: je ne considère pas que ce que je fais, je le fasse bien, avec talent, ou mieux qu'un autre. Je pose sincèrement des mots les uns après les autres, et je laisse les lecteurs venir à moi (aucun d'entre vous n'est forcé, n'est-ce pas?)

Je sais que certains (peut-être parmi vous) se posent cette (légitime) question: comment peut-on publier des aspects de sa vie?
Eh bien ce que je donne à voir de ma vie privée est assez infime, en réalité; c'est moi qui le choisis, qui le rend subjectif. Vous n'avez pas la possibilité de savoir ce qui est totalement vrai, ce qui est enjolivé, ce qui est fantasmé. Je m'amuse aussi de ça, car je vois des milliers de sources d'inspiration dans les choses basiques du quotidien.
Vous ne voyez ici ni photos de mes enfants, ni échographies pelviennes, ni récits sur mon couple, ni photos de moi, d'ailleurs.
 On ne demande pas à un écrivain comment il peut oser s'inspirer de sa vie privée pour en faire un roman. Eh bien moi, à ma toute petite échelle de môman qui blogue, j'écris comme ça.
 Et je suis assez touchée par les remarques (un peu aigries?) selon lesquelles bloguer serait une perte de temps, dérisoire, inutile, exhibitionniste, parce que je ne les comprends pas, tout simplement.

Bloguer, selon moi, n'est pas dérisoire, parce que cela m'apporte beaucoup de satisfaction, sur plusieurs plans. Ou alors, ça l'est comme plein d'autres choses sont dérisoires: cultiver son jardin, faire son jogging tous les jours, ou aimer faire des bouquets. C'est peut-être dérisoire pour tous, sauf pour une seule personne: celle qui pratique cette activité, et a qui cela fait du bien.

Je ne crois pas non-plus que cela soit inutile, puisque j'ai des lecteurs, qui viennent régulièrement, tous les jours, même. C'est bien parce qu'ils doivent se sentir concernés par ce que je peux exprimer.
Et enfin, je ne crois pas que vous me lisiez par voyeurisme (ou peut-être me trompé-je?). La plupart d'entre vous ne me connaissez pas, je crois ne pas vous raconter, de manière brute et sans intérêt, ma dernière visite chez ma belle-famille ou la gastro de mon petit dernier... et je suis persuadée que, si vous venez lire des blogs dans le style du mien, ce n'est pas parce que vous intéressez aux aspects les plus crus de la vie des autres, mais surtout à la façon plus ou moins intéressante dont ils peuvent en parler.
Je crois que ce que l'on recherche, en lisant (des livres, des blogs...), c'est d'abord s'échapper, s'identifier, souffler, relativiser, se comparer, s'analyser... pour finalement se (re)trouver soi-même, non?

Eclairez-moi... blogueurs, dîtes-moi pourquoi vous bloguez... et lecteurs, pourquoi vous aimez lire des blogs.
Je trouve cette question passionnante.

12 commentaires:

  1. Je suis bien d'accord avec toi. Bloguer est avant tout une "activité extra-scolaire" (dans mon cas surtout). C'est un moyen créatif de s'exprimer, de parler de soi, de choses qui nous touchent, sans forcément être dans l'exhibitionnisme. Certes, certains blogueurs en disent peut-être trop sur leur vie intime, mais j'estime que les blogs que je fréquente et celui que je tiens relèvent davantage de l'écriture et de l'exercice de style que du journal intime.
    Et puis, je vois pas en quoi une petite dose de narcissisme serait un défaut: quel mal y a-t-il à apprécier d'être lu, à vouloir échanger avec les autres sur ce qu'on ressent/vit, bref à partager ses expériences avec ceux qui se sentent concernés? A la limite, le psy qui va passer à la radio pour donner son avis est tout aussi narcissique que la mère de famille qui tient son blog et kiffe d'être lue et commentée par quelques centaines de personnes.

    RépondreSupprimer
  2. Peut-être que tu blogues aussi parce qu'on te le réclame à corps et à cris?
    Moi je viens souvent par ici, je passe un bon moment à lire tes réflexions qui mettent souvent joliment en mots ce que je peux penser.
    Et puis quelle différence d'exprimer tout ça à ses copines ou des gens que ça intéressent mais que tu ne connais pas? c'est de la communication, et puis c'est tout.
    J'ai un blog aussi, de couture naze, au départ c'était pour faire marrer mes copines de la vraie vie et maintenant j'ai de nouvelles copines virtuelles qui font de la couture jolie, alors inévitablement je livre de moi là dedans mais pour les 3 clanpins qui zonent par ici , je ne me sens pas exhibitionniste!

    RépondreSupprimer
  3. "intéresse" plutôt non? c'te honte!

    RépondreSupprimer
  4. Tout est une question de point de vue. Je lis les blog comme je lis les livres : je prends du recul parce que nous savons tous, blogueurs, que ce ne sont que des semi vérités qui sont mises sur la toile. Tout comme les photos qui réduisent une vie à quelques moments choisis. Tomber sur un bon livre c'est cool, c'est pareil sur un bon blog avec le petit plus : il dure plus longtemps.

    RépondreSupprimer
  5. C'est vrai que comme tout phénomène de société, ça interroge. Moi je lis et fréquente peu de blogs, mais je partage totalement ton point de vue sur l'écriture, ça fait tellement de bien! Contrairement à beaucoup d'autres personnes sur la toile, comme tu le dis tu as su établir une frontière claire entre l'exhibitionnisme et l'expression. Donc bref, je te lis parce que 1) j'aime bien tes idées et 2) tu as une plume super sympa à lire! continue, surtout, et continue à prendre du plaisir à le faire! Vive les mamans écrivraines contrariées!

    RépondreSupprimer
  6. dit et bien dit! surtout ça :"la vie normale, dans toute sa banalité, ne me suffit pas. Il faut qu'elle soit plus intense, plus forte, plus riche"

    RépondreSupprimer
  7. Bonsoir!
    Bravo pour ce texte, et pour ce regard sur le pourquoi du blog, je m y retrouve bien! J ajouterais aussi que sans exhibitionnisme, on peut aussi permettre aux lecteurs de lever la tête du guidon, s ouvrir, s informer, ou juste réfléchir.
    Les commentaires permettent de réagir, partager des idées, débattre, se remettre en question, et au fond, s améliorer dans nos rôles.
    Avant, j allais au parc pour discuter, je prenais des pots avec des cops, on s appelait des soirs entières pour refaire le monde. Aujourd'hui on blogue, et demain, on trouvera un autre moyen d échanger, ça s appelle juste vivre avec son temps, non?
    Bonne continuation :)

    RépondreSupprimer
  8. Ce matin, j'ai lu un post qui expliquait pourquoi "Je blogue ?". L'entourage de la blogueuse ne comprenait pas le but, l'intérêt.

    Je vais finir par croire que c'est une question à laquelle je vais être confrontée :)

    En tout cas, joli témoignage...
    Mais le plus troublant est que si nous n'avons pas le même mode de vie, je me suis reconnue à la lecture de certains passages, surtout un : "Depuis petite, j'ai une forme...". Je n'ai jamais cherché un semblant de réciprocité en lisant les blogs, mais plus un plaisir visuel, cérébral ou un enrichissement personnel. Et là pour la première fois, j'ai éprouvé un sentiment digne d'une d'adolescente en recherche d'identité "Je suis pas toute seule à: penser, faire, sentir, être, etc.".

    Bref, continue à bloguer, tu as une belle plume, des choses à dire, une façon de le dire et ça fait du bien !
    Tu fais partie des petits bonheurs qu'apporte la blogosphère !!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Marrant de retomber sur son comment 1 an et demi plus tard... Je m'en souvenais plus.
      Me reconnais plus ! (Ah le changement...)

      Et au final, oui, j'ai bien été confrontée à cette question ! (soupir)

      Supprimer
  9. Il y a blog et blog...

    Certains, à mon avis, sont plus privés qu'autres choses, façon 2.0 d'envoyer des photos des merveilles à la famille et aux proches. Ils n'ont un intérêt que pour ces derniers qui sont attendris par les fôtes et autres barbarismes...

    D'autres (et celui-ci par exemple, mais il y en a d'autres...) sont plus une démarche d'écriture et de chroniques du temps qui passe.

    Une Lectrice qui ne sent pas voyeur sur ce blog, mais en quitte d'autres avec un certain malaise.

    RépondreSupprimer
  10. merci beaucoup pour vos commentaires!
    ça fait plaisir de voir que des lecteurs (bon, lectrices, ici) puissent comprendre la manière dont j'écris (c'est le but!)

    RépondreSupprimer
  11. Merci de nous faire partager ton retour d'expérience !
    En effet, par nos modes de vie, notre entourage et lieux d'habitations, nous n'avons rien à voir :)
    En revanche, on est faites du même moule ou on est dérivé du même !
    Quand tu écris ça :
    ------------------
    "Depuis petite, j'ai une forme d'hyper-sensibilité qui fait que j'ai besoin d'exprimer mes émotions par des moyens supplémentaires que ceux que la vie nous donne. J'ai besoin de donner plus de couches, de strates, de dimensions à ma vie, car la vie normale, dans toute sa banalité, ne me suffit pas. Il faut qu'elle soit plus intense, plus forte, plus riche. Pour supporter les moments difficiles, pour alléger les angoisses, m'en détourner, les regarder de loin... et pour souligner, stabyloter, même, les moments de bonheur. Pour garder une trace écrite de tout ça."
    ------------------
    Je me reconnais complètement et je n'aurais pas su mettre des mots sur "ça" justement, tellement c'est une chose non rationnelle, un sentiment un peu obscur, une sensibilité donc je n'arrivais pas vraiment à maîtriser. Petite, je parlais d'une "force". (sûrement me suis inspirée de Star wars, m'en souviens pas...) Et quand elle était positive, j'étais ultra créative. Et si j'étais en bad, ça me dévorait complètement. En fait, il s'agissait juste d'ultra-sensibilité au final... Mais je ne peux m'empêcher de faire dans la métaphore, j'ai dû mal avec le lexique officiel !
    Aujourd'hui, j'arrive à mieux maîtriser mes émotions et je suis sûre que le blog - bien mieux que le roman - a réussi à canaliser pas mal de choses. Et comme tu le soulignes : parce qu'on est lu, on a un retour, on se sent soutenu, moins seul...
    Un exutoire qui a des effets secondaire bénéfiques plus immédiats.

    Pour ma part, il faut que je développe plus ma part narcissique. J'ai un complexe à ce niveau. Car lorsque c'est bien fait et que ça vient d'une personne intelligente, on en redemande !

    Ton texte continue de nourrir ma réflexion...
    Et il m'a fait du bien.

    Merci.

    RépondreSupprimer