lundi 26 septembre 2011

Terrible two, terrible three ...

Mais qu'ils sont meugnons! (Enfants Jacadi, vraisemblablement pris en photo en période "down")

On m'avait parlé des fameux "terrible two". Ah ça oui.

Vous savez, cette espèce de crise d'adolescence qui survient vers les 2 ans de l'enfant. Chez nous on va dire que ce concept américain a fait son apparition concrète vers les 18 mois de notre fille.
Et autant vous dire que je trouve l'expression rigolote, mais assez limitée, en fait.

Parce que je comprends bien tranquillement, à mon rythme, tout doux-tout doux... que chez un enfant, le fait de dire non, de s'opposer, d'ignorer les demandes, de faire des caprices, de tenir tête de manière impertinente... n'est pas lié à une phase précise, à une "crise" passagère, à une période limitée. C'est le propre d'un enfant, tout simplement. Ça dure, c'est tout le temps, c'est usant... et c'est parfois, pardonnez-moi mais il faut bien l'avouer... bien chiant. Eh ben ouais.

Ce concept est sans limites, c'est fabuleux. Et laissez-moi avertir les autres naïfs de mon espèce, et faire ricaner sous cape les parents plus expérimentés que moi: les trois ans, c'est encore plus dur que les two qu'on appelle terribeul.
En ce moment, à la maison, c'est la guerre des nerfs.

Ma fille a presque 3 ans et demi, vient de commencer l'école. Sur plein d'aspects elle est devenue plus calme, plus posée, plus mature qu'avant, les rapports deviennent plus raisonnés, elle est adorable sur des périodes plus longues qu'avant.
Mais paradoxalement, en ce moment, elle nous fait au moins une fois par jour une espèce de crise d'ado de merde, qui a le don de me foutre le moral en l'air (yé souis ouna latina... y'ai lé sang chaud, yé monte vite en pression), et de laquelle il est difficile de s'extirper. Un enfer. C'est sûrement lié à la rentrée en maternelle... je suis persuadée qu'elle doit avoir besoin de relâcher une nouvelle pression, sans savoir évidemment comment faire.
Toujours est-il que je fais ce désagréable constat: j'ai souvent l'impression de devoir faire passer les choses en force, physiquement (la porter quand elle refuse d'entrer dans la baignoire, la remettre au lit quand elle a décrété qu'elle ne voulait pas dormir), et psychologiquement (les non, non, non, et re-non).

Et pourtant... on a l'impression de se plier en quatre pour nos nains, d'être à leur écoute, de leur donner du temps, de leur faire faire plein d'activités, mais de leur foutre pas mal la paix aussi, d'être psychologiquement pas trop carencés, ni relationnellement gratinés. Cela sans rien lâcher sur l'éducation, qui est un boulot prenant, et à plein temps (concrètement... on a l'impression de passer nos journées, le moindre petit temps libre, à ça. J'avais beaucoup plus de temps pour moi quand elle était nourrisson!).
Et malgré tous mes efforts, et mon assurance de prendre les bonnes décisions sur le moment... j'ai régulièrement l'impression démoralisante de faire les choses mal, de me tromper, ou pire: l'impression que ce que je fais, les efforts que je déploie, ne servent strictement à rien... que mes nains pourraient tout aussi bien s'élever tout seuls, ou en bande, dans les rues de Calcutta, que le résultat serait le même (ça motive, hein).

On essaie un peu tout... la douceur, le fait de se mettre à la hauteur de l'enfant, de lui parler calmement pour "désamorcer". J'ai lu le bouquin "J'ai tout essayé", sur l'éducation "non-violente". Intéressant, évidemment (en même temps, qui pourrait s'opposer à un tel propos?). Mais qui reste en même temps assez limité... car ne prenant en compte que les crises de l'enfant, sans vraiment être lucide sur le contexte psychologique familial.
Et un parent, ce n'est pas toujours d'humeur égale. Parfois, c'est fatigué, un parent, c'est stressé par le boulot, c'est juste un peu lassé, c'est à bout de nerfs parce que ça a mal dormi, ou ça a juste envie de se poser enfin et de boire un petit apéro en amoureux après avoir tenu tête une heure trente à une furie d'un mètre faisant un caprice, en rentrant du boulot.
Et je mets au défi n'importe quel parent normal de parler gentiment, avec compréhension et altruisme, en chuchotant à son enfant pour lui expliquer que "non, décidément, réveiller son frère de la sieste et hurler à la mort pendant une heure pour avoir du pain et un DVD au lieu de dormir, ce n'est pas très très sympa, hu hu".

On est aussi adeptes de la fermeté. Là dessus, je pourrais presque me vanter d'une chose: on est assez à cheval sur la solidarité dans le couple... et dans tous les cas (sauf exception, gaffe, ou problème de communication), l'un sera toujours d'accord avec l'autre qui a pris une décision, devant les enfants. A charge pour nous ensuite d'en rediscuter  et de réajuster après, en off, si nécessaire.
Eh bien malgré la fermeté, la solidarité, la régularité, notre fille nous en fait tout de même voir de toutes les couleurs. Je n'ose imaginer comment cela peut se passer dans les familles monoparentales... Les mères seules ont décidément bien du mérite.
Nous essayons aussi de ne pas trop menacer... et si nous le faisons, de mettre la menace à exécution, pour garder un semblant de cohérence. Ainsi, nous avons, comme la plupart des parents je crois, testé la méthode de la fessée, il y a peu. En un sens je suis assez fière d'avoir tenu 3 ans et des poussières avant d'en administrer une... et d'un autre côté, la fierté est vite annulée par le sentiment trouble qui nous envahit juste après: une sorte de culpabilité, mêlée à la lucidité et au constat triste de l'inefficacité totale d'une telle méthode: l'enfant est bien évidemment surpris et choqué par la punition sur le moment, mais ne fait pas bien le lien avec son comportement. Et le comportement négatif continue ensuite de plus belle... avec zéro envie, de notre côté, d'entrer dans le cercle vicieux du châtiment corporel.

Parfois, j'estime que notre ordre n'a pas à être discuté, négocié. Et pour cela j'ai tendance à faire appel, de la manière la plus traditionnelle qui soit, à Jean-Chou et à sa grosse voix de papa.  Il y a des moments où nous avons besoin d'installer une discipline, presque militaire, pour nous faire obéir (manger proprement, aller au bain sans râler, arrêter d'interrompre le dîner des parents pour la dixième fois au prétexte que notre fille veut un verre d'eau, un calin, remettre le t-shirt de doudou...etc...), et on dira ce qu'on voudra, si la nature a doté les hommes d'une voix grave et impressionnante, c'est pas pour les voisins. Autant s'en servir pour se faire craindre. Parce que moi, avec ma douce voix stridente de maman hurlante, j'ai beau déployer tous les efforts possibles, je n'arrive jamais au même résultat.
 Jean-Chou revêt donc régulièrement le costume de mâle Alpha dans toute sa splendeur, qui vient mettre un peu d'ordre dans la meute, manu militari. Et bon dieu, que c'est efficace.

Et puis sinon... la crise finit par passer, et tout rentre dans l'ordre, inévitablement. Jusqu'à la prochaine vague (d'ailleurs j'en vois déjà une arriver au loin!). Sans parler de mon fils... encore tout inoffensif, sans revendication aucune, du haut de sa petite année (quoique... j'aperçois, au moment où je relis ce billet, ses petites mains, encore toutes enduites d'Activia saveur vanille, en train de se poser sur l'écran plat du salon).

Alors vous aurez sûrement des conseils à donner, des avis sur la question, vous qui vivez (avez vécu/vivrez bientôt) ce parcours éducatif qui n'est pas de tout repos.
On sait tous ici qu'il n'y a pas de recette miracle... alors je vous propose surtout, dans les commentaires ci-dessous, de me parler de ce qui vous énerve, chez vous, avec vos nains... et votre façon de gérer/ ne pas gérer ces moments difficiles.
NDLA:
Attention: j'ai eu la sincérité ici de vous parler de ce qui est difficile dans l'éducation de mes nains... alors ne venez pas me pourrir le moral en me disant que "non, non, chez nous tout va extrêêêêêêmement bien, ça doit être vous qui avez un problème, je ne vois pas autre chose! C'est sûrement parce que vous n'avez que très peu allaité -d'ailleurs savez-vous qu'il n'est pas trop tard pour relancer la lactation?- et pas assez porté votre fille en écharpe! Et puis vous avez sous-estimé l'importance de donner aux enfants des purées-maison de légumes oubliés bio... ce qui explique facilement le tempérament détestable de votre fille"
(quoi je suis sur la défensive? ;-)

allez, j'ai hâte de vous lire!

Vous pouvez aussi lire 9 blogueurs racontent 9 mois: le burn-out

ainsi que deux posts que j'avais rédigés il y a quelques temps:
Bizutée! (le premier caprice que ma fille m'a fait subir en public...) ou Les risques cachés de la Campagne contre la Fessée (qui peut sérieusement donner envie d'une petite tape).

11 commentaires:

  1. En tant qu'imminente mère d'un futur enfant parfait, je ne vois pas où est le problème...

    Bon, sans rire, franchement je sais pas quoi dire pour t'aider. Euh... bon courage? Je suppose qu'il faut juste continuer à ne rien lâcher, et tenir le cap pendant la tempête. Ca peut pas durer tout le temps quand même (sinon qu'est-ce qu'il restera pour l'adolescence?). Hinhinhin.

    RépondreSupprimer
  2. Je me sens complètement en phase avec ce que tu dis. Très peu de personnes peuvent se permettre d'affirmer qu'ils ont la bonne attitude et la juste autorité en toute circonstance...
    En ce qui me concerne même si je sais que je suis l'adulte et que c'est moi le référent, je n'oublie pas qu'un enfant et un parent, ben c'est d'abord une relation humaine, faite de pratique, d'expérience, d'approximations, de ressenti, d'imperfections. Oui, il m'arrive d'être fatiguée, de parler durement, de ne pas avoir envie d'expliquer. Mais le plus important je crois, c'est que l'enfant sente qu'on est là, qu'on n'est pas indifférent. Son job à lui, c'est tester les limites, le nôtre c'est de lui rappeler continuellement où elles sont, c'est comme ça qu'il se construit (si je me souviens bien de ce que disent les psys...)
    De toute façon, culpabilise pour un oui ou pour un non de nos jours, mais admettre que qu'on fait ce qu'on peut, c'est déjà pas mal !

    RépondreSupprimer
  3. j'ai lu ton billet dès que tu l'as posté (merci la notification facebook) mais je ne sais toujours pas par où commencer mon commentaire... alors je suis au même moment que toi du "terrible" quelque chose. j'ai un gars de 3 ans 1/2 qui fait son entrée en maternelle et son petit frère de 11 mois, ça te rappelle quelqu'un?
    Je n'ai pas de recette miracle. En ce moment je fonctionne au jour le jour avec eux, chaque jour (et chaque nuit) est différent. Je m'adapte en fonction de mes capacités de patience et d'écoute. Je me réfère à la "CNV" et le livre j'ai tout essayé est sur ma table de chevet, j'ai beaucoup apprécié "au coeur des émotions de l'enfant" qui prend plus le temps d'approfondir.
    Je suis devenue hyper humble quand aux jugements et réflexions sur la façon d'élever des enfants, pour moi c'est de l'improvisation au quotidien. On tient comme on peut et on attend que ça passe.

    RépondreSupprimer
  4. Moi, j'ai bien aimé ton billet, tes réflexions. Avec mes 3 loulous, je suis sortie de ces phases (le dernier a bientôt 7 ans) mais ce qui tu as écrit me rappelle pas mal de choses, rassure-toi :-). Je me souviens que ce qui me permettait de garder espoir (n'ayons pas peur des mots !) ce que je me suis vite rendue compte que les enfants agissaient par vagues. Il y a les vagues où ils sont plutôt sympas, plutôt conciliants, plutôt obéissants (je dis bien "plutôt") et d'autres où ils sont limite exécrables, toujours à dire non, toujours à être dans le conflit, où il faut s'énerver, tempêter, dire quinze fois la même chose (la première fois doucement, la dernière limite hystérique !! etc.) Mais à chaque fois, je me disais "courage, la vague va finir par passer" et c'est vrai elle passait.Et avec les années, j'ai quand même l'impression que les phases "non" finissaient par dminuer (maintenant j'attends de pied ferme the phase adolescente....!).
    Je pense aussi que ce que tu mets en place à cet âge tu seras bien contente de l'avoir mis en place plus tard. Je ne sais pas si je suis très claire...Mais j'ai quand même l'impression que tous les efforts que nous faisons -même si ils sont parfois un peu épuisants - finissent par payer un jour et que là cela devient gratifiant. En gros, cela donne des enfants qui savent se tenir (à peu près) correctement à table, qui ont compris qu'il y avait des règles et qui les suivent presque spontanément, sans les remettre en cause...et là en tant que parent, on peut enfin un peu souffler. Cela ne veut pas dire que l'on ne continue pas à rabacher certaines choses, mais moins, dirai-je.
    Et comme toi, je pense qu'avoir la chance d'être deux pour élever un enfant est super important. Etre sur la même longueur d'ondes me semble aussi fondamental et très utile. Cela évite que les enfants tentent de se glisser dans les interstices....(et on sait qu'ils sont très forts à ce petit jeu, hein ?)
    Bref, tout cela pour te dire que je comprends parfaitement tes questionnements, tes fatigues, mais aussi tes convictions et ton obstination !!

    RépondreSupprimer
  5. Hello Marine,
    Ha les fameuses crises! Comme toi je m'étais dit que passés les terrible two ce serait gagné.. et bien non! En fait maistenant je crois avoir compris: un enfant c'est cyclique! alors j'en profite à fonc quand tout va pour le mieux pour le meilleur des mondes et quand la période difficile revient, je serre les dents! Pas de recette miracle mais l'important c'est de ne pas céder je crois. (enfin c'est ce qu'on se dit pour garder le moral!!!)

    Si ça peut te consoler, à 4 ans, ça s'arrange un peu, le temps des colères est à peu près fini mais le temps des négociations (les enfants sont terriblement doués en négo un truc inné!) arrive aussitôt: tu joues 2 minutes et après au lit! D'accord maman mais 3 minutes, ok?

    Bref je sors des terrible three mais avec la puce de 10 mois je vais finir par retomber dans le terrible two... (faites des enfants qu'ils disaient!)


    Bilan, on fait ce qu'on peut, mais toujours à deux et solidaires et au final on s'en sort pas si mal, non?

    RépondreSupprimer
  6. hello,
    il y a un côté rassurant dans ce post et ces commentaires. On est pas seule. :D
    Je n'avais pas pensé à l'effet vague mais c'est vrai, par moment adorable avec câlins à profusion, de l'autre insupportable avec une nouvelle peinture façon purée de haricots.
    Nous ne sommes pas parfait, nous doutons, nous interrogeons c'est ce qui permet de nous améliorer non? On essaie plusieurs méthodes (en fonction aussi de notre état physique et moral).
    Hier par exemple, après une journée pourrie au boulot, Poulet est quasi ingérable au super marché :papa prend le caddie, moi le poulet en furie -non- et on se balade tous les deux en tête à tête. Je lui explique ce que font les gens et pourquoi ils le font. Pourtant, ma première idée était de l'embaquetter dans le caddie. J'avoue une fois avoir balancer son assiette dans l'évier car j'en pouvais plus.
    Le tout c'est de ne pas lâcher! Pour me motiver dans les moments difficiles, je me dis qu'il y aura toujours ce moment avant le coucher où on lira tous les deux et j'aurais mon gros câlin du soir :D
    Courage à toi :D

    RépondreSupprimer
  7. perso, j'avoue être déroutée par le comportement de ma petite (19 mois). Si elle n'a pas ce qu'elle veut tout de suite, hurlements et tempêtes. Mais le pb c'est que je ne comprends pas ce qu'elle veut et elle n'a pas l'air de toujours le savoir? Si bien que les tempêtes s'enchainent avec elle hésitant sur ce qu'elle veut en pleurant et moi hésitant à être plus cool ou plus ferme.
    En ce moment, je crie, je crie et je m'entends crier et je m'en veux et je ne sais pas comment faire mieux tellement elle m'énerve. Parfois la douceur et les explications semblent fonctionner, mais il me faut être très détendue pour parvenir à le faire et souvent après le boulot, j'ai juste du mal à décompresser moi aussi.
    En tous cas ce qui est sûr, c'est que je ne trouve pas de solutions, que parfois j'ai honte de ne pas en trouver.

    RépondreSupprimer
  8. Mon fils de 21 mois hurle, des cris stridents à crever les tympans. Jamais chez la nounou, oh, ça, non, toujours à la maison. Et si je hausse la voix, il tape. Son père a bien essayé de lui donner une petite tape dissuasive sur la main, mais maintenant il la tend, à croire qu'il aime ça!
    Bref, la seule solution que j'ai trouvée s'il crie trop c'est le mettre dans son lit à barreaux la porte fermée. Effet garanti! Déchirement aussi, quand on l'entend hurler..
    Pas simple...

    RépondreSupprimer
  9. Et un jour (béni, le jour !), ils décident qu'ils veulent être des grands... (Pour Tryphon, vers 3 ans, je visualise même la scène. Pour la Belette, ça a été vers 4 ans.)

    Et sans dire que l'éducation devient un parcours dans un jardin enchanté, c'est la fin des crises...

    Ce jour ne saurait tarder, Courage !

    RépondreSupprimer
  10. Je decouvre seulement aujourd'hui ce blog et je me sens moins seule en lisant cet article.
    J'ai deux enfants : un de 4 ans et demi (il reste des "vagues" où il redevient pénible, mais globalement, ça va ), et une de 20 mois bientot . Et je me dis, mon dieu, ça y est, ça va recommencer ... mais quand est-ce que ça s'arrêtera ???
    Alors 2 ans après ce post, pour toi, ça va mieux ?

    RépondreSupprimer
  11. Mai 2016, et ce post est toujours plus que jamais d'actualité !
    Merci d'avoir osé dévoiler, avec beaucoup d'humour, le côté obscur de la Force... Ça fait du bien de voir qu'on n'est pas seuls à être confrontés à ces situations.
    5 ans plus tard, j'espère qu'il y a quand même du mieux. ;-) Même si je crois qu'avec des marmots, on en prend pour perpet'... et qu'en plus, on ne changerait ça pour rien au Monde !

    RépondreSupprimer