lundi 31 octobre 2011

Polisse!


J'ai vu Polisse... et depuis je n'arrête pas d'y penser.
Il y a des films qu'on voit mais qui ne changent pas notre vie. A peine sorti du cinéma on retourne facilement à sa vie, et on les oublie aussi vite. Ce ne sont pas, pour moi, ce que l'on peut appeler de bons films.
Celui-ci m'a bouleversée, m'a apporté beaucoup, m'a touchée. Je le trouve exceptionnel, dérangeant, émouvant, remuant, novateur, moderne. Un vrai souffle nouveau dans le cinéma français, qui fait du bien.


Je n'ai pas vu les précédents films de Maïwenn, j'espère que j'y remédierai dès que possible. Cette fille a un talent fou... je repense à chaque scène, à sa façon de filmer, d'enchaîner les plans.

Sa force réside en une notion assez simple, en fait: elle réalise un film sur un sujet plus que lourd (suivre le travail de la Brigade des Mineurs à Paris, s'occupant d'affaires de mœurs telles que viol, inceste, fugues, abandons, maltraitance, travail forcé, "accouchement" pour faire suite à un avortement après un viol sur une adolescente...), mais le résultat n'est jamais glauque.
Le film nous fait sans-cesse balancer entre rire et larmes, entre distance et forte identification aux personnages. C'est ce qui en fait un film extrêmement réussi, car ne tombant pas dans le piège de nous prendre en otage par les sentiments, de nous choquer du début à la fin, et de nous laisser ensuite exsangues, à terre, notre réserve de larmes épuisée, à la fin des 2 heures. Cette torture-là nous est évitée, ce dont on peut la remercier. D'autant plus quand on est parent de jeunes enfants...

Tout comme les protagonistes, nous sommes, spectateurs, dans l'obligation nous aussi de prendre notre respiration, de nous détendre, de nous distancier à certains moments, afin de ne pas être totalement anéantis par les drames insupportables qui se jouent devant nous, dont les victimes sont des enfants. L'humour est important pour les policiers, et pour nous aussi.
Cette "légèreté" ne rend le film que plus convaincant. Il est réaliste.

Maïwenn rend un magnifique hommage aux flics de cette brigade assez spéciale, car plutôt méprisée au sein de la police. Elle donne des rôles forts à ses acteurs. Karin Viard, Marina Foïs, sont magistrales. Mention spéciale aussi aux tout petits rôles comme Audrey Lamy ou Sandrine Kiberlain, très justes. Sans oublier la révélation du film, Joey Starr... à qui Maïwenn (son amoureuse à l'époque...) a donné un rôle magnifique, qu'il joue tout en sincérité et justesse (mais d'ailleurs, je crois qu'il l'a toujours été, sincère... même avant d'être acteur, non?).
J'ai adoré par exemple la scène de la boîte de nuit, où toute l'équipe se retrouve pour décompresser après une mission éprouvante. Je vois Joey Starr danser, et j'en ai les larmes aux yeux...

Seul le rôle de Maïwenn m'a interrogée. La présence de cette fille (complètement sublime, soit-dit en passant), photographe, qui sert de mise en abyme intellectuelle au film (l'observatrice, dans le film d'une observatrice...), m'a paru, peut-être, superflue.
Mais je crois qu'avec un tel talent, on peut "pardonner" à la réalisatrice de s'être mise un peu en avant.

J'ai vu ce film, et j'aimerais que la planète entière fasse comme moi.
Il mêle, d'une façon tragi-comique, les histoires personnelles des policiers, et celles des enfants. On sent que les premiers sont bouleversés par les affaires qu'ils traitent, et parfois, pour des raisons personnelles, ont plus de mal à ne pas prendre les choses trop à cœur.
On comprend la difficulté de traiter la parole d'un enfant (le début du film, d'ailleurs, nous fait douter, à la fois sur les propos d'une petite victime, et sur la culpabilité du présumé agresseur), on est heurté par les injustices, l'impuissance des flics devant certaines situations (le méprisant pédophile des beaux quartiers, par exemple, aux relations nombreuses et influentes, au dessus des lois grâce à son statut, fait froid dans le dos -et nous rappelle certains faits divers de l'actualité-).

Comme dit Joey Starr après avoir assisté, impuissant, au placement en foyer d'un enfant, qu'on séparera de sa mère (qui pourtant s'en occupait bien), à cause d'un manque de place pour les deux... "Ça m'reste, ça m'tord".

Allez-y.

5 commentaires:

  1. J'ai vu aussi Polisse, mais j'ai peut-être (sans doute) été moins "bouleversée" que toi. Pourquoi? Certainement parce que je regarde assez souvent les documentaires sur les différents services de police et que donc la découverte fut moindre.
    J'ai aussi été un peu gênée par ce casting, j'aurais peut-être préférer des "inconnus" pour me plonger plus en avant dans l'histoire.

    Sinon, pour être honnête : Joey Starr a été magistral, comme dans le Bal des Actrices. Le reste du casting a été également excellent.
    Enfin, tout comme toi, le rôle de Maïwenn est presque superflu, mais elle a voulu se faire plaisir!!! J'ai passé un bon moment et je suis contente de l'avoir vu

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  2. Un film oh combien essentiel. Pour avoir vécu l'une des situations présentées dans le film, je confirme la justesse du regard de la réalisatrice sur la Brigade des Mineurs de Paris.
    Moi aussi la présence de Maïwenn m'a gênée, mais pourquoi pas, ca fait partie des moments de détachement qu'autorise le film et qui font qu'on ne sombre pas...
    Décidément tu pourrais faire critique de ciné, hihi ;-)

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  3. on en a rediscuté avec une amie... et on est toutes les deux d'accord sur la réussite de la scène de la boite de nuit... qui n'est pourtant pas une scène essentielle, mais elle est une parenthèse de décompression dans le quotidien plutôt sombre de la brigade.
    Elle est animée, pleine de vie, de joie... Joey starr y danse avec une sorte d'instinct de vie, c'est assez intense. Et puis dans cette pulsion de vie, il y aussi une espèce de libido exacerbée, les personnages ont besoin d'amour, de contact, pour se réconforter et supporter leur job.

    Mon amie et moi avons été unanimes sur ce point: Joey Starr, dans cette scène, est super troublant. Grâce à son talent, sa justesse, son animalité sûrement, sa complicité avec Maïwenn... et grâce aussi au talent de celle-ci en tant que réalisatrice... il nous fait oublier "joey starr" tout en ne donnant pas l'impression de jouer tant que ça...
    Ce côté "brut" et "sensible" nous a touchées... et je pense que nous ne sommes pas les seules!

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  4. j'oubliais: voici le lien avec la musique de cette scène.
    Jouissif.
    http://www.youtube.com/watch?v=mG_eIDMOvfM&feature=share

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  5. T'as déjà pensé à être critique de cinéma ? Tu donnes envie de voir le film !

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