mardi 20 décembre 2011

Montrez vos seins!

Oui, bon, je sais les filles, cette photo vous arrache sûrement un peu les yeux à vous aussi. Mais c'est pour la bonne cause.
Photo: Ligue contre le cancer, campagne de 2010

Ce matin, j'ai écouté ma gynéco, avec qui je m'entends très bien, pendant trois-quart d'heure.
Elle n'avait pas le moral, avait besoin de se confier, vider son sac.
Elle a reconnu que malgré l'expérience, elle avait toujours autant de mal à annoncer à ses patientes qu'elles avaient un cancer du sein. D'autant que, d'après elle, les patientes de même pas trente ans sont de plus en plus nombreuses.


Elle a passé des nuits d'insomnie avant de devoir annoncer une mauvaise nouvelle, à une patiente de mon âge qui s'apprêtait à faire son premier enfant.
En même temps, ma gynéco m'a avoué avoir vécu un gros stress en pensant à moi, et à d'autres patientes, qu'elle avait reçues en RDV quelque temps auparavant, pour le même genre de contrôle... car ce qui se passait (mal) chez son autre patiente avait tendance à la faire se remettre totalement en question, notamment sur la manière de dépister les jeunes femmes, (échographie, puis le cas échéant mammographie, biopsie...) et au bien fondé, à la manière et à l'urgence de les envoyer se faire opérer par la suite (et recontrôler en laboratoire après...), même pour un nodule d'apparence bénigne.

Loin de moi l'envie de faire un post anxiogène... j'avais juste envie de réagir à cette rencontre de ce matin.
J'ai trouvé ma gynéco touchante, car elle a eu besoin d'exprimer humainement ses doutes, ses questions, sa révolte face au cancer du sein, notamment face aux plus jeunes d'entre nous.
Même si ce genre de constat met un peu le moral dans les chaussettes, il m'a rappelée aussi à quel point la médecine progresse, et que, même si, certes, le nombre de cancers du sein augmente, aujourd'hui 90% des victimes de cancer du sein, s'il a été détécté à temps et rapidement, survivent.

D'où l'intérêt de se faire suivre, et ce, dès trente ans. Les gynécologues ont des approches différentes... la mienne, spécialisée dans le cancer du sein, préconise une mammographie tous les deux ans à partir de trente ans.
Et je peux dire que je ne regrette pas d'être tombée sur elle.

Les filles, motivez-vous! On a tout à gagner à se faire suivre, à se rendre au dépistage que notre médecin nous conseille. C'est, certes, très désagréable de se lever un matin, de se rendre au labo en se disant qu'on va aller chercher des signaux forcément négatifs dans notre corps... mais dans tous les cas, on a une chance folle, dans notre pays, de pouvoir se faire suivre aussi bien et facilement, saisissons-là!


PS:
j'ai d'ailleurs été touchée, car ma gynécologue a lu, sur mes conseils, "le Choeur des Femmes" de Martin Winckler, exceptionnel livre/roman sur le quotidien du travail de gynécologue à l'hopital, illustré de divers témoignages de femmes, du plus léger au plus dramatique, tous plus poignants les uns que les autres...
Elle a trouvé que tout gynéco devrait avoir lu ce livre!
Je ne peux que vous inviter chaleureusement à le lire à votre tour!

16 commentaires:

  1. Merci Marine... il faut convaincre tous les jours de l'année, pas uniquement pendant ce mois d'octobre.
    Martine, patiente, bénévole à Europa Donna.

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  2. J'ai aussi offert Le Choeur des Femmes à ma gyneco... On devrait toutes l'offrir...

    Veroo

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  3. J'ai lu le Choeur des Femmes sur tes conseils justement, et j'ai adoré!
    Pour le dépistage, je ne peux que plussoyer. Faut que je fasse ma mammo d'ailleurs... En espérant que 2 ans de PMA, d'injections d'hormones + 1 grossesse n'aient pas eu trop de conséquences...

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  4. Je crois que ta gynéco est trop humaine pour être médecin.
    Ma maman est atteinte d'un cancer du sein et moi, je compte faire une mamo tous les deux dès mes 35 ans. J'encourage toutes les femmes à se prendre en main.

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  5. @ Elisa:

    je crois au contraire que pour être un bon médecin il faut être humain, doté de beaucoup sensibilité!

    j'ai l'impresssion que c'est un leurre de penser qu'on peut se blinder totalement. Pour en connaitre certains de très près, les médecins vivent leur métier à 200%, prennent à coeur ce qui arrive à leurs patients, ont parfois du mal à "couper" en rentrant chez eux... c'est une discipline bien sûr de se protéger, mais un médecin qui ne ferait que de la "plomberie" en déshumanisant complètement ses patients deviendrait trop vite cynique, je crois!

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  6. Bien placée pour savoir que le dépistage sauve la vie. Que ça ne m'a pas empêchée d'être amputée d'un nichon, mais que le dépistage m'a permis d'être encore là pour connaître les joies d'avoir une petite-fille.

    Toutefois, je tiens à attirer l'attention sur le fait qu'on ne propose pas suffisamment la reconstruction aux femmes atteintes d'un cancer. Et alors que cette reconstruction -qui permet de retrouver une vraie féminité- est totalement prise en charge par la SS, se voit d'accès limité à celles qui ont une bonne mutuelle, parce que les centres spécialisés du sein, comme l'Institut Curie, ne pratiquent plus les 2 interventions supplémentaires nécessaires et indispensables à un résultat valable, mais obligent les patientes à se faire opérer là où exercent les chirurgiens, c'est-à-dire dans des cliniques privées et où ils pratiquent le dépassement d'honoraires...

    En outre, j'espère que l'Etat va assumer le coût de la dépose et de la pose de nouvelles prothèses à toutes celles qui se sont fait refiler des PIP (j'en étais), qu'il s'agisse d'esthétique pure ou de reconstruction. Ce n'est pas aux patientes de payer les conséquences d'escroqueries à grande échelle. Si l'Etat ne veut pas payer, que les chirurgiens utilisent leur assurance en responsabilité professionnelle. Ils paieront un surplus de prime, et alors !!

    Sinon, je conseille à toutes celles qui sont concernées, la reconstruction par lambeau du grand dorsal. On douille un peu sa race mais c'est top pour le moral, après bien sûr, avoir passé différentes phases pénibles d'acceptation de soi !

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  7. Marine, je suis d'accord qu'il faut être humain pour être médecin. Moi qui habite Bruxelles, je me rends compte à quel point, dans une grande ville, on est des numéros. Ce que je voulais dire, c'est qu'un médecin qui fait des insomnies avant de devoir annoncer une mauvaise nouvelle à son patient, ne va pas tenir psychologiquement et ça c'est très mauvais car si il/elle fait une dépression, il/elle ne pourra plus être un bon médecin.

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  8. Pour illustrer le propos de Marine à Elisa, je ne tiens pas au plaisir de vous rapporter cette petite anecdote. Un oncologue de Strasbourg a cru opportun de me dire, à propos de l'ablation du sein : "Mais Madame, le sein ne fait pas partie du corps humain !" En voilà un toubib fortiche et en anatomie et en psychologie ! Je n'ai pas osé lui rétorquer "Et vous, Docteur, ce que vous avez entre les jambes, ça ne fait pas partie du corps humain non plus, alors ?!".........

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  9. Mais ça c'est passer d'un extrême à l'autre. Hé, les filles, il n'y a pas que le blanc et le noir. Une chose est d'être trop sensible et l'autre est d'être un abruti sans le moindre tact!!!!!

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  10. On a bien compris, Elisa ! Juste qu'un médecin archi sensible qui sombrerait dans la dépression la plus totale rapport aux mauvaises nouvelles qu'il annonce parfois, ça n'existe pas (puisqu'il est malade lui-même et donc pas en exercice) ! En revanche, des abrutis sans tact, il y en a un paquet !

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  11. Ah ben tiens ce livre je le mets sur ma liste du cadeau que j'offrirai à une amie quand elle choisira sa spécialité (elle veut faire gynéco)

    Sinon pour le coté humain/insensible dont on parle dans les commentaires... On nous apprend à être empathique, sans s'attacher. Mais y'a toujours des patients qui nous "perturbent", des patients qui nous touchent et d'autres qu'on oubliera jamais ;)

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  12. C'est plutôt rassurant de se rendre compte qu'il existe encore des médecins humains. Dans ma profession, je côtoie des médecins qui parfois oublient que les patients sont des êtres humains.
    Quant au dépistage, j'y pense. Bien que jeune j'y pense, depuis que j'ai croisé une patiente qui avait mon âge (à 3j près) et souffrait d'un cancer du sein avec métapulmonaire.

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  13. Queen Mom, mais avant d'être malade,il était en exercice et c'est parce qu'il est tombé malade, qu'il n'est plus en exercice.
    Un médecin qui fait des cauchemards et qui ne dort pas à chaque fois qu'il doit annoncer une mauvaise nouvelle, ce n'est pas bien car il transmet forcément son désarroi à ses patients. Or, ce dont un patient a besoin lorsqu'il apprend une mauvaise nouvelle, c'est d'être rassuré et pas le contraire.

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  14. Elisa, tu sais que tu es une comique, toi ?! Comme dit l'autre : on ne peut pas faire boire un âne qui n'a pas soif". Brisons là, en parodiant les Inconnus "il y a de bons et de mauvais médecins".

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  15. Oui, il vaut mieux. On ne verra jamais les choses de la même façon, je crois :-)

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  16. Merci pour ce billet!
    Ma maman a eu un cancer du sein, pris très tard, mais elle s'en est sortie. De mon côté, j'ai un nodule qui prend "trop bien" le contraste à l'IRM, je dois le faire enlever, mais je rechigne un peu à l'opération… mon passif hospitalier n'aidant pas. Ceci étant, ton article me botte un peu les fesses…
    Je vais également acheter le bouquin "le choeur de…" dès mardi midi!

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