lundi 23 janvier 2012

Black fashion Power: "Elle" et la mode pour les Noirs

 

Il faut que vous lisiez cet article, écrit par Nathalie Dolivo, journaliste chez Elle.
"black fashion power: un style loin du street-wear"

Dites-moi que vous aussi vous trouvez cet article très surprenant, dérangeant, voire... raciste!
Une accumulation de clichés sur les Noirs (boubou, wax...), un chouilla d'exotisme, la référence au style des "blancs", une condescendance effrayante ("Dans cette Amérique dirigée pour la première fois par un président noir, le chic est devenu une option plausible pour une communauté jusque là arrimée à ses codes streetwear" -rhaaa, cette phrase!)
Il ne manque plus que les ceintures de bananes et les os dans le nez, et on est bons pour l'exposition universelle de 1900!



Je suis sérieusement effarée de lire un tel article, je le trouve inconséquent et ignorant! Est-ce que parce qu'on parle de mode et simplement de mode, on a le droit d'accumuler tous ces poncifs de façon presque inquiétante?

La personne qui l'a rédigé, d'une manière extrêmement ethnocentrée, à base de notions de "races", en parlant du début à la fin de supériorité du "style blanc", d'un "style noir" essentiellement basé sur les baggy, imitant tant bien que mal l'élégance des blancs, et cela à cause de l'arrivée d'un président Noir au pouvoir (sérieusement???)... n'était peut-être pas dans son état normal, pourquoi pas. Mais d'autres personnes au-dessus d'elle l'ont lu, relu et validé!



Lisez un peu les commentaires sous cet article, c'est édifiant. Il a beau avoir été écrit de manière "cool", par une rédactrice de mode, dans un but de divertissement et sans ambition intellectuelle, ce genre d'écrit me laisse pantoise... ça me fait réellement froid dans le dos qu'on puisse affirmer des idées pareilles, dans un journal indiscutablement réputé.


Aux Etats-Unis la notion de "races" est certes beaucoup moins taboue, on parle, on oppose plus librement des communautés là-bas. Peut-être que ma réaction est hyporcrite, finalement?  Que derrière nos belles lois, l'interdiction des statistiques ethniques et nos fantasmes d'Egalité, on ferme finalement les yeux de manière très bien-pensante et pas suffisamment pragmatique devant le communautarisme, et ce qu'il peut avoir de positif?


Ce que je sais c'est qu'on est en France, et que cet article me dérange parce qu'il crée volontairement une hiérarchie entre les "races", qu'il se place du point de vue des "blancs" (=ceux qui ont inventé LA mode et l'élégance, évidemment unique), qu'il est basé uniquement sur des généralités et des conclusions à l'emporte-pièce (prétendre que le style "Obama" a ouvert aux Noirs les portes de l'élégance, par exemple, me laisse franchement dubitative).
Le pire dans cet article, c'est qu'on sent qu'il a été écrit pour flatter les femmes noires... et c'est l'inverse qui se produit; il les insulte. C'est cela le racisme, en fait: on n'est pas dans la xénophobie de base, que plus grand monde n'ose utiliser aujourd'hui grâce au politiquement correct (et au surmoi de chacun). On est vraiment dans l'idée inconsciente, complètement intégrée, que des races puissent être supérieures à d'autres. C'est du racisme, du vrai, celui d'un autre temps, de "les noirs ont le sens du rythme", du "ya bon Banania" ou du "mamzelle Scarlett". De tels propos, tenus en 2012 par des personnes jeunes (qui n'ont même pas l'excuse d'avoir vécu dans un temps où ces propos étaient banals), sont quand-même assez rares. 






Et puis je vous conseille d'aller faire un tour sur le blog d'Aubadya, qui répond de manière intéressante à cet article (et publie l'article dans son intégralité... on ne sait jamais, il pourrait être supprimé un de ces jours sur elle.fr)
Lire aussi l'article (en anglais) de Fashionbombdaily.com, alerté par ce papier étonnant... 
Ainsi que la réponse très bien rédigée chez Afrosomething 
Ou bien le très bon article sur le magazine en ligne Madmoizelle... 
et aussi les super articles du NY Mag (dans son blog mode "the Cut"), et du Huffington Post


(note, rajoutée le 26 janvier: 
lire/écouter l'exceeeeellente réponse d'Audrey Pulvar sur France Inter. Jouissif)

Dîtes-moi comment vous recevez ce texte, je suis curieuse d'avoir vos réactions

(la prochaine fois si vous êtes sages on discutera de l'énorme tribune (publicitaire) laissée à Anne Sinclair dans le Elle de cette semaine, permettant à cette grande et puissante dame d'expliquer à quel point elle trouve méprisable le besoin des français de retrouver plus de morale dans le comportement de leurs dirigeants. Je suppose, naïvement, que la semaine suivante 4 ou 5 pages seront consacrées, de la même manière, à la version de Nafissatou Diallo. Hé hé.)

PS: ouais j'ai retrouvé la gniaque.
PS2: sur ce je m'en vais retourner lire Causette, moi. Moins dangereux pour les neurones.
PS3: comme je l'avais imaginé, l'article sur elle.fr a été modifié dans l'après-midi (23 janvier 2012)... discrètement (lâchement?) sans même un erratum.


intégralité de l'article copié-collé:

"Dans une société obsédée par l’image, ces filles ont donc compris, mieux que quiconque, l’importance du look. On pourrait même dire que, pour la communauté afro, le vêtement est devenu une arme politique. Jon Caramanica, journaliste au « New York Times », affirmait récemment dans un article consacré à cette renaissance noire que « ce retour au style constituait pour la communauté noire une source de dignité ». Comment ne pas y voir l’effet du couple Obama ? Dans cette Amérique dirigée pour la première fois par un président noir, le chic est devenu une option plausible pour une communauté jusque-là arrimée à ses codes streetwear. La First Lady Michelle donne le ton, misant sur des marques pointues, transcendant les robes trois trous, revisitant en mode jazzy le vestiaire de Jackie O. Bref, l’audace et la créativité se sont réveillées, le preppy a 
de nouveau droit de cité. Comme dans les années 30, le mouvement Cotton Club, les costumes de jazzmen et les robes charleston. Et dans les années 60, le combat pour les droits civiques, le black power, la classe ineffable et inégalée d’une Angela Davis. Mais, si, en 2012, la « black-geoisie » a intégré tous les codes blancs, elle ne le fait pas de 

manière littérale. C’est toujours classique avec un twist, bourgeois avec une référence ethnique (un boubou en wax, un collier coquillage, une créole de rappeur…) qui rappelle 
les racines. C’est décalé, nouveau, désirable, puissant. « En cette période de crise mondiale, il y a un vrai besoin de fun et de créativité, reprend Olivier Cachin. Des Nicki Minaj ou des Janelle Monáe, originales et fortes visuellement, qui répondent totalement à cet air du temps difficile et anxiogène, en sont comme l’antidote. » 


Les voilà donc icônes d’aujourd’hui. La mode les fait reines, assouvissant ainsi son besoin constant de se renouveler. Lorsque les tendances patinent, la fashion se tourne toujours vers la rue. Ce fut le cas dans les années 80, les défilés Gaultier, la culture Benetton, le début du hip-hop. C’est de nouveau le cas : la rue, et la culture afro en particulier, semble constituer un inépuisable vivier d’idées. « A New York, explique Sylvia Jorif, chef des infos mode à ELLE, le phénomène est fou ! Une classe moyenne noire a émergé et joue avec la mode. Ce sont bien souvent des looks désuets, vintage, avec une connotation artistique et musicale.Tout est toujours un peu exagéré : le dress 
code Hamptons est +++, le vestiaire Ivy League est boosté. C’est souvent drôle mais jamais ridicule. Et ce sont de formidables leçons de style ! » On n’a pas fini de s’inspirer de ce fashion black power !" 




ELLE (profil Facebook) 
a rajouté une précision le 23 janvier 2012:
A propos de l’article Black Fashion Power

L’idée de l’article « Black Fashion Power », pris à parti par certains internautes, est née du constat suivant : aujourd’hui, les égéries qui enthousiasment la mode, les filles les plus pointues du moment, celles qui donnent le « la », qui sont en premier rang des défilés, qui squattent les tapis rouges, sont des femmes noires. Le phénomène est d’abord et avant tout américain, puisque les artistes comme Nicki Minaj, Solange Knowles ou Zoe Saldana sont américaines. Il nous a paru évident qu’il fallait traiter ce phénomène, comme nous en traitons régulièrement dans nos pages, comme d’autres phénomènes culturels, sociétaux ou mode tels que la nouvelle beurgeoisie, ou l’émergence de créateurs d’origine asiatique qui sont les valeurs montantes de la mode US (Alexander Wang, Jason Wu, Thakoon, Prabal Gurung).

Ce « mouvement » coïncide par ailleurs avec le mandat Obama. Michelle, son épouse, a une influence majeure en terme stylistique sur les femmes, et les femmes de la communauté afro en
particulier. Cela nous a semble intéressant de le souligner C’est le cas aussi par exemple pour Kate Middleton, en Grande-Bretagne, qui a littéralement boosté l’industrie textile britannique ou en son temps Jackie Kennedy, autre icône de la maison blanche qui a inspiré tant de femmes.

Bien sûr que les femmes noires n’ont pas attendu l’avènement d’Obama pour avoir du style. Ce n’est pas ce qui est dit dans l’article, puisqu’ il est fait référence aussi à d’autres époques hautes en style. Et le propos n’était pas de généraliser : toutes les femmes noires aux US n’étaient pas adeptes du
street wear jusqu¹à ce qu¹elles adoptent un style plus fashion ! Il nous semblait que cela allait de soi...

Bien sûr, l’article peut donner l’impression d’un miroir déformant puisqu’il ne s’agit pas en effet de dresser un portrait exhaustif de la communauté noire et de son rapport à la mode, depuis toujours et de toute éternité. C’est une photographie, un instantané, un focus sur un phénomène assez pointu à un moment donné, qui concerne les femmes noires mais aussi la mode en général. Nous sommes navrées que cette volonté, au contraire, de faire la place belle à ces femmes qui nous inspirent, ait été mal interprétée, car notre intention n’était nullement de véhiculer des stéréotypes erronés ou
racistes, mais bien plutôt de mettre en avant un mouvement passionnant, riche et porteur de sens. Comme l’est souvent la mode.



Valérie Toranian, directrice de la rédaction du magazine ELLE

14 commentaires:

  1. Hello,
    Ce dimanche avec mon pti dèj au lit comme d'habitude je feuillette mon ELLE et là je tombe sur cet article toute contente (naïve?)je me dis chouette un article sur la communauté noire! J'ai moi aussi très vite déchanté et me suis sentie bête de croire qu'un jour des articles construits et réfléchis seront écrits dans des magazines dont la cible principale n'est pas les femmes noires. Comment peut-on écrire un article rempli d'autant de clichés??
    Ah c'est bien le bon nègre maintenant qu'il est représenté par un président noir a enfin compris comment s'habiller mais il nous laisse encore des boubous, des créoles, ce n'est pas de sa faute ce sont les relents des racines qui remontent parfois.. le pauvre black! Mais il fait l'effort!

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  2. Nous sommes d'accord! Tout comme toi, je lis Causette c'est un super magazine! J''attends de voir la réaction du magazine maintenant!

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    1. vous etes donc la preuve vivante de la véracité de ses dires... vous n'avez rien compris.

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    2. @ "anonyme"...
      si vous argumentiez un peu mieux votre réponse, je pourrais peut-être un peu mieux comprendre en quoi nous n'avons "rien compris".

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  3. Euh le chic était réservé au blanc???? Du grand n'importe quoi! C'est aberrant de voir qu'au XXIe siècle on puisse encore penser ça! Un jour peut être qu'on parlera des gens sans spécifier s'ils sont blanc, noir ou vert!!!

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  4. au passage j'aime beaucoup le ton décalé de ton blog :-)

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  5. Je n'ai pas acheté Elle et apparemment j'ai raté quelque chose... Merci d'avoir partagé (et comme ça je saurai enfin pourquoi je n'achète plus Elle)

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  6. Tu dis que "Elle" est réputé ?! Mais en quoi exactement ? Je ne vois guère que l'excellente Alix Girod de l'Ain qui mérite d'être sauvée dans ce canard à pubs !!
    Quant à l'article en question, il est typique de la mentalité de ce genre de magazines qui n'ont rien à dire d'intelligent (ça se saurait). Leur fond de commerce, c'est la pub et la mode vue par le tout petit bout d'une lorgnette braquée sur de pseudos "icônes" dont le look est porté aux nues ou descendu en flammes selon l'humeur de ces plumitives qui imposent leurs diktats sponsorisés.

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  7. Pour te dire à quel point je suis d'accord: j'ai acheté le magazine, mais rien que le titre de l'article m'a fait bondir donc je ne l'ai pas lu. Quand je pense que de temps à autres ils s'envoient des fleurs parce que le mannequin des pages modes est black, ou que la femme en couverture est black (genre "z'avez vu comme on est progressistes chez Elle, bientôt on mettra aussi des grosses - nan on rigole"). Bref, tant qu'on pensera encore en terme de couleur de peau pour un truc aussi futile que la mode, on est pas sorti de l'auberge...

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  8. Personne n'a censuré l'article ? Donc ELLE est raciste

    La Scandaleuse a répondu à cette idiote
    http://lascandaleuse.com/2012/01/24/elle-fr-crache-ses-prejuges-sur-les-femmes-afro/

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  9. Article agaçant et édifiant en 2012...Que cette Nathalie sorte la tête de son c** , consulte les archives , ou tout simplement marche dans la rue pour se rendre compte que les blacks n'ont pas attendu Obama pour avoir un style autre que streetwear-hip-hop. Mais bon encore avant y avait les os dans le nez et les peaux de bête alors...( sinon elle peut aussi passer voir notre blog http://cherrycherryparis.blogspot.com/ )

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  10. Big up a toutes les SistarZ pour la mobilisation!!!
    Ce qu'il faut surtout retenir de l'article au dela de sa faiblesse et de sa condescendence(a la limite du racisme),c'est que les autrefois grandes maisons de presse(Hearst proprio de Elle,Conde-Nast=Glamour,etc...) sont totalement a la rue! Incapables de capter les nouvelles tendances, isolees dans des reflexes monarchiques(Roitfeld n Co),maladroites ou ignorantes de l'usage d'internet et surtout hermetiques a tous renouvellement. Je n'irais pas jusqu'a analyser ce que ce type d'article implique sur ce que la France pense de des femmes noires.D'autres auront plus de verve.
    Mais un exemple me vient a l'esprit:Celui de Julia Sarr-Jamois, Metis franco senegalaise,ancien Mannequin de 23ans,qui connait pourtant sa mode et ce millieu,a du aller se faire les dents dans de certes bon magazines mais a tirages(trop) confidentiels pour exister. Maintenant redactrice de Wonderland Magazine(a zyeuter) elle est maintenant une "fixture" des fashion weeeks,blogs et d'autres mag modes qui la saluent et traitent comme une des leurs. Fait marquant en tapant son nom sur le net on trouvera plus d'infos sur elles en italien,langues scandinaves et en anglais qu'en francais(hormis les blogs afro-mode). A mediter...

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  11. Sur le même thème, en ce moment passe une publicité en radio pour une expo parisienne retraçant l'histoire des noirs ramenés comme autant de trophées des colonies et exhibées en "monstres" de foire. Non mais, je rêve ou quoi?
    Même si cette expo dénonce, ce que je n'ai pas ressenti dans la pub, rien que l'idée d'en faire une expo me laisse perplexe, voire me dérange.

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  12. Je suis vraiment sur le cul. L'article est un torchon, la réponses des intéressées est même pire...le seule truc positif dans l'histoire, c'est la réaction saine d'audrey sur france inter ! Merci "une chambre à moi" et Merci Audrey, je commençais à perdre espoir !

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