dimanche 11 mars 2012

Etre femme et mère aujourd'hui.

Courrier des lectrices, Elle de cette semaine
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Il y a quelques jours, c'était la journée internationale des droits des femmes.
Je n'ai rien écrit de particulier, assez occupée que je suis pendant les vacances scolaires... et assez agacée aussi par ces "bonnes fêtes les femmes"! qu'on lit ou qu'on entend un peu partout ce jour-là, de manière peu appropriée.
Si vous y tenez, pour pouvez aller voir ici le post que j'avais écrit l'année dernière pour cette occasion.

Aujourd'hui, j'ai eu envie, pour commencer ce billet, de vous faire lire le courrier des lectrices du Elle de cette semaine (oui bon, quoi, je sais, j'suis toujours abonnée qu'est-ce que j'y peux), j'ai trouvé très bon ce choix de lettres. Ces réactions de lectrices sont émouvantes, elles m'ont touchée.
Pour avoir lu l'interview de Chloé Delaume il y a quelques semaines (reproduit en bas de ce billet), j'ai été moi-aussi courroucée, en tant que mère, de lire ses arguments (elle a choisi de ne pas avoir d'enfants); il y a trop de gens sur terre, vouloir un enfant c'est vouloir combler un vide, c'est ne pas avoir de vie à soi,... etc. Plus que des raisons personnelles tout à fait respectables, ses arguments sont surtout provocateurs et prompts au jugement.


Comme l'a répondu la deuxième lectrice, devenir mère, pour moi, a été comme une seconde naissance. Ce passage m'a transformée, m'a permis de voir la vie différemment. J'ai appris, non sans difficultés, douleurs et concessions, à vivre non plus pour moi-même mais pour un, puis deux nouveaux petits êtres.
Chaque jour, je ressens de grandes joies, des bonheurs énormes, un plaisir animal à enfouir mon nez dans la nuque tout chaude de mes enfants qui sortent de leur sieste.
Chaque jour aussi, j'ai le cœur qui se vrille quand je vois que l'un d'eux pleure, a mal, est triste. Je suis envahie, régulièrement, par la culpabilité, l'angoisse, le stress, les remises en question, la peur de la douleur, de la maladie, de la mort.
Ma vie est intensifiée, puissance mille, depuis que je suis maman. Je galère, je tatonne, j'essaie de m'organiser, parfois je me plante, je m’énerve, je pleure, je baisse les bras, je recommence. Et puis je ris aussi, j'ai mille envies, mille idées, une énergie décuplée, pour eux. J'ai le cœur à la fois léger et lourd de tout l'amour que j'ai à donner à mes enfants. Je le sens, souvent je me dis qu'il va finir par exploser, et pourtant il est comme gonflé à l'hélium, comme tiré vers le ciel par des petits fils invisibles. C'est une petite montgolfière qui s'envole, et qui va m'emmener loin, très loin.

Parler de ce que m'a apporté la maternité est presque impossible; J'ai pris un gros coup de poing, je le sens encore dans le ventre, là, au milieu. Je me souviens encore de ce choc, j'avais 26 ans, j'étais sur mon lit, à l'hopital, en train d'observer, curieuse, un petit être-animal qui respirait dans mon cou. Et paradoxalement, cette expérience presque violente m'a enseigné, petit à petit, la tolérance, la patience, l'ouverture d'esprit, la douceur, la tendresse.
Et chaque jour de ma vie de mère peut être, jusqu'à présent, résumé ainsi, pour l'instant: un mélange de frustrations, de désirs égoïstes empêchés, de râtés, de fatigue physique, émotionnelle, et de moments de désespoir, alliés au bonheur de les rendre aussi heureux que possible, de les voir complices, entre frère et sœur, à la fierté de ce que je réussis à faire avec mes enfants, de ce que je leurs transmets.

Les mères en prennent plein la tronche. C'est toujours de leur faute, quoi que l'enfant fasse. Elles ont beau tout gérer, essayer de tout faire au mieux, se débattre, et se plaindre souvent en silence, ce sont elles les coupables.
Autour de moi j'ai des amies, mamans, que j'admire. Une dont le mari, sportif de haut niveau, vit au bout du monde au gré des contrats, et qui concilie son boulot, la vie avec ses enfants, les aller-retour chez la nounou, à l'école, et les vols long courrier. Une autre qui, depuis dix ans, suit son mari expatrié en Afrique, à Tahiti, aux Antilles, que j'ai d'ailleurs connue grâce à mon blog, depuis qu'elle vit à quelques kilomètres de chez moi.
Beaucoup d' autres dont les maris sont très souvent absents, aussi pour raisons professionnelles, et qui font tout à la maison, en travaillant à temps plein. Encore une qui vient d'accoucher sans péridurale, grâce à une force de caractère que j'admire, et dont je sais qu'elle sera une super maman.

On est tous entourés de mères. C'est bien de s'intéresser à ces femmes. De regarder comment elles s'en sortent au quotidien, de réaliser comme elles doutent, comme elles jonglent, comme elles sont souvent sur le fil, malgré les apparences. De les écouter, de leur poser des questions.
Je m'intéresse aux mères de mon entourage depuis que je le suis devenue. J'aime m'inspirer de certaines, les observer, je suis bien en leur compagnie. Ces femmes qui m'entourent me rassurent et me remuent en même temps. Certains conseils, observations, remarques lancés innocemment par celles-ci, à des moments tout à fait anodins, tournent souvent dans ma tête, m'aident au quotidien, me donnent des solutions lorsque j'ai l'impression que j'ai tout essayé et que rien ne fonctionne.
Elles sont toutes différentes mais toutes ont une phrase en commun: "c'est dur la vie de femme, une fois qu'on est mère".

Au lieu de leur tomber dessus, à ces mères, comme le fait, anecdotiquement, Chloé Delaume dans son interview, mais surtout comme le fait la société entière... essayons d'avoir un peu de bienveillance pour elles.
(je précise que je n'ai pas lu le livre de Chloé Delaume, "Une femme avec personne dedans"... qui bénéficie de bonnes critiques et qui est sûrement très bon)

Je suis sûre que, vous aussi, vous êtes entouré(e)s de mères qui forcent le respect, que vous admirez. Vous apprennent-elles des choses? Avez-vous envie de leur dire quelque chose de particulier? de raconter un moment passé avec elles, des phrases qui vous ont marqué(e)s, aidé(e)s?

Pour finir, je vous recommande d'aller lire tout un dossier de Sciences Humaines, pour l'instant disponible à la lecture librement, intitulé Etre femme Aujourd'hui, constitué de différents chapitre, sur le genre, la féminité, le travail, la libération sexuelle... et notamment la maternité.
Voici le sommaire de ce dossier passionnant:

• Femmes, le choix des armes
Martine Fournier

• Combats et débats
Martine Fournier

• Y a-t-il un éternel féminin ?
Sarah Chiche

• Mères à bout de nerfs
Catherine Halpern

• Tout gérer, tout concilier
Pascal Lardellier

• La femme africaine : bête de somme... ou superwomen
Sylvie Brunel

• L'histoire mouvementée du plaisir féminin
Nicolas Journet

• De l'orgasme féminin...
Flora Yacine

• L'intelligence a-t-elle un sexe ?
Martine Fournier

• Les métiers ont-ils un sexe ?
Pascale Molinier

• Sur les chemins du pouvoir
 Françoise Barret-Ducrocq

• Peut-on en finir avec le plafond de verre ?
Catherine Halpern

• Figures libres

• Points de repères : Qu'est-ce que le postféminisme ?

• Le féminisme, enfant de la modernité
Michelle Perrot

• Les "gender studies" pour les nuls
Sandrine Teixido, édition Héloïse Lhérété

• Chronologie : Les droits des femmes en France
Martine Fournier


 Bonne lecture!

Interview Chloé Delaume/François Bégaudeau, Elle n°3451
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6 commentaires:

  1. J'avais lu cette interview de Chloe Delaume dans Elle et elle ne m'avait pas paru scandaleuse dans ses positions concernant la maternité. Probablement parce que le ton de ses réponses affiche, me semble t'il, un second degré et une autodérision rafraîchissants, ensuite parce qu'elle s'affiche clairement comme "rebelle" comme à l'adolescence, état d'esprit dans lequel elle dit tirer sa force. Elle a quand même le droit de dénoncer le harcèlement que subissent les trentenaires nullipares et de dénoncer les schémas traditionnels du couple hétérosexuel et de la maternité. En outre, c'est une artiste, un écrivain dont les créations suffisent à son bonheur. Qu'elle utilise un brin de provoc pour servir sa cause de nullipare et hop, tout le monde lui tombe dessus à bras raccourcis, la mère de famille choquée en premier, toujours en quête de justification de ses choix maternels ! C'est légèrement ridicule et libertifère : quoique mère de 3 enfants, et grand-mère épanouie, je défends la cause de celles qui rejettent la maternité comme source majeure d'épanouissement, au nom de la liberté individuelle et de la cause des femmes qui n'a besoin pour avancer que d'ouverture d'esprit. Si l'on continue à pousser des cris d'orfraie à chaque prise de position féminine qui rejette la tradition, on maintient la femme dans les carcans dont elle cherche à se défaire. Sans parler de l'honnêteté intellectuelle dont fait preuve Chloé Delaume qui assume ses choix sans crainte. Je la préfèrerai toujours à celles qui font des gosses sans y penser,juste pour faire comme les autres et qui ne se révèleront pas forcément de bonnes mères. Ceci dit sauf le respect dû à toutes celles qui en font en y pensant et en y trouvant tout l'épanouissement souhaité pour elles comme pour leurs enfants! Puisqu'il faut tout le temps ménager la chèvre et le chou, apparemment!

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  2. @ queen mom:

    je suis complètement d'accord avec toi!
    j'aimerais qu'on trouve normal que des femmes décident de ne pas faire d'enfant, si elles le souhaitent (et c'est pas pour demain, je crois ;-)
    Toute femme doit avoir ses arguments pour faire, ou ne pas faire d'enfants.
    Chloé Delaume est complètement libre de ses propos, et d'ailleurs, moi qui n'ai jamais lu de bouquins d'elle, j'ai lu/entendu qu'elle était talentueuse.

    Mais je n'aime pas du tout l'argument "je ne fais pas de gosses car la planète est surpeuplée", ou "les femmes qui font des enfants font surtout des mini-moi"... parce que ce ne sont pas des arguments, ce sont des jugements définitifs sur ce que font les autres. Mais bon c'est juste mon avis, évidemment chacun, finalement, finit toujours par se justifier de sa vie, comme tu dis.

    Pas de souci avec la provoc, c'est rigolo.
    Mais si elle ne fait pas d'enfant, c'est surtout pour des raisons personnelles, et elle a sûrement bien raison! Seulement, il me parait inutile au passage d'écraser ceux qui font un autre choix qu'elle.
    C'est aussi con que de dire "ceux qui ne font pas d'enfants sont égoïstes!"
    Chacun sa vie, chacun ses raisons... quand on est au clair avec soi, est-ce qu'on a vraiment besoin d'enfoncer les autres pour justifier ses choix?

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  3. C'est pourtant vrai que la planète est surpeuplée et que parfois, l'enfant est considéré comme un mini-moi (cf. les concours de mini miss aux States)!

    Ce ne sont pas des jugements définitifs, je croise simplement que ces constats n'encouragent pas Chloé Delaume à procréer et encore une fois, au nom de quoi lui interdire de justifier ses positions à l'aide de ces faits? Certes, ces faits énoncent une partie de la vérité, ils ne sont pas universels mais ils existent.

    C'est le principe même de l'art de la caricature : prendre quelques détails et les grossir pour se moquer.

    Il n'y a rien d'autre à faire qu'en rire sauf à être imperméable à l'autodérision et à tout mélanger.

    Sinon, j'ai trouvé très émouvante la description que tu fais de ce que t'apporte la maternité. Bravo, Marine!

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  4. J'aime beaucoup ce que tu dis de la maternité. C'est exactement ce que je ressens. Les enfants nous élèvent l'âme.

    Quant à celles qui n'en veulent pas... nous ne les convaincrons jamais, et elles ne nous convaincront jamais, quels que soient les arguments servis. Alors pourquoi argumenter?
    Je n'ai jamais eu à me justifier d'en avoir eu, je n'aimerais pas devoir le faire, qu'on laisse tranquilles celles qui n'en veulent pas... et qu'elles ne nous assènent pas non plus de justifications. Se justifier, c'est quand on se sent coupable, non?

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  5. Quand je lis sa phrase sur la "surpopulation" je la lis comme un de ses arguments qui expliquent son choix. Pas vraiment comme un jugement. Pour elle c'est un fait (et les faits sont incontestables). Elle n'a pas dit "assasin de la planète, vous procréez".

    Tout ça me parle car dans d'autres domaines j'ai fait des choix de vie. Parfois on me demande de les expliquer. J'explique. Et là on me reproche parfois d'accuser les autres, de les juger. Alors que ce n'est pas le cas, ce sont des choses / faits / éléments qui font que moi j'ai décidé d'agir de telle façon, un peu différente de la majorité. C'est mon choix, les éléments qui me parlent. Je ne demande pas forcément aux autres de me suivre, juste :
    - d'accepter nos différences
    - d'entendre mes justifications s'ils le souhaitent
    - de s'interroger sur leurs choix si ça leur dit
    ...

    Le risque en disant "elle nous accuse de surpeupler la planète", serait de lui dire "oui mais t'es partie en vacances en avion alors pour quelqu'un qui dit vouloir faire respirer la planète, BOUH..."
    Elle n'a pas dit qu'elle était parfaite "pour la planète". Mais que l'argument du nombre de personnes sur Terre participait à sa décision de ne pas avoir d'enfant.

    Et oui je suis entourée de mères :-) Bien sûr que j'apprends des autres, mères ou non mères d'ailleurs ! Les échanges me permettent de faire avancer mon avis, mon opinion, mes envies...
    Ce que j'ai envie de leur dire :
    Have fun and enjoy !

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