lundi 26 mars 2012

Moi non plus, je n'ai pas regardé M6 hier



J'écris ce post en reprenant le titre de celui de Marie des mamans testent.
Non, je n'ai pas regardé cette émission, parlant des Mères au bord de la crise de nerfs.

Tout comme Marie, je n'aime pas ce genre d'émissions racoleuses, sur le ton "ça pourrait vous arriver aussi".
Par principe et par expérience, je me méfie des documentaires diffusés en prime-time sur TF1 et M6.
Oh je ne suis pas sectaire à ce point, je suis capable de changer d'avis... mais pour l'instant, à chaque fois que je suis tombée sur des docus du style "Zone interdite", etc... j'ai toujours trouvé ça D'ABORD racoleur avant d'être instructif.

Et puis la mode, en ce moment, c'est de parler des mamans. Dans le genre de l'émission "Baby-boom".
En même temps c'est pas idiot, il faut bien alterner avec les sempiternels sujets "les abus de la chirurgie esthétique" (vous savez, les bandes-annonces où l'on voit à chaque fois un chirurgien aux mains baladeuses faire des traits au marqueur sur les gros nénés frétillants de la patiente) , "vivre avec l'insécurité" (où l'on suit les policiers de la BAC poursuivre les voleurs à main armée dans les quartiers auch' d'Ile-de-France, sous l'oeil terrorisé des mamies), ou "vaincre l'obésité" (à base de gros plans sur les bourrelets de patients venant se peser chez leur nutritionniste, de scènes voyeuristes de Grande Bouffe de pâtes à la carbonara, et de petite larme de soulagement qui coule sur la joue de la mère de l'obèse lorsqu'elle apprend que son fils a réussi à perdre 3 kilos sous la contrainte pendant ses deux mois de colo en altitude, thématique "krav maga et légumes verts")

Alors voilà. Je ne l'ai pas vu, ce documentaire, je ne peux donc pas en dire du mal.
Je peux simplement vous dire que ce genre de films, destinés d'abord à divertir et assouvir le côté voyeur du téléspectateur, en lui montrant la vie misérable de pauvres gens ("ouh la la Albert, dis, tu as vu comme c'est horrible leur vie qu'ils racontent à la télé? On en a de la chance de vivre tranquillement, nous, hein! mon Dieu c'est affreux!"), avant de lui apporter une quelconque information valable, ça me débecte.
Ce genre de documentaires "entertainment", dont les ficelles sont trop visibles, qui ont tendance à prendre le téléspectateur en otage, à coups de teasing racoleur, de violons, de larmes qui coulent en gros-plan, et de plans fixes sur le lino sale et la vieille toile cirée de la table de la cuisine du F2 de banlieue... ce n'est pas ma came, ça me stresse, en fait.

C'est passionnant de réfléchir à l'existence de l'instinct maternel, c'est bien de montrer que l'amour maternel n'est pas quelque chose d'automatique, oui c'est important de casser le mythe de la maternité heureuse et épanouie.
Mais je ne suis pas sûre que ce soit en nous montrant (à l'heure du dîner, en prime-time et entre deux coupures pub pour du lave-vitre, comme un mauvais film américain) des femmes, des cas extrêmes, qui ont tabassé leur nourrisson, qu'on arrivera à intéresser les gens aux causes, au contexte, aux raisons profondes qui font qu'une mère va mal, et plus rarement, va basculer. Car je ne suis pas sûre qu'il y ait un lien entre ces mères, "simplement" au bout du rouleau, et ces mères malades, qui ont besoin de soutien médical et psychologique.
En fait pour résumer, voilà ce que je pense de ce genre de programme: Selon moi, l'intention est bonne, mais la forme détestable.

En "blogueuse môman" indigne, donc, j'ai préféré regarder Les Piliers de la Terre sur France 3, série géniale parfaitement adaptée du chef-d’œuvre de Ken Follett, plutôt que de descendre dans les tréfonds de l'âme humaine et les bas-fonds de la télévision.

Je suis consciente que mon billet puisse tout à fait être considéré comme de mauvaise foi et horriblement subjectif... libre à vous, si vous le sentez, de tenter de me faire changer d'avis, en me convainquant de la fausseté de mon jugement!
 Je suis tout à fait d'avis qu'il faille parler du sujet de la fatigue après l'accouchement, des nerfs qui lâchent, du burn-out qui pointe son nez. Car toute jeune maman va plus ou moins vivre ça, et se retrouver un peu désemparée face à ses idées noires.

Il faudrait en parler plus aux futures mamans, faire un cours de préparation à la naissance sur ce thème. Mais est-ce que le meilleur moyen pour aborder ce pétage de plomb, normal et banal, c'est de montrer des cas extrêmes, des femmes malades qui maltraitent leurs enfants, qui ont un problème psychiatrique réel?
Cela ne me parait pas être le bon angle d'attaque pour aborder le sujet du burn-out maternel... car justement les mères qui "passent à l'acte" ne me paraissent pas du tout comparables à celles qui accusent simplement le coup et font une belle déprime.

Il y a un truc qui me fatigue, aussi; c'est le fait qu'on surfe sur des phénomènes. Tout le monde en ce moment parle des mères épuisées, du burn-out... comme si c'était la nouvelle norme, qu'il fallait presque, maintenant, être en sur-régime toute la journée pour montrer qu'on n'est pas une "mère parfaite". Même si c'est super important d'en parler... attention à l'excès inverse! Je trouve que c'est parfois faire peur aux jeunes mamans. Il faudrait réussir à trouver un équilibre. Car on peut aussi devenir mère, le vivre bien, savoir rire, prendre du recul face aux moments tout pourris du quotidien (parce qu' il y en a!), réussir à se rendre disponible pour ses enfants sans forcément "sacrifier" sa vie, et être cool avec tout ça.

En fait je pense sincèrement qu'il faut savoir se protéger de certains programmes, de ce qui est à la mode en ce moment; le larmoyant, le pathétique, le voyeur, le caricatural, l'anxiogène, le trash.
Il faut, évidemment, beaucoup plus parler aux futures mamans de ce qui peut leur tomber dessus après la naissance de leur enfant... et donc arrêter avec toute cette idéalisation qui existe autour de la grossesse et de l'accouchement, cela fait trop de dégâts, cela crée un sentiment de culpabilité, d'anormalité, insupportable chez certaines jeunes mères.
En fait il faudrait juste que les mères se détendent avec cette idée de "perfection"... pour qu'elles profitent vraiment de la vie, sans s'imposer des objectifs irréalistes.

(J'avais lu un livre très bien à ce sujet, que je recommanderai à une future maman de lire, il parle beaucoup de l'ambivalence des sentiments, de la notion très floue et nuancée d'amour maternel. Cliquez ici)

11 commentaires:

  1. Tu sais quoi? Je pense que même l'intention n'est pas bonne.

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  2. Ouaip, l'intention est l'audimat pour lequel ça racole tout azimut ! Epicétou !

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  3. Mais putain, je suis la seule à pas être sur les rotules avec un bébé de 5 mois? Elle est vraiment exceptionnelle ma fille de faire ses nuits et de pas hurler en continu? Je ne dois pas connaître ma chance alors... Certes, je suis en congé parental, je n'ai donc "que ça" à faire de ma journée mais on pourrait pas aussi rappeler aux jeunes mamans qu'avoir un bébé: 1) oui, c'est un bonheur; 2) ça fatigue un peu mais faut pas exagérer non plus; 3) si elles en peuvent plus, elles peuvent demander de l'aide (à leur conjoint, leurs parents, une amie, la PMI, un prêtre...) avant de foutre des baffes à leur marmot de 3 mois.
    Ou alors y a plus de bon sens?

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  4. @ Titcheur:
    Même si tu es d'abord une maman équilibrée et heureuse de l'être, qui sait certainement positiver les petits moments chiants, je pense que oui, tu as quand-même pas mal de chance ;-)
    Chacun de mes bébés a hurlé pendant un mois non-stop, ma première n'a jamais beaucoup dormi, a toujours fait des mini-siestes, et s'est longtemps réveillée vers 5h30/6h00 du mat'.
    Et pourtant, à part ça je trouve mes enfants plutôt cool, et je me suis toujours sentie super bien dans mon rôle de maman. Mais je me souviens en avoir bien bavé quand-même!

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  5. Très juste, surtout ton passage sur la mode de la mère indigne-épuisée. Ca fait du bien de remettre les choses à leurs places et de rappeler qu'on peut être mère et épanouie. Entretenir le négatif l'appelle forcément! Quant à l'émission, pas vu non plus... mais connaissant le ton, je pense que j'ai évité de m'énerver devant ma télé... j'ai préféré Kaamelott!

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  6. Montrer des cas extrêmes pour déculpabiliser les mères normales... Normales? Nooooon, elles s'estiment tellement imparfaites, défaillantes, parce qu'elles se mettent une telle pression... et si on mettait la barre un peu moins haut, et si on acceptait qu'avoir des enfants, oui, c'est sacrifier un peu de son temps perso, revoir ses priorités... légèrement. Tout sacrifier à l'enfant n'est bon ni pour le couple, ni pour l'enfant.

    J'en ai 3, un job à plus que temps plein très loin de chez moi, et je remercie mes gosses de m'apporter quotidiennement ce tourbillon mêlé de soucis et de bonheur, ben oui, c'est ça un enfant. Il ne me viendrait pas à l'idée de me plaindre, vu que c'est mon choix. J'ai pas dit que c'est facile, mais j'assume mon choix. (J'ai déjà pensé à faire un billet sur ce thème, mais j'ai un peu peur que certaines ne se sentent attaquées, ce qui n'est pas l'objectif.)

    (je précise que j'ai éteint définitivement la télé à la naissance de ma grande il y a presque 11 ans)

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  7. Ton post tombe à point! Je n'ai pas regardé M6 non plus, je ne savais même pas qu'il y avait une émission sur ce thème mais de toutes façons M6 ne fait que des émissions racoleuses qui ne représentent pas vraiment tous les cas.
    Bref je suis tout à fait d'accord avec ta phrase "Il y a un truc qui me fatigue, aussi; c'est le fait qu'on surfe sur des phénomènes. Tout le monde en ce moment parle des mères épuisées, du burn-out" tout comme il y a la mode des mères indignes, comme si être une "mauvaise mère" c'était supra IN...
    Entre ce mouvement et celui des mères totalement dans le maternage intensif, où est la place des mères qui sont juste "mamans". Ces femmes qui ont des hauts et des bas mais qui globalement sont très heureuses d'être maman, qui font comme elles peuvent qui sont tour à tour maman protectrice et maman qui lache prise pour vivre sa vie de femme, bref ces mamans qui vivent leur vie sans rentrer dans ces cases de la "fashion mum" du moment!

    Marjo une maman très heureuse de 2 enfants qui à certains moments est très heureuse de laisser ses enfants pour vivre sa vie seule ou avec son chéri et qui a d'autres moments n'a qu'une envie: rentrer plus tôt pour jouer avec ses enfants devenir une vraie mère poule!

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  8. Je suis partagée entre aller voir le documentaire pour me faire ma propre opinion et écouter ma petite voix qui me dit que ce sera sûrement une perte de temps...

    Parler des sujets, oui. Cette forme ne convient pas, peut-être convient-elle à d'autres ?... Est-ce que je dis ça pour m'en convaincre ? Car au fond le racolage me rebute aussi...

    PS Je crois que le dernier lien du billet ne fonctionne pas...

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  9. Pour reprendre le titre de ce post, moi non plus je n'ai pas regardé M6. Pourtant, à lire les différents posts sur cette émission, je suis ravie qu'elle ait été diffusée. Il y a une différence entre la "mode des mauvaises mères" et la réalité des mamans malades d'être maman.

    Il y a peut-être d’un côté cette mode qui s'adresse justement aux mères qui n'ont pas compris que comme le dit Mentalo " ...c'est sacrifier un peu de son temps perso, revoir ses priorités... légèrement." J’aime bien le légèrement …

    Car il y a aussi d'autres mamans : celles qui n'en peuvent plus physiquement et moralement des pleurs incessants, des nuits entières sans sommeil plusieurs jours d'affilé.

    Celles qui ont déjà délégué à leur conjoint, famille, PMI et autres. Et qui continuent quand même à être sous l'eau.

    Celles qui se renferment sur leur mal être car elles entendent partout que quand on devient mère c'est normal d'être fatigué, quand même 'ne mettez pas la barre trop haute', vous avez choisi d'avoir des enfants, ne vous plaignez pas ... Elles sont persuadées qu’elles ne sont donc pas normales car elles ne ressentent pas ce bonheur d’être maman.

    Celles qui comprennent mais sans l'accepter que quand on cumule soucis financier, pro, perso et parentalité difficile, on peut basculer dans l'inacceptable. Mais ce n'est pas bien d'avoir ce genre de pensées. Vite les enfouir au fond de nous. On pourrait nous soupçonner de mauvais traitements.

    J’ai vécu tout ça et même plus à la naissance de mes enfants, mais j’ai lutté. Je suis une maman, je dois y arriver. J’ai donné le change pendant plus de 10 ans.

    Mais après un choc émotionnel violent (décès de mon frère), mon corps a dit STOP ! Mon cerveau a refusé de fonctionner. Toutes les protections que j’avais mises en place ont volé en éclat. Tout ce que j’avais enfoui m’est revenu à la figure.

    Au départ, mon entourage n’a pas compris. Mon ‘burn out’ (je n’aime pas ce mot car il ne représente pas vraiment ce qu’on ressent, mais je n’en ai pas trouvé d’autres) s’est déclenché juste au moment où ce genre de documentaire a commencé à être diffusé. Est-ce un hasard ?

    En tout cas, c’est grandement, grâce à ces publications que je n’ai plus été jugée. Les gens ont été interpelés, ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas compris à l’époque l’intensité de ma souffrance.



    Je suis une liseuse anonyme de ce blog, que j’aime bien malgré tout. Mais aujourd’hui, même si effectivement c’est votre blog et vous avez le droit légitime d’y écrire votre point de vue, je me permets de vous demander un peu d’ouverture d’esprit. Egalement aux lectrices qui ont écrit les commentaires précédents.
    La prochaine fois que vous rencontrerez une jeune maman épuisée, essayez de regarder au-delà de l’apparence. La souffrance n’est parfois pas très loin.

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  10. @ anonyme:

    je suis embêtée par ton commentaire, parce que je suis d'accord avec toi, mille fois d'accord... et que j'ai l'impression de m'intéresser et de comprendre ce par quoi tu es passée (si tu lis ma rubrique "réfléchir", ou même mes critiques de bouquins tels que "La fatigue émotionnelle des mères", tu verras que ce sujet m'intéresse beaucoup.

    Mais comme Mentalo, ça ne m'empêche pas, déjà, de ne pas aimer du tout ce genre d'émissions racoleuses, et aussi de constater une "mode" des mauvaises mères ou mères indignes, tu sais, celles qui sont en fait des mères normales, qui vont globalement bien, mais qui trouvent que ça fait un peu fashion de faire partie d'une sorte de "club"... bref, c'est rigolo au début et puis un peu ennuyeux au bout d'un moment, ces trucs.

    Mais aucun rapport avec les mères qui craquent vraiment, qui sont au bout du rouleau, qui n'en peuvent plus. Je ne suis jamais allée aussi loin mais j'ai passé des moments difficiles, qui ne s'arrangent pas, comme tu le dis, avec les soucis, les problèmes d'argent, de couple, etc...
    Toute mère peut être confrontée à la détresse, il suffit d'un rien, que le contexte autour d'elle favorise ça.
    J'ai un profond respect pour ces mères qui craquent et qui pourtant font tout pour gérer, comme tu l'as fait!

    Je pense que celles qui arrivent à tout bien vivre, ont des bébés qui font leurs nuits dès 2 jours, qui ne font jamais ni caprices ni maladies à répétitions, ont toujours le sourire, ne ressentent pas d'épuisement, et ont quelqu'un pour les aider dès l'instant où elles en ont besoin, existent surement (le bien être financier doit aider), mais à mon avis elles sont moins nombreuses qu'on le croit.
    Les mois, les années passant, on se rend compte à quel point c'est super dur de s'occuper d'un, voire de plusieurs, enfants en bas âge.

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  11. Désolée de t'embêter ... Je n'apprécie pas vraiment non plus ces émissions de M6. D'ailleurs, je n'avais pas regardé. Mais il me semble que celle ci allait plus loin que la simple 'mode des mauvaises mères'. Et c'est sur ce point que j'ai réagi : osez aborder le fait que la maternité peut être une souffrance réelle et parfois dramatique. Ce point n'est pas du tout évoqué lors de la préparation à l'accouchement. On nous parle vaguement de baby blues, de nuits difficiles, de fatigue comme étant normal, mais rarement voire jamais des conséquences plus graves. Remarque je ne suis pas sure que les futures mamans l'entendraient, tellement dans le bonheur d'avoir un enfant.

    Je pense être encore un peu à fleur de peau, et donc n'avoir pris de ton post que le côté 'la maternité ce n'est pas tout rose'. Et d'ailleurs, j'ai même surement été plus marquée par les commentaires.

    En tous cas, je continuerai à te lire avec plaisir ...
    Bonne journée.

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