mercredi 11 avril 2012

"Egalia": théorie du genre et féminisme, dès la cour de récréation?


Il y a plusieurs choses passionnantes à découvrir en élevant des enfants, qui plus est, une fille et un garçon. En ce moment, comme je vous l'ai dit dans mon dernier billet, j'observe, fascinée, les jeux de mes enfants, et comme ces jeux se distinguent selon leur sexe.

Avant d'avoir mes enfants, je me disais que les trip Hello Kitty, le rose, les trucs à paillettes, ou à l'opposé, les jeux très masculins, tels que les voitures, les moto, les ballons, étaient d'abord la conséquence d'une éducation, de l'influence des autres... mais que ces phases si caricaturales n'étaient sûrement pas inévitables.
Bon. Maintenant, j'ai des enfants... et je peux vous dire que beaucoup de mes belles idées d'antan me paraissent, aujourd'hui, pas très pragmatiques, un peu utopiques, pas du tout lucides.


On le sait, que les filles et les garçons, c'est différent. Mais je dois avouer que je suis assez surprise de voir à quel point ma fille vit sa vie de princesse, aime les trucs girly, les Barbies, les colliers, les feutres à paillettes, sans que je l'oriente plus que ça vers ce type de passion... et comme mon fils, de manière innée, escalade chaque obstacle qu'il rencontre (ce week-end il s'est d'ailleurs cassé les deux incisives du haut), devient hystérique à chaque fois qu'on croise un camion de pompiers, une moto, un scooter, ou un hélicoptère.
Alors, oui, évidemment, je me mets du vernis, je me maquille, j'aime bien m'habiller, je suis coquette quoique plus souvent en jean qu'en robe longue style "Raiponce". Et oui, le père de mes enfants aime les jeux de balle, de ballon, courir, bouger (même s'il n'escalade pas le canapé, et a la dentition en parfait état).
Mais il adore jouer au foot avec ma fille, et j'aime beaucoup (tenter de) faire la cuisine avec mon fils.

Mais vraiment, naïve que je suis, je ne pensais pas que la différence entre un garçon et une fille s'exprimerait clairement aussi tôt. Ma fille, en ce moment, me pose d'ailleurs de plus en plus de questions sur son identité, me demande à chaque fois si telle activité est une activité de fille, si les garçons ont le droit de porter du rose, si elle se mariera plus tard, avec qui, et combien elle fera de bébés.
 En fait, je m'aperçois que savoir de quel "club" elle fait partie la rassure. Les enfants me paraissent avoir un fort besoin de connaitre leur identité sexuée, en adoptant presque obligatoirement les codes (caricaturaux) de la féminité et de la virilité. L'entrée à l'école Maternelle accompagne cette identification.

illustration: Courrier International

J'ai entendu parler il y a quelques mois d'une école maternelle particulière, en Suède, nommée Egalia...
Cette école expérimentale a pour vocation de gommer les différences entre les sexes, de considérer les enfants comme des individus avant de les distinguer selon leur sexe.
Sur le papier, l'idée, quoiqu' utopiste, peut paraitre intéressante... puisque l'école veut lutter contre les automatismes de la société qui aime tant stigmatiser les sexes,  et donc traiter les hommes et les femmes différemment, en les conditionnant dès l'enfance.
Elle fait penser notamment à la théorie du Genre, selon laquelle la sexualité, mais aussi le genre social d'un individu ne sont pas déterminés par son sexe biologique uniquement mais aussi par son environnement social, culturel.

 Mais concrètement, si l'intention peut être bonne, les méthodes employées peuvent prêter au doute. Il me parait intéressant de discuter de la théorie du genre avec des adolescents, et surtout des adultes, concernés par ces questions (c'est une minorité, mais qui existe bel et bien)... aptes à comprendre par eux-même les enjeux liés à leur identité sexuelle.
Mais nier de façon globale, et auprès d'un public de tout petits, influençables, les différences physiques, biologiques, pourtant réelles, entre un garçon et une fille, me parait artificiel, voire dangereux (lavage de cerveau?)
Toutes les représentations traditionnelles de l'homme et de la femme sont supprimées, telles que les contes, les histoires d'amour hétérosexuelles.  Il n'y a plus de nom spécifique pour désigner le sexe masculin et le sexe féminin. Le pronom personnel neutre est privilégié par rapport à "elle" ou "il".
Or ces enfants, contrairement aux adultes, n'ont aucune référence, aucun moyen de recevoir avec esprit critique cette idéologie, forcément marginale puisque la société dans laquelle ils évoluent est totalement différente de la théorie qui leur est proposée.

photo: theglobeandmail.com

Cette lutte acharnée, excessive pour brouiller la différenciation sexuelle me parait presque totalitaire. On veut gommer les différences physiques, mais aussi celles qui auraient été façonnées par la "culture". Pourquoi l'influence culturelle seraient-elle si néfaste? Sous prétexte de vouloir casser tous les codes existants, on en arriverait presque à une déculturation (oui, j'aime inventer des mots).
Ces méthodes risque d'être complètement inadaptées. On peut lutter pour l'égalité des sexes, en terme de droits, de salaire, de liberté, tout en étant réaliste sur les différences entre homme et femme, et en les trouvant positives! (ce qui n'empêche pas de comprendre qu'une petite partie de la population  soit en effet concernée par la théorie du genre, que des hommes, nés hommes, se sentent femmes, qu'ils puissent avoir des relations sexuelles avec des hommes et donc se considérer comme "hétéro" -puisqu'ils se sentent profondément femmes-, et inversement ... voir le lien en bas de ce billet vers l'excellent documentaire de Serge Moati sur la question)

Ces différences sont une richesse, l'altérité est une chance, c'est ce qui nous attire les uns vers les autres. Une femme a un clitoris, un homme a un pénis, qui n'ont pas exactement le même fonctionnement, pourquoi vouloir faire comme si ces différences fondamentales n'existaient pas? Un homme a plus de testostérone qu'une femme, il se tourne souvent vers des activités plus physiques que les femmes qui ont un peu moins de force, cela n'empêche pas de se battre pour qu'ils aient tous les deux le droit d'exercer le métier qu'il choisissent, au même salaire.
 Comment lutter pour les droits spécifiques des femmes tels que l'accès à la contraception, à l'avortement, à l'accouchement sans douleur, si, dès le départ, on élève les enfants dans l'idée qu'il n'y a aucune différence entre eux, et qu'il n'y en aura jamais? (féminisme essentialiste? universaliste? différencialiste?)

Je souhaite éduquer mes enfants de manière égalitaire en terme de droits et devoirs (la fille qui fait la vaisselle pour aider maman, le fils qui traine sur le canapé comme papa, les pieds sur la table basse, très peu pour moi)... en revanche je suis persuadée que, pour devenir un adulte capable de faire des choix, de se connaître et de s'accepter dans son identité, un enfant doit se sentir appartenir fortement à un sexe et pas à l'autre, dès le départ.
Selon moi, nier ces différences s'apparente à une idéologie castratrice (= qui me parait encore plus négative pour les garçons que pour les filles), qui crée du tabou, qui floute la réalité des sexes, insécurise quant à la sexualité... je trouve ça effrayant. On imagine un monde idéal, et c'est finalement un résultat mi science-fiction, mi 1984 de George Orwell, mi régime totalitaire qui peut en ressortir (ça fait trois "mi" mais tant pis). Avec uniforme unisexe pour tous, bannissement du rose et du bleu, et obligation pour tous les petits garçons de faire pipi assis (théorie féministe qui existe en Suède, en Norvège ou en Allemagne!).

Du bon féminisme extrêmiste comme on n'en fait plus, qui, derrière l'apparence de vouloir lutter contre les discriminations liées au sexe, ou même de lutter contre le machisme, veut, en fait, faire la guerre aux hommes.  Ce qui me parait d'autant plus à côté de la plaque que les comportements machistes ne sont pas l’apanage des hommes... car une femme peut, dans son comportement au quotidien, être machiste, et un homme, féministe.


Je n'ai pas réussi à trouver beaucoup d'avis de psy sur la question...
Et vous, qu'en pensez-vous? Un avis? Un commentaire? Une anecdote?

à lire:
Courrier International, "l'école où les garçons jouent à la poupée".
Le + du Nouvel Obs, "Notre orientation sexuelle est-elle déterminée génétiquement"?
Le blog "les hommes libres", "Suède: Egalia, un pas vers la folie?" 
Définition Wikipedia de la théorie du genre (Gender Theory, Queer Theory).
Un blog du Monde, "Lucky":  feminisme, entre essentialisme, universalisme, differencialisme, victimation, theorie des genres, Nancy Huston, Bade Beauvoir

à voir absolument (pour aller plus loin):
un documentaire passionnant, extrêmement instructif, que j'ai vu l'année dernière sur France 5, de serge Moati, sur la théorie du Genre:
"mes questions sur les trans"
(on peut lire un interview de Serge Moati concernant son documentaire sur ce blog

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10 commentaires:

  1. Tout a fait d'accord! Pour moi l'égalité homme femme revendiquée à haut cris par les féministes est une hérésie. Nous sommes différents nous avons des différences constitutionnelles majeures qui font que sur bien des points nous ne partons pas avec les mêmes armes.
    Comme tu le dis si bien c'est cependant et justement ces différences qui font que nous nous complétons si bien.
    Alors je réclame la justice: salaire égal à travail égal par exemple mais pas imposer des quotas par exemple.
    Et à la maison chacun participe selon ses préférences et non pas son sexe.

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  2. Plusieurs points m'ont gêné dans votre argumentation, mais pour l'heure j'aimerais juste vous poser une question ?
    À votre avis, quelles seraient les conséquences d'une éducation de type Egalia ? Pensez-vous que ces enfants sont/seront nécessairement plus malheureux ou moins équilibrés que ceux éduqués "normalement" ?

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  3. bonjour article très intéressant! merci
    je pense que les pensées d'Alain Soral sur le féminisme pourrait apportez de l'eau a votre moulin! par contre le bonhomme est tres "cavalier" , bien prendre le temps d'écouter le propos :)

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  4. Sans parler du ridicule consommé des règles de cette "école" qui nie d'emblée les différences les plus visibles entre les deux sexes et prône l'utilisation du mot "ami" à la place du "il" et du "elle", au nom de l'égalité, je ne m'amuserais pas à jouer les apprentis sorciers et ne risquerait sans doute pas de confronter un enfant à ce genre d'expérience qui évoque plus la servitude d'un totalitarisme nouveau que la promesse d'un épanouissement réel. Au fait, comment les parents doivent-ils appeler leurs enfants ? Amie Birgit ou Ami Stieg? Je propose qu'en France, on les appelle tous Machin quand la fille et le fils sont sages et Ticon quand ils sont vilains car comment être crédible quand on doit gronder quelqu'un en l'appelant "Ami"? Enfin, tout ceci aurait pu être comique s'il n'y avait des parents assez stupides pour marcher dans de telles dérives new âge voire sectaires, n'ayons pas peur des mots.

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  5. @ Matou:

    c'est aux psy de répondre à votre question... ce que je pense, moi, c'est que nier de manière aussi artificielle une évidence, vouloir sciemment rendre aveugles les enfants sur la différence des sexes, ne me parait pas une vocation très équilibrée, à la base! Je trouve ces idées puritaines, hypocrites, politiquement correctes, quasi sectaires comme l'a dit Queen Mom.

    On crée un tabou, on enlève certains mots de la langue qui pourtant étaient utiles pour désigner des choses essentielles (le féminin, le masculin), dans le but de ne plus voir ce qui "gêne".
    En modifiant la langue, en supprimant des mots, certains imaginent que cela suffira à effacer du disque dur la notion désignée!
    La différence des sexes pose quelques soucis? une solution: décidons d'emblée et arbitrairement que les différences des sexes n'existent plus... et hop! terminés les soucis! (bon, terminés les avantages aussi, mais ça, c'est un autre problème, hein)

    Un peu comme si on empêchait la population d'employer le mot "main", par souci d'égalité avec tous les manchots du pays, pour qu'ils ne se sentent plus discriminés.
    En réaction avec certains aspects négatifs posés logiquement par les différences entre les sexes, on préfère nier TOUTES ces différences. Mais pourquoi voir ces différences comme quelque chose de négatif? (Quel message transmet-on aux enfants? Que c'est MAL de s'adresser à une personne en fonction de son sexe?)
    Au contraire, c'est une richesse contre laquelle on ne devrait pas lutter!

    Je reste quelqu'un d'assez optimiste, et finalement, comme dans les écoles chez les bonnes sœurs, je me dis que c'est souvent lorsque certains phénomènes naturels sont les plus tabous, que les normes sont les plus strictes et les plus "naïves" que les élèves ont le plus envie de se rebeller!
    Le problème, là, c'est qu'on prend les petits dès leur plus jeune âge... moins facile pour réagir!

    Je ne suis ni psy ni voyante, je ne peux pas dire si les élèves ensuite seront malheureux ou déséquilibrés... en revanche les idéologues de l'école, ne me paraissent pas vraiment être dans la nuance, ni faire preuve d'un esprit très sain ou pragmatique.

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  6. Je trouve cette expérience dangereuse personnellement. Quand on sait qu'un enfant passe par des phases de développement précises, dont l'Oedipe, qui lui permettent de se structurer, je trouve ça bizarre de vouloir stigmatiser le genre des enfants. Une fille a besoin de savoir qu'elle est une fille, comme sa mère, et un arçon qu'il est comme son père. Avec des problématiques propres à chaque sexe (1ères règles pour les filles, 1ères érections pour les garçons, qu'il pourrait être dangereux de vouloir occulter).
    Bref, ma fille aura probablement une phase culcul qui va m'agacer mais ça n'en fera pas pour autant une femme soumise et exploitée! Je crois qu'il ne faut pas tout confondre: égalité ne rime pas forcément avec aliénation...

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  7. Eh bien moi je trouve l'expérience suédoise intéressante ! Même si je n'ai honnêtement pas le recul pour dire si leur approche est efficace et pertinente, elle a au moins le courage de prendre à bras le corps les discriminations et les clichés que subissent garçons comme filles. Je n'ai pas trop le courage de chercher les références (sinon il faut lire le super bouquin de Brigitte Laloupe "Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes") mais il a été observé que dès leur plus jeune âge nous avons des attentes différentes pour les filles ou pour les garçons. Cela se voit aussi à la maternelle, y compris de la part d'enseignants non sexistes. Il ne s'agit pas de gommer les (petites) différences entre les sexes, ni entre les individus, ou de vouloir faire entrer tout le monde dans le même moule. ça c'est au contraire ce que fait le sexisme ambiant qui définit ce qu'on attend d'une femme (belle, gentille, douce...) et ce qu'on attend d'un homme (fort, courageux...) et force chacun dans une catégorie en fonction de son sexe. Je suis curieuse en tout cas de voir ce que va donner cette expérience suédoise !

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  8. Je suis dans l'expectative...d'un côté je pense que les hommes et les femmes doivent être égaux en droits, mais que chaque modèle social impose ses différences sexuées, et que ça n'est pas forcément un mal. D'un autre côté c'est facile de critiquer une nouvelle expérience, et moi aussi je suis bien formatée donc mon esprit critique là dessus n'est pas forcément très efficace...donc j'attend de voir ce que ça va donner! en tous cas c'est très intéressant! Par contre leur expérience est un peu biaisée car les codes sexués ne sont pas véhiculés qu par l'école, loin de là...

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  9. Je partage 100% ton expérience quant aux prédispositions dont font preuve les enfants en matière de jeux.

    J'ai deux fils: le premier verse dans "les véhicules à moteur" (hélico, voiture, camion, tondeuse et j'en passe) le deuxième c'est plutôt ballon de foot, de volley, de water-polo et les les balles de tennis, de golf ...

    Pourtant personne ne les a poussé vers ces choix-là... et pour terminer je partage également ton avis sur le féminisme totalitaire qui tue le mâle... Bref ok ça ne fait pas avancer le débat mais j'avoue j'adhère (à tes opinions!)

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  10. Bonjour Marine !

    J'ai trouvé ce billet très intéressant et j'ai effectué différentes recherches sur ce sujet. J'en ai écrit un article sur le blog des vendredis intellos et sur mon blog si ça t'intéresses. (Tu peux aller sur le blog des VI à partir du lien sur l'article de mon blog).

    http://alameresi.over-blog.com/article-avoir-une-fille-ou-un-gar-on-103349500.html

    A bientôt

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