mardi 3 avril 2012

Us et coutumes de mes nains: "Rendez-vous en terre inconnue"

"Maman, on est prêts pour la cérémonie des bavoirs"

En ce moment, à la maison, je dois vous avouer que c'est un peu "Rendez-vous en terre inconnue", parfois.
Je passe beaucoup de temps, mi-fascinée, mi-médusée, à observer les us et coutumes du peuple de nains qui loge sous mon toit. Telle une anthropologue débutante perdue au fond de la jungle, j'étudie avec ravissement les comportements, techniques de communication et méthodes d'arts premiers auxquels ont régulièrement recours mes charmants enfants.

Mon fils est, par exemple, un adorateur des bouteilles de bière de son père. Il aime, dans une étrange chorégraphie, tourner autour à l'heure de l'apéro, pour en humer le parfum, tel un petit animal curieux de découvrir un nouveau territoire. Il aime aussi beaucoup terminer les fond de tasse de café (sans sucre), voue un véritable culte aux chaussures de sa mère, raffole des légumes verts et n'aime rien tant que se jeter à terre de manière psychodramatique, un râle terrible accompagnant sa chute, tel un vieil acteur ringard formé au Cours Florent. Son surnom, d'ailleurs, c'est FrancisHuster.
Nous, parents, tentons de comprendre les tenants et aboutissants d'un tel comportement, a priori absurde mais recelant certainement beaucoup d'enseignements à notre endroit.



Cachée dans leur chambre, à l'affût derrière une petite hutte de fortune, je tente régulièrement de réaliser des videos clandestines, comme dans un documentaire animalier, en chuchotant à l'attention de sa grande-sœur quelques mots de mise en garde: "attention, ne caresse jamais un gros bébé qui mange, tu risquerais de te faire mordre!"
Je ne désespère pas de pouvoir élucider les mystères du règne des bébés, espèce croquignolette s'il en est mais aussi et encore pleine de secrets.

Ce petit être a quelques habitudes curieuses, notamment celle de dire bonjour aux voitures garées sous notre fenêtre, à chaque fois qu'il se réveille. Certainement une méthode de ralliement propre à ses congénères. Chemin faisant, je compulse ces phénomènes sur un petit carnet de route, prenant acte d'un animisme assez prononcé chez ce garçonnet, qui adore faire des salutations aux objets à deux ou quatre roues, de préférence à moteur, ou même aux animaux, qui pourtant ont un gros défaut: ils ne font pas vroum-vroum.
Son père et moi nous interrogeons sur son attirance, comme innée, pour les tramways, tracteurs et autre quads, alors même qu'aucun abonnement à Auto-Moto n'est à signaler dans notre logis, l'espèce mâle génitrice de ce petit être n'ayant aucune, mais vraiment aucune appétence pour le tuning ou autres activités mécaniques dîtes viriles.
Il est à noter que ce garçon, peut-être par pudeur ou pour des raisons culturelles, est affublé 24h/24 (sauf pendant ses ablutions) d'un cache-sexe proéminent, blanc, portant le nom de code t.4+. Peut-être un rite de passage, quelque chose à voir avec la virilité? Ou même un signe extérieur de richesse?

Sa sœur, appartenant à l'espèce des Princesses à Paillettes, si elle se meut sans trop de heurts et s'exprime de manière intelligible, reste aussi, souvent, un mystère pour ses parents.
Tapis dans un recoin de sa chambre, nous écoutons ses petites comptines, tentons de prendre note de tous ses petits rituels s'apparentant parfois à du chamanisme. Sa manière d'encercler son lit de peluches, toujours rangées dans un ordre précis, nous fait penser quelque fois aux rituels celtes des champs de dolmens et menhirs.
Ses congénères Princesses à Paillettes se retrouvent manifestement toutes plus ou moins autour de certaines habitudes précises, une attirance pour la couleur rose, les jouets chinois à 2€ en mauvais plastique strassé trouvés dans des magazines de la même couleur, souvent encombrés de cœurs, et/ou d'étoiles.

Si son frère vénère sans aucun doute les chats et les chiens, cette petite dame d'un mètre de haut à peine (et pleine d'énergie) leur préfère les félins japonais, manifestement empaillés puisqu' immobiles et bizarrement vêtus, qu'elle appelle bien souvent par un seul nom, "élokiti".

Régulièrement, ce petit être blond aux cheveux longs et décorés se réunit avec d'autres Princesses à Paillettes de sa tribu (ou de tribus amies ou voisines) pour discuter de la chevelure d'une dénommée Raiponce (certainement leur grande prêtresse à toutes), en se goinfrant de produits au chocolat ou de bonbons, comme si elles pressentaient de manière instinctive et collective le risque de famine. Toutes ont ceci en commun: l'attirance presque maniaque pour les costumes roses, les robes, les diadèmes et les bagues, qu'elles aiment revêtir à leur retour à la maison, après l'école, telle des femmes-druides toutes puissantes (et un peu camées aussi).

Sa mère (moi, donc) passant ses journées en jean plutôt qu'en robe de soirée, donc pas hyper girly-pouffe (quoique pourvue de signes sexuels secondaires assez prononcés -pour qui a une bonne vue-), s'étonne parfois de l'accès de féminité presque caricatural de sa descendance. Pourtant, les diverses encyclopédies éthologistes l'ont plus ou moins prévenue de ce phénomène étrange et néanmoins banal (Laurence Pernoud étant un peu la Madame Claude Levi Strauss du peuple nain).

Ah! A l'instant où je termine ces lignes,  j'entends un "ahein, haaa. Huuuuu... grmplf." provenant de la pièce voisine. Peut-être un message codé du frère à sa sœur, ou simplement les derniers râles de FrancisHuster, encore tout ensommeillé, n'ayant pas nécessairement de signification précise.
Je clique sur "publier le message", le plus silencieusement possible, et m'apprête à aller, sur la pointe des pieds, vérifier l'état d'esprit du peuple nains qui m'interpelle à quelques mètres, espérant qu'aucun coup d'Etat ou autre rébellion tribale ne se prépare, vicieusement masqués par l'apparente innocence des joues rosies par le sommeil et des petits corps tout chauds et inoffensifs.

A bientôt pour de nouvelles études anthropologiques les amis. (Si vous n'avez plus de nouvelles de moi pendant quelque temps, appelez Jean-Chou à l'aide de signaux de fumée. Il transmettra aux services de secours.)

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5 commentaires:

  1. Génial ce billet! Hyper bien écrit. Quel style!

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  2. Très très drôle !
    Tu m'as offert un joli moment, merci !

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  3. Billet dépaysant, on aurait presque envie de faire des recherches Google pour en savoir plus sur ce peuple étrange... Bravo pour la plume !

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  4. J'élève moi même un specimen de la tribu des Princesses-à-paillettes. Après t'avoir lue, je me sens moins seule face à l'adversité. Merci pour ce soutien moral.

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  5. Dans le genre "espèce mâle", je me souviens de mon petit cousin à 18 mois être en exaste devant le tuyau qui sortait du sol juste sous un magnifique cerisier fleur... pas ému un instant par ce que tout le japon vénère mais terriblement attiré par un bout de plastique rouge ! Bravo pour cette étude ethnologique !

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