jeudi 20 septembre 2012

Charlie Hebdo, Liberté d'expression, blasphème, islamophobie ou simple caricature?

C'est fou le nombre d'anar-bobos-gaucho-68ards qu'il y a en France, en fait!

Depuis l'affaire de la couverture de Charlie Hebdo hier, je n’arrête pas d'y réfléchir.
C'est très difficile d'avoir un avis construit et intelligent sur la question.

Evidemment la liberté d'expression, c'est un principe fondamental en France. Evidemment on doit se battre pour que chacun puisse exprimer son avis librement, même s'il est différent du notre. Evidemment que Charlie Hebdo a le droit de faire une caricature, sur le sujet qu'il souhaite, au moment où il le souhaite.


Et en même temps je me pose la question de l'intérêt réel de cette couv' sur la liberté d'expression. La fait-elle avancer? Charlie hebdo répond que si l'on doit faire attention au contexte à chaque fois qu'on doit publier quelque chose, on ne publierait plus rien. Certes.

Et puis le monde évolue: Hier, on s'exprimait dans un pays, en s'adressant globalement à un lectorat national. Aujourd'hui tout est mondialisé, les journalistes ne doivent-ils pas considérer qu'ils ne s'adressent plus seulement à leurs concitoyens, mais aussi au monde entier? N'y a -t-il pas un devoir de responsabilité plus fort, quand on s'exprime devant un lectorat si nombreux, si divers, si multiple?
Je ne parle pas de censure... mais ne doit-on pas prendre un minimum en compte le fait que des messages qui peuvent passer facilement en France, puissent heurter une partie de sa population, et hors de ses frontières?
Charlie Hebdo revendique son droit à la provocation, avec l'islam(isme?) comme avec tous les autres sujets. Il se compare à la femme en mini-jupe qui se ferait violer, et à qui on reprocherait d'avoir provoqué son agresseur: quand bien même Charlie Hebdo aurait provoqué les islamistes, qui est le coupable? l'agresseur ou le provocateur? Voilà l'argument du journal... qui me parait un peu facile.

Évidemment il ne faut pas établir de censure, la France se doit de défendre SA vision de la liberté d'expression, même si ce principe est interprété différemment ailleurs/par d'autres.
Mais ne soyons pas hypocrites, la liberté d'expression n'est pas sans limites! Dans notre pays, on peut tout dire, mais on ne peut pas tenir, par exemple, de propos homophobes, révisionnistes, incitant à la haine ou à la violence.
Alors peut-on tenir des propos qui manquent de respect à la foi de certains? La religion doit-elle être traitée comme n'importe quel sujet? Comment caricaturer ce qui est sacré pour les uns, pas du tout pour les autres?

Je n'ai pas de réponse, et je ne prétends pas que Charlie Hebdo ait tenu des propos islamophobes. D'ailleurs ce mot islamophobe n'est pas simple à utiliser. Simplement je pense que certains se cachent aussi derrière cette fameuse "liberté d'expression" pour réellement exprimer de l'islamophobie, et je ne trouve pas ça opportun (sinon comment expliquer les ventes record du journal hier? La france fourmillerait-elle d'anar-bobo-gauchistes-68ards?)

J'ai envie de partager avec vous des articles qui me paraissent intéressants:

Est-il encore possible de débattre de la place de l'Islam en France sans être taxé d'Islamophobie? (Atlantico, 18 septembre 2012)

Islamophobie? par Caroline Fourest et Fiammeta Venner dans la revue Prochoix, 2003.
(le mot "islamophobie", inventé par les islamistes, piègerait le débat en détournant la lutte contre le racisme au profit de leur lutte contre le blasphème)

et enfin Le droit de blasphémer est-il à géométrie variable? , de Chantal Delsol, paru début 2012 et qui me parait complètement d'actualité (l'auteur rappelle qu'il y a des nuances au principe de liberté d'expression, et qu'il serait malhonnête de prétendre le contraire en se réclamant de la liberté d'expression pour en fait se permettre de blasphémer librement).


Bonne réflexion...








12 commentaires:

  1. Très intéressant ton billet. Pour ma part, je trouve que le moment était très mal choisi pour publier ça et je ne pense pas qu'attiser la haine fasse avancer quelque débat que ce soit. Leur posture : "Nous ne voulons pas tomber dans l'auto-censure" me débecte, dans la mesure où ils mettent aussi en danger leurs concitoyens face à des groupes extrémistes qui n'attendent que l'occasion d'être violents.
    D'autre part, ils insultent les Musulmans modérés qui n'ont rien demandé à personne et aimeraient qu'on les laisse un peu tranquilles.

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  2. Il me semble que ce que veut tourner en dérision Charlie Hebdo, ce ne sont point les religions en tant que telles, mais tous ceux qui crient au scandale devant la caricature, quelle qu'elle soit, et donc remettent en question son principe même.
    Ainsi, Charlie Hebdo provoque les intégristes de tout poil avec sa parodie du film avec B.B., remplacée par un imam allongé nu. Mais le caricaturiste va plus loin en lui faisant dire "et mes fesses, elles sont belles mes fesses?", renvoyant implicitement la vidéo récente anti-islam à ses propres excès . J'y vois un brillant exercice de critique double, innocentant parfaitement le magazine satirique de tout relent putride anti-musulman.
    Quant à la parodie d'Intouchables, le panonceau "faut pas se moquer" confirme la véritable cible de Charlie Hebdo : la censure. Au nom de laquelle il y aurait des groupes humains et des sujets dont il ne faudrait pas se moquer. Faisons donc un procès à toutes les séries tv ou films qui ont traité sur un mode comique la 2è Guerre Mondiale. "Le Dictateur" ou "La vie est belle" : Hitler jouant avec une sphère terrestre comme un enfant innocent ou la drôlerie d'un père au service de son fils dans un camp de la mort. Dans les 2 cas, un moyen de dédramatiser et donc de guérir. Voyons donc derrière les apparences, derrière l'apparente provocation pour lire le vrai message : le rire est le propre de l'homme, et oui, je le pense, on peut rire de tout.

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  3. Et ce qui manquera toujours à tous les intégristes quels qu'ils soient, de confession ou de mentalité, c'est justement de savoir rire d'eux-mêmes (ce en quoi ils perdent quelque chose car ils n'auraient pas fini de se poiler).

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  4. Moi je trouve au contraire que Charlie Hebdo a bien fait de rappeler le principe de liberté d'expression. Le "film" (c'est pas non plus du Spielberg...) qui a mis le feu aux poudres est, certes, nauséabond. Mais le buzz et les réactions qu'il a suscités ne le sont ils pas encore plus? TUER un ambassadeur à cause d'un film qui circule sur internet!!!??? Non mais où va-t-on? Les USA sont-ils responsables de tout ce qui circule (et dieu sait si tout un tas de bêtises et d'horreurs circulent sur la toile)? Je n'ai pas vu ce "film" et suis de ceux qui pensent que personne n'a été obligé à le regarder... Pour les caricatures, même combat: Charlie Hebdo, quoiqu'on en dise, s'adresse au lectorat d'un pays où la liberté d'expression est de rigueur. Si d'aucuns au bout du monde ou ici même sont outrés par ce qu'on peut dire/penser en France, ils ne sont pas obligés de le lire. Mais se museler parce que le "contexte" n'est pas propice, c'est finalement céder à l'obscurantisme prôné par une minorité fanatique et ce n'est pas rendre service à la majorité silencieuse qui n'est probablement pas ravie, à titre personnel, de ces caricatures et de ce film, mais qui a l'intelligence de ne pas en tirer un motif de guerre mondiale...
    Car au final on parle de quoi: d'un "film" réalisé par on ne sait qui et de 3 dessins. Il faudrait remettre un peu les choses à leur place: si le réalisateur de ce film est certainement un gros con islamophobe, ça ne veut pas dire qu'il faut mettre dans le même panier tous les ressortissants de son pays. Et se permettre d'ôter des vies et de tout saccager parce qu'on a été "heurté" dans sa foi par un mauvais Youtube et une caricature, je trouve que c'est ça le crime...

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  5. @ Queen Mom et Céline:

    en théorie, je suis d'accord avec vous.
    Mais en pratique...

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  6. Charlie Hebdo est un magazine satirique je n'aime pas ce qu'il publie au quotidien parce qu'il est volontiers grossier, vulgaire, dans l'excès. Mais il a le mérite d'exister et je le considère d'utilité public dans le milieu de la presse française.
    Il n'est pas normal qu'une nation entière soit inquiété par les extrémistes à cause d'un film réalisée seulement par quelques individus. Il me semble que c'est à cela qu'a souhaité réagir Charlie Hebdo.
    Même si effectivement beaucoup de choses interfèrent au niveau de la sphère internationale, jusqu'à preuve du contraire chaque état reste encore maître de ce qui est autorisé ou non chez lui et quel sont les éventuelles sanctions. Donc à moins que la communauté intégriste musulmane deviennent majoritaire sur Terre je ne vois pas pourquoi tous le monde devrait prendre des pincettes avec eux.
    PS: La peur n'évite pas le danger

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  7. En pratique, c'est sûr que ça met de l'huile sur le feu et qu'on risque l'escalade. La raison voudrait que les espris éclairés et tolérants se montrent plus intelligents que les obscurantistes qui tirent profit de ce pseudo scandale. Mais je comprends aussi que "par principe" Charlie Hebdo ait mis les pieds dans le plat pour rappeler que la liberté d'expression c'est non négociable aussi...

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  8. @Cleanette: bien d'accord. On peut ne pas être d'accord avec la façon de faire des autres pays (perso, je suis pas très fan de ce qu'ils font aux femmes en Afghanistan) mais ça ne me donne pas le droit d'aller brûler l'ambassade afghane. Simple question de bon sens...

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  9. ... Je ne deviens libre que par la liberté des autres ...
    La liberté d'expression à finalement des fins ! Mais que dois-je m'exprimer en ayant le droit d'être Free ... ?
    Je m'interroge sur l'intéret que les provocateurs peuvent apporter à ce monde qui croit être libre !!

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  10. j'ai l'impression que la "liberté d'expression" est un peu galvaudée, en fait. C'est plus de la "liberté de provocation" dont il est question.
    Je ne nie pas le principe fondamental, ni le droit de Charlie Hebdo de l'utiliser.

    Après je trouve ça super facile de balancer tout et n'importe quoi, bien protégé dans son siège parisien, avec en plus une escorte policière assurée, sous prétexte qu'il y a la "liberté d'expression".
    Qu'ils aillent un peu sur le terrain, au Caire ou à Tunis, défendre la liberté d'expression, car il y a mille endroits dans le monde où elle me parait réellement menacée, plus qu'en France.

    N'importe qui, du haut de sa tour d'ivoire, peut balancer des scuds en se drapant dans la belle idée de la liberté. C'est so "siècle des lumières"!
    Ca fait surtout très post-ado, un peu capricieux, comme réaction, je trouve.

    Après c'est très bien que Charlie Hebdo fasse la couv qu'il souhaite. Le but était clairement de provoquer, mission accomplie. Il va falloir assumer ensuite, les conséquences sur la France et ses ressortissants.
    Je ne dis pas qu'il faille s'auto-censurer... mais il ne faut pas se déresponsabiliser non plus, une fois les choses dîtes.
    ASSUMER! ce n'est pas la partie la plus facile...

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  11. @Marine : S'il faut fermer les ambassades françaises à cause de caricatures de Mahomet et si Charlie Hebdo est obligé de se protéger contre un attentat, je n'y vois que logique face aux lois française et face à l'obscurantisme et au terrorisme des intégristes soit disant offensés. Tout cela n'est que prétexte. Si certains n'en sont qu'au Moyen-Age de leur civilisation et prétendent y rester par tous les moyens, c'est justement le moment aux pays dits libres de le rester ! J"entends que des profs du lycée français de Tunis ne sont pas contents car ils se sentent contraints de rentrer à cause de Charlie Hebdo : ils ne savaient donc pas qu'ils vivaient dans un pays qui ne connaît pas la liberté d'expression ? J'entends Luc Ferry dire que Charlie Hebdo est un vrai bureau d'embauche de salafistes. Genre faut pas énerver les fous d'Allah, c'est très vilain, nous qui luttons contre l'extrémisme. Mais je rêve ! Il faudrait donc baisser son froc devant le terrorisme religieux au nom d'un prétendu pragmatisme politique ? Alors, il faut aller jusqu'au bout du raisonnement et changer nos lois : abolir la liberté d'expression, tolérer la burqa et tout le toutim en France. C'est pourquoi, oui Marine, il faut assumer mais sans doute pas en tartufes pleurnichant après parution (autorisée par nos lois) ni en criant à la provocation gratuite.

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  12. c'est intéressant d'être classée directement dans la catégorie "anar-bobo-gauchiste-68ard" - avec tout ce que cela comporte de sous-entendu bienveillant - lorsqu'on est lectrice de Charlie

    vous avez raison d'appeler les autres à la réflexion et à la mesure...
    Alice

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