mercredi 19 septembre 2012

Parler de la mort aux enfants

image extraite de La Luna (court-métrage Pixar)


"Maman, en fait les mannequins dans les vitrines on les fabrique comment? c'est des gens morts qu'on met dedans?"



"Maman, les grands-parents qui viennent chercher les enfants à la sortie de l'école, c'est parce que les parents des enfants sont morts?"

"Maman, si je mange bien pour avoir du bon sang et que je suis en bonne santé je ne mourrai jamais?"

"Maman, quand tu seras une vieille dame, ça veut dire que Mamie elle sera morte?"


"Bonjour Monsieur (à un vieux monsieur)! Ils sont encore vivants vos parents? Oh, c'est triste! comment ils s'appelaient?"

"Maman, si toi tu meurs, mais aussi papa, qui va s'occuper de moi et mon frère?"

"Quand est-ce que je mourrai?"

"Maman, je veux jamais que papa, toi, mon frère et moi meurent, parce que je vous aime tellement!"

 

Voilà le genre de questions que j'entends régulièrement, en ce moment.
La dernière, notamment, me fend le coeur.
J'essaie d'y répondre, le plus simplement possible. Parce que je me dis qu'éluder ce thème, faire comme s'il n'existait pas, serait encore plus cruel que de l'aborder franchement. Parce que ça fait partie de la vie, et que, si elle me pose la question, je me dois d'expliquer à ma fille pourquoi on va mourir un jour.

A la question "comment on fait les bébés", on répond déjà à ma fille que du zizi du papa, sortent des toutes petites choses qui s'appellent les spermatozoïdes, qu'il fait un gros calin (oui, nu) avec la maman et que ces petits spermatozoïdes rentrent dans le ventre de la maman, puis rencontrent l'oeuf et créent un mini-bébé qui mettra neuf mois à grandir, jusqu'à ce qu'il soit prêt à naître.
"Par où il sort le bébé?": par un petit tuyau minuscule, prévu juste pour ça et qui est très bien fait pour laisser passer le bébé, pas loin de l'endroit où on fait pipi. Non, ça ne fait pas mal à la maman (ou si peu... je garde les détails pour dans quelques années, hein ma chérie).

Ca se sont des questions difficiles, mais ce sont des questions sur la vie! Sur la création d'une vie, sur la rencontre, sur l'amour, la transmission de l'amour! Sur la vitalité de l'être humain, la reproduction. C'est compliqué, mais c'est beau!

Mais les questions sur la mort sont terribles. J'essaie d'apporter des réponses simples, sans trop dramatiser non-plus. Je fais appel à mon bon-sens, je réponds selon ma sensibilité... je ne me pose pas plus de questions que ça et ne me documente pas. Je me dis qu'il n'y a pas de réponse parfaite.
"On meurt quand on a fini de vivre", "Tu ne mourras pas bientôt ma puce, et moi non-plus! C'est dans tellement longtemps que c'est impossible à compter, même pour moi!".
"Si jamais papa et moi on n'était plus là, tu sais, il y aurait plein de gens qui t'aiment très fort et qu'on aime très fort qui seraient là pour vous: Tes grands-parents, tes oncles et tantes, nos amis. Vous ne serez jamais tout seuls. Mais de toutes façons ma puce ça n'arrive presque jamais ces choses-là"

Alors évidemment parfois je me dis que si j'avais la chance de croire en Dieu, j'aurais des explications sur-mesure à fournir, qui me faciliteraient peut-être la tâche.
Mais je me souviens, petite (je me posais beaucoup ces questions-là), que je ne supportais pas d'entendre les phrases toutes faites du style "Grâce à Dieu, on retrouvera tout le monde au Paradis", ou "il y a une vie après la mort, arrête de t'inquiéter!". 
Je n'en ai jamais cru un mot, j'ai toujours trouvé que les gens qui répondaient ça manquaient cruellement d'imagination, et donc d'arguments valables, pour masquer leur manque d'informations sur ce point. Et puis qu'est ce que je trouvais ça niais, comme réponse! J'avais l'impression que c'était un moyen de mentir aux enfants en toute bonne conscience. Bref, malgré toute la bonne volonté du monde, je n'ai jamais pu croire en ces explications.

Alors voilà. Je réponds comme je peux, j'improvise. Et si vraiment je sens que le sujet est trop difficile à aborder avec une enfant de quatre ans, ou même que c'est trop douloureux pour moi, et que je ne m'en sors pas, j'essaie d'utiliser des histoires, des images, des jeux de rôles (j'aime particulièrement inverser les rôles avec ma fille lors d'une discussion: je fais l'enfant, elle fait la maman... il y a des choses passionnantes à découvrir par ce jeu, sur la manière dont son enfant voit le monde!)
Il y a aussi un livre que j'avais acheté il y a plusieurs années, et un peu oublié... et qu'il me semble intéressant de ressortir de la bibliothèque:



Il aborde tout un tas de thèmes plus ou moins difficiles de la vie, tels que le divorce, la maladie, un déménagement, l'exclusion, l'arrivée d'un frère, la mort, les angoisses, la rentrée scolaire, les insomnies... par le biais de petits personnages, animaux, enfants rigolos...
Je pense le réutiliser bientôt!

j'ai découvert ce livre, aussi. Je ne l'ai pas lu, mais il est peut-être intéressant (même si le titre et la couverture ne m'attirent pas... le coup du type qui part au loin sur sa barque, merci bien)


et puis il y a Dolto, aussi... à tester.




Et vous? Comment ça se passe à la maison? 
Je sais que c'est tout à fait normal pour un enfant de poser des questions sur la mort, d'ailleurs l'être humain passe sa vie à s'interroger, s'angoisser sur ce grand sujet... Il y a d'ailleurs des moments dans la vie où cette question devient plus concrète qu'à d'autres...
Et puis globalement, je constate que lorsque ma fille a obtenu une réponse simple à sa question (tout aussi simple), elle en est satisfaite et retourne rapidement vaquer à ses occupations.

Mais vous, comment faites-vous pour répondre à votre enfant? La religion vous aide-t-elle? Utilisez-vous des supports particuliers pour vous aider dans cette tâche?

 à lire:
Psychologies: Parler de la mort aux enfants
Les Maternelles: Comment leur parler de la mort? 
Marie, des Mamans Testent, aborde aussi très bien ce sujet, avec des idées de bouquins: Le jeune nain et la mort

7 commentaires:

  1. J'ai eu droit à des questions diverses mais je me souviens d'avantages des questions sur la vie que sur la mort. Il y en a eu c'est sur mais peut-être que je ne m'y suis pas arrêté plus que ça. Et je ne pense pas avoir été aidé plus que ça part la religion. Mais si on parle d'impalpable je me souviens qu'ils avaient du mal quand je leur disais que je ne pouvais pas dire que les fantômes n’existent pas parce qu'on ne m'a jamais prouvé que ça n’existait pas. Le seul point sur lequel je pouvais les rassurer c'est que les fantômes ne sont au mieux que des images et donc sont absolument incapable de faire du mal.

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  2. Ca se passe moyen
    On n'y a été confronté très vite car mon premier a très vite vu que d'un côté il avait un papi et une mami et de l'autre qu'un papi.
    Ma maman a moi est morte quand j'avais 17 ans, mon frère en avait 11, d'un accident.
    Dolto m'a pas mal aidé, surtout à ne pas mettre les pieds dans le plat, du genre : "endormi pour toujours" = terreurs nocturnes, peur de dormir (forcément hein)

    Je n'ai pas menti à Martin, on peut mourir jeune, même enfant, mais c'est dur à entendre pour un enfant de 4 ans.

    Ce qui lui fait plus de peine, c'est que j'ai pu être malheureuse un jour "mais tu as pleuré maman, beaucoup, tu étais triste ?" je lui réponds que oui.

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  3. Ton article est très intéressant (comme toujours ! ;-) ).
    Je n'ai pas encore eu à répondre à ce genre de question, mon fils a 2 ans 1/4.
    Je ne sais pas si ta liste de livre te suffit mais je pense que les Editions pour penser à l'endroit (http://www.pourpenser.fr/librairie-en-ligne/) tu dois trouver quelque chose de bien. Ils abordent pas mal de sujet "difficiles" et savent te conseiller sur l'âge à partir duquel leur livre est conseillé.
    J'ai acheté la collection des "petites pensées" que le petit adore. Et... moi aussi ! Tellement bien pour penser à l'endroit ;-)

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  4. Le fait d'être croyant n'apporte pas de réponses toutes faites à propos de la mort. Ca aide éventuellement à ne pas la voir comme une fin, mais un état de grâce. Oui, bon hein, ça sent la catho à fond de balle mon histoire, mais j'suis pas catho à fond de balle pour autant.

    Je viens de perdre mon père, j'ai 46 ans. Je suis juste terrifiée. Alors si moi je le suis, j'imagine aisément ce qu'un enfant tout petit peut se poser comme question.

    Et j'aime vos réponses, j'aime le fait que vous ne lui mentiez pas, que vous ne trahissiez pas vos convictions et son apprentissage de la vie. Oui, on meurt, oui des fois aussi ça arrive aux parents jeunes, mais le plus souvent non, le plus souvent on est là, longtemps, pour eux, et eux pour nous.

    Merci. C'était très joli à lire.

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  5. Mon fils a perdu sa Grand-Mère d'adoption il y a quelques mois. Difficiles de trouver les mots pour lui expliquer qu'il ne la reverrait plus, il n'avait pas encore 3 ans. Nous n'avons pas imaginé un instant lui dire qu'elle était "au ciel", ou "au paradis" (lui expliquer ça aussi, d'ailleurs). Nous lui avons donc expliqué la maladie, en dédramatisant bien sûr, en évitant qu'il puisse faire un amalgame avec nous ou lui-même. Et nous lui avons dit qu'elle n'était nulle part, qu'elle était morte, tout comme les insectes qu'il pouvait trouver parfois. Des mots simples, qu'il a bien compris je pense. Il en a parlé un peu au début, puis de moins en moins. Il dit juste "Elle n'est plus là, elle est partie pour toujours, voilà!". Peut-être que d'autres questions viendront, plus tard, nous verrons alors ...
    En tout cas je trouve tes réponses à ta fille super, pourquoi aller inventer n'importe quoi alors qu'il veulent juste la vérité ?

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  6. La question ne s'est pas encore posée avec Mister E. 4 ans, mais ça ne devrait pas tarder... en ce moment il est plus axé sur la maladie, pourquoi on est malade, pourquoi on va à l'hopital....
    je déteste ces sujets mais c'est normal qu'à leurs âges ils commencent à se poser des questions.
    Quand on parle de mes grands-parents décédés, je dis souvent qu'ils sont au ciel, comme des étoiles...

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  7. Je me suis arrêtée à 'Mais je me souviens, petite (je me posais beaucoup ces questions-là), que je ne supportais pas d'entendre les phrases toutes faites du style "Grâce à Dieu, on retrouvera tout le monde au Paradis", ou "il y a une vie après la mort, arrête de t'inquiéter!". '

    Je suis musulmane.
    On ne m'a pas 'ménagée' quand je posait ce genre de questions.
    Par ailleurs ca ne m'a jamais traumatisée, comme beaucoup se plaisent à le croire, qu'on me parle crûment de la mort à cet âge.
    Pour moi, pour tous les musulmans, la mort, on ne la craint pas. La mort, c'est une délivrance. Pour la Vie, la vraie, celle d'après.
    Notre Prophète Muhammad, que la paix soit sur lui, a décrit cette vie comme
    “ l'ombre d'un arbre sous lequel on se repose lors d'un long voyage. “
    Franchement, quand tu sais que t'es croyante, que tes parents t'éduquent bien, que tu est droite dans ta religion, par rapport à ton Seigneur, y'a rien à craindre.
    Une fois j'ai demandé à ma mère, tu ferais quoi si grand-mère mourrait ? Tu pleurerais ?
    Elle m'a répondu que non. J'étais choquée. Je lui ai demandé pourquoi, elle m'a sourit et m'a dit qu'elle la reverrait plus tard de toute facon.

    Enfin bref.

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