lundi 25 mars 2013

Frère et soeur




Ma fille connaissait les couleurs à 18 mois. A deux ans et demi, mon fils commence juste à s'intéresser au bleu et au rouge.

Elle n'a jamais aimé dormir, s'est toujours levé tôt, et à du mal à lâcher prise, à se détendre en allant se coucher, à "déconnecter". Lui est un vrai petit chat, adore se mettre au lit et se prélasser quelque temps le matin après s'être réveillé, pouce à la bouche et ronrons à l'appui. Toujours partant pour un petit farniente.




L'une se passionne pour les princesses, les paillettes, les serre-tête, les Barbie et les poupées. L'autre pour les voitures, les quads, les motos, les 4x4, les avions, les trains.

Elle était propre à 2 ans et 2 mois. Lui veut toujours porter sa couche, même s'il aime bien les petits caleçons que je lui ai achetés pour faire "comme les grands".

 Ma fille s'est mise à dessiner et colorier assez tôt, mon fils ne sait pas encore vraiment se servir d'un crayon mais reconnaissait les marques de voiture avant 2 ans (et mieux que sa mère).

 Elle a longtemps eu un biberon le matin mais aussi le soir (jusqu'à 2 ans et demi). Lui a arrêté le biberon du soir à 9 mois, pour faire comme sa sœur.

Elle est un fin gourmet, un rien compliqué, qui, telle une critique gastronomique un peu obtuse, émet des avis plutôt tranchés sur les plats que je lui propose. Lui a toujours envie de faire la cuisine avec moi, de sentir, de goûter, de touiller... mange de tout avec plaisir et apprécie des gouts aussi divers que la mousse du café, le fromage de chèvre, le tajine aux pruneaux, les brocolis ou les lentilles.

Elle a marché à 13 mois, lui à 11 mois.

Quand il y a de la musique, elle danse en prenant tout l'espace, en tournant et courant. Lui reste immobile, remue simplement les fesses en rythme, marque le tempo avec le bout d'un pied, tout en continuant de tenir doudou et sucer son pouce.

A deux ans il s'était déjà cassé les incisives supérieures, ouvert l'arcade sourcillière. Aujourd'hui il a une dent grise. Il a besoin de courir, se défouler dans la nature, tous les jours. Elle est un peu plus calme.

Ma fille a été allaitée, pas mon fils.
Elle est blonde comme les blés, les cheveux raides. Lui est plus châtain, avec de grosses boucles.

Ma fille nous en a fait baver au début; des cris stridents le matin au réveil, peu de siestes, des courtes nuits.
Mon fils, depuis qu'il est né, a toujours suivi le rythme de manière beaucoup plus cool, tranquille, zen.

Quand ma fille est née, j'ai eu une sorte de révélation, un amour fou instantanné pour cette petite chose fragile. Nous nous sommes reconnues mutuellement, c'était violent et vertigineux.
Pour mon fils, je n'ai pas ressenti ce coup de foudre amoureux. J'ai tissé des liens avec lui petit à petit, de plus en plus forts.

Les deux adorent discuter entre eux, fredonner la chanson de Cendrillon dans le bain, jouer aux pirates, regarder Cars.
Feuilleter des livres, aller chez Papi et Mamie, se taper dessus, se déguiser, mettre de la musique.
Faire du manège, nager, manger des Kinder, mettre Kirikou ou Azur et Asmar sur le lecteur DVD portable.

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Quand j'attendais mon deuxième enfant, je n'imaginais pas avoir autant de place à lui donner. Je n'imaginais pas qu'un autre enfant pourrait être aussi différent du premier, et à quel point je pourrais me passionner pour la découverte d'un nouvel être.
Ma fille, mon premier enfant, était tout pour moi. Mon seul repère, l'unique référence, l'absolu en matière de bébé, d'éducation.
 Aujourd'hui je constate tous les jours ce qui les rapproche et ce qui les distingue, il y a pas mal de choses que mon fils ne sait pas faire ou qui ne l'intéressent pas et pour lesquelles se passionnait sa sœur au même âge, et inversement. Ces petites différences m'amusent, chacun a ses préférences, ses domaines de compétence et centres d'intérêt plus ou moins développés.

L'arrivée d'un petit deuxième a enrichi la famille, a créé des nouvelles interactions, nouvelles combinaisons.
Composer avec l'arrivée d'un petit frère, c'est subir la frustration en tant que mère; celle de se rendre compte qu'on ne peut pas être entièrement et absolument dévouée à ses deux enfants, parfaitement, à égalité totale, et 24h/24.
C'est imposer un peu plus de frustrations aux enfants.
Et c'est aussi un enrichissement, un rééquilibrage pour moi: je ne suis plus la mère d'un seul enfant, d'une unique petite merveille, du centre du monde. J'en ai deux, et donc un peu moins de temps et d'énergie à consacrer à chacun; j'ai moins la possibilité de fusionner, d'essayer d'être une mère parfaite, ce qui me parait finalement assez sain.
Les choses se rééquilibrent et se compensent constamment: quand l'un a plus besoin de moi, l'autre doit se débrouiller un peu plus par lui-même. Puis je reviens vers celui que j'ai "délaissé" un moment pour lui consacrer à nouveau plus de temps. J'aime bien l'idée que je ne puisse pas répondre instantanément à l'intégralité de leurs besoins, qu'il doivent trouver des solutions par eux-mêmes.

Je suis leur mère, j'ai un rôle important, mais il forment aussi, à eux deux, une entité propre, presque indépendante par moments; ce petit couple a ses codes, ses repères, ses habitudes et ses secrets, un petit monde duquel je suis ponctuellement exclue, et je trouve ça magique!
Lorsque les deux se retrouvent après une journée d'école et de crèche, ils se courent dans les bras et se font un énorme câlin, comme s'ils retrouvaient leur moitié.
J'aime bien l'idée que les enfants soient plusieurs face aux omnipotents parents. Ça leur laisse plus de champ libre, plus de place pour s'exprimer, débattre, s'opposer, se soutenir. Et ça nous laisse aussi, à nous, parents, plus de moments pour nous, paradoxalement.

Quand on attend un deuxième enfant, je crois qu'il y a une question universelle; "comment vais-je pouvoir aimer un autre enfant autant que le premier?".
Lorsque mon fils venait de naitre, je me disais même que si je devais avoir un autre enfant par la suite, il faudrait que ce soit à nouveau un garçon, pour que ma fille garde sa place de "première", d"unique" adorable petite fille de la famille.
Et puis le temps a passé et je me suis rendu compte que mon fils était tout aussi unique qu'elle. Chacun est unique, peu importe le sexe, le rang, la taille ou la couleur de cheveux. Je les aime passionément tous les deux, sans que j'entretienne la même relation avec chacun. c'est difficilement explicable, et en même temps c'est très simple.
J'ai donc la réponse à ma question, et je comprends maintenant pourquoi on ne se la pose plus, ensuite.

C'est la vie!


4 commentaires:

  1. Je viens d'avoir une deuxième petite fille toute mignone. Comme toi, j'ai eu un coup de foudre pour ma première fille qui a toujours été spéciale, un caractère pas facile et une façon de parler incroyable qui vous fait fondre à base de questions adorables. Elle était tout pour moi. Il faut dire qu'elle prenait de l'espace. Avec cette nouvelle enfant, pas de fusion explosive, pas de coeur qui se brise quand je dois la quitter mais un amour qui s'installe de plus en plus fort. Je ne pensais pas que l'amour pourrait prendre des formes si différentes surtout que ce sont deux filles qui se ressemblent pas mal. Quelle chose incroyable que d'être mère.

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  2. C'est vrai que c'est une question qui doit se poser: comment aimer autant son 2ème enfant? Mais en fait moi je vois le coeur maternel comme un truc extensible et je n'ai qu'une hâte: avoir une 2ème petit bout à aimer aussi fort que ma fille chérie! On aime jamais trop non??

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  3. bonjour,
    ton article me touche beaucoup car nous avons eu beaucoup de mal à avoir nos enfants, en particulier ma petite fille. elle a été conçue quand j'avais envoyé baladé toute la médecine et je travaillais même avec un psy sur le deuil d'un 2ème enfant.
    C'était une grande souffrance de laisser mon fils tout seul (malgré la grande joie de l'avoir déjà lui, et la culpabilité de lui faire ressentir de manière inconsciente qu'il ne me suffisait pas).
    pourquoi ? je ne le sais pas vraiment mais toujours est il que j'étais terrifiée qu'il soit enfant unique.
    Donc voilà, aujourd'hui ils ont 7 et 2 ans et c'est une émotion sans cesse renouvelée de les voir ensemble. un truc de dingue que je n'imaginais pas avant d'en avoir 2.
    Cette relation, malgré les presque 5 ans qui les séparent est pour moi la plus belle chose que je peux voir, vivre.
    Alors oui chacun a sa personnalité, avec tous les étonnements que tu décris. Et n'as tu pas aussi la sensation d'avoir crée un 3ème être ? une sorte d'entité autonome, une fratrie autosuffisante ?

    Vanille

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  4. Bonjour Marine, je n’ai pas d’enfants et pourtant ce post me touche. Nombreux sont mes amis qui ont des enfants et pourtant peu arrivent a exprimer ce que tu couches sur papier/clavier. Ils me disent souvent que c’est « incroyable », qu’ils souhaitent « que cela m’arrive un jour », quand quelques-uns me considèrent comme une fille immature et délurée car a 32 ans ce n’est pas encore d’actualité. Je souhaite avoir des enfants un jour, et même s’il est encore trop tôt pour l’envisager avec mon partenaire, il m’arrive parfois d’avoir peur, de me demander si je serai un jour prête (si tant est qu’on le soit un jour), si j’arriverai a etre moins égoïste... Alors en attendant je vis vite, voyageant des que possible, barrant ma liste des choses a faire avant … Or en te lisant, je me sens comme a une avant-première a laquelle j’ai été conviée ! Tu parles avec franchise des affres de la maternité mais aussi et surtout de ton émerveillement au quotidien. Je me surprends alors a envisager la maternité avec excitation :) Alors 1000 fois merci pour ce blog car il sert aussi a rassurer !

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