lundi 24 juin 2013

Un, deux, trois...



Depuis quelque temps, lorsque je me balade à pied avec les enfants, des regards différents se posent sur moi; des regards étonnés, des regards en coin, des regards admiratifs.
J'entends des "mais vous êtes folle!", ou des "c'est merveilleux". Des "j'espère que tu seras aidée parce que ce sera difficile" ou des "je tuerais pour vivre la même chose que toi". Des "eh ben bravo, je sais pas comment tu fais" ou des "quel courage".
Je devine chez certaines de l'envie, de l'admiration. Ou à l'inverse, du soulagement de ne plus vivre ça.



Tous ces regards, plus ou moins bienveillants; je les aime bien. J'en ai besoin, comme s'ils m'aidaient à concrétiser un peu plus les choses, à me faire à l'idée: je fais un "petit troisième".
C'est ma troisième grossesse, alors j'ai pris de la distance; les remarques ne m'atteignent pas tellement, elles m'attendrissent. Je sais que les gens, quand ils commentent de manière plus ou moins maladroite, me racontent des scenari catastrophe d'accouchement, se confient sur leurs difficultés ou leurs envies d'enfants, ne s'adressent pas à moi, mais à eux-mêmes. Ce sont leurs propres angoisses, leurs propres fantasmes, leurs propres blocages qu'ils projettent sur mon ventre qui s'arrondit.

C'est amusant parce que je sens une vraie différence: faire un premier enfant, c'est "merveilleux". En faire un deuxième, c'est "normal", presque un choix qui n'en est pas un ("Il faut bien faire un petit frère/sœur au premier"). Mais faire un troisième, ça commence à être étonnant: eh oui, on sort des statistiques. Les gens commencent à émettre un avis sur la question. Se demandent pourquoi. Par ce choix, qui en est réellement un, on commence tout doucement, pour certains, à basculer dans la catégorie des "folles"...
 Je les laisse dire, je les entends, je ris intérieurement, parfois je les plains... et je continue d'avancer.

Il y a ces moments où je sens à nouveau, comme pour la première fois, les petits mouvements du bébé.
Il y a ces moments de sérénité totale, où je me sens belle, où j'ai la sensation de vivre l'aventure de la féminité à fond, et plutôt trois fois qu'une. Moi qui n'ai jamais rêvé ni de mariage ni d'enfants, j'aime être mère. J'aime donner la vie, j'aime encore plus voir l'enfant grandir, et devoir l'éduquer.
Il y a les échographies, où Jean-Chou et moi avons une petite larme à l’œil en entendant les battements du petit cœur, soulagés, le trac passé.
Il y a cette conscience que chaque grossesse est un vrai miracle, et la ferme intention d'en profiter encore plus et encore mieux.

Il y a ma fille qui rêve d'une petite sœur, qui lui parle à travers mon ventre et qui est si fière de montrer à l'école sa maman "qui a un bébé dans le ventre". Mon fils qui a deviné le premier que j'étais enceinte, avant même que je leur annonce la nouvelle, en me faisant une simple caresse sur le ventre, accompagnée d'un tout naturel "ça va bébé?". 
Le bonheur d'agrandir la fratrie, d'offrir de nouvelles combinaisons possibles aux interactions entre enfants.

Il y a mon envie de me sentir bien dans mon corps, de manger correctement, de ne pas trop grossir, de continuer le yoga, de nager, de sentir les courbatures, le besoin de vivre dans un corps actif et musclé, de continuer à bouger, vivre et entretenir la machine du mieux possible, pour arriver en bonne condition physique à l'accouchement, et m'en remettre assez vite pour pouvoir continuer à m'occuper des enfants. L'envie de progresser, de mieux me connaitre, d'apprendre de nouvelles choses, grossesse après grossesse.
Et il y a la conscience que tout ne se passe jamais vraiment comme prévu.

Il y a les moments d'inquiétude. Les angoisses qui reviennent un peu plus fort. La peur que quelque chose ne se passe pas bien. Les idées sombres. La peur de ne pas y arriver, de ne pas avoir la force et le courage et le talent de tout bien gérer.
La viande qu'il faut bien cuire, les légumes qu'il faut bien laver. Les petits stress et les nouvelles obsessions. Le petit verre de vin de Jean-Chou qui irait si bien avec mon plat...

La solitude pendant les trois semaines où j'ai retenu mon souffle, attendant avec impatience des résultats d'analyse, qui allaient me confirmer enfin que je n'avais pas attrapé la maladie infantile de mon fils, possiblement dangereuse pour le fœtus.
Il y a les moments où j'ai l'impression d'être emprisonnée dans mon propre corps, prise au piège, dépendante de la nature et de la chance, plus maîtresse de rien. Ces moments qui forcent à lâcher prise, à s'en remettre au destin, à accepter l'inconnu, l'arbitraire, l'injustice, le hasard.
Ces moments où je me sens toute petite, une toute petite chose fragile, faible, un petit oiseau tombé du nid qu'il faudrait protéger tout le temps.

Il y a ces moments de grande fatigue, où je dois aller au parc, faire les allers-retours en voiture, accompagner à la danse, à la kermesse, crier, donner le bain, répéter mille fois aux enfants de se laver les dents et de se coucher, débarrasser, ramasser les miettes, ranger, punir, lire une histoire, consoler, écouter, décider, me faire respecter, alors que j'aimerais juste un bon bain, du silence et un bouquin.

Il y a l'organisation de l'accouchement à anticiper; le jour? la nuit? L'aide éventuelle des copines, de la femme de ménage, de la famille, à prévoir dans l'agenda, pour que Jean-Chou puisse être là, et que les enfants soient gardés. Les chambres à réaménager, la voiture à changer.
Les tout petits vêtements de bébé à ressortir de l'armoire de chez mes parents, à trier... et tous les autres que je vais racheter, juste pour le plaisir. La poussette, le lit et le porte-bébé à remonter de la cave.
Les vêtements de grossesse à remettre, et mes petits achats plaisirs chez Isabella Oliver, pour les super jolis tops et robes qui me mettent si bien en valeur.

Il y a, toujours, cette ambivalence. Le bonheur et la peur, la sérénité et les questions sans réponse, la confiance en soi et la faiblesse. La plénitude et l'impatience. Le rêve et la réalité.

Et il y a, par dessus tout, cette sensation d'être vivante, plus vivante que "dans la vie normale".
Cette impression grisante d'être seule au monde et d'être toutes les femmes à la fois. La sensation de créer quelque chose de très banal, de très commun, presque insignifiant, complètement et minusculement ridicule à l'échelle de l'humanité... mais en même temps quelque chose d'unique, de fort, de puissant, et ce bonheur de participer à cette aventure, en acceptant avec sagesse les difficultés qui l'accompagnent, car elle me permet de me découvrir un peu plus, d'être plus moi encore, de vivre ma vie de femme, d'humain, aussi intensément que possible.

         To be continued...
 


15 commentaires:

  1. Toutes mes félicitations! C'est une magnifique nouvelle !

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  2. Félicitations... un petit 3ème!
    J'y pense aussi... et puis j'oublie :-). Je crois que j'ai atteint mes limites de patience et de disponibilité avec mes 2 enfants. Mais la grossesse, sentir la vie pousser en moi me manque, indéniablement. Profitez bien de chaque instant.

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  3. Très joli article ! Tout y est,... Sensible, et plein de tendresse, mais aussi terriblement lucide et réaliste,... Comment ne pas ressentir ce que tu vis ! Les mots justes de la Vie,...Pour l'Avenir... Prends soin de Vous,...Tu es Belle...

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  4. Félicitations Marine! Et oui, il y a toujours des gens pour avoir un avis (gni??) sur VOS choix. Parce qu'il est vrai que le nombre d'enfants par couple devrait être soumis à référendum national.
    On te sent plus mûre, plus sereine, plus adulte aussi dans cette nouvelle grossesse, même si bien sûr, certaines étapes pas glop sont forcément au programme (et attend de devoir tester ton diabète gestationnel!).
    Perso, je fais partie de celles qui t'envie ce 3ème bonheur!

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  5. Super, bravo, félicitations ! Je comprends toutes tes sensations, les bonnes comme les moins bonnes. L'essentiel est d'être en accord avec soi-même : soyez heureux, ta grande famille et toi ! Et pourvu que tu gardes un peu d'énergie pour nous écrire des petits posts toujours aussi beaux :)

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  6. Mais c est merveilleux! Felicitations! Et quel beau texte comme toujours!

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  7. Quelle belle nouvelle! Félicitations!!!!

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  8. Félicitations!
    Plus on est de fous, plus on rit, plus on devient mystérieux pour les autres qui confrontent cet inconnu à leur propre vie. Ah, les gens. Profite, plus on a d'enfants, plus ça passe vite, on dirait bien.

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  9. Quelle belle nouvelle ! Je recommencerais bien tout ça, tiens !!!

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  10. Chouette ! Félicitations !

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  11. Félicitations! La question d'après sera dans doute de savoir si petit troisième rime avec petit dernier? Car j'imagine qu'avec plus que 3, le regard des autres doit être encore plus insistant!!

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  12. Tout d'abord Félicitations, c'est une merveilleuse nouvelle :-) et cet article est très beau, je me suis beaucoup reconnu... l'attente du troisième enfants a été réellement différente des autres grossesses, surtout beaucoup plus intense, très épanouie, épanouissante, mais la fatigue et les angoisses beaucoup plus fortes aussi ...
    Sinon j'ai aussi des commentaires sur le "Ah un troisième" !!!! ... le must : et pourquoi un troisième, vous avez déjà un garçon et une fille :-/ ... bin on voulait juste un autre enfant ...
    Profitez bien de ce nouveau bonheur :-)

    Claire

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  13. Lire ces quelques extraits de ta grossesse me donne le sourire ! Bien sûr tu est honnête sur l'inquiétude ou les regrets du petit verre de vin mais on y lit aussi du Bonheur !
    Oui c'est banal mais c'est aussi magique :-)
    Je te souhaite une magnifique grossesse (car belle n'est pas suffisant !)

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  14. Je ne sais pas si j'ai eu l'occasion de le dire, mais félicitations!

    Plein de joie à venir, et en attendant, ces petits moments de bonheur où on imagine et prépare cette future nouvelle vie..

    Bonne grossesse

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