mardi 18 février 2014

Time

"Time", Pink Floyd


Mon aînée va bientôt avoir 6 ans. Avec Jean-Chou, on trouve ça un peu étrange; au début, c'était mignon, les anniversaires. Un an, deux ans trois ans... Notre gros bébé s'affinait, progressait, apprenait à parler, marcher, devenait de plus en plus intéressant... Mais là, on se dit parfois que ça commence à bien faire. Que notre gros bébé potelé devient une bien grande fille. 
On est en admiration devant elle, mais régulièrement, devant ses progrés, ses réflexions de plus en plus matures, sa prise d'indépendance, on se regarde et on sait qu'on ressent la même chose: un mélange de joie et de nostalgie, comme une petite pique dans le cœur, qui va sûrement nous chatouiller longtemps.


On a tout juste 32 et 33 ans. Trois enfants. Et à force de fêter chaque anniversaire, on se trouve presque déjà vieux. Je réalise d'ailleurs maintenant à quel point les anniversaires marquent plus les parents que les enfants concernés.
Je me souviens, quand j'avais ma fille aînée, âgée de quelques semaines, dans les bras, et que je pleurais de fatigue... J'appelais ma mère et je lui demandais, au téléphone, entre deux sanglots, pourquoi c'était si dur un bébé, pourquoi tout le monde me disait "profite" alors que je trouvais ça si fatigant et que ma seule hâte était qu'elle grandisse. 

Aujourd'hui, lorsque je me balade avec mes trois petits, beaucoup de personnes "âgées" m'arrêtent dans la rue pour me dire "profitez, ça passe trop vite". Je n'aimais pas trop qu'on me répète ça, au début, je trouvais que c'était une phrase toute faite, vide... Et maintenant, je les comprends. Je me sens plus proche d'eux, ces gens d'expérience, car je les vois grandir à toute vitesse, mes enfants. Et je sais qu'ils ont raison. Ça passe très vite.
Chaque fois que quelqu'un vient me dire "profitez", je m'identifie à lui, et je me dis que ressentirai certainement la même nostalgie, dans quelques années. Ces petites phrases ont le don d'arrêter le temps, de mettre tout en suspens l'espace de quelques secondes, et je crois que c'est quelque chose que j'aime: me poser, prendre du recul, cadrer, mettre en perspective.

Je pense que c'est aussi pour ça que j'aime tant l'écriture et la photo, merveilleux moyens que j'ai trouvés pour figer mes souvenirs, les conserver le plus précisément possible. A chaque photo, sont associées les odeurs, les sensations, les lumières trop fortes, les cris d'enfants, la température de l'eau, les états d'esprit du moment. 

Je crois que c'est aussi pour ça qu'on fait un enfant supplémentaire; pour tenter d'arrêter un peu le temps, pour vivre à nouveau l'innocence, la jeunesse, la joie de l'enfance.
Mes enfants m'apprennent beaucoup, notamment une des choses les plus difficiles: vivre le moment présent. Je les observe, tout occupés qu'ils sont à construire une tour de Lego, avec leur respiration très forte, concentrés. Rien n'a plus d'importance que ce qu'ils font à cet instant-là. Je m'en inspire, et j'essaie, au quotidien, de faire comme eux: sans passé, sans futur, complètement dans le présent. 
L'exercice n'est pas forcément facile tout le temps, mais procure un bien être et une joie incomparables.
J'ai 5 ans avec ma fille. J'ai trois ans avec mon fils. Et je replonge avec délectation grâce à mon bébé.

On fait des enfants pour ralentir le temps. Avec leur père on voit les choses de la même manière. On se dit que ce sera passionnant de les voir grandir, de les accompagner. Mais on a aussi envie de freiner des quatre fers.
 Faire des enfants, c'est apporter de la Vie supplémentaire à la famille entière. C'est apporter à certains des grands-parents ce qu'ils souhaitaient: une continuité. C'est donner de nouveaux projets, des envies, à l'arrière-grand-mère. Ce sont des nouveaux liens qui s'imbriquent, qui enrichissent les plus anciens, et la famille tout entière.
Faire des enfants, c'est LE sens de la vie. Quelque chose qui évite de ne se consacrer qu'à soi, une responsabilité qui protège du vertige existentiel. 
Peut être que pour certains, qui font des choix différents, avoir des enfants c'est quelque chose d'aliénant, une sorte d'auto-enfermement, une fuite en avant, ou tout simplement pas un projet. Je le vois bien d'ailleurs, lorsque certains me lancent des regards compatissants, signifiant un "je vous plains", lorsqu'ils comprennent que les trois enfants qui m'accompagnent sont tous les miens.

Chaque jour je ressens de la gratitude pour ce que j'ai. Pour la chance qu'on m'a donnée d'avoir ces trois enfants là. Ma vie, telle qu'elle est avec ses réussites et ses zones d'ombres, ses coups de bol et ses "on fait avec". Ma toute petite vie toute simple, pas celles des uns, pas celle des autres, ni celle des voisins. Elle est banale, il y en a des milliards d'autres, mais elle a du sens.
Je voudrais être une vieille dame qui n'aurait pas passé son temps à angoisser, avoir peur de l'avenir, ou regretter le passé, mais qui aurait vécu le moment présent le plus possible, toute sa vie. Programme ambitieux!

Et je crois que nos enfants, même s'ils marquent encore plus cruellement le temps qui passe à chacun de leurs anniversaires, nous permettent aussi d'arrêter les aiguilles, de vivre, ressentir, goûter, déguster la vie encore plus intensément.
Je ne sais pas s'il existe quelque chose de plus important.
Alors pour l'heure, je tiens à profiter au maximum de tous les moments. Les plus beaux comme les plus "difficiles". Les premiers sourires, les babillages, les rires dans la maison. Mais aussi les pleurs du soir, les caprices, la fatigue, l'énervement. Les nuits blanches, les disputes, la sensation de ne plus avoir beaucoup de temps pour moi. 
Je sais que TOUT passe, et bien plus rapidement qu'on le croit. Alors je prends le lot entier, en acceptant avec plus de légèreté ce qui est moins agréable plutôt qu'en rechignant, car j'ai un peu plus de recul maintenant..  Car c'est la VIE... Rien que la vie! Quelque chose d'à la fois Sacré, et insignifiant...




7 commentaires:

  1. Oui, c'est ça ... Juste exactement ça! Ton texte a résonné très fort en moi, c'est ce que je ressens en ce moment. Moi qui était si pressée que mes enfants grandissent, je me surprends à vouloir arrêter le temps aujourd'hui, chaque jour ...

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  2. Tout pareil! Et cette deuxième grossesse qui n'en finit plus (encore 2 mois et des brouettes...), j'essaye d'en profiter quand même aussi. Car je sais que ces petits coups dans mon ventre vont me manquer aussi.
    On vit dans une société où on doit tout planifier, organiser, gérer. On multi-taske à fond ce qui nous oblige à toujours tout anticiper. Et puis finalement, on ne voit plus le temps passer. Comme toi, je savoure les moments "pause", comme les puzzles le soir avec ma fille ou ces moments vides dans la journée où je ne fais rien et où rien ne me manque en fait.
    On en deviendrait presque philosophe, tiens!

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  3. c'est tellement vrai !!!

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  4. Je ne sais pas si c'est vrai car je n'ai pas d'enfants (pas encore j'espère) mais en tout cas, quel MAGNIFIQUE texte !!

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  5. rien de plus égoïste que de faire des enfants pour ralentir le temps, de plus irresponsable... et pour continuer quoi??

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  6. je pense qu'elle ne fait simplement des d'enfants juste pour ralentir le temps,enfin j'espére :).C'est étrange cette mode de penser que c'est égoiste de faire des enfants,si on y réfléchit sur le principe,y'a rien de plus altruiste au contraire .Si personne n'avait envie de faire d'enfants,on serait un peu dans le caca...quand même.Ben oui y'aurai plus personne à un moment donné non ?lorsqu'on fait des enfants et qu'on a conscience qu'ils ne nous appartiennent pas,qu'ils ne sont pas des poupées qu'on façonne à notre bon vouloir,qu'ils ne doivent pas systématiqument s'adapter aux adultes;;;alors je ne vois pas en quoi c'est égoiste.En tous je demande qu'on m'explique!!!!!!

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  7. Ohlala, coomme il me fait frissonner encore ce billet... Ces questions là, j'y pense souvent. Justement je voulais écrire un billet en réponse à la question d'une blogueuse : "Mais quel genre d'optimisme ont les personnes qui font des enfants?". J'ai des tonnes de choses à dire à ce sujet...

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