dimanche 26 octobre 2014

Dans ma bibliothèque: Les cahiers d'école de mon arrière-grand-mère...





Composition Française

Développez cette pensée d'Edgar Quinet: "Faire des hommes, c'est beaucoup, ce n'est rien si vous ne faites des femmes"

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"La femme joue un grand rôle dans l'avenir de la patrie. Faire des hommes, c'est donner à la patrie des citoyens honnêtes et chrétiens, intelligents, qui l'enrichissent de leurs travaux et de leurs inventions;
des bras actifs qui fécondent la terre et qui lui font produire d'abondantes récoltes; c'est aussi donner à la patrie de braves et vaillants défenseurs, pour le temps de la guerre, qui combattront avec ardeur pour la sûreté et la gloire de leur pays.




Mais Quinet ajoute: Ce n'est rien, si vous ne faites des femmes.
En effet, c'est la jeune fille dévouée et aimante qui réjouit la maison paternelle; la jeune fille pieuse protège ses frères, les console; par la douce influence qu'elle exerce sur eux, elle les empêche souvent de de céder à l'entraînement de leurs passions et par là, conserve la paix et la joie dans la famille; si parfois, ces jeunes gens viennent à succomber, la soeur, fidèle et patiente, est encore là pour les consoler, les encourager; grâce à ses paroles persuasives, elle obtient le pardon de leur père. En un mot, une jeune fille qui comprend ces devoirs a un rôle admirable dans la famille.

Faire des femmes, c'est encore former des épouses fidèles qui sont le soutien moral et la consolation de leurs maris. Quand l'homme est accablé de soucis, la femme est toujours disposée à amoindrir sa peine autant qu'il est en son possible; elle est sa confidente discrète; elle l'aide quelquefois de ses conseils, elle est sa meilleure amie, c'est-à-dire qu'elle fait tout pour qu'il soit heureux; elle lui fait aimer le foyer domestique, afin qu'il n'aille pas chercher, dans les sociétés frivoles et mondaines un bonheur qu'il ne trouvera pas.
Combien de fois n'a-t-on pas vu de femmes courageuses, sauver leurs époux de la dangereuse fréquentation du théatre et des cafés; souvent même de la fatale passion du jeu, passion qui, maintenant, est cause de la ruine de tant de familles.

Une femme qui a rempli ces devoirs de femme et d'épouse, accomplit aussi comme il faut ses devoirs de mère. Dieu met entre ses mains un jeune enfant qu'il lui faudra élever dans la connaissance de la religion et du devoir, garder contre les pièges du monde. Si la mère comprend sa noble tâche, elle donnera à sa patrie des hommes accomplis car c'est elle qui leur aura enseigné l'amour de leur pays, et qui aura gravé dans leur coeur des sentiments d'honneur et de loyauté. La femme joue donc un grand rôle dans la patrie car c'est elle qui prépare les générations futures."

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Ce texte est un extrait du cahier de compositions françaises de mon arrière-grand-mère paternelle Cécile P., qui était scolarisée au couvent, à la Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne). Il date de 1904. Il comporte des compositions françaises, des leçons de morale, des fables, des comptines et des prières. C'est aussi un journal intime.
Il s'achève par un cantique, chanté par les jeunes élèves à leur entrée au couvent, fascinant à lire (cette déclaration d'amour à Dieu, si sensuelle... c'est un choc). Je ne l'ai pas connue, cette arrière-grand-mère, mais depuis la mort de ma grand-mère, je garde ce cahier bien précieusement dans ma bibliothèque, et j'aime, souvent, l'ouvrir pour en lire des passages.

Je suis, à chaque fois, stupéfaite et charmée:
Par la qualité de l'écriture d'abord, la richesse du vocabulaire, et puis par ces valeurs désuètes, ces injonctions si datées, cette rigidité des modèles familiaux, sociétaux. Sa lecture me laisse songeuse et rêveuse... Les femmes d'avant se devaient, à leur manière, d'être des wonderwomen! J'aime ce petit point de vue, l'histoire avec un petit h, qui me permet de voyager dans le temps, presque comme si j'y étais, et de mesurer les "progrès" parcourus depuis cent ans, et l'évolution des carcans. C'est tellement concret!
Je trouve aussi assez instructive la comparaison avec l'école d'aujourd'hui, les différentes valeurs enseignées à l'époque, celles qui étaient mises en avant, telles que le respect des professeurs, de l'autorité, des parents.
 Les professeurs des écoles aujourd'hui doivent certainement regarder ces archives avec intérêt...

Quand je regarde "La gloire de mon pere" avec mes enfants, et qu'on voit les élèves en uniforme dans leur classe, c'est finalement la même époque qui y est présentée, à une petite différence près: le père de Marcel Pagnol était un anti-clérical, instituteur de l'école publique... Et que j'ai sous les yeux les témoignages de l'élève d'une école religieuse de filles.

Chaque composition du cahier est une perle ("comment être une bonne petite élève", "Comment convaincre une jeune amie de ne pas céder à la frivolité", "qu'est-ce qu'une bonne soeur aînée", etc...) 

J'ai aussi dans ma bibliothèque un Alphabet de l'époque, des textes destinés aux enfants parisiens, un livre de géographie...
En voici quelques images:
























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