mardi 28 octobre 2014

Marine, bobonne au foyer, et Jean-Chou, homme des cavernes: une petiteimmersion dans notre vie de famille.


Je suis à la maison. Bobonne dans sa cuisine, soumise. Pour donner du sens à tout ça, je fais des gosses. Mon mari, tel l'homme des cavernes, va chercher l'argent à l'extérieur. Quand il rentre, il met les pieds sous la table et attend que je lui serve son whisky.
Ça, c'est notre vie, à Jean-Chou et moi, sur le papier.


Dans la réalité, et malgré l'aspect traditionnel de notre couple, nous fonctionnons de manière très égalitaire. Plus que pas mal d'autres, d'ailleurs: la plupart de nos proches, ceux qui nous connaissent et passent du temps avec nous, nous le font remarquer. 
Nous travaillons tous les deux, dans deux domaines différents. Nous fonctionnons en équipe, chacun met le maximum d'énergie, volontaire et consentant, dans la réalisation de ses tâches, pour atteindre l'objectif qu'on s'est fixé: une vie de couple et de famille ambitieuses, de qualité, avec du temps à leur consacrer. Des voyages, des projets, du plaisir. Le plus de plaisir possible. Ce qui fait que les choses de la vie soient vivables, voire agréables. 

Le salaire est commun. Personne ne demande d'autorisation à l'autre pour dépenser son argent. Les placements pour l'avenir et arbitrages sont communs eux aussi. 
Nous veillons à ce que chacun puisse avoir du temps pour lui, pour mieux vivre en famille ensuite.
Nous ne sommes pas en guerre dans le couple, pour savoir qui fait plus ou moins que l'autre. Les tâches sont partagées, même si, au grand dam d'une certaine norme féministe, elles ne le sont pas de manière stricte à 50/50. Chacun fait plutôt ce qu'il préfère. Par exemple, je cuisine, parceque ça me plait, mais ne touche pas à l'aspirateur ni au fer à repasser, tâches plutôt réservées à mon mari. 
Nous sommes un couple qui s'aime, et qui se soutient mutuellement. On se réajuste régulièrement, on se parle, on s'ecoute. On demande souvent à l'autre ce dont il a besoin. Et on se dit merci quand l'autre fait quelquechose: une lessive, une sortie avec les enfants pour laisser l'autre souffler, un bouquet de fleurs. Même si ça paraît normal. Même si selon certaines féministes, on ne doit pas remercier son mari quand il fait une tâche domestique, parcequ'il fait juste son job. 
La gratitude appelle la gratitude, le positif appelle le positif.
Une équipe...

Je me sens libre et écoutée. Je me sens importante pour le foyer. Je suis valorisée et soutenue dans mes projets personnels et créatifs que je mène, et qui me sont chers.
Je me sens féministe. Mais, à regrets, je ne me reconnais pas dans les mouvements féministes: forcément, je rentre dans l'archétype, le préjugé parfait du "tout traditionnel" contre lequel elles luttent aujourd'hui. 
Pourtant ce schéma traditionnel dans lequel nous avons trouvé notre équilibre, il ne résulte d'aucune idéologie. C'est notre vie, notre toute petite vie, rien de plus. Dans laquelle nous avons la sensation de nous y retrouver. Elle aurait pu être tout autre. J'aurais pu vadrouiller tout autour de la planète, être célibataire, avoir un amant dans chaque port, et pas d'enfants. Ça aurait pu être très chouette aussi. Il y a plein de façons de vivre une vie, plein de façons d'être heureux, j'en suis persuadée. Je l'aime, ma vie.
Et "traditionnel" n'est pas un gros mot, il y a certaines choses à abandonner de ce qui vient du passé, et aussi de bonnes choses à tirer de ce qui fonctionne depuis longtemps.
À chacun de se débrouiller pour se construire. C'est ce que nous a apporté la liberté aujourd'hui: la possibilité d'avoir le choix, le caractère anxiogène intrinsèque au choix, et la responsablité (plus ou moins difficile à assumer) de ses propres choix...

Il y a des moments pourris, dans notre vie de couple et de famille, comme partout. Des journées ratées, du stress, des ongles rongés, des heures de travail qu'on ne compte plus, un BlackBerry professionnel auquel il faut répondre, même à des heures indues.
Des tensions, des crises existentielles, des moments de deprime, des moments de grosse fatigue.
Comme dans tous les couples, toutes les familles.
La vie n'est facile pour personne. Personne n'est à l'abri de rien. Moi pas plus qu'une autre.
Peut être même qu'un jour ça se passera mal, ou même qu' après toutes ces questions, l'un de nous tombera malade, ou peut être même mourra, qui sait (mais chuuuut, ça reste à prouver).
Ces questionnements, propres à tous les êtres humains, ce sont des choses intimes. Qui n'ont pas à être jugées de l'extérieur, ni dans un sens ni dans un autre.

Aujourd'hui la société est diverse. Les schémas familiaux et de couple aussi. On peut être homme au foyer, divorcé, en couple ou célibataire. Les deux parents peuvent travailler, beaucoup, ou moins. Il y a le chômage. Le prix de l'immobilier. On peut passer sa vie dans la même ville de province, ou aller de mission en mission a l'étranger . Suivre son mari. Ou suivre son propre chemin. Avoir une nounou sur laquelle on peut compter. Tout faire soi-même à la maison. Être libertin. Ou jurer fidélité devant Dieu. Le choix d'une famille nombreuse ou plus resserrée. On peut être mère célibataire, ou être un couple parental homosexuel. 
On a le choix. Un vaste choix. Parfois vertigineux, tout ce choix. Et parfois, on n'a pas vraiment le choix, on fait avec ce qu'on a. Un point commun: on essaie tous d'être heureux. 

Notre société valorise de plus en plus de nouveaux schémas familiaux. Ce que je trouve positif. Il faut de tout pour faire un monde, il n'y a pas de réel modèle de couple qui fonctionne, à mon avis. 
Même si j'ai eu, petite, un modèle de couple bourgeois traditionnel très positif, (ah, ce "traditionnel", il ne vient pas de nulle part finalement), des parents toujours ensemble aujourd'hui, toujours en voyage à travers le monde (j'ai du mal à les suivre, il nous faut un agenda synchronisé avec mes frère et sœur pour savoir dans quel pays ils se trouvent), heureux de vivre et de vivre ensemble. Un père qui a construit une belle vie professionnelle, au service des autres et de sa famille, sans compter ses heures. Une mère pierre angulaire du foyer, bien dans sa peau, au fort caractère, une mamma méditerranéenne qui nous a apporté et nous apporte toujours la stabilité familiale, la sécurité, la confiance en nous et en nos capacités, et dont je suis fière aujourd'hui. Des parents qui ont, selon moi, réussi leur mission, et à qui j'aimerais ressembler, ne serait-ce qu'à moitié.
 Toutefois, je suis certaine qu'on peut être heureux de bien des manières et qu' il y a toutes sortes de bons parents. Quelque soient leur orientation sexuelle, religieuse, politique, leurs origine, leurs hobbies. 

Laisser vivre les gens. Je me sens assez libérale au niveau des mœurs, tout en étant à la fois conservatrice: la valeur "famille" est primordiale à mes yeux. Mais je suis ouverte à tout un tas de modèles de famille, tant que les parents mettent du leur pour qu'elle fonctionne, que les enfants soient bien élevés et aussi heureux que possible.
J'espère y arriver à ma toute petite échelle. Réussir à être un aussi bon parent que possible, sans aucune certitude que ce que je fais est bien. On verra dans quelques années pour le bilan.

Mais parfois, parmi cette multitude de nouvelles familles proposées aujourd'hui, j'ai l'impression que ma petite vie de famille traditionnelle (sans que cet aspect n'ait été vraiment calculé) est méprisé. Les mesures sur le raccourcissement du congé parental pour les femmes étant un symbole assez fort du mépris pour le travail à la maison, et surtout pour le choix des couples de s'organiser comme ils l'entendent. 
Être un homme au foyer, c'est au top de la hype. C'est hyper féministe. C'est super valorisé. Mais être une femme aujourd'hui, au foyer, ou qui travaille mais en adaptant ses horaires à sa vie de famille, s'occuper soi même de l'éducation de ses enfants et de la gestion du foyer, y trouver du plaisir, de l'intérêt, un sens, de manière consentante et volontaire, c'est ringard. Anti-féministe. Pas très intéressant. C'est même desservir la cause des femmes. Revenir sciemment au modèle des années 50.

Pourquoi voir les choses de manière si manichéenne? Pourquoi ne pas accepter toutes les familles, tant qu'elles défendent honorablement cette noble idée de famille, élèvent leurs enfants avec sérieux et implication? Les valoriser et encourager leur équilibre, plutôt que d'imposer aux couples un dogme de séparation mathématique pure et parfaite des tâches à la maison, sans même leur demander leur avis? Un couple, par définition, sauf à être une mini-PME dénuée de sentiments et qualités humains, ne peut pas être dans la comptabilité stricte pour fonctionner!

Pourquoi considérer les femmes mariées et mères de famille comme des victimes? Ne peut on pas reconnaître, au moins pour certaines, leur capacité de décider et vivre en adulte? On-t-elles encore le droit d'être fières du travail qu'elles accomplissent, d'être heureuses de pouvoir avoir la chance d'élever leurs enfants, et même de fonder une famille plus nombreuse que ce que dicte la "norme" du Parti? Comme on le fait avec les hommes, en fin de compte?
 Pourquoi considérer l'homme qui est seul à travailler comme bourreau domestique (j'exagère... À peine), comme "type qui ne fout rien à la maison" et qui a "la belle vie"? Ne peut-on pas se mettre à sa place, comprendre ses enjeux, son stress, la pression qu'il supporte, valoriser la responsablitié qu'il endosse pour sa famille, aux lieu de céder à ces clichés qu'on lit ou entend dans les médias?
Si certains époux doivent être des salauds, si d'autres doivent être de meilleures personnes, ils le seront de toutes façons, que leur femme travaille ou pas... 

Notre société est diverse. Il faut de tout pour la composer . Chacun son rythme, chacun sa vie. Chacun ses choix professionnels et familiaux. On peut être avocat et devenir humoriste. Fonctionnaire et tout plaquer pour élever des caribous. Être sans diplômes et grimper les échelons d'une boîte. S'épanouir à l'accueil ou au guichet d'une banque, en pensant que le bonheur est ailleurs qu'au travail. Ou s'éclater au boulot, sauver des vies ou faire du chiffre en haut d'une tour à la Défense, et y trouver une adrénaline et une fierté qu'on ne ressent pas ailleurs. Chacun ses talents, chacun a sa place et son rôle à trouver pendant son court séjour sur cette planète.
On peut aussi être au foyer durablement, ou un temps dans sa vie, et reprendre une activité professionnelle. Faire ses choix, en somme. Pour trouver un peu de sens à notre petite et insignifiante vie. Et être fière du chemin parcouru, des objectifs atteints et du travail accompli , à la fin de sa vie.
Moins de jugement, plus de tolérance!

J'aimerais un féminisme en France qui ne demande pas aux femmes de calquer leur vie professionnelle sur celle des hommes, un féminisme qui ne prétende pas que les femmes sont identiques aux hommes (contrairement à leurs droits, qui doivent l'être). Il faudrait un féminisme qui refuse ce mensonge, et accepte que les temps d'une femme ne sont pas ceux d'un homme, et un monde du travail qui, au lieu de fermer les yeux sur les besoins propres des femmes, s'adapte aux spécificités des grossesses, maternités, admette que des femmes puissent s'épanouir dans la construction d'une famille, sans mépriser cette partie "utérus et compagnie" pour mieux servir et accompagner les femmes dans le monde du travail, car elles sont toutes différentes.

Les femmes de mon entourage qui m'ont marquée, influencée, les femmes fortes, essentielles, étaient, en grande majorité, des mères, des épouses, qui, travaillant à l'extérieur ou pas, mettaient invariablement une grande énergie dans leur vie de famille, et n'avaient pas assez de 24h dans une journée pour tout accomplir. 

Femmes, quels que soient nos choix, ne nous méprisons pas, ne nous comparons pas, ne nous dévalorisons pas, soyons fières de nous... 

Liberté...



14 commentaires:

  1. Amen Marine. Cet article est hyper pertinent et il donne vraiment à réfléchir.

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  2. Je suis parfaitement d'accord sur le fait que ton choix de vie est aussi respectable et valorisant que n'importe quel autre ! Il s'agit d'un choix individuel dont on ne peut extrapoler les répercussions à l'échelle d'une société. Maintenant, à l'échelle de notre société justement, il me semble important que les femmes soient présentes, en nombre important dans le monde professionnel et politique, pour ne pas que des décisions affectant la vie des femmes soient prises uniquement par des hommes...

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    1. Bien sur que chaque femme doit pouvoir faire ses choix de vie, être boss d'une boîte du CAC 40 ou faire 7 enfants ( ou même faire les 2), sans avoir à se justifier par rapport à la cause des femmes en général (la dessert-elle? La sert-elle? Peu importe, le choix d'une vie de femme ne représente pas l'ensemble des femmes à chaque fois!)

      En revanche oui je suis sûre qu’il faut des femmes à tous les postes, mais non je ne suis pas certaine que ça servira précisément mieux les femmes. Je suis persuadée que des femmes peuvent être machistes, et des hommes féministes. On ne va pas faire de politique de comptoir mais Najat vallaud Belkacem par exemple, même si elle est une femme, ne me paraît pas comprendre les besoins des femmes et des mères. Je pense aussi qu'on n'a pas forcément besoin de Noirs pour défendre les Noirs, de juifs pour défendre les juifs, d'handicapés pour défendre les handicapés. Toute personne, en dehors de ses caractéristiques particulières de sexe, origine, etc, est à même de défendre des causes extérieures à elle-meme, avec de l'écoute, de la connaissance de terrain et des compétences. Même si je suis d'accord, on en est loin chez certains.

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  3. Carrément d'accord avec toi : en général, il n'y a rien de pire que les personnes qui jugent en permanence les autres - ce sont souvent ces personnes qui font des choses épouvantables. ça m'attriste toujours de voir les femmes être les pires machos entre elles, en se jugeant. En revanche il me semble que le féminisme ne se résume pas aux Femen, ELLE et ses diktats ou à Najat Vallaud Belkacem….moi aussi je les trouve oppressantes, je ne m'y reconnais pas du tout. Mais aujourd'hui, je pense qu'il y a des courants féministes qui valorisent TOUTES les femmes : http://www.theguardian.com/books/2014/oct/17/chimamanda-ngozi-adichie-extract-we-should-all-be-feminists


    S'agissant des tâches ménagères, la répartition des tâches me semble naturelle et logique. Que chacun, dans le couple, se consacre davantage à certaines tâches plutôt qu'à d'autres, ça semble évident et ça serait étrange d'établir une stricte parité pour chaque tâche, sauf bien sûr si cela convient à certains . Moi aussi la cuisine et le linge ne me dérangent pas, alors que je ne touche jamais le fer à repasser. Là où les féministes râlent, c'est sur la question de la proportion, et pas sur le principe de répartition ! Les études de l'INSEE montrent que les femmes consacrent encore deux fois plus de temps aux tâches domestiques que les hommes par jour. Cette répartition n'est peut être pas problématique pour une femme qui a choisi de ne pas avoir d'emploi (je n'aime pas dire "de ne pas travailler" ;-), mais comment ne pas reconnaître que ça l'est pour celles qui ont une vie professionnelle ? Pour bien résumer la situation, un article d'un féministe : http://davidabiker.fr/les-filles-cest-lundi-pensez-a-votre-charge-mentale-2/

    Enfin je pense qu'en France beaucoup de féministes se battent pour que le monde du travail s'adapte au temps des femmes et de la maternité, même si c'est encore très difficile et décourageant quand on voit les récentes décisions de Facebook et d'Apple sur la congélation des ovocytes. Les réactions lors du Women's forum allaient vraiment dans ce sens : http://madame.lefigaro.fr/societe/congelation-ovocytes-chez-apple-facebook-dirigeantes-francaises-scandalisees-171014-985663.

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    1. D'accord avec toi! Je n'ai jamais touché un fer à repasser (je trouve ça inutile au possible, quitte à être un peu débraillée! Ce sont les hommes qui en ont le plus besoin en fait, avec leurs chemises. Moi je choisis mes vêtements selon leur infroissabilité ^^) et je déteste faire la cuisine et la vaisselle. Par contre ça ne me dérange pas de faire le ménage, le rangement, le bricolage, le jardinage, le coupage de bois... Donc quand je suis en couple, chacun fait ce qui lui déplaît le moins après un commun accord! Par contre il faut effectivement que ce soit équilibré en temps et en investissement. Hors de question d'être toujours celle qui récure les toilettes, ou d'en faire deux fois plus que monsieur alors qu'on travaille tous les deux!
      Et c'est bien ça que le féminisme dénonce: dans un couple qui travaille, la femme fera toujours plus de tâches domestiques que l'homme...
      Et effectivement, le monde du travail doit changer pour s'adapter au changement de société! On ne peut pas vouloir en tant que femmes intégrer un système qui fonctionne parce qu'il a été construit sur le schéma "Monsieur se défonce au boulot pendant que Madame entretient son foyer"... Mais aller vers un système plus souple pour les deux parents, afin qu'ils puissent tous deux et se consacrer à leur famille et avoir une carrière épanouissante! Les Pays Nordiques sont sur ce point encore largement en avance sur nous, avec leurs congés parentaux de 1 an et leurs nombreuses crèches!

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  4. Je vote pour ce genre de féminisme aussi ! Celui qui laisse à chacune la liberté de faire ce qui est bon pour elle, celui qui respecte le "temps" des femmes.

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  5. Merci pour cet article :-)
    J'aime bien l'art que tu as de trouver mille petits exemples pour imaginer ton propos.

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  6. Merci pour cet article Marine. J'ai vu ma mère devoir se battre pour des droits qui nous semblent acquis (signer un contrat de travail ou ouvrir un compte en banque) alors que sa mère, sa grand-mère et son arrière-mère (née en 1855) ont toujours travaillé elles aussi.
    On voit l'évolution de la place, des places des femmes. J'ai 52 ans et tu es dans la génération suivante : celle qui a vécu tous ces acquis. C'est votre force à présent qui vous permet de profiter - sans vous retourner - des acquis passé afin de pouvoir avancer et faire ensuite avancer vos enfants.

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  7. Bonjour Marine,
    Je découvre ton site et tes articles depuis quelques minutes, et avec beaucoup de plaisir.
    Cependant, étant moi-même féministe, je ne peux m'empêcher de réagir à celui-ci...
    Tout ce que tu dis est ma foi un très beau témoignage de vie de famille, et même tout court un témoignage de vie.
    Mais pourquoi répètes-tu: "Contrairement aux féministes qui exigent la répartition 50/50 des tâches ménagères", "C'est un schéma traditionnel selon les féministes"...?
    Le féminisme se bat: parce que oui, s'adapter au lieu de se confronter au monde c'est génial, tout le monde le fait; par contre s'adapter à une société où on a le droit de vote, de penser, d'avorter, de se marier par amour et de sortir sans tuteur masculin et tout cela grâce aux COMBATS passés des féministes, c'est quand même plus sympa que de s'adapter à une société où on est excisée à 5 ans, mariée de force à 12 ans, sous tutelle masculine toute notre vie, etc. C'est juste mon point de vue! Donc oui le féminisme se bat, les femmes et les hommes s'adaptent. On s'adapte à tout, même au pire: cela ne veut pas dire que l'on vit une belle vie.
    Ensuite, en tant que féministe libre (càd sans appartenance à un courant féministe particulier, car il y en a des dizaines et des dizaines), je n'ai JAMAIS lu nulle part des féministes conspuer les femmes mère de famille et au foyer, bien au contraire! Le féminisme souhaiterait une chose: que les femmes aient le choix de leur vie. Vie professionnelle, vie familiale, vie professionnelle mieux adaptée à une vie familiale, la même chose pour les hommes... Bref, ce que chacun-e préfère! Donc dans ce sens tout ce que tu dis de ta vie ne me choque pas du tout, au contraire je suis envieuse de voir une vie de famille aussi bien équilibrée.
    Par contre moi à titre personnelle, je n'ai aucune envie de fonder une famille et souhaite consacrer ma vie à ma carrière dans l'environnement, car c'est un engagement de toute une vie; mais aussi aux engagements associatifs, notamment féministes et humanitaires; aux voyages, à l'écriture, au dessin, au jardinage... Bref, à une vie sans famille. Non pas parce que je veux "faire comme les hommes" (?) mais parce que pour diverses raisons multiples et nombreuses je ne souhaite pas d'enfant; et que donc je n'aurai pas de famille; et que je souhaite profondément apporter ma contribution à un changement...
    Mon choix n'est pas plus féministe que le tien, ou plus bête, ou moins proche de ma "nature de femme" car le fait d'avoir un utérus ne m'oblige absolument pas à m'en servir contre mon gré. Je suis un être humain avant d'être un individu humain de sexe féminin. C'est la principale revendication du féminisme. Je suis un être humain.

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  8. Par contre, une grande majorité de personnes ne respecte pas cette revendication. Parce que je suis une femme, j'ai une vie sexuelle beaucoup plus complexe et culpabilisante qu'un homme (si tu couches trop, si tu couches le premier soir, si tu le largues, si tu lui dis que toi aussi tu aimerais bien avoir un orgasme time to time...). Parce que je suis une femme, on me tripote dans la rue, des inconnus m'ordonnent de sourire (véridique!!), on me juge sur ma tenue, on me sors de ma voiture pour me tabasser parce qu'un femme ne doit pas répondre aux insultes mais se taire (véridique aussi...). Parce que je suis une femme, les profs de mon école d'ingénieur me traitaient de "poule" et me vouaient à devenir "secrétaire de direction" pendant que mon camarade se voyait promettre le poste de "directeur". Parce que dans mon corps de métier, 80% des postes à temps partiels sont occupés par les femmes, et seulement 5% des postes de direction. A travail égal, les femmes touchent encore 15% de moins que les hommes.
    Donc moi qui ne veux pas être à temps partiel car je ne veux pas être mère, je n'aurai que peu de chance d'arriver aux sommets d'une carrière épanouissante et valorisante; je ne gagnerai pas autant que mon hypothétique double testiculé, ce qui rendra mon équilibre financier de femme seule difficile... Et c'est ça que je dénonce, et que le féminisme dénonce.
    Avoir le choix. Que la femme qui veut être mère au foyer soit libre de le faire, et même reconnue pour ça; mais que la femme qui souhaite conjuguer les deux puisse aussi le faire; et qu'enfin la femme qui souhaite n'avoir qu'une vie professionnelle puisse en avoir une aussi belle qu'un homme. Et qu'à l'inverse, un homme puisse plus facilement prendre du temps pour sa famille...
    A titre d'exemple, la Suède a mis en place des congés parentaux de 1 ans pour les deux parents; ils sont donc tous les deux payés pendant la première année de leurs enfants pour les éduquer et les pouponner. Ensuite, les deux peuvent aisément reprendre le travail s'ils le souhaitent, car quasiment toutes les entreprises possèdent des crèches pouvant accueillir les enfants de tout âge. Dans de telles conditions, les femmes (et les hommes) auraient VRAIMENT le choix: rester au foyer, être à mi-temps, avoir une vraie carrière pro.

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  9. Bref, tout ça pour dire que je trouve un peu trop facile la critique envers le féminisme:"Si je suis une mère au foyer, les féministes me trouvent soumises". Non, pas du tout, jamais. Mais faire en sorte que "si je suis une femme d'affaire célibataire, le monde me traitera d'égoïste et de vieille fille acariâtre" disparaisse, oui. Parce que moi j'aimerai que quand je dis que je n'aurai pas d'enfant, tout mon entourage arrête de me répondre "tu verras quand tu seras plus vieille", "tu verras quand tu auras rencontrer l'homme de ta vie"(lolilol, bonjour les bisounours!), "ne dis pas de bêtise, c'est triste de ne pas avoir d'enfant" et "mais tu es une femme, tu es programmée biologiquement pour avoir envie de pouponner!". Alors qu'on en dira JAMAIS cela à un mec, qui soit dit en passant à autant de chance que la fille de devenir parent puisqu'il faut être deux pour procréer...
    Encore bref, je m'arrête là, sinon je vais continuer pendant des heures et des heeeeeeures! ^^
    Tout ça pour te dire que tes articles sont très bien, et que tu n'as pas à te méfier voire à critiquer les féministes en leur prêtant un message qui n'est pas du tout le leur.
    A aucun moment de ton blog je me suis dite "putain comme elle est soumise!", bien au contraire, je me suis dit "putain comment elle fait pour gérer trois gosses, un mec, un boulot, un site internet, du yoga et de la couture en même temps!". Le seul moment où j'ai tiqué, c'est sur tes propos de cette page concernant le féminisme.
    (Désolée d'overbooké ta page... la concision n'est pas mon principal point fort!)

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    1. je suis d'accord avec tout ce que tu dis. Je comprends ta réaction, mon billet peut peut être être pris de manière un peu négative par rapport à ce que je dis du féminisme. Mais c'est certainement parce que, dans mon choix de vie particulier, j'ai aussi lu des critiques... (il y a des féministes qui ne comprennent pas qu'une femme "se gâche" (sic) en voulant faire des enfants et les élever... si si!) alors ça biaise peut être un peu mon billet.
      Et tout comme toi, je souhaite plus de liberté pour les femmes, dans quelque domaine que ce soit. Je respecte tous les choix de vie... le bonheur a de multiples facettes. Et j'admire les femmes (et les hommes) qui se connaissent assez pour aller vers des choix en accord avec leur personnalité profonde, et pas pour se conformer à des diktats sociétaux.
      Et juste une précision: on peut être au foyer et avoir une vie sexuelle épanouie, avoir envie de sortir le soir et de ne pas se faire traiter de pute à chaque coin de rue ;-)

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    2. Et bien les féministes qui ont dit ou écrit des choses comme "une femme qui élève ses enfants se gâche" n'ont pas grand chose de féministe... Mais je te crois quand tu me dis que tu en as entendus! Les pro-prostitution se disent bien féministes, alors...
      Tout à fait d'accord avec toi: le bonheur est différent pour chacun-e, le plus dur est d'affirmer le sien s'il va à l'encontre des diktats inhérent à son sexe/sa classe/sa nationalité/sa sexualité, etc.
      Et je suis partie dans un pamphlet sur la vie sexuelle d'une femme et le harcèlement de rue pour justifier l'existence du féminisme, et plus précisément pourquoi je l'étais moi-même, pas par rapport à la conversation... Oui je pense que personne n'a envie de se faire traiter de pute dans la rue, et j'espère qu'un jour cela n'existera plus! (on peut toujours rester optimiste, hein.) Et je ne doute pas non plus que l'on puisse avoir une vie sexuelle épanouie avec son mari/son épouse :)
      C'était juste pour dire que le féminisme se bat contre les violences faites aux femmes, et milite pour leur donner tous les choix qu'un être humain libre est censé pouvoir avoir... Bien dommage que certain-e-s ne le sachent pas encore et confondent tout!
      Si une prochaine fois une soi-disant féministe te fait la morale sur ta vie, envoie-la bouler en lui disant qu'elle n'a pas compris son propre combat, ce qui est fort dommage! :/
      Bonne continuation pour ton site.

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