mardi 13 janvier 2015

Je suis française. Un peu de mon état d'esprit...




Sortir faire une balade.
Lever le nez de son écran.
Couper momentanément sa connexion à internet.
Ne pas lire les commentaires sur Facebook.
Faire montre de discernement.

Sentir l'air et la chaleur du soleil sur sa peau.
Plonger son regard dans celui de ses enfants. 
Les regarder jouer, caresser une fleur, pousser des petits cris de bonheur devant un papillon.

Ouvrir un livre sur la religion, de préférence d'une autre que la sienne.
Comprendre, si on est athée, que d'autres croient.
Admettre, quand on est croyant, que d'autres ne le soient pas.
Comprendre que des croyants puissent être heurtés, choqués, par des messages de provocation dont la pertinence peut être discutée.
Accepter que ce qui peut être sacré pour soi, ne puisse être étendu à l'ensemble de la population.
Respecter la foi et les lieux de culte de chacun.
Vivre sa foi de manière personnelle, sans la brandir comme un drapeau. 
Dénoncer les actes de racisme, les amalgames et les règlements de compte.

Essayer de ne pas être qu'une somme d'individualismes forcenés, mais d'être des citoyens français, unis derrière les valeurs de liberté, égalité, fraternité, qui nous font aimer et être fiers de notre pays.
Accepter les règles d'un pays dans lequel on a décidé de vivre, condition pour parvenir à vivre ensemble.
"À Rome, faire comme les romains".

Essayer de croire qu'on peut encore tous se supporter.
Sourire à une personne différente de soi, faire une bonne action, lui rendre un service.
Penser aux musulmans, juifs, chrétiens ou athées, qui étaient nos potes dans la cour de recré, qui sont nos amis, collègues, voisins... Avec qui on s'entend, pas pour des raisons de religion, mais Parcequ'on a des passions communes, parce qu'on se marre ensemble.
Ne pas pouvoir s'entendre avec tout le monde, parce que c'est humain, mais pas sur un critère religieux.

En tant que petite-fille de militaire, rire devant l'ironie qui fait réaliser, aujourd'hui, aux libertaires de tout poil, enfants gâtés de 68, petits-bourgeois par excellence, que s'ils peuvent continuer à dormir sur leurs deux oreilles et faire leurs pitreries anti-cléricales dans un des pays les plus libres du monde, c'est parceque les forces de l'ordre veillent, et que la démocratie n'est pas un acquis, ni un jouet qu'on peut piétiner comme un enfant capricieux, mais un combat.
Espérer que ce respect durera, une fois terminé le bal des hypocrites.

Être Charlie parcequ'on est pour la liberté d'expression, parcequ'on est contre l'attaque faite aux principes de notre pays, parce qu'il n'y a pas de concessions possibles face au terrorisme et aux menaces.
Être Charlie sans forcément être d'accord avec les propos de Charlie Hebdo, même en étant choqué et contre le message delivré, mais être Charlie quand-même parcequ'on doit se battre pour laliberté  d'expression, même si le point de vue exprimé est contraire au notre.
Être Charlie pour défendre les victimes, les dessinateurs, mais aussi les policiers, les clients juifs du supermarché casher. Être Charlie pour défendre d'abord la France.
Être Charlie sans avoir jamais lu ce journal, et sans avoir forcément l'intention de l'acheter un jour. 
Être Charlie et pouvoir continuer à critiquer Charlie Hebdo.

Revoir la définition de "Liberté d'expression", et ne pas tout mélanger, l'insulte, le racisme, la diffamation, la menace, l'incitation à la haine ou l'apologie du terrorisme n'étant pas permis.
Être Charlie et être croyant, catho juif ou musulman, et comprendre que des croyants aient pu être en désaccord avec ce magazine.
Être croyant et avoir de l'auto-dérision, ne pas oublier que toutes les religions ont été attaquées de manière égalitaire par le journal satirique, et que ce sont d'ailleurs les dérives radicales des religions quelles qu'elles soient qui sont moquées par les caricaturistes.
Être croyant et se remettre en question, réfléchir à sa foi, admettre qu'elle ne soit pas admise de la même manière partout, évoluer.
Discuter, s'opposer, se contredire, se défendre, avec des dessins, des mots, des idées, si besoin devant un tribunal, mais pas par Kalachnikov interposées.

Faire une balade dans la nature. Marcher longuement, marcher encore, jusqu à ce que le souffle s'accorde au rythme des pas, que le corps se mette en pilotage automatique, et que l'esprit voyage.
Méditer, faire une séance de yoga.
Surfer.
Prendre un mojito, un thé, un café sur une terrasse en bord de mer.
Embrasser ceux qu'on aime.
Taper dans un ballon, cogner dans un punching-ball, danser pendant des heures, courir pour oublier.

Tendre l'autre joue, non pas en signe de faiblesse ou de masochisme, mais pour sortir du sentimentalisme, essayer de se mettre au dessus de la mêlée, et rompre le cercle vicieux de la violence. Car répondre à la haine par la vengeance, à la terreur par la peur, ne fait qu'ajouter à la désolation.

Accepter l'altérité.

Regarder les mamans, toutes différentes, dans la rue, qui se promènent avec leur poussette.
Remarquer les points communs entre elles, qui font les mêmes gestes, qui ont les mêmes réflexes, universels, de mères. Les voir nourrir leur enfant, le couvrir, savoir que, le soir, musulmanes juives chrétiennes ou athées, pour vérifier que leur enfant respire bien dans son sommeil, elles posent leur main sur sa poitrine. Et que le lendemain, au moment de leur départ pour l'ecole, elles craignent toutes que quelque chose se passe mal, qu'on fasse du mal à leur enfant, qu'elles ne le retrouvent pas le soir dans le même état que le matin. Comme toutes les autres.

Ne pas avoir peur. Regarder les choses bien en face. Vivre avec ce risque, mais vivre quand même.
Car on n'a pas d'autre choix. Faire d'autres bébés. Y croire. 

Respecter la vie, toute les vies, celles qui nous offensent et celles auxquelles on tient, car chaque petite vie est un cadeau, chaque naissance un miracle.

Et pour le reste, comme dit l'autre (Desproges), "vivons heureux en attendant la mort".







1 commentaire:

  1. C'est très beau, exactement ce que je cherche à faire , un peu avant Charlie tout de même mais cela a été un accélérateur supplémentaire pour moi. Un terrible mal pour un bien... un mieux. Je l'espère en tout cas. Et à mon échelle, je ferais en sorte, que ce monde meilleur existe bel et bien pour nos enfants. Pas dans 2 ou 30 ans,non. Mais tout de suite.

    Belle journée à toi et tous tes lecteurs

    Nini

    RépondreSupprimer