jeudi 12 février 2015

Trois enfants: équilibre et organisation



Depuis la naissance de notre troisième enfant, j'ai écrit quelques textes sur mes impressions et mes premiers bilans.

D'abord le billet "Etre le petit troisième" qui avait recueilli beaucoup de commentaires, puis un autre, "Time", sur le temps qui nous coule entre les doigts quand on a des enfants.
Ensuite j'avais écrit une tentative de réponse à la questions récurrente et toujours surprenante "Trois enfants! Mais comment vous faites?"
A la rentrée, j'ai eu besoin de faire le point sur les difficultés et joies que je rencontrais avec chacun de mes enfants, à la personnalité différente: "La rentrée, petits et grands bouleversements chez nos enfants".
Et au mois de novembre, notre petite dernière a eu 1 an, j'ai profité de l'occasion pour écrire un petit bilan.


Aujourd'hui notre bébé a presque 15 mois, et c'est maintenant que j'ai vraiment l'impression de sortir la tête de l'eau, et de pouvoir m'accorder quelques instants pour prendre un peu de recul devant mon clavier.
Un peu comme pour ses frère et sœur, je crois finalement que je fonctionne toujours à peu près pareil: il me faut une petite année pour me remettre de mes émotions, trouver une organisation qui nous paraisse fluide et apaisée, me réapproprier mon corps. Comme lorsque j'avais écrit le billet "harmonie", alors que j'avais juste deux enfants, je crois ressentir à nouveau ces émotions intenses et sereines à la fois, cette impression d'harmonie familiale, depuis quelques mois maintenant.





Pour faire simple, l'arrivée de notre petite dernière a été un gros, gros bonheur. Chaque jour qu'on passe avec elle nous émerveille à un point qui nous étonne nous-même. Sa présence illumine notre vie, littéralement. Eh oui, ce n'est pas parce qu'on a eu des enfants avant qu'on sera blasés ou préparés à ressentir une sorte d"affection automatique"... On est littéralement dingues de cette puce. On fond. Chaque jour.
Il y a eu des moments fatigants et difficiles pendant cette première année, notamment les nuits... on peut dire qu'elle "fait ses nuits" depuis qu'elle a... 14 mois (elle tient le record de longévité ;-). Mais je ne sais pas par quelle miracle, ou par quelle force de la nature, on a réussi à ne pas se laisser atteindre par les ondes négatives: on a tenu le coup.

 Même si certaines nuits étaient vraiment désagréables, Jean-Chou et moi, je crois, avons réussi à se préserver l'un l'autre. C'est certainement à mettre sur le compte de notre expérience... mais j'ai l'impression qu'on a appris, avec le temps, à être moins dans la revendication individuelle, et à faire plus équipe: en clair, on a beaucoup donné à l'autre, on a fait plus attention à ses besoins, à son sommeil, à ses contraintes. On a moins perdu de temps sur les questions logistiques, les discussions sans fin du type "tu devrais", "tu aurais pu", "tu ne crois pas qu'on devrait plutôt"... On prenait chacun nos inititives (qui un biberon, qui changer une couche...), en se faisant confiance, mais sans empiéter sur le domaine de l'autre: l'effet "doublon" est une perte de temps et d'énergie qu'on ne voulait pas subir.
 Ça a fonctionné parce qu'on a fait ça de manière réciproque, sans avoir discuté précisément des modalités à l'avance. Jean-Chou a vécu pas mal de chamboulements et de stress professionnels cette année, il a du prendre des décisions importantes qui allaient tous nous impacter... j'ai essayé de le soutenir au maximum dans ces périodes là on le laissant dormir, souffler, en l'encourageant à aller faire du sport pour se changer les idées (il profitait même du biberon de 4h du matin pour se réveiller et partir faire un entrainement de trail en montagne... pour être revenu vers 11h et que ça n'empiète pas sur notre week-end en famille...le dingue ;-).
De l'autre côté, il m'a toujours encouragée dès que j'avais envie de moments pour moi, il garde les enfants toutes les semaines pour que j'aille au yoga, et on n'y déroge pas.

Je crois qu'avec ce troisième enfant, on a essayé d'être un peu plus doux l'un avec l'autre, un peu plus dans le soutien. Et on passe aussi un peu plus de temps pour nous-même: Jean-Chou va d'ailleurs faire un trail complètement dingue cet été, avec une distance/durée/dénivelé qu'il n'a encore jamais tentés... et je suis très fière de lui, des défis qu'il se lance, et du fait qu'il s'épanouisse dans une activité pour lui tout seul... ce qui apporte des effets positifs sur toute la famille par ricochet (j'en parlerai peut-être, à l'occasion). J'ai pas mal évolué sur ce sujet... avec un seul enfant je n'aurais peut-être pas accepté si facilement qu'il consacre du temps à autre chose qu'à nous, surtout que le trail, les courses de 30h, de jour et de nuit, comportent une part de "risque" que j'apprends à appréhender... et paradoxalement avec plus d' enfants, cela ne me dérange pas.

Je crois que c'est ça qui est le plus important quand on a plusieurs enfants petits, pour tenir: on s'aime, on est heureux de ce projet de famille, on se sent dans notre élément, on aime être parents lui et moi, alors on essaie de ne pas trop s'attarder sur les difficultés et trouver le maximum de plaisir dans le choix qu'on a fait. Se rappeler toujours pourquoi on a décidé de faire des enfants ensemble. Et le positif appelle le positif, j'en ai la preuve.

J'ai l'impression qu'on a trouvé la bonne organisation, du moins celle qui nous correspond, à nous 2, et à nous 5, pour l'instant.
Avec 3 enfants, on est beaucoup plus dans l'action qu'avant, le temps est compté chaque jour pour réussir à tout faire, et quand je repense à mon rythme de vie sans enfants, je crois que je ne pourrais pas revenir à cette vie. On s'y est faits. Et si on a trouvé cette harmonie tous les 5, c'est parcequ'on a appris à lâcher beaucoup de choses de notre vie d'avant, à s'adapter à nos nouvelles contraintes, à les épouser le plus fluidement possible plutôt qu'à lutter vainement contre elles (réaction qui ne génère que de la frustration).
La notion de sacrifice et de don de soi, même si elles ne sont pas à la mode dans notre société matérialiste et individualiste, me paraissent aussi, quoi qu'on en dise, des valeurs super importantes pour réussir à vivre tous ensemble. Moi qui ai une nature plutôt sauvage, indépendante et individualiste au départ, j'ai beaucoup, beaucoup appris dans ce domaine là... et j'ai découvert que ces qualités étaient non seulement utiles mais sources d'apaisement et de bonheur: pour résumer, c'est très très agréable de ne plus se regarder le nombril H24, et avoir 3 enfants m'a clairement sortie de ce "piège".

Alors oui, il y a plein, plein de moments, où je suis débordée, où j'ai l'impression de courir, d'être écartelée entre chacun des besoins (différents!) de mes enfants, notamment pendant la tranche 17h/20h que je gère seule la semaine et qui est un vrai tour de force (l'aînée est au CP, il y a aussi ses devoirs à superviser...)
Je ne compte pas le nombre de fois où je me baisse pour ramasser un jouet pour la 20ème fois en une heure, passe la serpillère à cause d'un verre renversé, récupère des bouts de verre brisés au sol alors que l'une m'appelle pour une question existentielle, l'autre, aux toilettes, me crie "mamaaaan, j'ai finiiiii", et la dernière pleure dans son lit parce qu'elle a jeté doudou par dessus bord, alors que j'ai oublié de retirer le brocoli de la casserole (tant pis, ce sera du brocoli très cuit), et que le livreur de courses sonne au même moment pour m'apporter 7 énormes cartons de victuailles.
En gros, ça, c'est ma semaine avec les enfants.

Le week-end n'est pas beaucoup moins agité: on se parle parfois un peu fort Jean-Chou et moi, même si on est assis côte à côte, et j'avoue que, pendant le petit-déjeuner, où l'on se lève chacun 10 fois, où l'on doit ramasser une tartine par terre, étaler le beurre de l'un, chercher la confiture pour l'autre, ramasser notre puce qui vient de tomber en glissant... je me prends parfois à m'imaginer comtesse dans Downton Abbey, assistée du matin au soir, habillée comme une poupée par ma femme de chambre, servie par une tripotée de valets le matin au petit déj, ce qui me permettrait de pouvoir boire ENFIN ma tasse de thé TRANQUILLE.
Oui mais voilà... cette vie trépidante, parfois épuisante, on ne l'échangerait pour rien au monde, finalement.

Évidemment, si on a l'impression de "survivre" à peu près à toutes ces contraintes familiales, c'est parce qu'on essaie de compenser énormément tous les deux. On le sait, et on se le dit tous les jours: ici, ou ailleurs, chez nous ou chez les autres, on le constate: si une famille tient, c'est grâce au couple parental. Le semblant d'équilibre qu'on a trouvé repose sur des piliers fragiles et solides à la fois, on essaie de ne jamais se laisser de côté ni perdre cet enjeu de vue. En fait on ne se force pas non plus... on en a surtout envie.
On dîne tous les deux, par exemple. Jamais avec les enfants, et on y tient beaucoup (pour notre santé mentale). D'abord parce que les horaires de Jean-Chou ne nous permettent pas de diner avant 20h30/21h, et ensuite, parce que ça nous arrange bien: c'est le seul moment de la journée où on peut se parler, se poser, entre adultes. Le dîner est une fête, chaque jour. Même crevés, même si le menu est simple, je tiens à ce qu'on se fasse plaisir, et on ne déroge pas à notre petit apéro quotidien.
 Plaisir, plaisir, plaisir. Des petits plaisirs tout bêtes, pas ambitieux, mais répétés au quotidien. Selon nous, il n'y a que ça qui peut nous faire tenir, et nous donner envie, ensuite, d'être généreux l'un avec l'autre, voire de s'effacer un peu pour le bien de la famille.


Avoir trois enfants ne nous empêche pas d'avoir une vie sociale, je dirais même qu'on sort un peu plus, maintenant... je crois qu'on en ressent plus l'envie, car on sait le bien que ça nous fait de se motiver un peu, même quand on est fatigués. On a trouvé une baby-sitter en or et on l'appelle assez souvent, pour aller voir un ballet, diner chez des copains, mais aussi sortir quelques heures dans la journée, déjeuner dans un super resto niçois juste tous les deux, ou simplement faire une balade.
On s'est fait des copains parmi les parents d'élèves, dont pas mal sont assez fêtards et connaissent les bars du Vieux-Nice comme leur poche (un de nos couples de copains a pour règle d'or de faire garder leurs enfants TOUS les vendredi soirs sans exception et de sortir en amoureux faire la fête jusqu'à l'aube... et ça fonctionne pas mal pour eux ;-). Ça donne des occasions de se détendre en dehors du contexte "anniversaires des enfants/sortie d'école", c'est convivial et ça "oblige" à rendre les invitations!


Mes parents gardent aussi parfois nos trois enfants le week-end. Pas très souvent parce qu'ils ont eux-mêmes une vie bien remplie, et pas trop longtemps parce que 3 enfants, c'est objectivement épuisant -on ne s'en rend pas compte mais on a une endurance et pris le rythme, les autres ne peuvent pas faire ce qu'on fait aussi facilement-... (et puis de toute façons nos enfants nous manquent trop au bout de 3 jours, donc ça nous va bien comme ça...), mais quelques fois dans l'année, on a l'occasion d'avoir un week-end tous les deux: soit on en profite pour aller au ski l'hiver, soit on fait quelque chose de tout simple, on reste à la maison, un ciné, un resto, une rando, une escapade à la plage. Rien de bien ambitieux, donc, mais pour nous l'essentiel est bien là: se retrouver tous les deux autour de moments simples et de qualité.


On aime aussi, pour intensifier notre vie de famille et sortir de la routine quotidienne, prévoir des petites escapades, des week-end ou des vacances tous les 5. On a plutôt la bougeotte, alors on essaie, avec nos contraintes, de trouver des petites destinations accessibles et intéressantes. Et on a la chance de pouvoir réaliser quelques unes de nos envies.
Notre dernier séjour, à Edimbourg à la Toussaint, a été une idée qu'on ne regrette pas: C'est toujours réjouissant de (re)découvrir ses enfants, et les voyages permettent ça, justement: de se retrouver tous ensemble dans un contexte nouveau, dans l'inconnu. On apprend à chaque fois tant de choses sur nous-mêmes et sur eux!
J'essaie de me tenir à une règle que mes parents ont toujours appliquée: faire des voyages pour avoir des paillettes dans les yeux ensuite pendant de longs mois, mais en même temps, avoir toujours dans le viseur un nouveau voyage à faire, l'organiser longtemps à l'avance, car le rêve et le plaisir de s'imaginer quelquepart font partie intégrante du plaisir de voyager, et les projets soudent la famille.


Finalement la vie avec trois enfants est, pour résumer, dans le "encore plus": c'est plus de fatigue, plus de choses à faire le week-end, plus de lessives à faire (aaaah, les lessives), plus de bruit, plus de miettes par terre, plus de yaourts à acheter, plus de problèmes logistiques, plus de réveils la nuit, plus de disputes et plus de caprices (vu comme ça je veux bien comprendre qu'on s'étonne que des gens puissent décider d'avoir des familles nombreuses ;-).
Mais c'est aussi plus d'activités, plus d'interactions, plus d'amis qui passent à la maison, plus d'occasions de confronter les points de vue, plus de rires, plus de discussions intéressantes, plus d'émotions fortes, plus de projets, plus d'envies.


Jean-Chou et moi on se dit souvent qu'on était fait pour avoir 3 enfants (au moins)... alors qu'on n'avait jamais vraiment planifié quoi que ce soit (même si je savais que j'en voulais plusieurs).
On a aussi, au quotidien, conscience que ce qu'on a est une chance, un petit miracle... et que tout peut s'écrouler demain. Peut-être que les évènements dramatiques du début de l'année accentuent encore un peu ce sentiment, ou peut-être aussi qu'en "vieillissant", en voyant autour de nous comme les séparations, la maladie et la mort peuvent arriver sans prévenir, on se recentre un peu plus sur les choses importantes. Parce qu'on ne vaut pas mieux que les autres, on n'est pas plus protégés.

Personnellement j'aime la vie avec trois enfants, j'aime cette sensation d'être un peu débordée parfois, accaparée, tiraillée, car j'ai l'impression que la vie prend le dessus sur les angoisses ou les questions: Je suis quelqu'un d'assez cérébrale, mais je me découvre et change beaucoup, avec la maternité: j'apprends à vivre la vie telle qu'elle m'est offerte, plus qu'à la penser et l'analyser. Avec ces trois enfants, cette vie de famille qui a ses avantages et ses inconvénients, il y a moins de temps et de place pour l'overthinking, comme disent les anglo-saxons... et personnellement c'est quelque chose que je n'avais pas spécialement anticipé avant de devenir mère, et qui a un effet très positif sur moi.

J'apprends aussi, mais ça c'est sûrement parce que je m'occupe à temps plein de mes enfants, à vivre le quotidien, dans toute sa banalité et sa simplicité, comme quelque chose d'exceptionnel. Et ça tombe bien, parce que je pense sincèrement qu' avoir trois enfants qui vont bien, leur père avec moi, un toit et plein d'envies, ça l'est, exceptionnel. Il n'y a rien qui compte à part ça.
Je ne sais pas combien de temps j'aurai la chance de profiter de cette petite vie, alors, pour l'heure, j'en profite, tout simplement. Même quand c'est plus dur, même quand c'est plus compliqué. ("vivons heureux en attendant la mort", comme disait Desproges...)
Je crois que c'est ça aussi, que la vie de famille nous apprend: faire le CHOIX du bonheur...


(Un petit coucou au passage à une de mes meilleures amies qui vient d'apprendre -et de m'apprendre- qu'elle attendait un petit troisieme-surprise...)







9 commentaires:

  1. Cet article est vraiment chouette et j'ai eu envie de relire les bilans précédents. Il semblerait que ce soit l'arrivée du 1er qui bouscule le +
    Ton optimisme et votre esprit d'équipe avec Jean Chou sont très inspirants.

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  2. Encore un bien beau billet qui donne envie de se reproduire!
    Vous avez trouvé un bel équilibre avec Jean-Chou (en même temps, quand on fait d'aussi bonnes spagheti alvongole, on ne peut pas échouer dans son mariage non plus). :)

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  3. Pas toujours simple l'organisation , pareil ici entre les 4 et le travail c'est souvent chaud toujours plus à faire!! Vous eêtes une super équipe avec Jean Chou!

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  4. oui merci pour cet article très sympa. C'est quoi la recette des sphagetti alvongole ?

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  5. Bonjour, c'est avec plaisir que je découvre votre blog avec ce billet (grâce à en aparté). Voilà un témoignage qui fait plaisir. Je crois qu'à différentes étapes, cette harmonie familiale est à réinventer constamment. Et que c'est motive c'est de vouloir ensemble un projet familial commun dans lequel chacun trouve son compte et s'épanouisse. bravo et merci!

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  6. Maman d'un petit troisième tout neuf, je n'ai rien à ajouter... j'adore ma vie!! Bravo pour tes écrits qui sont très justes. Le "comment vous faites" me fait sourire... notre vie déborde... et surtout de joie pour le moment... et c'est bien l'essentiel dans ce monde de dingues. Carpe diem.

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  7. Merci pour ce chouette article qui résonne particulièrement puisque Numéro trois pointera le bout de son nez dans quinze jours maxi !!!!
    j'aime que vous recentriez bien le débat autour de l'importance du tandem qu'est le couple ! c'est VRAI !
    merci pour ce blog sympa, vrai, joli que j'ai découvert il y a quelques semaines!

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