mercredi 25 mars 2015

"Regard des autres": La femme doit-elle faire trois enfants?


Le Petit Poucet


J'ai parfois des discussions avec des mères qui se demandent si elles devraient "faire un petit troisième" (ou un petit quatrième, c'est un peu la même chose). Une crainte revient régulièrement quand on les écoute, au delà de celles, bien évidentes, liées au changement de voiture ou à la privation d'alcool pendant neuf longs mois (sic); c'est cette fameuse question du "regard des autres".

Ah, le regard des autres! le jugement de la famille, des voisins, voire des inconnus (surtout des inconnus, même)... il peut avoir, en fantasme ou en réalité, une vraie influence sur la décision de certaines mères.

Voici donc un petit résumé de ce que, une fois à la tête d'une famille nombreuse, vous pourrez apercevoir dans le fameux et ô combien important "regard des autres", toujours bienveillant et exempt de jugement facile:






- On pourra, tout d'abord, vous percevoir comme un cas social. Celui qui porte des jogging Adidas satin, le fameux, qui fait des gosses "pour les allocs", pour avoir des potes miniatures à emmener dans les stades de foot avec lui, ou des pisseuses pour aider môman à faire les courses. Vous savez, le beauf dégénéré qui finira, au mieux, en marcel dans Super Nanny, en train de faire des concours de rot. Ça donne envie, non?

- si tant est que vous vous habilliez en vert bouteille et que vous n'ayez rien contre la lecture des pages saumon du Figaro, vous pourrez entrer tout aussi facilement dans une autre catégorie, tout aussi enviable:
Celle estampillée du "catho intégriste": qui fait des enfants car la contraception lui est interdite, qui porte des chaussettes dans ses sandales, qui met des bermudas à sa marmaille pendant l'hiver comme chez les scouts ("ça fortifie"), et qui passe l'été en camp de rando-pélerinage, sur le thème "Bernadette Soubirou, serre-tête et Birkenstock". Et alors qu'ils n'ont pas tellement besoin des allocs, ils en profitent quand-même, ces fourbes.
Avouez que c'est tentant de faire partie de ce club.

- Dans un autre registre, et selon les signes extérieurs de richesse que vous arborez, vous pourrez tout aussi bien être considéré, par votre choix d'agrandir la famille, comme un bon bourgeois très bien payé (attention, ces gens là peuvent, eux aussi, inspirer la haine, réfléchissez-bien), voire un nouveau-riche arrogant, qui agrandit sa famille pour affirmer sa puissance et sa splendeur.
Cette catégorie abrite un grand nombre d'enfoirés, selon les dires des fameux "autres", puisque s'ils touchent les allocs, c'est seulement pour se payer une semaine supplémentaire au Club cet été, ou les options de l'Audi. Sans même avoir honte.
Mmmmmh... c'est vrai que cette catégorie est, elle aussi, pleine d'attraits.

Dans laquelle vous situerez-vous? (notez comme la question des "allocs" est commune à toutes les catégories)

Vous aurez peut-être l'occasion aussi de croiser sur votre chemin des voyantes, oiseaux de mauvais augure, qui, munies de leur boule de cristal, vous prédiront difficultés, problèmes à l'adolescence, divorce, voire fin tragique. Vous pouvez très bien choisir de les écouter, elles sont bien placées dans la catégorie "regard des autres". Pour les reconnaître, notez l'exclamation "quel courage, ma pauvre!" insidieusement glissée à la fin d'une phrase. Elle est rarement un signal positif, elle exprime même, parfois, un petit plaisir sadique.

Si vous tendez bien l'oreille, et fréquentez les endroits adéquats bien-sûr, vous subirez aussi peut-être les foudres de certains dénatalistes-décroissants un peu extrémistes (ils s'expriment plus librement sur internet). Ces personnes, qui font souvent grise-mine, drapées dans leur pessimisme communicatif, et connaissant leur Pierre Rabi (et leur Marion Cotillard) sur le bout des doigts, n'hésiteront pas à entrer sur votre propre territoire privé pour vous reprocher d'avoir fait un enfant supplémentaire, et ce, même si vous avez dépassé les délais légaux d'avortement. (le fantasme de la politique de l'enfant unique les taraude...)
 Les arguments souvent employés sont les bien connus: "avec le monde qu'on laisse aux générations futures, la crise, la surpopulation, la pollution, les carnivores, la corrida, le chomage et l'abrutissement des masses par le pouvoir qui tient les medias, la tournée des Enfoirés et le staff de Christophe Maé, comment pouvez-vous être irresponsables au point de faire des enfants?".
En effet, et c'est bien connu: Le monde n'a jamais été aussi sûr qu'au Moyen-Âge, au cours du sanglant XXème siècle ou pendant les diverses famines, guerres et autres cataclysmes ayant frappé l'humanité précédemment.
Aujourd'hui en revanche, avec les progrès scientifiques, l'amélioration des conditions de vie, quelle folie d'avoir un peu d'optimisme! quelle absurdité d'avoir une pulsion de vie, de ne pas rêver d'une société suicidaire, rigide et vieillissante, quelle bizarrerie d'avoir envie de fonder une famille, donner un sens à sa vie de cette manière, créer, transmettre, croire en l'avenir!

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Voilà, nous avons fait un tour rapide des diverses hypothèses discursives envisageables basées sur ce fameux "regard des autres".
Je pourrais vous proposer une dernière chose: Et si, au lieu de vous inquiéter de cet omnipotent et imposant "regard des autres" -que parfois vous avez imaginé de toutes pièces- vous décidiez de vous contenter de votre propre regard, de vos propres envies?
Quoi que vous décidiez dans la vie, il y aura toujours, si vous cherchez bien, un "autre" qui critiquera votre choix.
Et si, à la limite, si le regard des autres compte pour vous, vous décidiez de ne tenir compte que de celui des gens qui vous veulent du bien?

J'ai autour de moi des "bigots à crucifix" transportant leur marmaille dans des voitures familiales autrement appelées "bétaillères à cathos", et même d'autres qui entrent dans la catégorie affreuse des "jet-setteurs capitalistes" exploitant des femmes de ménage et écoutant BFM business en caressant leur Rolex.

Ce sont surtout, quelles que soient les catégories farfelues dans lesquelles les "autres" voudraient réussir à les faire rentrer, des mères de famille nombreuse, de 3, 4 enfants, intéressantes, inspirantes, qui ont une vision de la vie intelligente, qui ne se noient pas dans un verre d'eau, et qui sont libres: libérées de cette fameuse question du "regard des autres" qui peut obséder certains, et donc sereines.
J'aime beaucoup écouter, observer, les familles nombreuses, pour ces raisons. On a souvent beaucoup à apprendre de leurs petites techniques d'organisation, de la gestion humaine de leur micro-société, et de leur vision de la vie en général... souvent plus optimiste et positive que la moyenne.

Alors? Toujours curieuse de savoir ce que les autres penseraient, eventuellement, de vos choix?
Prochain programme: Live Your Life! ;-)

A lire aussi: Maternité, estime de soi et lâcher-prise.



3 commentaires:

  1. Avec un famille de 4 enfants, j'ai la chance de n'avoir toujours eu que des regards plutôt bienveillants. Le milieu environnant, qui penche facilement vers les catégories bourgeoisie aisée/ catho aide certainement à celà, autour de nous avoir 3 ou 4 enfants est très courant.
    Par contre j'ai eu vent pendant ma grossesse des discours anti-natalistes ("il est irresponsable d'avoir plus de deux enfants" et autres joyeusetés) qui m'avaient alors pas mal heurtée.

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  2. une de mes amies mère de 6 enfants me racontait que le jour où elle a annoncé en salle des profs qu'elle attendait son 4è ou 5è ; elle avait bien senti une certaine incompréhension voire désapprobation
    sa conclusion : un couple uni qui annonce qu'il attend un 4, 5 ou 6è est forcément un peu irresponsable (ou membre d'une des catégories décrites dans le post) alors que pour les parents d'une famille recomposée qui en a autant, addition faite des enfants des premières unions : c'est génial ils concrétisent leur amour !!!!!
    comme quoi tout est relatif : donc vive la liberté !

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  3. Notre deuxième n'est plus là, et parce que nous (son papa et moi) sommes les seuls à l'avoir vue, portée et embrassée, pour beaucoup, elle n'existe pas. Et je me bats, tous les jours, pour donner à chacune de mes filles sa place dans notre famille. Je me sens maman de 3 enfants, même si je n'en ai que 2 dans les bras, et même si je n'ai ni "les allocs" ni la carte famille nombreuse. Comme quoi, certaines familles peuvent être plus surprenantes que ce qu'elles laissent à montrer au premier abord...

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