lundi 20 avril 2015

Les émotions d'une mère




Souvent, je fais ce constat: ce qui me parait le plus difficile dans le rôle de mère, au delà de la fatigue physique, des responsabilités matérielles et des tâches domestiques en tout genre, c'est la gestion des émotions: celles de mes enfants, ajoutées aux miennes.

J'ai des amies, ou même des connaissances, qui me font souvent la même remarque: il parait que je dégage de la zénitude... ça m'amuse, à chaque fois, d'entendre ça.




Je ne sais pas si c'est la cause ou la conséquence, mais oui, en apparence, je suis comme l'eau qui dort: calme, cool, sereine, égale à moi-même. Mais il se trouve que je vis sous cette carapace, et donc ma vision diffère un peu!
 En réalité, il se passe mille choses dans mon esprit, je me pose sans cesse tout un tas de questions, et j'essaie de jongler entre mes émotions, angoisses, et projections, et celles de mes enfants, qui sont une fatigue supplémentaire, mais aussi une opportunité, une qualité qui m'a fait aimer la maternité: celle de m'oublier un peu pour m'occuper d'abord d'eux.

 Mais c'est vrai qu'il y a des moments où, comme pour toutes les mères je pense, c'est difficile de rassurer mon aînée parce qu'elle a peur d'attraper telle maladie/d'aller au lit parce qu'elle pense à la mort, de câliner mon fils au retour de l'école, parce qu'il a besoin de son petit sas de décompression et de tendresse pour réussir à se détendre après les multiples émotions de sa journée, et en même temps, d'entendre les pleurs de mon bébé parce qu'elle a jeté son doudou par dessus les barreaux de son lit.
En plus de ces émotions du quotidien à gérer, j'ai à prendre sur moi mes émotions, et même un peu plus: mes angoisses et craintes de mère.

Souvent je me demande jusqu'à quel âge une mère s'inquiète pour ses enfants, vit viscéralement les émotions qu'ils ressentent, pense à eux avec une pointe dans le cœur. Quand ils sortent pour la première fois seuls dans la rue, prennent l'avion pour un long-courrier, vivent leur premier chagrin d'amour ou vont vivre à l'étranger...
J'ai cru comprendre que cela ne s'arrêtait jamais vraiment...souvent je pense à ces mères devenues grands-mères, et je me dis qu'elles ont du déployer des efforts assez démesurés dans la vie pour surmonter leurs angoisses et émotions négatives de mères, ce sont des maîtres yogi, des combattantes, des femmes au mental d'acier! Je me dis assez régulièrement, d'ailleurs, que la vie étant un sacré  enchainement d'épreuves plus ou moins gratinées, cela me parait presque être la moindre des choses, pour certains, de perdre un peu la tête en vieillissant, voire de carrément péter un boulon, comme on dit dans ma douce région.

Il se passe tout un tas de choses dans ma petite tête.. et en tant qu'émotive, si je veux rester un peu droite dans mes bottes, j'ai forcément besoin, face aux émotions de mes enfants qui m'assaillent de toutes parts, de fermer le rideau momentanément, de prendre ma pause quelques instants, au risque de passer, parfois, pour une mère un peu froide et distante (même si je ne souhaite surtout pas être perçue comme telle par mes enfants). Je n'ai pas de culpabilité particulière, d'ailleurs, à prendre mes moments pour moi, et pour mon couple, tant je sais qu'ils sont essentiels à mon équilibre émotionnel, et qu'ils me permettent ensuite d'être plus disponible encore et à leur écoute.

Je suis une grande sensible, une grande émotive. Depuis toute petite, je n'aime pas trop les bruits trop forts, la foule, l'agitation pour l'agitation... Ma mère avait souvent besoin de me calmer, à l'aide d'un bon bain chaud, après l'école, qui, même si j'aimais ça, me stressait, m'excitait et me mettait dans tous mes états.
 Depuis l'enfance, je mets en couleurs, plus ou moins gaies, mes idées, j'ajoute, dans un coin de ma tête, des ressentis de toucher "imaginaires" (rugueux, doux, caoutchouteux, soyeux...) aux émotions, selon qu'elles sont positives ou négatives... j'ai l'impression que je ne fais que surligner, stabyloter, mettre de l'emphase à ce que je ressens et vis... pour les enregistrer encore mieux et encore plus intensément. dans quel but? je ne sais pas trop... Transmettre, entretenir les souvenirs, raconter une histoire, certainement...
Ajouter du ressenti aux ressentis, voilà qui est un peu fatigant... mais la vie ne me parait intéressante que comme ça! (et puis de toutes façons je n'ai pas vraiment choisi)

J'ai besoin de moments calmes, de moments de pause, dans lesquels je puisse me retrouver avec moi-même, pour libérer tout ça, sinon j'ai l'impression que je pourrais devenir folle, ou pire, aigrie et desséchée. Certains fuient la solitude, passent leurs vacances et leurs week-end entourés d'une foule de gens, car ils ont peur de l'ennui... au contraire, et peut-être parce que j'ai la chance d'être très entourée, je la recherche, j'aime les petits comités, les moments d'intimité avec les gens. J'adore les pages blanches, les trous dans l'agenda, la sensation de vide, le silence (plus que la musique), les moments hors de tout, car ils sont le début des choses intéressantes: ils sont la porte d'entrée vers mes échappatoires préférés, empêchant la possibilité même de l'ennui: la lecture, l'écriture, le dessin, la photo, le yoga, les activités manuelles en tous genre... et depuis peu, la couture.
Ces moments où j'ai l'impression de vraiment être dans MA vie à moi, où mon esprit est enfin libre de divaguer à son rythme et de créer librement des histoires, ou des choses plus concrètes avec mes mains ou mon corps... me donnent du plaisir.

C'est cette compensation, je crois, qui fait que  j'arrive à peu près à gérer ma fatigue émotionnelle de mère... même si ça ne fonctionne jamais parfaitement à chaque coup.
Une chose est certaine en tous cas, c'est que les émotions qui me paraissent utiles, ce sont ces émotions existentielles. Je les analyse, et les entretiens plutôt. En revanche je ne me stresse pas pour les choses matérielles banales, je reste de marbre pour ce qui ne me parait pas dramatique: une tache sur un canapé, un enfant qui a oublié de mettre son pull le matin en partant et qui aura certainement un peu froid pendant une heure, un verre renversé à la maison, un anniversaire sans thème prédéfini comme c'est à la mode dans les blogs, ni déco parfaite (et sans vie!) de magazine, une énième chute et un petit bobo...
Je reste assez zen face à tout ça, et même si je l'étais déjà avec mon ainée, avoir une famille nombreuse ne peut que pousser à la distanciation: avec trois enfants, de toutes façons, j'ai trois fois plus de risques, chaque jour, qu'il se passe quelque chose de négatif.
C'est d'ailleurs pour cela que j'ai voulu avoir au moins deux enfants: je ne me sentais pas capable de gérer mes émotions de mère de manière saine avec un seul enfant, j'aurais eu l'impression de tout faire peser, même inconsciemment, sur ses uniques épaules: mes attentes, mes fiertés, mes déceptions... avec trois enfants, mes tares et angoisses seront, au moins, projetées en spray sur eux... chacun pourra éviter de tout recevoir sur lui et lui seul, et aura, selon moi, plus de possibilité d'échapper à la toute-puissance maternelle!

Au quotidien, avec les enfants, j'ai sans arrêt l'impression de faire des micro-arbitrages à chaque minute: important/accessoire, grave/pas grave... je ne peux pas me permettre de me mettre dans tous mes états pour un rideau tâché, des miettes dans la voiture, une plaie sur un genou ou un vêtement trempé.
Je préserve ma capacité à paniquer ou m'inquiéter pour ce qui le mérite vraiment, sous peine d'arriver épuisée à la fin de la journée.
Je pense que ma personnalité est ainsi faite, même si je mesure tous les progrès accomplis, et l'évolution qui est en train de se faire dans mon cerveau de mère... il y a aussi tout un travail de recul sur ces micro-traumatismes du quotidien... je vois bien que, par respect pour mes enfants, je ne peux pas me permettre de leur donner l'image d'une mère angoissée ou hantée par des manies un peu effrayantes d'ordre, de propreté ou de perfection.

Mon éducation joue certainement un peu dans mon attitude, puisque j'ai aussi reçu en héritage paternel cette espèce de pudeur des sentiments, l'idée qu'on ne peut pas se répandre sans limites en public, exprimer ses émotions à l'envi (contrairement au comportement qu'on peut avoir " en privé")... je me suis parfois un peu rebellée contre ce principe qui me paraissait un peu hypocrite, qui a des inconvénients certains. Cette idée de rester droit et calme en société, cette rigueur un rien britannique du "never explain never complain", malgré les tourbillons d'émotions intérieurs qui voulaient me submerger...

 Mais maintenant que je suis adulte et mère, je mesure tous les avantages et forces de cette discipline: d'abord c'est elle qui rend créatif, qui pousse à développer plein de stratagèmes pour exprimer moins directement et, selon moi, plus finement l'émotion... ensuite parce que c'est un vrai respect pour les autres (amis proches, mais aussi ses propres parents et enfants) que de ne pas les prendre pour le réceptacle (voire la poubelle) de nos émotions dans toute leur instantanéité et leur volatilité... et ensuite parce que c'est une protection pour soi-même; cette pudeur des sentiments permet aussi de rester digne même quand tout se détraque à l'intérieur, et donc de mettre un peu à distance ce qui nous bouleverse.
 D'où mon apparence peut-être, pour certains, pas seulement zen, mais un peu froide... (alors qu'en vrai, sous la glace, il y a le feu!).
(Je suis parfois un peu une Lady Mary ;-)

J'ai d'ailleurs toujours un peu d'étonnement (bon, disons-le franchement, j'ai un peu de mal) face aux gens hyper expansifs, latins et tactiles, "mères juives" qui prennent toute la place, qui expriment, avec force embrassades, de manière franche et directe, leur enthousiasme débordant, éclatent de rire facilement, ou au contraire, et dans la minute qui suit, expriment leur désespoir le plus profond, avec moult larmes et grimaces, sans parler de leurs angoisses débordantes ou de leurs succès tonitruants, sans se contenir un minimum...
Ils m'étonnent, m'agacent de mettre autant de pathos dans leurs envolées lyriques, même si je les admire aussi un peu, au fond, d'avoir cette liberté dans l'expression.

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Et vous? quelles sont vos techniques pour gérer vos émotions de mère? Les exprimez-vous directement, ou êtes vous plus cérébrale? les laissez-vous s'exprimer librement, ou essayez-vous de les mettre à distance?
Comment vous ressourcez-vous? réussissez-vous à vous extirper du quotidien et de vos responsabilités (en gros, tout le monde se repose sur vous au quotidien, si je ne me trompe pas), pour ne pas avoir l'impression de vous oublier?



7 commentaires:

  1. Très intéressant ton article car il reflète presque parfaitement ma façon d'être - pas intéressant parce qu'il me ressemble mais parce qu'il me fait réfléchir ! Comme toi, j'ai une apparence calme et zen alors que parfois je bous à l'intérieur. Mais je préfère souvent différer mes impulsions. Je crois que face aux enfants c'est plutôt une bonne attitude car cela les apaise probablement de sentir qu'ils peuvent s'appuyer sur nous et de ne pas grandir avec une montagne russe... Enfin j'espère ! Ma technique je crois pour ne pas me laisser déborder, c'est d'anticiper au mieux tout ce qui est matériel et logistique pour me laisser assez de temps et de liberté d'esprit pour gérer les aléas quotidiens, crise de larmes, colère, rébellion... et je prends quand je peux des moments solitaires à ne rien faire. Ca me ressource.
    Le tempérament "méditerranéen" ne me correspond également pas du tout mais par contre je le "vis" au quotidien car mon compagnon en est un assez bonne caricature ^_^. Je le vis assez bien avec lui mais ça m'insupporte chez ma belle-mère... Probablement parce que lui, j'en suis amoureuse ! Mais après tout, c'est quand même positif car grâce à lui j'ai appris à me mettre (vraiment) en colère de temps en temps et à ne pas considérer ce sentiment comme négatif, ce que j'avais tendance à faire avant.

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  2. Sans être la mère latine hyper expansive dont tu parles (moi aussi je suis sujette à l'épuisement, j'économise mes crises de nerfs :-), je crois être beaucoup plus versatile que toi, et parfois, j'applique instinctivement cette technique qui consiste à en faire des caisses à l'extérieur pour que ça ne remue pas trop à l'intérieur. Mimer de façon grotesque et démesurée une émotion qui n'existe que sous une forme minimale, mais qui ce coup-là a besoin de sortir : il y a moi d'un côté, plus ou moins cocotte-minute selon les jours, et il y a mes émotions plus ou moins fortes selon les jours. Parfois un rien me fait partir au quart de tour, parfois tout glisse sur moi comme l'eau sur les plumes d'un canard. Quand je roule des yeux et que je hurle à la mort parce ma fille a trempé son coude dans son assiette, je clownise une petite crispation pour réussir à me détendre, pour prendre de la distance, pour me défouler de tout le reste, pour parer au risque d'exploser beaucoup plus sérieusement à la prochaine connerie. Et ça marche, la pression redescend (parfois). Evidemment c'est plus simple de s'en foutre d'emblée, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a comme caractère...

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  3. je me reconnais parfaitement dans ce portrait ! J'ai le sentiment d'être un concentré d'émotions mais celles-ci restent à l'intérieur. Comme toi, je m'épargne le débordement en épurant le quotidien. Mes enfants ont le droit d'envahir le salon de jeux, de légo, tant que je peux bouquiner ou jouer de la musique à côté ! Ma mère ne prenait jamais le temps de lire ni de s'assoir et sa fatigue nerveuse rejaillissait sur nous comme la lave d'un volcan; j'ai besoin de moments seule dans la maison, je me lève tôt le matin pour profiter, je rentre le midi et je me nourris de lecture et de musique. J'accepte de ne pas toujours être dans l'action.... Et c'est vraiment un exercice dans notre société ultra-rapide et ultra stimulante. Tu es le seul blog que je lis, le reste ce sont des livres ... et bravo pour ton écriture que j'aime beaucoup

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  4. Merci pour vos témoignages!
    On en revient à la parabole de Marthe et Marie finalement (dans mon billet précédent)...
    Quelle est l'image de la mere qu'on souhaite (si on y a réfléchi) montrer à ses enfants?

    Pour moi aussi, il me paraît important de montrer une mere aussi sereine que possible (même si ce n'est qu'en apparence), calme, qui prend du plaisir sans culpabilité et n'est pas en colère ou stressée continuellement (même si je crie, m'énerve et craque régulièrement, bien sûr, et que c'est important aussi Qué les enfants voient NY qu'on a des émotions positives ou négatives) au quotidien.
    Je constate les dégâts sur certaines femmes que j'observe d'avoir eu des meres leur ayant transmis la culpabilité de l"inaction" (= au lieu de perdre ton temps à lire ou regarder un film, fais donc quelquechose d'utile et de pratique, range tes tiroirs par exemple!") ... Elles sont un peu désemparées quand elles se retrouvent avec elles memes... Je pense qu'ilfaut essayer d'encourager la richesse du monde intérieur à ses enfants car c'est la libérté! En adaptant cela aux contraintes réelles et devoirs de la vie quotidienne bien sur.

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  5. Merci pour ce blog que je suis depuis longtemps, be commente jamais mais m'en nourrie car je me retrouve beaucoup dans vis écrits...j'ai 40 ans, deux petites filles, envie d'un 3eme...peur d'un 3eme.... Vos écrits sur la femme, la mère, la société en général me parlent de plus en plus, et vos paroles sont de plus en plus intenses et réfléchies.
    Merci pour ces petits moments "" prise de recul" sur une vie qui va parfois trop vite ..

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  6. Bonjour Marine, je lis régulièrement ton blog sans jamais commenter mais ce post m'interpelle. Je pense qu'il y a beaucoup de générationnel la dedans, de transmissions issues de notre propre enfance. Dans notre famille tout à fait méditerranéenne, on a toujours eu l'habitude d'exposer très clairement aux autres membres nos états d'âme, nos folies, nos humeurs, nos coups de colère, nos éclats de rire. Le cocon familial était et est toujours le théâtre (c'est le cas de le dire !) de nos émotions diverses et variées. Autant dire que c'est ... "volcanique" chez nous ! autant dans le positif que dans le négatif. C'est quelque chose que j'ai apprécié, cette liberté de vivre ses émotions comme on l'entend. Sans gêne, ni honte. Sans taboo aucun. A mon sens, cela donne de la confiance en soi, cela fédère autour du cocon familial. Rien n'est vraiment pris au sérieux finalement. Cela a permis à ma famille de traverser de sacrés crises là où beaucoup d'autres auraient perdu la tête et les nerfs ! On s'éloigne totalement de l'image du parent parfait, lisse et imperturbable, qui peut faire peur à l'enfant (j'ai des amies qui ont souffert de ça) Aujourd'hui, j'essaye donc de reproduire ce schéma familial avec mes enfants, je me censure peu, je laisse toute la place au grain de folie, à l’exubérance, aux déversements d'émotions (tout en essayant de garder un certain contrôle bien sur en tant que parents) j'encourage mes enfants à les exprimer aussi, sous toutes leurs formes, pourvu que ça leur fasse du bien. Mon mari, pas du tout méditerranéen à la base, s'est totalement fondu dans ce moule aussi.
    Comment je me ressource ? dans le calme justement ! Dans l'introspection.
    Très joli blog !

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  7. Je me reconnais bien dans ton billet. Pour moi trouver comment me ressourcer reste problématique. Il faudrait que je sois seule et je ne le suis jamais... Même dans les moments où je dessine je fais du sport... Alors j'essaie d'apporter un Max de rires et légèreté mais je continue de Pèter un câble une fois tous les 9 jours 😂

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