vendredi 10 avril 2015

Leur père

Jean-Chou avec notre fils, il y a 3 ans (par Marine)


Ça fait plusieurs années maintenant que j'écris ici, et j'ai rarement parlé de mon couple. Vous connaissez Jean-Chou de manière plutôt vague, et je ne compte pas m’appesantir beaucoup sur le sujet... Par respect pour son intimité d'abord, puis celle de notre couple, dont la vie privée est sacrée... mais aussi pour nous protéger, par prudence, voire par superstition.
Et puis, au fond, la vie privée des gens n'intéresse personne, ce qui est intéressant c'est justement ces choses universelles qu'on réussit à tirer de nos insignifiantes et modestes petites vies.

Souvent, néanmoins, je pense à écrire un billet sur lui, à son image: discret et respectueux... le voici aujourd'hui, en espérant réussir.




Si je suis mère aujourd'hui, c'est grâce à Jean-Chou. Je n'avais jamais particulièrement rêvé de me marier, ni de devenir mère. Je crois que, enfant, je ne m'étais jamais projetée dans ces rôles de mère et d'épouse. Je vivais ma vie, j'aimais bien ma liberté, mon corps ne me paraissait pas spécifiquement conçu pour enfanter, et je ne voyais pas où, en moi, il y avait une quelconque fibre maternelle.

Je l'ai rencontré par hasard, dans un endroit lui-même hasardeux, à une période de ma vie où je pensais en avoir terminé, au moins temporairement, avec l'amour.
Je ne sais quoi penser du destin ou du sens du hasard... toujours est-il que des années après, en me réveillant le matin, j'ai toujours les yeux écarquillés en l'apercevant à côté de moi. J'ai toujours ces flashes de bonheur, presque violents, qui me coupent un peu la respiration, me donnent le vertige, en constatant le miracle de l'avoir toujours près de moi. Une espèce de gratitude béate, associée à la petite inquiétude quotidienne inévitable; celle de le perdre.

C'est grâce à lui que je suis devenue mère. C'est lui qui m'a permis de réveiller ma fibre maternelle, celle que je croyais, de manière un peu cynique et arrogante, ni très intéressante ni très utile.
C'est lui qui, comme moi, a voulu un peu plus fort chacun de nos trois enfants, malgré les humeurs changeantes et fracassantes de sa douce pendant les épreuves de la grossesse.
C'est avec lui que j'ai appris à être mère, que j'ai appris à laisser tomber tout un tas de postures inutiles de ma vie d'avant, et que j'ai confiance en moi.

En matière d'éducation, je suis instinctive, j'écoute mes ressentis. Je ne suis pas inquiète, j'ai globalement confiance, je ne lis rien sur le sujet, et en observant mes enfants, je sais comment ils vont et ce que je dois faire, de moi-même. Parfois même c'est moi qui le rassure, leur père, alors que je suis sensée être la sensible de service, et lui le roc. Je me sens, plus qu'une mère suffisamment bonne, et cela peut paraitre vaniteux... une bonne mère. Vraiment. Avec toutes ses imperfections.

Si je suis aussi bien dans mes baskets de mère, si je m'épanouis dans la maternité, c'est à lui que je le dois. C'est lui qui me donne assez d'amour pour que je puisse en avoir à revendre à mon tour. Dans les moments de grosse fatigue, ou de tension entre lui et moi, d'ailleurs, je sens comme une sécheresse qui déteint sur mon cœur de mère. Je me dis à chaque fois que j'espère ne jamais laisser de place à cette petite pointe d'aigreur qui affleure parfois.
C'est lui qui me soutient, qui me guide, qui me conseille et m'encourage, dans les moments de doute. Il me dit que je suis belle, que je lui plais, même enceinte, même quelques jours après l'accouchement, dans les périodes où j'ai un regard dur sur moi-même, sur mon apparence physique qui me donne l'impression de m'échapper.

C'est lui qui partage tout avec moi, c'est lui qui me prend dans ses bras pour me laisser pleurer, c'est lui qui retient sa respiration en tenant notre bébé dans les bras, en observant le gynéco me tirer d'affaire après un accouchement difficile. C'est lui qui est là aussi les mauvais jour, ou pour entendre les mauvaises nouvelles. C'est lui qui est là aux enterrements.
  C'est lui qui me remue un peu, qui me met ce petit coup de pieds aux fesses dont j'ai parfois besoin pour qu'on se retrouve, qu'on parte juste tous les deux. C'est pour lui et pour notre couple, que nous plaçons tous les deux en haute-estime, que j'ai envie de faire des efforts, de plaire.
C'est finalement assez traditionnel mais c'est lui que j'appelle et qui intervient, avec les enfants, pour faire sa grosse voix de papa quand ils dépassent les bornes, et c'est moi qui me mors l'intérieur de la bouche, qui retiens pour le laisser dans son rôle de père, pour montrer aux enfants qu'on est solidaires, même si je ne suis pas forcément d'accord avec lui (et c'est lui qui me demande, ensuite, un peu coupable, s'il n'a pas grondé un peu fort...)

Souvent je dis à Jean-Chou à quel point mes enfants ont de la chance de l'avoir comme père. Je le regarde passer du temps avec l'un d'eux sur des jeux de société, ou s'investir à fond dans l'histoire de fées et de princesses que mon aînée lui raconte avec passion, en s'agenouillant à côté d'elle. J'adore le voir consoler ou encourager ses enfants, je trouve qu'il a beaucoup de psychologie, qu'il est plus doué que moi sur plein de choses, qu'il trouve souvent les bons mots,  parfois pour gronder sans rabaisser, et le reste du temps, encourager et valoriser ses enfants. Il les aime de la bonne manière.
Je fonds en le voyant faire durer le moment du bain avec sa dernière, juste pour le plaisir de pouvoir l'habiller ensuite, et lui croquer les cuisses et les mollets tout potelés. J'adore quand il me demande "tu crois qu'on pourra s'habituer à ne plus avoir de bébé à la maison, un jour?".

C'est lui qui m'a rendue femme, et qui m'aide à être une mère et une femme sans que ces deux rôles s'empêchent l'un l'autre. Être une femme, d'ailleurs, pour moi, c'est encore mieux, encore plus riche et intense, depuis que je suis mère.

Souvent je me dis que pas un seul homme ne lui arriverait à la cheville, que je m'ennuierais tellement, mais tellement vite avec un autre. Je ferais le tour de n'importe quel autre en un mois, ou même une semaine. L'impression de le connaître parfaitement, intimement, et en même temps de partager ma vie avec quelqu'un qui sera toujours un peu un inconnu.

Il y a des moments durs, des moments où on a l'impression de ne pas bien se comprendre. des moments où il m'a attendue (Et des "ouf" de soulagement intérieur quand je repense à sa patience). On apprend tous les deux, pas à pas, notre rôle de parents, et d'époux. je comprends tout doucement qu'il y a des cycles dans le couple, des moments de lassitude ou de distance, qui laissent invariablement place à une phase plus solaire, plus intense, positive, créatrice, qui donne envie de crier au monde tout notre bonheur.

Je découvre que mon apparente sensibilité féminine cache en réalité beaucoup de force et de solidité sur laquelle, à mon grand étonnement à chaque fois, il aime s'appuyer. Petit à petit je réajuste mes préjugés sur l'Homme Moderne Occidental et réalise que derrière son sourire et sa fiabilité à toute épreuve, il a aussi des stress, inquiétudes et fragilités qu'il cache avec élégance, par discrétion et pour me protéger, et parce que les hommes aujourd'hui ont bien des contraintes, et bien des exigences à remplir.

Il me laisse mes moments, il sait lire en moi mes besoins de solitude. Le voir partir parfois en déplacement est toujours un peu douloureux, mais c'est aussi l'occasion de recharger les batteries seuls lui et moi, et de se retrouver encore mieux. J'aime bien ces -courts- moments de distance, ils contribuent à notre équilibre.

Il me fait mourir de rire au quotidien, on réussit souvent à désamorcer un conflit ou une dispute avec de l'humour (et une coupe de Champagne). C'est vraiment mon meilleur pote, avec qui je peux faire la tournée des bars toute la nuit ou passer un réveillon du jour de l'an en amoureux, en jouant à trivial-Pure-cuite, avec simplement du caviar et une bouteille de vodka, les Pink Floyd en fond sonore.

Notre couple est notre première bulle, avant celle de la famille, et celle des amis. C'est celle qu'on aimerait réussir à préserver, et qu'on met toujours en première position, par contrat tacite entre nous, depuis qu'on se connaît, dès qu'il s'agit de faire des choix. Souvent on pense à notre vie quand on sera plus vieux, et on a déjà mille envies et projets, des voyages en tête, des moments à partager, quand on se retrouvera tous les deux.
Ce n'est tellement pas à la mode, et pourtant: notre couple est notre sacerdoce, et nous sommes partants pour faire des "sacrifices" en sa faveur, mettre de coté parfois nos individualités pour s'engager vraiment pour lui.

Jean-Chou c'est à la fois la personne qui me connait le mieux, que je connais le mieux, et que j'ai encore à découvrir. Cette idée du couple en éternel mouvement est fascinante et vertigineuse à la fois. J'aimerais tellement avoir la chance de vivre encore longtemps cette aventure!
C'est pour cela que notre amour, notre couple, je tiens à les préserver, jalousement, car je l'admire, lui, et je ne veux pas en perdre une miette, ni le donner en pâture aux autres.
Je me sens toute petite face à ce couple, qui est à la fois ultra-solide, tout en reposant sur des bases forcément fragiles par endroits.
 J'ai de l'humilité face à ce couple, je m'agenouille et baisse la tête devant lui. Et même si le travail et les efforts sont essentiels, il y a aussi une multitudes de choses qu'on ne peut maîtriser.
Alors j'essaie de vivre chaque jour avec engagement, confiance et passion, sans peur, sans reculer, sans frilosité... tout en espérant que les éléments et la chance soient avec nous encore quelque temps.

Car je suis curieuse de savoir quelle femme je vais devenir à ses côtés.



4 commentaires:

  1. Ca c'est une belle déclaration d'amour! :)

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  2. Ça fait quelques temps que je lis ton blog mais je ne commente jamais pourtant j'apprécie ce que tu écrits et aujourd'hui je dois dire que tu as fait un très beau billet, une belle déclaration d'amour à ton Jean-Chou.
    Bravo!

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  3. Magnifique texte !!!J'aurai presque pu l'écrire au mot près ! Mais je n'ai pas ton talent pour l'écriture, alors je me dis qu'un jour je ferai lire ton texte à mon mari pour faire passer des messages que j'ai du mal à exprimer....
    Merci :-)

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