dimanche 19 avril 2015

"Marthe et Marie", ou la comparaison des femmes entre elles...

 "Le Christ dans la maison de Marthe et Marie", Vermeer, 1665

Une amie, avec qui j'ai toujours des discussions passionnantes, et avec qui je partage la passion des livres et des questions existentielles sur nos vies de femmes, d'épouses, de mères, m'a fait découvrir la parabole de Marthe et Marie.




 Lire les évangiles, hors considération de foi mais simplement sur le plan intellectuel, culturel, et philosophique, c'est vraiment intéressant. Ces paraboles, métaphores et autres récits datant d'environ 2000 ans donnent, comme les livres en général, d'ailleurs, un recul sur ce que l'on vit aujourd'hui. Ils permettent de relativiser et de comprendre que ce qu'on croit unique dans nos petites vies est en fait arrivé des millions de fois avant nous... ce qui est fort dans ces textes, c'est qu'on doit les lire au 2ème, voire au 3ème, même au 5ème degré, pour les comprendre: ils forcent à s'élever, à réfléchir vraiment, et pas à se contenter d'accepter/rejeter bêtement ce qui y est écrit sans se poser de questions. On peut les lire toute sa vie et y trouver à chaque fois un sens nouveau.

Je trouve que la parabole de Marthe et Marie (de Bethanie) décrit exactement la vie des femmes et des mères aujourd'hui. Elle décrit deux personnalités opposées:

La femme hyperactive d'un côté, qui n'arrête pas, qui agit du matin au soir, range, organise, prépare, conçoit, maîtrise, régente, un brin control-freak... en se plaignant un peu d'être débordée, mais en aimant tout de même, paradoxalement, montrer qu'elle est laborieuse, en espérant même de la reconnaissance pour ces sacrifices qu'elle s'impose parfois elle-même...et en trouvant, finalement, même si elle s'en plaint, du sens à sa vie de cette façon.
Et en face, la femme plus passive, plus contemplative, qui peut passer pour égoïste; elle pense à elle, à ses besoins, à son plaisir, et se moque un peu de la reconnaissance de la société ou de ses diktats... elle est mal vue par celle qui remplit sa vie de responsabilités, peut d'ailleurs être considérée comme "mauvaise" épouse ou mère.


J'aime beaucoup cette parabole car, selon moi, on retrouve ce clivage bonne/mauvaise mère dans la société aujourd'hui (chacune pourra se faire son avis, en fonction de son histoire, de l'image que lui a transmis sa propre mère, de ses culpabilités personnelles, sur qui est la "bonne" et qui est la "mauvaise", d'ailleurs!). il faudrait sans cesse remplir des objectifs ambitieux et paradoxaux, cocher des cases une fois ceux-ci accomplis, sans oublier, parcequ'on est femme, de se justfier du matin au soir.
C'est juste mon interprétation personnelle, peut-être que vous le lirez différemment, mais ce texte me touche, je le trouve plein de sens.

De façon moins manichéenne, il permet aussi de réfléchir à qui on est, au plus profond de nous... car ce récit décrit aussi les tergiversations, frustrations qu'on vit toutes, en tant que femmes... on a toutes un peu de Marthe et de Marie en nous, ces petites voix intérieures, ce diablotin d'un côté qui nous encourage à nous lâcher un peu, et ce petit ange un poil culpabilisant qui nous dicte ce qu'une femme "parfaite" est censée être (à moins que les rôles de l'ange et le diable soient inversés, selon votre point de vue).... et, selon plein de facteurs externes et intimes, on penche plus vers l'une ou vers l'autre (personnellement, j'identifie très bien vers laquelle je penche).

De façon plus globale, cet extrait dépeint parfaitement une des tares humaines, voire féminines, un trait de caractère qui m'exaspère beaucoup: celui du besoin de comparer son sort aux autres, de jauger, et juger ce que font les autres femmes, et comment elles s'y prennent, à l'aune de ce que l'on fait soi-même.
La comparaison pour la comparaison n'a aucun sens, il n'y aura pas de distribution de médaille à la fin. On a tous notre rôle à jouer ici-bas, notre jardin à cultiver de notre façon, et cela, on peut le lire de manière religieuse ou simplement philosophique.

Je trouve que c'est un principe très intéressant à appliquer concrètement, une des clés du bonheur dans la vie: faire son bout de chemin, en fonction de ses convictions, et pas dans le but d'une éventuelle reconnaissance de qui que ce soit, qui a de grandes chances de ne jamais venir.

je vous propose de lire la parabole ici pour vous faire votre idée! (et je serais curieuse de savoir combien de Marthe ou de Marie me lisent ;-)

(Merci à mon amie M, qui penche plus vers l'une, alors que je suis plutôt l'autre.)

1 commentaire:

  1. Merci à toi de remettre cette parabole à l'honneur ! Je me suis aperçue qu'étant plus l'une, cela me faisait beaucoup de bien d'être au contact d'autres mères de l'autre "type". Cela me permet de me poser, de prendre le temps et de relativiser mes priorités. Heureusement que nous sommes toutes différentes ! Quelle richesse !

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