vendredi 22 mai 2015

Trois enfants: les élever et les aimer


Eduquer des enfants: l'aventure la plus ambitieuse qui soit!

J'ai bien aimé le billet d'Elisa, "la mère que je rêvais d'être, et celle que je suis devenue".
Il m'a donné envie de faire un petit bilan, moi aussi.

Je crois que je n'ai jamais vraiment idéalisé mon rôle de mère... quand j'étais petite je ne suis pas sûre de m'être projetée dans ce rôle-là... ça n'a jamais été une question. Je suis devenue mère avec quelques principes dans ma valise (de maternité), mais vraiment pas nombreux.
C'est plutôt une vision globale de la vie et de l'éducation qu'on avait et qu'on partage toujours avec Jean-Chou, plutôt que des milliers d'exigeances ou de fantasmes précis sur les détails du quotidien.




Ce qui est certain, c'est que notre façon d'élever nos enfants évolue, et qu'on ne le fait pas de la même façon avec trois qu'avec notre aînée. Je les aime aussi chacun différemment... ça peut être un peu bateau de dire ça, c'est peut-être un peu compliqué à expliquer, mais c'est vrai. 

Mon ainée (7 ans)
C'est celle qui m'a appris mon rôle de mère (je le lui dis souvent, d'ailleurs).
On a une relation très forte elle et moi, je me reconnais beaucoup en elle. Elle ressemble à la petite fille que j'étais, physiquement et psychologiquement. Lorsqu'on fête son anniversaire, c'est aussi le mien en tant que mère, je le vis viscéralement.
On partage la même sensibilité, la même créativité, le même monde intérieur plein d'imagination et d'histoires sans fin, et aussi le même sérieux et certaines angoisses. Je fais attention à ne pas coller d'étiquettes, mais, en tant qu'aînée moi aussi, je crois que je me sens très proche d'elle, qu'on se comprend très facilement.
Elle me fascine sur tout un tas d'aspects: je la trouve belle, douce, gracieuse, intelligente, drôle, pleine d'empathie... et je l'encourage à exprimer ses ressentis, en lui offrant régulièrement des cahiers, crayons, feuilles et carnets secrets. Car s'exprimer par la création libère de bien des soucis.
Elle m'agace sur plein d'aspects aussi ("défauts" que j'avais moi-même petite, selon les dires de ma mère): de mes trois enfants, c'est elle qui me fatigue le plus. C'est elle qui a le plus de mal à débrancher le soir en se couchant, pour qui les journées ne sont jamais assez longues. C'est elle avec laquelle j'ai le plus la sensation de devoir "lutter" pour souffler, avoir mon petit territoire... et c'est elle, par ses multiples demandes, questions, envies, tentatives de négociation, qui nous rend concret le gros défi de notre époque dans l'éducation des enfants: celui d'enseigner la patience, la simplicité, le contentement, la gratitude pour ce que l'on a plutôt que l'amertume pour ce qu'on n'a pas.
Si elle avait été un enfant unique, je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui... Mais avec la présence de son frère et sa sœur, réussir à leur apprendre la gestion de la frustration et la simplicité dans la consommation me parait vitale.


Mon fils (4 ans et demi)
 très différent de sa sœur ainée, il s'entend parfaitement avec elle. Ils ont une relation très fusionnelle et tendre, ils passent beaucoup de temps ensemble à partager des activités et des câlins. Elle lui lit des histoires, joue à la maîtresse et lui fait faire des "devoirs" (il est surstimulé!).
je l'appelle "mon petit yogi": contrairement à sa grand sœur, il a une vraie conscience de ses besoins physiologiques, de sa fatigue notamment: il écoute son corps, va se reposer de lui-même quand il est crevé, ne parlemente pas quand c'est l'heure de se coucher. Il ne fait pas d'excès, ne mange pas plus que de raison quand il n'a plus faim. Je suis assez admirative de sa "sagesse" et de sa zenitude.
 Il est tendre, pas colérique, obéit assez simplement quand je le gronde après une bêtise. On dirait qu'il observe et apprend des erreurs de sa sœur. Il est vraiment cool.
Il vit dans un monde un peu à part parfois, un peu mystérieux, un vrai monde de petit gars (je tiens à prévenir nos lecteurs modernes les plus sensibles: nos enfants sont bêtement stéréotypés ;-): il passe des heures chaque jour dans ses Lego, il construit des trucs vraiment étonnants; il trouve en quelques secondes, parmi les milliards de briques en sa possession, la bonne pièce symétrique pour faire son engin de l'espace, et manie la poulie, la rotation ou le levier comme personne.
Il me parle de Star Wars du matin au soir et me demande quand il aura l'âge de voir le film. Il me bat au Memory et à tous les jeux où l'appréhension de l'espace est requise. Il est subjugué, depuis petit, par les machins qui roulent, peut passer une heure à observer un camion poubelle ou un engin de chantier (contrairement à moi, cela va sans dire).
Il ne rêve que d'une chose: pouvoir jouer au Lego Technic que son oncle M. conserve précieusement sur une étagère de sa chambre d'enfant. Et quand son oncle lui permet d'y toucher, on entendrait presque "alléluia" dans toute la maison.
Il n'est pas très bavard, ne raconte pas vraiment ses journées d'école, il "cloisonne". Parfois je me demande de quoi on pourra bien se parler lui et moi, plus tard... si je lui ai acheté un livre sur le chantier, c'est aussi pour ajouter un peu de fond à mes connaissances!
Heureusement, son papi H partage avec lui sa passion pour les moteurs, motos et autres 4X4.
Lui et moi, on est très calins: c'est un vrai chat, qui n'aime rien tant que venir s'allonger contre moi le matin au réveil pour ronronner. Il me dit qu'il m'aime, que je suis belle, pousse des "wouaouh" d'admiration quand il me voit prendre ma douche et n'aime rien tant que me voir en culotte (ça fait toujours plaisir).
 Il va beaucoup moins de l'avant que sa sœur, j'ai tendance à le "pousser" un peu parfois pour le sortir de son confort: l'inscription au stage de natation, lui demander de s'habiller seul, lui faire lâcher son doudou pour qu'il vienne ranger sa chambre...ça ne vient pas de lui. Je le brusque un peu, mais ensuite il est super fier de lui, et je me dis que j'ai raison de le sortir un peu de son cocon. Je prends aussi conscience régulièrement que j'ai parfois tendance à lui en demander trop, que j'oublie un peu qu'il est plus petit que sa sœur. Mais voilà, avec trois enfants, je ne peux pas tout faire à sa place, et il faut bien qu'il apprenne à participer.
Quand je me regarde, je constate que je ne suis vraiment pas "mère juive", pas trop du style à lui beurrer ses tartines pendant 20 ans: mon objectif est vraiment qu'il prenne de l'autonomie, qu'il se bouge un peu les fesses, qu'il soit confronté à des situations où tout n'est pas prémâché pour lui. Si ma future belle-fille pouvait ne pas hériter d'un boulet incapable de quoi que ce soit à la maison, ça serait mission presque réussie!


Et enfin, ma petite dernière, 18 mois:
 Un bonbon, un amour, une crème! franchement, un bébé c'est certes fatigant, 18 mois n'est pas l'âge le plus reposant, mais qu'est ce que je trouve ça simple comparé à l'éducation des plus grands!
Cette petite s'élève quasiment toute seule, n'est que sourires du matin au soir, râle/pleure très peu et fait assez peu de bêtises: elle a compris que si elle voulait suivre ses frère et soeurs (qu'elle vénère) dans leurs activités, il faudrait qu'elle soit un peu plus "mature" pour être acceptée dans leurs jeux!
Elle joue aux petites briques lego depuis plusieurs mois (plutôt que de les lui interdire, je lui a appris, à force de "non" systématiques -quasiment du dressage- à ne pas les mettre à la bouche), se laisse coiffer/déguiser, mange toute seule, court partout, est assez méticuleuse et douée sur le plan moteur. Elle prend des risques relativement mesurés, grimpe et s'assoit sur des chaises d'adultes avec un taux de succès assez élevé.
En retour, et parce qu'il faut bien qu'elle garde quelques aspects "bébé", elle ne dit quasiment pas un mot à part l'essentiel "mama" (destiné autant à moi qu'à son père d'ailleurs)... mais comprend tout, et se fait parfaitement comprendre avec ses onomatopées, regards et autres moues toutes plus craquantes les unes que les autres.
Je ne suis absolument pas pressée d'entendre un vrai mot de sa part, les enfants grandissent assez vite comme ça.
Je ne connais pas ma dernière autant que les deux premiers, mais je sens qu'on va bien se marrer avec elle aussi!

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Pour terminer ce petit bilan global (qui n'intéressera peut-être pas grand-monde à part moi, d'ailleurs... tant pis, le texte est quasiment rédigé, et je serai contente de le relire dans quelques mois, hé hé)
je trouve que l'éducation de trois enfants n'est pas si compliquée du point de vue logistique: c'est même assez intéressant, car le nombre d'enfants pousse à l'efficacité: il faut simplifier, s'économiser, jongler, se démultiplier, faire preuve de créativité. Et c'est assez intéressant de découvrir et tester les multiples techniques pour y arriver.
 
Une chose est certaine en tous cas dans ma façon de les élever: je ne veux pas qu'ils soient "pourris gâtés" (ce n'est pas obsessionnel, mais j'y tiens vraiment beaucoup), et le fait qu'il soient trois m'aide pas mal. Finalement, j'ai quelques principes! Mais ce sont des principes "généraux", dans le but d'essayer d'en faire des adultes à peu près heureux et pas trop déséquilibrés... je me laisse la possibilité de réadapter et modifier les méthodes à l'envi, et selon l'enfant.

 J'aime bien cette idée de "sobriété heureuse" voire de "décroissance", en tous cas au sein d'une famille: il me semble que c'est leur faire un cadeau que de leur apprendre à gérer l'ennui, trouver des techniques par eux-mêmes et en autonomie pour s'occuper, en leur fournissant un matériel de base (travaux manuels, jouets intelligents et intemporels, livres).
La gestion de l'ennui et du temps libre avec "rien" et dans la solitude font d'ailleurs partie des techniques de survie en milieu hostile (si si, ce genre d'astuces de scouts/survivalistes me plaisent pas mal ;-) : il vaut mieux se couler dans le moment frustrant, l'accepter et s'y adapter, plutôt que s'agiter d'énervement et d'impatience pour finir à bout de forces nerveusement!

La vie leur proposera pas mal de moments de frustration, de solitude et de "stand-by": un de mes objectifs serait de réussir à leur apprendre à avoir un monde intérieur le plus riche possible, pour vivre avec eux-mêmes en indépendance, sans avoir besoin d'être toujours entouré de plein de gens (pour s'oublier soi-même?), diverti de tous côtés par des choses extérieures, ou de consommer/acheter. La course au dernier Iphone à la mode, au dernier gadget de la blogosphère ou les après-midi shopping au centre commercial le samedi comptent parmi les dernières choses qui m'intéressent.
Je crains assez le "trop", les amoncellements de cadeaux aux anniversaires, les dépenses folles pour divertir ces chères petites têtes blondes capricieuses, la course au parfait look (bon, mes enfants sont assez chics tout de même, mais ce n'est pas de notre faute, on est trop gâtés! ;-), les quêtes matérialistes à outrance... c'est évidemment cette exigence d'adultes qui fait ensuite que nos enfants le deviennent aussi...
Objectivement je trouve que mes enfants sont déjà bien gâtés (de toutes part par la famille) et privilégiés... c'est donc un mouvement de balancier un peu logique: mon rôle est finalement de simplifier un peu les choses. Ce n'est pas un choix réellement conscient mais qui s'impose.

 Je limite au maximum les écrans tout en restant cool: ils ont évidemment droit à leurs dessins animés de mercredi et le week-end (le matin quand on dort c'est bien pratique) mais pas le reste de la semaine. On n'emmène jamais de tablettes pour les occuper en voiture ou au resto, il me semble que les enfants doivent apprendre à s'occuper sans cette béquille, voire cette "prothèse" virtuelle. J'ai l'impression que l'adolescence va venir tellement vite, que j'ai envie de repousser pas mal cette phase de la vie où le virtuel prendra fatalement sa place.
On ne dépense pas des sommes folles en activités pour nains, je ne juge pas nécessaire de payer des fortunes en location de clowns hystériques, entrées dans des parcs d'attraction hors de prix ou autres activités bruyantes et pas follement intéressantes... Je crois qu'on s'amuse et qu'on apprend bien plus dans la nature, en faisant du sport ou en visitant une ville.
Pour la nourriture aussi, j'essaie de leur apprendre à ne pas surconsommer, à manger plus simplement: pas trop de malbouffe, de biscuits industriels, de bonbons... aucun aliment n'est interdit évidemment, ils en profitent d'ailleurs à chaque fête ou quand ils sont invités... mais là aussi j'essaie de "simplifier".
Je suis vraiment persuadée, comme le dit La Mite orange dans cet article, qu'on éduque pas les enfants avec du fric, et qu'on peut trouver tout un tas d'activités sans avoir à sortir son porte-monnaie.
En gros, on privilégie les activités "en famille" qui plaisent aussi (voire surtout) aux adultes plutôt que les choses pour enfants.


Voilà où nous mène cette "petite" fratrie de trois...  vers un chemin de simplification, de réflexion sur notre manière de consommer (des objets, mais aussi du divertissement), un peu plus de notion de partage, d'entraide et de sacrifice, plus de connexion avec la nature (car dans la nature on trouve tellement de solutions!) et un peu plus de spiritualité... franchement, dans la société dans laquelle on vit, la tâche me parait asse ardue, ça va être LE défi...je ne sais pas si on va pouvoir avoir l'influence qu'on imagine. Mais c'est passionnant.

Je relirai ce billet dans quelques années pour voir si j'ai réussi à ne pas trop abdiquer!







1 commentaire:

  1. Joli billet, plein d'amour pour tes enfants et ta famille! Je retrouve pas mal de ta fille dans la mienne (3 ans), qui va faire une grosse colère pour une tartine au lieu d'en profiter et aussi la question de mon territoire (prendre sa douche avec la petite qui hurle derrière la porte etc...) C'est pas toujours évident! Parfois un troisième me tenterait pour trouver ce lâcher prise car avec des jumeaux j'ai l'impression qu'on est entre deux eaux. Ils nous ont fait devenir parents et comme tu le dis, tu es plus empressé à leurs besoins, te poss mille questions mais en même temps d'un coup nous sommes devenus une famille avec ce que ça comporte de logistique et tu es toujours en système D. J'ai souvent cette sensation (bien qu'ils ne soient que 2), d'avoir eu une famille nombreuse d'un coup et ça m'épuise tellement que je ne me sens pas pour le dernier: Bref comme toi, tentative de simplification (pas de télé ici), et de leur montrer le bonheur de s'occuper seule. Ma fille ne supporte pas que je lui propose d'aller jouer avec ses jeux car je souhaite être tranquille, mais je me dis que dans peu de temps elle me demandera vite à sortir de table pour aller jouer ;)

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