vendredi 28 août 2015

Les petits bonheurs: Jean-Chou et l'Ultra-Trail du Mont-Blanc: mes impressions de femme de sportif.


Aujourd'hui ma rubrique des Petits bonheurs sera consacrée à un seul d'entre eux... la fierté d'avoir un mari qui a réussi le défi qu'il s'était lancé: finir l'UTMB, l'Ultra Trail du Mont-Blanc, une course mythique dans le monde entier. Il s'était inscrit à la TDS ("sur les traces des Ducs de Savoie"), une course de 119km, environ 7000m de dénivelé positif, sur une trentaine d'heures environ.
Un challenge impressionnant, donc.


Jean-Chou a toujours été très sportif, il a fait du tennis à un bon niveau adolescent (il était en sport-études), et à chaque fois qu'il se lance dans un sport (ou autre chose...), il s'y lance...à fond.
Il a créé une association de trail avec d'autres coureurs et s'entraine régulièrement, depuis un peu plus de deux ans. Ses entrainements consistent en de "petits" footings de 1h à sa pause déj au boulot une ou deux fois par semaine, des petites courses en montagne de 2 ou 3h environ une fois par semaine ou tous les dix jours, et des trails plus importants (une journée entière) environ une journée par mois, pendant les trois mois précédent l'UTMB.

Ce n'est pas forcément évident à gérer tous les jours, en tant que jeunes parents on a forcément une vie de famille prenante, et une fatigue à gérer. En tant que femme de sportif, et jeune maman, j'ai aussi mes propres limites, mes questionnements (comme la question "pourquoi???"), et puis mon sport à moi, le yoga, qui est mon équilibre et qui me demande aussi du temps... il y a eu des doutes et des inquiétudes au départ -pendant plusieurs mois j'ai été assez ambivalente sur cette course- mais qui se sont, bizarrement, complètement atténués une fois Jean-Chou en course.

Il faut dire qu'il était serein et prêt (même si un petit peu stressé), que son check-up était bon (son cardiologue, qui voit nombre de sportifs professionnels, avait, selon ses dires, rarement vu un cœur aussi joli), je me suis donc détendue en le voyant bien.
Et puis malgré les petits "sacrifices" liés à ses entrainements, il faisait son maximum pour que ça n'empiète pas trop sur notre vie de famille... quand notre petite troisième ne faisait pas encore ses nuits, il profitait du biberon de 5h du matin pour nourrir sa fille, puis se lever, aller courir dans l'arrière-pays niçois quelques heures et revenir avant midi, afin qu'on ait notre week-end en famille (taré ;-)

Une fois accepté et compris ce concept du "mari sportif" (en gros Jean-Chou est un peu l'archétype du cadre stressé, brillant dans ce qu'il entreprend, bon père, bon mari, bon professionnel, mais aussi en quête de défis personnels et solitaires, de coups de pieds dans la fourmilière pour ne pas craquer sous la pression, de communion avec la nature et de retour au "wild" (se frotter aux arbres et croiser des marmottes pour se déconnecter du blackberry omniprésent... c'est finalement assez typique de notre société!), et une fois que j'ai eu compris que ces moments étaient finalement une respiration et un moyen de nourrir notre famille et notre couple autrement, j'ai appris à supporter, puis à apprivoiser et enfin valoriser cette démarche, saine et extrême à la fois (et puis finalement, mieux vaut avoir un mari qui évacue son stress par le sport, plutôt qu'avoir un mari pilier de bar, accro au poker en ligne, voire serial killer, hein)
J'ai peu à peu compris aussi que, sur le principe du donnant-donnant, quand il va bien, je vais bien (et ça, pas besoin d'être un prix Nobel pour le comprendre, héhé)

BREF. Après quelques coups de téléphone aux copines dans mes moments de ras-le-bol ou d'inquiétude, j'ai finalement abordé cette course sereine!
(bon, je sais, en me lisant on croirait presque que c'est moi qui mérite la médaille... j'arrête de me regarder le nombril, le héros du jour c'est quand-même lui)

Il est parti de Courmayeur mercredi 26 aout à 6h du matin (après une nuit de 3h...)
J'ai pu le suivre, avec famille et amis, en direct pendant toute la course sur le site de l'UTMB, super bien fait... et très rassurant!


 
Toute la journée de mercredi, avec les enfants, on a donc pris l'habitude de se connecter pour suivre son petit avatar. On était tout le temps en contact avec les potes (on a suivi ça comme une série, on était à fond, super excités!) et on lui envoyait régulièrement des SMS (il ne répondait pas, mais les lisait)

En me couchant, j'ai eu encore une grosse pensée pour lui... qui allait passer la nuit -blanche- à courir en altitude avec sa lampe frontale et plein d'autres dingues dans son genre.
Le plus dur dans cette course est de gérer son temps, sa fatigue, et d'arriver (à temps, car au delà de 33h c'est l'élimination). Il avait fait plastifier une petite carte récapitulant son parcours pour la garder sans cesse sous les yeux en cas de besoin.

Au final, il y a eu plus d'1/3 d'abandons... une véritable boucherie! les abandons ont de multiples causes, certaines évidentes (blessures, mental affaibli), d'autres plus étonnantes mais finalement très répandues: problèmes digestifs (la marche est recommandée en cas de constipation, donc imaginez ce que ça peut donner ici), mais aussi infimes irritations de la peau (Jean-Chou tournait avec trois paires de chaussettes, et des pinces à linge pour les faire sécher alternativement sur son sac, et éviter les ampoules. Il s'était soigneusement oint au préalable plein de parties "sensibles" du corps avec de la crème pour bébé "anti-fesses rouges": aisselles, intérieur des cuisses, tétons...). 

Il y a donc une préparation énorme de la course en amont, tout plein de détails auxquels penser (comme le mini dentifrice que j'avais récupéré chez le dentiste, pour lui donner le petit coup de fouet le matin et reproduire les sensations du réveil, ambiance "haleine fraiche après une bonne nuit de sommeil"... utile aussi pour enlever cette sensation de bouche pâteuse due aux multiples produits sucrés qu'il ingurgite pendant toute la course).





Hier matin, en me réveillant je suis allée tout de suite vérifier ses progrès et j'ai été rassurée de le savoir toujours en course, vu le taux d'abandon.
Il avait prévu de rester sans cesse avec un de ses potes de trail (la soixantaine, qui a fait des trails de fou à travers le monde)... ils se sont soutenus l'un l'autre.
5 km avant la ligne d'arrivée, il m'a appelée pour me prévenir qu'il arrivait. Il avait une bonne voix au téléphone... même s'il était forcément "un peu" fatigué, les genoux "un poil" en compote. Il était surtout hyper émotif, très premier degré... du genre à me demander une deuxième fois en mariage, ou à ne pas rire à ma tentative de vanne (je lui demandais s'il avait pu me chasser un chamois ou deux pour le dîner de ce soir).



En raccrochant, j'ai alerté tout le QG par SMS et, des quatre coins du monde, on s'est tous connectés à la live TV pour le voir arriver.
Un de nos potes, vivant à Beyrouth, était particulièrement à fond.. puisqu'il avait fait l'Iron-man à Nice il y a quelques semaines, et que Jean-Chou lui avait fait la surprise de venir l'encourager quelques kilomètres avant l'arrivée.
Une amie a pris des copies d'écran, et moi j'ai filmé l'IPad avec mon téléphone, à l'ancienne! (Titcheur, on est une fine équipe!)

Certes, il a évidemment vécu pendant ces 31h des émotions que je n'ai pas vécues et que je peux difficilement imaginer (ces paysages époustouflants, la tombée de la nuit, les heures de course nocturne, le ciel de l'aube, qui passe du noir au gris, puis au rose, l'ambiance aux ravitaillements, l'impression d'être à la fois le roi du monde tout en haut des sommets, et une humble petite fourmi minuscule, l'excitation à l'arrivée, la fatigue physique, les coups de mou et le mental à "occuper" pendant ces longues heures...).
Mais grâce à toutes ces petites technologies, on a vraiment eu la sensation de vivre un peu la course avec lui, et de toucher du doigt les émotions fortes qu'il a du vivre. Moi qui avait peur que ce soit quelque chose de solitaire et donc un peu compliqué à comprendre pour les autres restés "à quai", c'était finalement un moment hyper convivial. 













Jean-Chou et son ami ont donc fini cette course mythique... et c'est déjà une victoire en soi!
Il a couru 31h46 non stop... et je suis impressionnée et admirative.
Je suis carrément fière (si vous m'avez suivie un peu sur Facebook j'ai été un peu relou avec ça), j'aimerais bien placarder son portrait partout sur le web, vendre (cher) des t-shirts à son effigie et crier son nom, oui mais voilà, j'ai fait voeu d'anonymat en créant ce blog... ma ligne éditoriale étant ce qu'elle est, je dois me tenir à un minimum de discipline, et ne pas me faire auto-aveugler par cette petite fierté conjugale somme toute bien insignifiante.

Et puis au fond, mon lectorat s'en fout un peu, de tout ça... ce qui me parait important, c'est d'écrire mes sensations à chaud, pour en garder une trace... et féliciter à nouveau Jean-Chou ici, en lui rendant ce modeste hommage bloguesque.
Félicitations aussi à tous les membres de son asso (mes règles d'anonymat auto-proclamées -et un peu frustrantes- m'empêchent de les citer mais le cœur y est).

Bon et puis c'est pas tout ça, mais il rentre tout à l'heure... et je suis un peu crevée de cette semaine avec les enfants (merci à la famille qui m'a un peu aidée logistiquement, et à ma sœur qui, pleine de commisération, m'a pris les nains aujourd'hui pour que je souffle un peu). 
On n'imagine pas mais c'est épuisant d'avoir un mari traileur ;-)



http://www.ultratrailmb.com/fr/



6 commentaires:

  1. Ouééé super Jean-Chou! C'est vrai que c'était hyper captivant cette course. Pouvoir le suivre en temps réel, savoir s'il avait tenu la nuit (parce que franchement bon, courir en pleine nuit faut avoir envie hein) et suivre son parcours, c'était vraiment chouette.
    Bravo pour ce bel exploit. Tendrépoux se sent tenté mais plutôt par des courses de 3-4h. Enfin dès qu'il sera rétabli...

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  2. Je suis impressionnée, fascinée et admirative. Bravo à lui et à vous pour votre soutien.
    Profitez bien des retrouvailles

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  3. Plume agréable ! Merci de nous faire partager ces petits moments de vie :)

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  4. Encore bravo à ton homme ! Tu n'as pas à te sentir gênée ou "relou", la fierté, ça fait partie intégrante de l'amour, et tu as de quoi être fière. Biz et bonnes retrouvailles avec ton héros.

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  5. La compagne de ma collègue a fait le Grand Raid des Pyrénées la semaine dernière. L'ultra, 160km, elle est arrivée 7eme. On l'a suivie fébrilement (le cul sur notre chaise de bureau en buvant un café :) ) dans ce parcours titanesque avec un frisson incroyable face à cette épreuve qui nous paraissait irréelle. 

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  6. Je viens de lire un témoignage sur le site de l'Equipe qui ressemble pas mal à celui de Jean-chou (en terme de performance et de temps), et qui est instructif!

    http://www.e-adrenaline.fr/terre/actualites/moi-florian-j-ai-couru-mon-premier-ultra-trail-autour-du-mont-blanc/6942

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