mercredi 19 août 2015

Quinze ans.



LA vue

Il y a quelques années, un 19 août, un parisien réussissait à m'attraper sur la plage avec un "vous êtes charmante, mademoiselle". Un dîner à la pizzeria plus tard, et un premier baiser dans la voiture qui a duré le temps d'un album entier de Ben Harper, je lui en mettais plein les yeux en l'emmenant à une soirée chez une de mes meilleures amies, dans une villa surplombant Monaco et la Méditerranée.

Le lendemain, après quelques parties de Trivial-pure-cuite au bord de la piscine, et pas beaucoup d'heures de sommeil, il est reparti à Paris (il avait son rattrapage de partiels à réviser). On avait juste eu le temps de s'apercevoir qu'on n'allait plus pouvoir vivre l'un sans l'autre.




Puis il y a eu, le temps d'un éclair, que dis-je, d'une étoile filante (didascalie: à lire d'une traite en retenant sa respiration):
Des voyages, des révisions, des allers-retours en avion, les Twin Towers qui se sont écroulées, l'arrivée en bateau à Calvi en écoutant benjamin Biolay, des soirées parisiennes, des enterrements, la fac à Assas, une croisière sur le Nil, les jardins du Luxembourg, Honfleur, Deauville, nos séances de ciné hebdomadaires à la Pagode ou Montparnasse, l’arrêt de métro Mouton-Duvernet, quelques litres d'alcool, les concerts de Ben Harper, une jambe cassée le premier jour de nos vacances au Maroc, Kerfany-les-pins, ce Paris secret qu'il m'a fait découvrir et adorer, les canistrelli grignotés au réveil en sortant de la tente, sur la plage déserte de la baie de Rondinara, entre deux vaches, fin septembre, son studio rue Saint-Jean Baptiste de la Salle dans le 7ème,  deux passages sur le billard, les révisions, des jobs d'été et des missions d'intérim pour se payer les billets de train, des disputes, quelques pleurs, une grosse frayeur, toutes ses coupes et ses médailles de tournois de tennis dans sa chambre d'enfant, des soirées un peu people, les déménagements, Levallois, beaucoup de rires et de plaisir, la petite déprime du dimanche, le ski, ce jour de l'an où on a retiré des Euros pour la première fois au distributeur dans un beau quartier, déguisés lui en Touareg, moi en tahitienne (le thème était la lettre T), cet horizon et ce bleu qui me manquaient à en pleurer à intervalles réguliers, le resto de couscous en bas de chez nous, les mariages des copains, nos soirées sans queue-ni-tête, des hésitations, il a arrêté la clope, on a freiné les mondanités, il s'est mis à courir, on a quitté Paris, NOTRE mariage enfin, cette magnifique journée près de Saint-Paul de Vence dont on a réussi à profiter, malgré les avertissements, du début à la fin intensément, entourés de nos proches, j'ai pris en tout 40kg et perdu 40 kg pour faire trois enfants, il y a eu le lait, le sang, la sueur, la douleur, et puis les biberons en pleine nuit, notre voyage de noces à l'Ile Maurice avec nos deux premiers enfants, les kilos de couches Pampers, les week-end en famille, la Toscane et Edinbourg tous les cinq, et puis leur baptême, cette décision mûrement réfléchie et désirée, ce projet de famille et cette foi en l'avenir dont on se félicite tous les jours, le lit parapluie à trimballer partout et qui finalement reste toujours dans le coffre de la voiture, et la voiture qui est passée de 5 à 7 places, la gestion en bon père de famille, notre humour douteux, l'apprentissage de la vie de famille, des kilos de livres, ses entrainements de trail et ses réveils à 5h du matin, et aujourd'hui on est un peu speed parce qu'on revient tout juste de la piscine et qu'on a les coquillettes des nains à préparer, et il faut racheter du riz pour le risotto qu'on a prévu pour demain, un dîner avec cette fameuse amie et son mari, celle chez qui j'ai joué, petite, le mercredi, celle que je connais depuis la petite section, celle avec qui je suis partie en vacances, dont j'ai des photos de ses parents qui ont fait la fête avec les miens d'innombrables samedi soirs, quand on était petites, dans notre petite ville chérie de la Côte d'Azur, et celle toujours chez qui on s'était baignés, ce parisien et moi, non pas hier, même si le souvenir est encore tout frais, mais il y a 15 ans, un 20 aout à 4h du matin, en admirant les lumières de Monaco. (vous pouvez recommencer à respirer).

Je reprends les photos, et on a l'air d'enfants... On ne savait pas trop quels étaient nos rêves, ce qu'on savait c'est que tous nos choix de vie, on voulait les faire en fonction de notre couple, notre petite bulle passerait avant toutes les autres.
Je crois que ce 19 aout en fin de matinée, après avoir terminé ma semaine de baby-sitting sur cette plage, j'ai fait le bon choix quand, contre toute attente, j'ai répondu "OK" à ce parisien qui, tout décomposé, m'a demandé de la manière la plus maladroite du monde si j'étais libre pour aller boire un verre dans l'après-midi (entendons-nous bien, en temps normal JAMAIS je n'aurais accepté une demande aussi ratée). Surtout quand j'ai appris, par la suite, qu'il m'avait couru après dans toute la ville la veille, pris de remords de ne pas avoir osé me parler, et soudainement paniqué à l'idée de ne plus me revoir le lendemain.
Je ne sais pas si les choses sont écrites, si je crois au destin. Je crois que je suis une indécrottable cartésienne, et que la vie n'est qu'une succession de hasards, auxquels on choisit simplement, selon l'humeur du jour, de donner un sens, ou pas.
Le 19 aout au matin, après quelques mois difficiles, je me réveillais libre comme l'air, avec l'intention de profiter un peu de la vie, mais un peu perdue tout de même, toute seule, devant l'immensité qui m'attendait...  quelques heures après la vie m'a apporté sur un plateau, sous la forme d'un prince -presque charmant- en maillot de bain, la direction qui me manquait.


Je ne parlerai pas de l'avenir ici parce qu'en plus d'être cartésienne, et malgré un optimisme forcené, je suis un peu superstitieuse, ajoutez à cela quelques angoisses et saupoudrez le tout d'une bonne dose de sensibilité...
J'ai simplement envie, aujourd'hui, en croisant les doigts, de me poser et de remercier (je ne sais pas trop qui) d'avoir eu la chance de vivre des émotions aussi intenses pendant ces quinze ans, et d'avoir rencontré un parisien qui n'a jamais eu peur de s'engager pour sa vision du couple et de la famille, voire de se battre et d'attaquer, et jamais à moitié.


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3 commentaires:

  1. La foi et la gratitude sont aussi mes crédos, belle route à toute la p'te famille sur les chemins parfois sinueux de la vie !

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  2. Je me retrouve vraiment dans votre vision du couple, de la famille et ce lien si particulier et presque indéfinissable entre deux êtres qui formeront un foyer... Le texte est beau et fort et on imagine tout l'amour qui s'en dégage... Milles Mercis pour ce blog qui fait du bien à mon quotidien !!

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