jeudi 8 octobre 2015

Gay and Proud... par procuration




Je suis quelqu'un d'assez traditionnel dans sa façon de vivre. J'ai un mari, des enfants. Je n'ai pas pour intention de révolutionner le monde, ni les mœurs. Mes enfants sont baptisés. Je vais parfois à la messe. Ils sont dans une école catho.
Même si je vis de manière "traditionnelle" (sans que ce soit réellement voulu, j'ai conscience de reproduire un modèle familial que je juge positif), depuis toute petite, j'ai une tendance à être assez réfractaire aux idées préconçues, aux idéologies, à la politique... En gros, j'ai toujours du mal avec les gens qui expliquent qu'il faut penser de telle ou telle manière. J'ai un besoin assez fort de discuter, remettre en question, comprendre... de rester libre dans ma tête.



 
J'élève mes enfants dans l'idée qu'un mariage, traditionnellement, c'est entre un homme et une femme. Leurs parents en sont l'exemple.
Mais je leur dis aussi que, depuis toujours, il y a une partie des gens qui ne sont pas pareil, et qui préfèrent les personnes du même sexe.
C'est comme ça. Ça ne me dérange pas, et leur père non-plus.

A l'école les enfants connaissent une petite fille qui a deux mamans. Elle est "normale". Une petite fille joyeuse. Elle a sauté une classe (de là à conclure que deux mamans c'est plus efficace qu'une seule pour les devoirs, il n'y a qu'un pas, hé hé!). Les enfants ont appris à vivre avec ça de la manière la plus naturelle du monde.

J'ai dans mon entourage proche une personne homosexuelle. C'est quelqu'un que j'aime, depuis longtemps. Le fait qu'il soit homo n'y change rien... Je me fous complètement de son orientation sexuelle, qui est un point de détail dans notre relation à tous les deux. Quand on aime, on aime.
On ne demande pas à un hétéro de justifier pourquoi il aime les blondes, les vieilles, les syndicalistes, s'il est échangiste, asexué ou que sais-je encore.
Eh bien il se passe la même chose pour un homo: ce n'est pas sa vie sexuelle qui le définit principalement. Il n'est pas particulièrement militant pour le mariage homo, moi-non plus d'ailleurs (même si je n'ai vraiment rien contre). Disons que c'est tellement banal et normalisé dans notre relation que ce n'est pas tellement un enjeu.

Tout ce que je sais, c'est que mes enfants, je tiens à les élever en leur montrant que cette différence est possible, et acceptée par nous. (Même si au fond on est tous pareil, en tant que parents on préférerait que la vie ne soit pas trop difficile pour nos enfants, on préférerait qu'ils soient dans la "norme", pour qu'ils ne souffrent pas trop...pour les protéger. C'est naturel.)
Sans de longs discours, mais surtout pour leur proposer le message sous-jacent: je veux que mes enfants sachent, au fond d'eux, qu'ils pourront trouver une oreille attentive dans la famille et que la porte leur sera toujours ouverte, si par hasard l'un d'entre eux se révélait homo.

Je vois trop d'adultes refoulés, qui se marient, jouent le jeu que leur famille a voulu pour eux, pris au piège dans des valeurs trop rigoristes, et qui craquent ensuite (dépression, double-vie, voire suicide).
J'ai de l'admiration pour la personne de mon entourage qui, elle, vit sa sexualité de manière assumée, est heureuse et pleine de projets avec son compagnon, et est bien accueillie dans sa famille. On n'a qu'une vie! Et cela ne l'empêche pas d'avoir, elle aussi, une apparence plutôt "tradi".

Comme quand on a, autour de soi, quelqu'un de différent pour tout un tas de raisons (handicap, couleur... Bref, minorité)... Avoir un proche homo est un cadeau: ça force sa famille, son entourage, à être plus intelligent. A se hisser au niveau de l'intellectuel, sans se contenter de réactions primaires. A se remettre en question. A savoir ce qu'ils ont réellement dans le ventre, et surtout dans le cœur.
Les beaux discours (d'intolérance ou de tolérance sur le sujet, selon le modèle familial, social) peuvent être confortés, ou tomber d'un coup, être télescopés par la réalité: "ah bon? Finalement c'est ça que je ressens?". C'est souvent dans ces moments de crise que l'amour peut trouver une occasion de s'exprimer, de se prouver.

Une fois confrontés à la réalité, les masques tombent... Et on ne peut préjuger de rien: les gens ne sont pas forcément prévisibles, la tolérance ou l'intolérance ne sont pas toujours là où on les croit, leur réaction ne colle pas forcément à leur "catégorie".

Je n'aime pas les étiquettes, je n'aime pas quand les gens sont toujours pile là où on les attend. J'aime quand ça coince un peu, quand ça déborde d'un côté, quand les émotions sont exprimées, quand ça fait demi-tour, quand on est imparfait.
Et cela ne m'empêche pas de m'habiller un peu BCBG, d'éduquer mes enfants le plus traditionnellement du monde dans l'univers un peu "bourgeoisie provinciale à la Chabrol" dans lequel j'ai grandi, et de trouver très important et justifié le modèle familial stable traditionnel, dans lequel, comme presque tous les parents du monde, on fait tout pour que les enfants soient heureux et épanouis, et que j'ai eu la chance de connaître.
Simplement, que le couple parental soit composé de deux papas ou de deux mamans ne me dérange pas le moins du monde.

Étant sensibilisée à la question, étant confrontée, non pas à des idéologies, des arguments lointains, des camps qui s'affrontent, mais juste à la vraie vie, je suis forcément, dans mon for intérieur, impliquée. Sans l'avoir demandé, sans le vouloir officiellement, sans militer, sans revendiquer quoi que ce soit... juste parce que j'aime cette personne et que je ne lui souhaite que du bien.

Je suis, finalement, un peu "gay and proud" par procuration. Et, forcément, au fond de moi, je ne peux qu'avoir un avis un tout petit peu radical quand j'entends trop d'intolérance sur la question.
Même si je comprends tout un tas d'arguments des deux côtés concernant la manif pour tous, et que l'idéologie à la mode clamant que si on veut débattre du bien-fondé de l'adoption ou de la PMA (car ces sujets sont complexes), c'est qu'on est un horrible homophobe catho de droite coincé, je n'y souscris pas le moins du monde (je n'aime vraiment pas les idéologies caricaturales...et à gauche on n'en manque pas non plus)

On ne sait jamais ce que deviendront nos enfants, et ce malgré toute les projections, tous les efforts, toute la volonté du monde pour les modeler... Alors autant leur transmettre ce message: si jamais ça te "tombait" dessus un jour... Je serai là. Ce n'est qu'une question d'amour.

C'est simple, la vie, quand on la vit vraiment.

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