lundi 16 novembre 2015

Mais je ne veux pas "continuer à vivre comme avant"




Face à des attaques de guerre, on ne peut pas se contenter de réagir en allumant des bougies, en jouant une jolie mélodie sur un piano.
Je repense à mon grand-père, résistant, Général de l'Armée de Terre, qui a fait quatre guerres, mort quelques jours avant le 11 septembre, et qui n'a pas vu ce monde changer.

Alors oui, j'ai envie de boire du vin en terrasse, continuer à vivre, fumer des pétards, faire l'amour, faire un quatrième enfant, porter des jupes courtes, faire des blagues potaches et mettre du rock à fond.
Mais je n'ai pas envie d'entendre qu'il faut "continuer comme avant". qu'il faut réagir comme-ci ou comme-ça, qu'on n'a pas le droit d'être en colère. Certains ressentent le besoin de continuer, d'aller à la soirée qui était prévue, à la sortie sportive. D'autres, et j'en fais partie, de faire une pause dans le tourbillon quotidien. d'arrêter les aiguilles pour réfléchir, me retrouver. Chacun fait comme il peut.

 Je n'ai pas envie non-plus d'entendre, comme après Charlie Hebdo, des leçons de morale de la part des médias ou des ministres, des injonctions à bien penser, des "vous pensez mal", des "ceux qui critiquent le gouvernement sont des beaufs racistes incultes", des "nous sommes dans un État de droit, et même si vous êtes en colère que des délinquants n'aient jamais fait un jour de prison après avoir été condamnés huit fois, nous n'avons rien à vous proposer de plus pour vous protéger".
Cette fois-ci, je pense que les français ne pourront pas entendre à nouveau les jolies berceuses de l'année dernière.





Pour conserver une unité, une civilisation, il faut savoir si l'on veut continuer les incantations, les promesses électorales et la réponse judiciaire (on le constate, elle est inefficace en l'espèce), savoir si l'on veut continuer comme avant... Ou si l'on veut passer à quelque chose de plus courageux, enfin proportionné à la guerre qui nous est déclarée.

Quand on regarde l'Histoire du monde, les grands pays, les empires, n'ont pas été conquis puis dirigés par des moines, ni par des fonctionnaires de l'administration, mais par des guerriers.
Il faut savoir ce que l'on veut... protéger à tout prix notre civilisation, même en restreignant un peu les libertés, ou se laisser laminer, gentiment, tranquillement, intégralement, coincés sous notre encombrante carcasse de supériorité intellectuelle et humaniste, englués dans nos grands principes angéliques.
Enfants gâtés, sur-protégés de la naissance à la mort, les français ont trop longtemps été habitués à croire qu'on pouvait régler les problèmes les plus graves à coup de pacifisme, de marches blanches, de postures compassionnelles et de jolis dessins avec des colombes dessus.
Aux Grands Hommes la patrie reconnaissante... J'espère qu'un Grand Homme se cache derrière nos politiciens lisses, derrière ces gestionnaires du tout-venant. Ou qu'au moins l'un d'entre eux aura la bonne idée de s'allier avec des pays plus courageux que nous.

Alors oui les prières consolent, oui le yoga aide à se détendre (et j'en sais quelque chose), oui les réunions, les communions rassurent et aident à trouver du sens, à aller de l'avant... Je ne remets pas en cause la prière en tant que telle, je la respecte beaucoup. Contrairement à certains je ne les trouve pas individualistes et inutiles, je sais comme elles peuvent être généreuses et spontanées, et je crois d'ailleurs qu'il faut savoir recevoir les prières, d'où qu'elles viennent, même quand on ne croit en rien.
Oui le bonheur est toujours possible, car il ne doit pas dépendre de ce qui se passe autour de nous, mais de notre volonté, d'une décision personnelle ("vivons heureux en attendant la mort", disait Desproges... et c'est un de mes mantras).

 Mais c'est tout ce qu'on a à notre disposition, nous, le peuple... C'est autre chose qu'il nous faut de la part de nos dirigeants, maintenant. Car les petites recettes de développement personnel, les "il va falloir vous y habituer" proférés en conférence de presse hebdomadaire, ne suffiront pas. L'hédonisme, les croissants chauds, Edith Piaf et les belles nanas à poil et en plumes au Lido qui font rêver les touristes américains ne seront pas, non-plus, des "valeurs" suffisantes.

Dans le métro à Paris, vendredi, pour me rendre au resto tout près du Bataclan, à  quelques minutes de vivre, avec mes deux amies, cette soirée de l'enfer, je me faisais la réflexion que je trouvais beaux tous ces jeunes, de toutes les couleurs et de tous les styles, qui allaient rejoindre leurs amis, boire un coup ou écouter de la musique.
 Je me fous de la religion (ou absence de religion) des gens, je me fous de ce à quoi ils ressemblent, de leurs origines, je me fous de plein de choses, j'aime les gens, iconoclastes, mécréants, pieux, à droite ou à gauche, à voile et à vapeur, et j'en connais tant des gentils, bons, exceptionnels et discrets... tant que ces gens se sentent français et fiers de l'être.
 Ce vivre-ensemble est à protéger, entretenir, réenchanter, parce qu'il ne va pas de soi. Et qu'on a des enfants à élever.

La Marseillaise n'est pas qu'une bluette de stades de foot.
L'Etat est le seul à détenir la violence légitime. Qu'il l'utilise.

"Aux armes, citoyens..."

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Mon témoignage sur les attaques de vendredi est ici
Par ailleurs, Ingliche Titcheur, avec qui j'ai partagé cette soirée, vient tout juste de publier sa version des évènements: à lire ici.

A lire aussi: le billet de KozToujours, "que voulons-nous sauver?", que je trouve très juste.

2 commentaires:

  1. Je ne savais pas qu'il existait une violence légitime?!

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    1. Eh ou heureusement... Et c'est ce qui legitime l'existence et l'usage des forces de police et de l'armée.

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