vendredi 20 novembre 2015

Recommencer à sourire après les attentats: mes trucs et astuces







- Augmenter la dose à l'apéro. Le rendre quotidien.

- Essayer de rester rationnel, de se maintenir au niveau de l'intellectuel, sans céder à l'émotionnel à outrance, et donc, à la psychose. Raisonner par statistiques. Prendre du recul, regarder l'Histoire de France et du monde d'un peu plus loin.
Avoir conscience que la France est un pays fort, une civilisation puissante, qui a déjà vécu des moments durs, été touchée par des vagues d'attentats. Certes, cela risque de sauter encore, mais la France s'en sortira.







- Se laisser emporter par l'énergie de ses enfants. C'est difficile de faire comme si, j'ai parfois envie de temps pour moi, c'est fatigant de continuer à donner le gouter, changer les couches, courir après mon bébé qui est une véritable boule de flipper et qui redouble de joie de vivre... Mais les laisser nous aider.
Hier j'ai coupé télé et téléphone, j'ai passé ma matinée assise par terre, je n'en avais pas tellement envie mais je me suis forcée, forcée à jouer aux Petits Malins, aux Playmo et aux Lego. Ça m'a fait beaucoup de bien.





- ces moments épouvantables sont aussi l'occasion de regarder sa bibliothèque autrement, d'avoir envie de titres forts, évocateurs de ces moments-là.
Et toujours ce rêve d'éducation, de culture, de réflexion, de pensée.

- aller à l'église, au temple, à la mosquée ou à la synagogue.

- Ne pas mettre un pied à l'église, au temple, à la mosquée ou à la synagogue.




- Ne pas avoir peur qu'il arrive quelque chose à ses enfants à l'école. D'abord parce que ce n'est pas humain d'y penser. Ensuite parce que, reconnaissons-le, les terroristes seraient intellectuellement incapables de savoir ce que signifie "école". Les moins abrutis d'entre eux réussiraient peut-être à en trouver la définition, mais pas à en trouver le chemin. Cela fait bien trop longtemps qu'il n'y sont pas allés.


Photo prise lors de notre week-end à Rome

- Ne pas -trop- avoir peur de la mort.
Notre heure viendra, nous sommes tous, aux dernières nouvelles, destinés à mourir. Si ce n'est pas dans un attentat, ce sera en glissant sur une peau de banane, surpris par une crise cardiaque ou un accident de la route, à cause d'un cancer qui n'en finit plus, ou de vieillesse, dans la plus grande solitude. Dans tous les cas, ce ne sera pas gai. Soyons donc heureux maintenant.
Nous sommes en vie aujourd'hui, alors vivons et pas à moitié.
Fêter son anniversaire, ce n'est pas déprimant, ce n'est pas s'approcher de la mort un peu plus... c'est fêter le simple fait d'avoir vécu une année supplémentaire.
Avoir des objets morbides, des Vanités, qui paradoxalement nous crient chaque jour "carpe diem!" peut aider (je suis fan des Vanités).

- Faire un enfant de plus.

- Mettre des jupes. Montrer ses cuisses. Si la nature avait été un peu plus généreuse avec moi sur ce point, je passerais ma vie en décolletés plongeants, à foutre mes seins, fière comme tout, sous le nez des passants.
En attendant un miracle mammaire, j'utilise mes autres arguments: je marche fièrement, je suis fière d'être française, d'être une femme, d'avoir des cheveux châtains et quelques mèches éclaircies par l'été, d'avoir les fesses mises en valeur, moulées dans mon jean slim taille-haute. Vivement l'été pour que je puisse ressortir mes mini-shorts.




- Bénir la perte de notre virginité, les filles. S'en souvenir et chérir le moment de notre première fois (même s'il était un peu pourri, hu hu). Se dire que c'est au moins ça que les terroristes n'auront pas, si on avait le malheur de les croiser au paradis.
Forniquer encore et encore, par précaution (on n'est jamais à l'abri d'une erreur d'aiguillage, une fois arrivés dans l'au-delà).

- j'ai dit plus haut qu'il fallait tenter de rester rationnel. cela ne signifie pas qu'il faille refouler sa colère. Les oies blanches qui, dès le lendemain des attentats, n'avaient que "licornes et paillettes, et colombes en papier" à proposer, m'ont passablement fatiguée.
L'humain, l'humanité, n'est pas que noblesse et classe. Nous avons en nous une face sombre, qu'il ne sert à rien de claquemurer.
 Insulter, crier, rugir. Utiliser les mots, la parole, l'écriture pour vomir.
Regarder la gueule des types qu'on appelle "kamikazes" (je n'aime pas ce mot, trop positif... les kamikazes japonais avaient, dans leur geste, une certaine noblesse...) et vouloir les traiter de tous les noms. Des petites merdes, une petite pute. Même si là encore, le mot "pute" a sa noblesse, et ne mérite pas d'être associé à cette petite racaille de merde, dont les débris et abats, restes d'utérus et d'anus explosés seraient juste bons à être jetés à des chiens affamés.
Des enfoirés, des pourritures, des connards qui vivaient comme des animaux, et se sont radicalisés pour se donner une contenance, trouver un sens à leur vie de merde et à leurs gueules de trous de balle, masquer l'échec immense de leur vie, leur absence de courage, leur incapacité à se sortir les doigts du cul pour fournir le minimum d'effort dans la vie pour s'en sortir de manière humaine et civilisée.
Des sans-couilles, des impuissants, à mi-chemin entre le monstre et le légume, en aucun cas des humains.

"se réjouir de la mort d'un assassin ne fait pas de nous des monstres, mais des humains" (Chronique de Raphaël Enthoven à écouter ici)

- Penser à ce que nous racontent nos potes de la police. Notre ami du GIGN qui passe ses journées à s'entraîner, attendant d'être appelé sur le terrain, et qui nous dit, l'oeil qui brille et les biceps tendus, que quand il se déplace sur un lieu d'opération, ce n'est jamais, jamais pour rien.
Ricaner en pensant à ces enflures pendant leurs six jours de garde-à-vue (jean-Chou et son trail de 32 heures ne faisait pas le fier... j'imagine l'état de fatigue dans lequel ces types doivent être), et jouir par procuration à l'idée qu'ils vont se faire, méthodiquement et patiemment, défoncer, tabasser, ravager par les flics. Merci à l'"etat d'urgence".

- au passage, fantasmer sur les torses musclés des gars du RAID, accourant à notre secours pour nous extirper du donjon à l'architecture d'inspiration phallique, montant, à demi-nus et la virilité en bandoulière, leur fidèle destrier.



- Garder et espoir et écouter "Hey you", des Pink Floyd.








- gribouiller.

- Nous ne pouvons que rester unis. Il n'y a qu'à voir les photos des victimes: c'est la France qui a été attaquée, dans toutes ses couleurs et toutes ses religions. La jeunesse, des jeunes parents, des travailleurs, des fêtards, des serveurs. Ce n'est pas une communauté particulière qui a été visée, c'est nous tous. Le débat "être ou ne pas être Charlie" n'est plus de mise aujourd'hui. Comment être autre chose qu'unis?

- la colère enfin exprimée, crachée, exorcisée... l’utiliser, la canaliser, la transcender. Car avec la colère seule, on est bien encombrés.
Écrire, dessiner, chanter. Faire de l'humour, de la boxe, un footing. Faire des montages-video pour se moquer (il y en a beaucoup sur le net, c'est drôle, humain et nécessaire)? créer quelque chose, faire sortir tout ça: par les sons, par les mots, par les mains, par les jambes. Mais créer.

- Ne pas avoir peur des autres, mais leur sourire.
Ne pas tomber dans le discours de haine facile, mais apprécier notre unité, notre capacité à continuer à vivre ensemble. Reconnaitre que ce n'est pas du vent. S'il y avait une recette facile pour lutter contre l'horreur que nous subissons, et qu'un parti la détenait, cela se saurait.
(le point négatif dans tout ça, c'est que, quand-même, je ne sais plus pour qui voter).

En rentrant en urgence de Paris, mon taxi, d'origine africaine et musulman, m'a dit, "mon pays c'est la France. J'ai mis ma tenue de combat aujourd'hui".
Autour de moi je ne vois et connais que des musulmans modernes, intégrés dans le monde d'aujourd'hui. Des médecins, une concierge, des profs, une mère au foyer, des couples mixtes, une magistrate, un jardinier. Qui sortent le soir, qui font la fête. Qui élèvent bien leurs enfants. Qui sont malades de voir que des rebuts de la société, des résidus de capote, sont associés à leur religion.  Ma nounou algérienne et musulmane m'offrait des pâtisseries maison à Noël.
Ça parait gnangnan, mais n'oublions pas que l'immense majorité des musulmans n'aspirent qu'à une chose: vivre tranquillement, ne pas être stigmatisés.

- Même si je pense ne pas avoir d'espoir particulier concernant nos hommes politiques, espérons que, contrairement à l'après Charlie-hebdo, nos gouvernants auront un peu plus de courage, enfin, pour ouvrir les yeux et ne plus accepter de comportements fanatiques et dangereux, allant à l'encontre de nos valeurs républicaines, simplement pour des raisons électoralistes, clientélistes, drapés dans leur droitsdelhommisme.
On ne peut plus tolérer des discours moyen-âgeux, venant d'hommes qui jugent bon de voiler intégralement leurs femmes, de faire de la surenchère dans les signes extérieurs du radicalisme. Non, un bon religieux, et quelle que soit la religion, ce n'est pas quelqu'un qui fait du zèle dans le dogme, a le bon costume, respecte scrupuleusement les horaires de la messe, connait par cœur tel texte ancien ou a la bonne longueur de poils. Tout ça c'est, au mieux du folklore, de la provocation, au pire de l'ignorance et de l'obscurantisme. La foi, la religion, doit être une affaire de cœur et de raison.
Je n'en peux plus de ces exceptions, de ces concessions à la liberté, que l'on accepte, ironiquement, sous pretexte de "chacun est libre, on est en France, le pays des droits de l'homme, voyons, vous êtes raciste si vous pensez différemment!".

- se dire que, dans notre malheur, le point positif est que toutes ces personnes en cause étaient repérées et fichées. L'Etat est allié aux Etats-Unis et aux Russes, pays "couillus" par excellence, il a donc les moyens de lutter contre ces quelques milliers de fous. Ce n'est "qu'une" question de législation et de politique, finalement (oui, bon, même si la politique me semble bien inutile et vaine, en ce moment)



Aller chez Tiger, y passer beaucoup trop de temps, et acheter une myriade de petits gadgets destinés à remplir le calendrier de l'Avent des enfants.

Bon, et puis préparer l'anniversaire de ma petite dernière, et puis Noel!

compenser, moi? ;-)




- recevoir, de la part de mon frère parisien, une photo de la Tour Eiffel, et faire notre la devise de Paris. "Fluctuat nec mergitur", affiché en grand dans l'entrée.




dessin de Pénélope Bagieu paru dans le Monde du jour




Ne pas -trop- se flageller pour le monde que l'on lègue à nos enfants. Ce n'est pas que le notre, c'est déjà le leur.
Inutile de vouloir les surprotéger, ils comprennent déjà beaucoup de choses, et ont besoin d'en parler avec nous. Ce n'est pas un "drame" qu'ils nous voient affaiblis, tristes ou abattus pendant une petite période. C'est l'occasion pour nous de leur expliquer un peu les choses, avec des mots à leur portée, en restant positifs au bout du compte (les méchants ont été tués ou trouvés et mis en prison pour très, très longtemps, ma puce).
Nous sommes un peuple privilégié, tellement gâté par rapport à ce que subissent des millions d'autres personnes dans le monde, vivant dans les conflits géopolitiques du berceau au cercueil. Nous vivons, depuis 1945, dans une fenêtre de paix... apprécions-la, comme une chance, et pas quelque chose qui nous est du.

- Ces évènement sont aussi l'occasion de mieux nous-connaitre nous-mêmes, et de nous renforcer. Savoir quelles sont nos forces, et faiblesses. Si l'on est plutôt dans l'émotion, ou dans l'analyse. Idem pour nos enfants.
Nous sommes des grains de sable dans l'humanité... faisons confiance à notre espèce, elle sait s'adapter, ne pas s'apitoyer mais garder sa pulsion de vie pour se battre.
Le terrorisme n'est pas un programme politique, la destruction poussée à l'extrême ne peut que mener à l'auto-destruction. Ce régime ne propose rien, pas d'autre idéologie que celle de la violence. Il ne peut pas durer.
Et si nos enfants doivent vivre dans ce monde de fou, subir plus de violence, s'endurcir... hé bien ils s'endurciront. Ainsi va le monde, nous ne sommes pas tout-puissants... et notre responsabilité est de les "armer" du mieux que l'on peut, les couvrir d'amour, les faire rêver... car nous nous retirerons vite pour leur laisser la place.

 - S'aimer. relativiser les broutilles. s'appeler, entourer de ses bras, dire des mots réconfortants. Se retrouver, se regarder.

- écouter ce message de Mohammed Chirani aux terroristes de l'EI (sur I-télé, cliquer sur l'image), et avoir foi en la capacité des musulmans de France à s'unir, avec tous les autres français, pour lutter contre ce fléau.

http://www.itele.fr/france/video/message-de-mohammed-chirani-aux-terroristes-etat-islamique-144148


- enfin, éteindre la télé.
Pas tout de suite, parce qu'on a encore besoin de ces images en boucle, de ces analyses infinies, pour réaliser, comprendre, se rassurer.
Mais bientôt, je ferai comme après les attentats à Charlie Hebdo: je n'allumerai plus la télé, je dinerai avec Jean-Chou tranquillement. On mettra de la musique, on se racontera nos journées, on lira, on boira un bon verre de vin, puis une tisane dans les mugs que j'ai rapportés samedi dernier... et on appréciera chaque journée comme un cadeau, comme une fête à célébrer.




- faire un dernier petit tour sur Facebook, mais promis, pas trop longtemps:

- et reprendre un apéro, s'il le faut.

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Cette rubrique a remplacé celle, tellement incongrue en ce moment, de "Mes petits bonheurs"...
Mon billet est évidemment tout à fait personnel.
si vous avez d'autres trucs et astuces à partager, n'hésitez pas!

1 commentaire:

  1. J'adore ta liste d'invectives et de noms d'oiseau à l'égard des terroristes! Pour ma part, je rajouterai à ta liste l'ingestion en quantités déraisonnables de produits à base de chocolat. :)

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