mercredi 16 décembre 2015

Petits bonheurs post-13 novembre



Depuis cette soirée du 13 novembre, pas vraiment volontairement, j'ai mis en suspens la rubrique "petits bonheurs".

Pas vraiment la tête à ça, beaucoup d'autres choses à faire, pas tellement de temps pour trier mes photos...
Mais surtout, comme une impression de crouler sous les Petits Bonheurs, d'en ressentir beaucoup plus qu'avant, et donc d'avoir l'impossibilité de les consigner dans un billet!



Je ne sais pas si c'est une question de psychologie ou d'aptitude, mais paradoxalement, la vie me paraît encore plus belle: déjeuner en amoureux au soleil en plein mois de décembre, regarder mes enfants jouer ensemble, me dire que la taille de leurs chambres nous convient bien assez pour l'instant, la conscience d'avoir tout, la sensation de ne rien avoir besoin de plus pour être heureux.

J'avais déjà tendance à être comme ça avant, je le suis encore plus: un peu décalée, pas spécialement assoiffée par la réussite, la reconnaissance, le pouvoir, le "plus de tout" (les "passions tristes" qui peuvent tout détruire sur leur passage)... mais dirigée par l'idée qu'au lieu de considérer ce que l'on a pour acquis, et de vouloir toujours plus au risque de perdre la totalité, essayer d'apprécier, préserver, entretenir, maintenir ce bonheur.
Je suis une gagne-petit. Pour certains je pourrais peut-être passer pour quelqu'un sans grande ambition.

Couple, famille, projets personnels... essayer de voir loin, de ne pas surcharger la mule, d'être dans le plaisir, prendre son temps, être patient, endurant, constant... consacrer du temps à chacun, sans surchauffe, sans stress superflu, ni émotions fortes négatives.  Une petite croissance, sans rien de spectaculaire, mais surtout pas sans projets non-plus... mais sans ce confort de l'esprit, rien n'aurait de sens, rien n'existerait, la vie de famille n'aurait pas de fondations.

J'ai beaucoup parlé de cette soirée du 13 novembre, quand on me demandait de mes nouvelles je voyais bien que ça avait besoin de sortir. Je parlais, parlais, détaillais. Avec mes deux amies, on était très connectées, par mail, téléphone.
Après quelques semaines, j'ai l'impression que les choses ont été évacuées, rangées dans une petite boite dans ma tête, elle-même mise de côté. Cela ne me vient plus à l'idée d'en parler, comme si ce week-end n'avait pas vraiment existé, ou qu'une autre personne que moi l'avait vécu.
Je suis consciente que certaines sensations seront ancrées en moi pour toujours. La dernière fois, en ville, je parlais avec mes enfants...et  j'ai entendu des pétards éclater. Je me suis arrêtée de respirer, j'ai regardé autour de moi, aux aguets. Je n'entendais plus ce que me disaient mes enfants. Au bout de quelques secondes, j'ai repris mes esprits, repris mon souffle et le fil de la balade, sans un mot. Je ne suis même pas sûre qu'ils s'en soient aperçus.



J'ai régulièrement des idées noires, mais ce ne sont pas mes ennemies. Elles ne m'handicapent pas, ne me clouent pas au fond de mon lit, au contraire, elles me donnent plus d'énergie, encore plus envie de sourire.
Comme un crâne, un sablier et une fleur fanée sur un tableau représentant les vanités, ces angoisses et ces inquiétudes sont des partenaires, des messages constructifs, que je prends en compte: ils me rappellent que la vie est courte, parfois difficile, parfois plus agréable, qu'elle n'est ni parfaite ni imparfaite, un miracle banal, une banalité miraculeuse.
Qu'il faut la prendre dans son entier, ne pas trop l'analyser, la considérer pour ce qu'elle est. Juste la vie, qu'il faut vivre, et pas à moitié.

Je crois qu'il faut apprendre à aimer la mort, dans le sens accepter qu'elle existe: que sans cette idée de finitude, on ne peut pas complètement profiter de la vie. Les gens qui recherchent le zéro risque, l'alimentation saine à l'extrême, l'aliment-médicament, le zéro-pollution, zéro-ondes, qui voient tout du point de vue "rallonger l'espérance de vie" m'amusent parfois... j'ai envie de leur dire, parfois "mais vous savez qu'on va tous mourir, hein?". Je ne les juge pas, chacun sa manière de gérer ses angoisses... mon côté un brin "je-menfoutiste", qui considère que manger la peau d'une pomme, pourtant bourrée de pesticides, n'est pas tellement grave, que beaucoup de choses ne sont pas tellement graves, d'ailleurs, peut agacer aussi... On fait chacun comme on peut.

Mais voilà mon état d'esprit du moment. Après quelques jours d'abattement, des cauchemars récurrents (des fusillades à toutes les sauces) qui me laissaient une drôle d'impression au réveil... Je me lève le matin bien décidée à profiter de chaque jour.
Certes, on peut broyer du noir, on peut continuer à regarder la progression géographique de Daech aux infos sur BFM TV en boucle, on peut s'informer à l'extrême sur les processus d'embrigadement de ces jeunes français en perte de repères, on peut se faire peur, mijoter dans une cocotte d'inquiétude, échafauder des hypothèses sur la manière dont le ciel nous tombera sur la tête, et se morfondre dans une spirale de négativité...

Moi ce que je retiens, c'est que j'ai MA vie à vivre, que le bonheur personnel part d'une démarche, d'une volonté, et n'a que très peu de rapport avec l'état du monde, les décisions politiques ou des causes extérieures quelconques (et c'est tant mieux, sinon l'humanité serait sous Xanax depuis quelques centaines de milliers d'années).

J'ai envie de déboucher le Champagne et plutôt deux fois qu'une, de profiter de ma famille à Noël, de partager des moments avec ma sœur et mes nièces, de revoir mon frère et de le serrer dans mes bras.
De réfléchir à nos prochains projets avec jean-Chou, d'en inventer de nouveaux. De faire la fête, d'organiser plein d'apéros. De faire le tour du Cap-Ferrat à pied, de toucher la neige. De continuer mes cours de yoga. De gâter mes enfants, de fermer les yeux en prenant un café au soleil, face à la mer, de sentir sur mes bras nus la chaleur du mois de décembre sur la Côte d'Azur, pendant que les enfants jouent et crient dans le jardin, et de prendre un plaisir fou à vivre ces instants.
J'ai juste cette ambition-là.




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